Comédie
dramatique de Laura forti, mise en scène de Yvan Garouel,
avec Gil Bourasseau, Anne Coutureau, Pierre Deny, Isabelle Montoya,
Manga Ndjomo et Gaël Rebel.
La qualité de la direction d’acteur de
Yvan Garouel, un des quatre mousquetaires de la Compagnie
Théâtre Vivant qui prône un théâtre
d’incarnation, n’est plus à démontrer
trouve à s’illustrer de nouveau cette année
après l’excellent "Ivanov"
qu’il a monté au Théâtre du Nord-Ouest,
avec cette intensité d’humanité qui sert
au mieux les grands auteurs du répertoire.
A la Manufacture des Abbesses, salle dédiée à
la création contemporaine, il met en scène "Thérapie
anti-douleur", une pièce de
Laura Forti, jeune auteur dramatique italien qui revêt
le caractère d’une belle découverte.
Cette comédie dramatique, au titre à double détente,
traite de la famille, de la vie, de l’accomplissement
de soi et de la mort - thématiques universelles et consubstantielles
à l’homme - à travers un des moments prégnants
de l’existence de chaque individu, celui de la mort des
parents.
Cette thématique, souvent traitée comme l’accompagnement
dans un amour partagé ou le moment de l’ultime
réconciliation, est ici abordée de manière
presque iconoclaste à l’image de la superbe affiche
du spectacle, des rejets floraux épanouis naissent du
corps lignifié d’un homme sans tête à
la Modigliani.
Pour que l’enfant devienne adulte il lui faut tuer le
père et ce, le plus souvent, de façon symbolique
et inconsciente. La fratrie dépeinte par Laura Forti
n’a pas opéré ce rituel fondateur même
si ses membres se sont éloignés du père
et lui témoignent une indifférence de façade.
Un père qui est passé à côté
de ses enfants, par égoïsme et sans doute - laissons-lui
le bénéfice du doute, par ignorance reproduisant
ce qu’il avait lui-même connu, même s’il
les a sans doute aimés, à sa manière. Les
deux sœurs et le frère, qui ont trouvé un
palliatif à leur souffrance, ne sont pas délivrés
des attentes de l’enfant qu’ils portent encore en
eux. Et le moment est peut-être venu.
Dans une traduction de Carlotta Clerici,
le texte fort, d’un vraie intensité émotionnelle
sans verser dans le pathos, singulier dans son écriture,
une écriture "transgenre", qui unit le sens
de l’intime de l’écriture féminine
et le recul que l’on reconnaît à celle masculine
même souvent est rappelé que l’écriture
n’a pas de sexe, arc-bouée sur la lucidité
sans concession et l’humour tinté d‘autodérision,
divine alchimie qui désamorce la mièvrerie du
sentimentalisme et le didactisme du réalisme distancié.
Car ce n’est ni un théâtre de sentiment ni
un théâtre naturaliste mais le théâtre
de l’humain, du théâtre qui montre l’homme
à l’homme, l’antienne de la Compagnie Théâtre
Vivant, et qui n’est jamais monolithique.
Lucidité du regard de l’auteur sur ses personnages
: elle les aime, comme une mère aime ses enfants, avec
leurs qualités et leurs défauts, dans leur complexité
et leurs contradictions, cela est patent dans l’écriture,
mais ne leur passe rien et les pousse dans leur dernier retranchement
pour que tout ce qui est enfoui et macère de manière
gangrénique soit expulsé.
Sur scène, dans les rôles principaux, des partitions
sans faute pour Gil Bourasseau, époustouflant looser
anxieux et boulimique compulsionnel, Anne Coutureau, en scénariste
pour la télévision qui maquille ses fêlures
comme elle y transpose le vie de ses proches, et Gaël Rebel,
fébrile médecin qui a choisi un métier
pour venir en aide aux gens alors qu’elle ne peut s’aider
elle-même. Pierre Deny, Manga Ndjomo et Isabelle Montoya
complètent cette distribution au diapason pour une immersion
réussie dans cette chronique de la vie ordinaire.
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