L’invention d’un nouveau concept "Judéomanie" permet à Jean Robin d’expliciter sa pensée tout au long de ce plaidoyer dénonçant un favoritisme dans les sphères politiques, juridiques et les médias vis-à-vis d’une communauté – les juifs – par rapport aux autres citoyens français. Cette exception provoque un effet boomerang vers le racisme "judéophobe" puisque chacun(e) peut revendiquer des injustices légitimes selon son appartenance religieuse, son nom, sa couleur de peau, son anatomie sexuelle.

Sur le principe républicain d’égalité, la discrimination positive a des effets pervers. Son livre dénonce tour à tour la loi Gayssot (90), le décret de loi sur l’indemnisation des orphelins de déportés juifs (2000), la présence des ministres au diner annuel du CRIF, la cabale contre Dieudonné et l’utilisation des médias pour monter en épingle un meurtre sordide comme une manifestation antisémite alors que d’autres crimes aussi crapuleux sont passés sous silence.

A quoi sert la "judéomanie" ? Pour l’auteur, la différence de traitement pour une communauté spécifique dans un état laïc et républicain interroge le citoyen lambda et exacerbe tous les replis communautaristes dangereux dans une société civile soumise aux mêmes lois. Jean Robin ne manque pas de courage et son écrit s’appuie sur une documentation fouillée.

J’ai ressenti la sincérité dans sa réflexion reliée à des convictions et à son respect des valeurs démocratiques. Il a raison de souligner que la mise en exergue d’un groupe spécifique devient une cible pour les autres et incite à la surenchère dans la revendication identitaire, religieuse ou autre. Sa véhémence de ton me surprend mais je crois qu’il faut le lire comme un cri de colère sur le danger de remettre en cause le premier article de la Déclaration Universelle des Droits Humains (10 décembre 1948) : "Tous les humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir envers les uns envers les autres dans un esprit de fraternité".

Son livre me sensibilise à la compréhension des mots, à la manipulation par les médias qui valorise des évènements, en minimise d’autres et surtout me confirme la responsabilité de certains Chefs d’Etat français de la Cinquième république qui – par maladresse ou volonté déguisée – renforce les identités communautaires. Pour terminer sur une note d’humour contre le Racisme, je reprends la fin d’un sketch de Pierre Desproges sur "Les juifs" cité dans La Judéomanie page 177/178 : "Un journaliste lui demandait si elle aurait épousé Ivan Levaï, pour le cas où il n’aurait pas été juif comme elle (…) Probablement non (…) Et bien moi je comprends cette attitude, qu’on pourrait un petit peu hâtivement taxer de racisme. Moi-même qui suis limousin, j’ai complètement raté mon couple parce que j’ai épousé une non-limousine, une vendéenne. Je suis désolé mais les vendéens ne sont pas des gens comme nous (...). Nous partageons entre nous une certaine angoisse de la porcelaine, peu perméable aux chouans. Il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre".