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Théâtre du Nord-Ouest  (Paris)  mars 2004

Pièce de Paul Claudel, mise en scène d'Yvan Garouel avec Anatole de Bodinat, Pascal Guignard, Laurent Benoit, Isabel de Francesco, Antoine Tomé, Gérard Zimmer et Julien Menici

Le théâtre du Nord Ouest dimanche 20h15. Dans le hall, règne une joyeuse anarchie. Les futurs spectateurs tournent en rond et croisent des comédiens en tenue de mousquetaires qui mangent des tartelettes aux pommes avant de s’engouffrer dans des passages qui ne présentent aucune des caractéristiques habituelles des accès aux salles de spectacle. Un monsieur au visage d’apôtre(*), la tête auréolée de cheveux blancs, à la voix douce, gère tout ce petit monde, oriente, renseigne et vend les billets.

A partir de ce moment, le futur spectateur que je suis se dit "Dans quelle galère suis-je ?". Parce que de surcroît, je suis venue pour une représentation de Tête d’or de Claudel, 2h45 sans entracte. Et je suis venue de mon plein gré alors qu’il me reste un souvenir épouvantable de cet auteur suite à une représentation mémorable de "L’échange" au terme de laquelle je n’avais strictement rien compris et qui avait relégué Claudel au rang des auteurs hermétiques réservés aux khâgneux et moi à celui des demeurés pour lesquels même les mots ordinaires devenaient dépourvus de sens.

De plus, je suis bien prévenue de ce que l’accès à la salle a lieu par la scène et empêche toute retraite vers la sortie pendant la représentation, d’où d’intenses interrogations quant à ma propension à l’autoflagellation avant d’en franchir le seuil ou plus exactement de descendre l’escalier.

Enfin, au pied de l’escalier, il faut traverser la scène immense qui n’est séparée que d’une petite marche de la salle qui est …minuscule et où, ce soir-là, sont assis une petite dizaine de personnes. Le spectateur est inévitablement sous le nez des acteurs d’où l’impossibilité de se réfugier au fond de la salle, derrière une carrure imposante ou dans un assoupissement salvateur.

Alors pensez-vous sans doute que tous ces préambules et digressions n’ont d’autre finalité que de remplir la page et de retarder le moment fatidique d’en venir à l’essentiel et d’avouer que par un fâcheux "bis repetita" Claudel n’est décidément pas à la portée du premier venu.

Et bien non, il ne s’agit que de préciser que l’on ne vient pas dans cette salle par hasard. Qu’il vous faut absolument y aller. Que vous ne pouvez pas et ne devez pas rater ce Tête d’or !

Tragédie antique, épopée lyrique, quête mystique, le texte de Claudel est violent, furieux, tel un hymne aux forces obscures et païennes de la Nature créatrice, aux dimensions mystiques, chrétiennes et romantiques.

Chaque personnage, comme tout être humain, se retrouve face à son destin, qu’il soit modeste ou grandiose, mais toujours inéluctable, qu’il soit tissé par les dieux, le Ciel ou les forces de la Nature universelle. Parfois, se proposent des choix et il leur appartient alors de se déterminer.

Face aux hommes, simples fétus de paille soumis à une volonté qui les dépasse, effrayés par l’avenir qui leur est inconnu, terrés dans le présent, dans l’ignorance et l’absence de foi en eux-mêmes, paraît Simon Agnel, surnommé Tête d'Or, conquérant assoiffé de gloire et d’absolu, qui entame une marche inexorable et triomphante à l’assaut du pouvoir établi pour éclairer, par la force aveugle et meurtrière du tyran, les peuples asservis et les délivrer du jougs de la monarchie de droit divin.

Yvan Garouel relève avec brio le défi qu’est la mise en scène de ce texte : un très remarquable travail d'adaptation en ne gardant que l'essentiel du texte, en rendant indolores les coupures, permettant à la fois de comprendre de quelle pâte humaine sont fait les personnages autour desquels se noue l'intrigue du destin, et de réfléchir sur la condition humaine, doublé d'une mise en scène qui leur donne une vraie humanité et nous narre une véritable épopée compréhensible et réaliste.

Un travail exemplaire servi par une interprétation remarquable au premier rang de laquelle Anatole de Bodinat, dont la puissance, la sensibilité et le charisme donnent de Tête d'Or une sublime incarnation.

 

(*) Ce monsieur, c’est Jean Luc Jeener, le directeur du théâtre du nord-Ouest

 

A lire sur Froggy's delight :
L'interview autour de Tête d'Or d'Yvan Garouel et Anatole de Bodinat


MM         
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# 17 février 2019 : Presque le printemps

De Kafka à Kukafka, Miossec à Berlioz, il y a de quoi lire, voir, écouter cette semaine dans la petite sélection culturelle de nos chroniqueurs. En route pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Gallipoli" de Beirut
"Ulysse et Mona" de Minizza
Rencontre avec Miossec autour de son album "Les Rescapés"
Une discographie d'Hector Berlioz par Jérôme Gillet
"Been meaning to tell you" de Ina Forsman
"4eme jour, Kan Ya Ma Kan" de Interzone
"A thousand days" de June Bug
EP de Bertille
"Morning room EP" de Catfish
"Souviens toi" de Laurent Montagne
"Blood siren" de Sarah McCoy
"Complètement flippé" de 16 Kat
et toujours :
"Persona" de Betrand Belin
"Les rivages barbelés" de Intratextures
"The mirror" de Nicolas Gardel et Rémi Panossian
"La révolte des couverts" de Wildmimi
"The sublime" de Yeruselem
"Aksham" de Aksham
"Last train" de Big Dez
"Tightrope EP" de Bigger
Caroline Loeb au Grand Point Virgule pour jouer "Comme Sagan" en live
Présentation du 11ème festival de Beauregard et de sa programmation
"Kalune EP" de Kalune

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Kafka sur le rivage" au Théâtre de la Colline
"Matin et Soir" au Théâtre de l'Aquarium
"J'ai pris mon père sur mes épaules" au Théâtre du Rond-Point
"Pourquoi dis, m'as-tu volé mes yeux" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Les membres fantômes" au Théâtre La Flèche
"Le bois dont je suis fait" au Théâtre de Belleville
"Peur(s)au Théâtre L'Etoile du Nord
"A vue" au Théâtre de la Tempête
"Merci" à La Folie Théâtre
"Barber Shop Quartet - Chapitre IV" au Théâtre Essaion
"Maria Dolorès y Habibi Starlight" au Café de la Danse
les reprises:
"Grande" au Centquatre
"Politiquement correct" au Théâtre de l'Oeuvre
et la chronique des autres spectacles à l'affiche en février

Expositions avec :

"Roux ! De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel" au Musée Jean-Jacques Henner
et dernière ligne droite pour "Rodin - Dessiner Découper" au Musée Rodin

Cinéma avec :

le film de la semaine : "Le jeune Picasso" de Phil Bradsky

Lecture avec :

"Dans la neige" de Danya Kukafka
Interview de Nylso dans le cadre du festival de la Bande Dessinée d'Angoulême
"L'île longue" de Victoire de Changy
"La main noire" de Robert Vincent illustré des musiques de Anthony Reynolds
"Le manufacturier / responsabilité absolue" de Mattias Köpling / Jocko Willink & Leif Babin
"Sans compter la neige" de Brice Homs
"So sad today" de Melissa Broder
et toujours :
"Angola janga" de Marcelo D'Salete
Interview de Stella Lory dans le cadre du festival de la BD d'Angoulême
"Gangs of L.A." de Joe Ide
"Hunger : une histoire de mon corps" de Roxane Gay
"L'Amérique derrière moi" de Erwan Desplanques
"L'ombre d'un père" de Christoph Hein
"Le président des ultra riches" de Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot
"Que faire des cons ?" de Maxime Rovere
"Une éducation" de Tara Westover

Froggeek's Delight :

"I Will Survive" petit tour d'horizon des jeux dits "Survival"

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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