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Laurent Herrou  (Editions Balland)  janvier 2000

Dans la collection dirigée par Guillaume Dustan (Le rayon), Laura de Laurent Herrou tient une place particulière. C’est une œuvre avant tout personnelle, mais c’est également un ouvrage qui a subi l’influence de son éditeur (à l’instar de Nicolas Pages et surtout Génie Divin de Guillaume Dustan, Laura est un livre soumis à l’éclatement formel). Bref, on pourrait songer à Son histoire de Julien Thèves ; cependant que celui-ci échoue à en faire un livre aussi réussi que Laura.

Laurent Herrou est loin d’être, malgré tout, l’égal de Dustan ou de Rémès sur le plan littéraire. Mais, dans Laura comme dans son livre suivant Femme qui marche, il dévoile une personnalité qui mérite à la fois estime et attention.

Au départ, Dustan devait publier une première version intitulée Laura et comprenant quatre parties (Maison Blanche, Toulouse, Paris et Écoute). Les trois premières racontent une banale histoire amoureuse entre l’auteur et un fleuriste appelé Georges. Toutefois, la quatrième partie, après ce début que l’on peut juger laborieux, révèle le talent de Laurent Herrou. Il s’agit de discussions de type téléphonique entre deux personnes qui donnent un aperçu éclairant, parce que synthétique, sur le caractère de leur auteur.

Guillaume Dustan avait surtout été attiré par Écoute : à son sujet, il évoquait Marcel Duchamp et l’art contemporain. Il avait compris non sans raison son importance, voire l’innovation que cette partie apportait à la littérature. Nous sommes, cependant, loin de la gratuité du procédé stylistique employé par Nicolas Pages dans Je mange un œuf.

D’autant plus que Laurent Herrou nous fait part dans son journal (Avant), ajouté à la suite de Laura, de l’élaboration du livre en lui-même. Ainsi, nous savons que le bouquin aurait dû s’appeler Gris de la Garonne que suivait donc Écoute. L’on apprend ensuite que, alors que Dustan prévoyait la publication du livre en septembre 1999, celle-ci fut repoussée à une date ultérieure, et que Herrou offrit en supplément ce journal inspiré de l’écrivaine Anaïs Nin. Comme je le supposais déjà à la lecture du commencement de ce roman révélant du genre autobiographique ou autofictionnel, le journal (que je trouve le plus réussi du livre) révèle un Laurent Herrou qui, en tant qu’homosexuel, culpabilise et vit sa relation avec les hommes de manière passive. Parfois, le personnage de Laurent Herrou nous fait songer au caractère féminin si bien décrit par Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu.

Herrou se montre à la fois inconstant et velléitaire quand il s’agit de prendre une décision. Au moment où Guillaume Dustan fait la promotion de sa collection qui débute avec la publication des Monologues du vagin de Eve Ensler et Ogres de Pier-Angelo Polver (d’après Herrou, si le livre de Ensler est salué par la critique, il n’en est point de même de l’ouvrage de Polver), Herrou, en raison de la parution prochaine de Laura, se sent contraint de défendre Le rayon face à tous ses détracteurs. Mais il oublie très vite ses résolutions face au jugement de son compagnon Jean-Pierre : selon celui-ci, Guillaume Dustan peut très bien se débrouiller tout seul. D’autre part, Laurent Herrou qui n’est pas dupe de lui-même et de ses défauts provoque paradoxalement un comique involontaire par ses habitudes quotidiennes de se masturber devant des images de cul trouvées sur internet, et sa situation de "femme au foyer" qui prend parfois la pose pour des étudiants ou des photographes. D’ailleurs, Herrou a des complexes sérieux au sujet de sa beauté : il craint la calvitie qui touche les trentenaires et aime que d’aucuns remarquent son charme dans la rue.

Toutefois, Laurent Herrou ne fait plus rire lorsqu’il s’interroge sur l’identité sexuelle à partir de ce polar (L’autre Paul) qui termine ce livre. L’autre Paul annonce sans conteste son deuxième roman Femme qui marche dont il est fait mention dans le journal. À partir d’une enquête policière menée par un inspecteur de police qui recherche Paul Vermont, prostitué disparu dans la nature après un passage à tabac qui lui a fait perdre la mémoire, Herrou, quittant l’autofiction chère à Dustan, réfléchit, en effet, sur la sexualité en général et sur cette partie féminine qui existe chez lui en particulier. Tandis que l’inspecteur découvre Paul après une disparition de quelques années, ce dernier retrouve la mémoire. Il pousse celle qu’il aime, Valentine Longman, à la mort. Cette dernière n’a pas supporté le passé de son amant et s’est jetée par la fenêtre.

Conséquemment, comme le titre de ce livre l’indique (Laura/Laurent), Laurent Herrou vit sa part féminine tout comme son homosexualité dans la culpabilité. Il ne peut s’accepter tout à fait, car ses parents ne lui ont pas pardonné non seulement son homosexualité, mais aussi le fait que son frère cadet Mathieu soit lui-même gay, comme si la faute incombait fatalement à l’aîné. Je dirais pourtant que, au-delà de l’interrogation personnelle, Laurent Herrou rejoint le questionnement fondamental de Sigmund Freud, c’est-à-dire celui sur l’absence de frontière imperméable entre les sexes.

 

A lire également sur Froggy's Delight :
La chronique de Génie Divin de Guillaume Dustan
La chronique de La meilleure part des hommes de Tristan Garcia
La chronique de Le Regarde-Belles de Nicolas Lejeune
La chronique de Ogres de Pier Angelo Polver
L'interview de Pier Angelo Polver
Le site de la revue Arès proposant une analyse détaillée des œuvres d’Erik Rémès


Thomas Dreneau         
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# 29 janvier 2012 : Le Festival de Cannes

C'est le week-end du Midem à Cannes, l'industrie de la musique oublie la crise et mène grand train pour vendre ses produits. Pendant ce temps, c'est toujours aussi difficile pour les artistes, les artisans de la musique, les labels indépendants qui aident les artistes plutôt que d'essayer de vendre un produit de consommation. Arrêtons avec l'industrie et laissons la place à la culture... En attendant, Shakira est décorée par le sinistre de l'inculture. Pour oublier tout cela, voici le programme de la semaine.

Du côté des platines :

"Lettre de la barbarie ordinaire" de A Backward Glance on a Travel Road,
"Applause" de Balthazar,
"Modern isn't progress" de Deschannel,
"Fold it ! Mold it !" de Random Recipe,
"Pursuit" de Stuck in the Sound,
"Let's get gone" de Parlor Snakes,
SuperBravo en Froggy's Session, en interview autour de leur album "A space without corner",
The Black Keys au Zenith,

Au théâtre :
Les nouveautés de la semaine :
"Simpatico" au Théâtre Marigny
"Le désert des Tartares"au Théâtre du Petit Hébertot
"Le bourgeois gentilhomme" au Théâtre de la Porte Saint Martin
"F-X" au Théâtre Le Lucernaire
"Le système de Ponzi" au Théâtre des Abbesses
"Lettre au père" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Déjà là" au Théâtre de la Colline
"Les femmes savantes" au Théâtre de la Tempête
"L'envers du décor" au Théâtre Le Ranelagh
"La conférence - Emma la clown et Catherine Dolto" à l'Européen
et un spectacle jeune public "La scaphandrière" au Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue
Les reprises à ne pas rater :
"Les souffrances de Job" aux Ateliers Berthier
"Poil de carotte" au Studio-Théâtre de la Comédie Française
Toujours à l'affiche :
"La trilogie de la villégiature" à la Comédie Française
"Rose" à la Pépinière Théâtre
"Les bonnes" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Naples millionnaire" au Théâtre de la Tempête
"Les Roches Noires" au Vingtième Théâtre
"Le bourgeois gentilhomme" au Théâtre 14
"Sur le chemin" à l'Auguste Théâtre
"Dialogues de sourds" à l'Auguste Théâtre
"La dame aux camélias" au Théâtre National de l'Odéon
"Lo Speziale" au Théâtre des Artistic Athévains
"Richard III n'aura pas lieu" au Théâtre 13/Jardin
"Salle d'attente" au Théâtre de la Colline
"Bronx" au Théâtre des Bouffes Parisiens
"Cancrelat" au Théâtre Ouvert
"Rêvez !" au Théâtre Les Déchargeurs
"Le premier" au Théâtre Les déchargeurs
"On est tous portés sur la question" au Théâtre du Mélo d'Amélie
"Premier combat" au Théâtre du Lucernaire

Exposition avec :

Charlie Chaplin - Images d'un mythe" au Palais Lumière à Evian
et dernère ligne droite pour Nicolas Vial - La lecture du monde" au Musée de la Poste

Lecture avec :

"Requiem pour Mona (Mona Cabriole, 16ème arrondissement)" de Catherine Diran
"Le dernier contrat" de Olivier Maulin
"Culture - Etat d'urgence" de Olivier Poivre d'Arvor
"Super héros, la puissance des masques" de Jean-Marie Lainé

Cinéma avec :

La sélection de la semaine :
"Sur la planche" de Leïla Kilani
"Fleur de béton" de Stéphane Esse et Audrey Lange
et le festival Etoiles Francophones en Ile de France
Les sorties récentes :
"Tahrir, place de la Libération" de Stefano Savona
"Anonymous" de Roland Emmerich
"Le Printemps de Téhéran" de Ali Samadi Ahadi
"2018" de Quentin Théron
"Il n'y a pas de rapport sexuel" de Raphaël Siboni
"Let My People Go !" de Mikael Buch
"Les Nouveaux Chiens de garde" de Gilles Balbastre et Yann Kergoat

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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