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Interview  (Paris)  31 août 2009

A l’occasion de la sortie de leur nouvel album A Tout Moment, les Bordelais d’Eiffel ont fait un détour à Paris pour nous en toucher trois mots…

Tout d’abord, félicitations pour votre album !

Romain Humeau : Merci !

On vous avait quittés sur le concert à l’Olympia, vous aviez des problèmes de maison de disque à ce moment. Aujourd’hui, vous revenez avec l’album A Tout Moment, qui sort le 5 octobre. Pouvez-vous nous parler de l’enregistrement ?

Romain Humeau : Depuis l’Olympia, on a terminé de construire notre studio. Ca y est, c’est fini maintenant, ça a mis du temps… On a passé beaucoup de temps à le construire ! Ce qui nous permet d’être indépendants pour enregistrer n’importe quel disque, à n’importe quel moment, quoi qu’il arrive. Pour l’instant, une bonne chose vient d'arriver : on a signé… mais si demain ça change, on aura toujours le studio.

Bien avant qu’on commence à enregistrer, plus d’un an avant, au moment de l’Olympia, nous savions qu'Eiffel allait soit s’arrêter, soit changer. A l’extérieur : plus de maison de disques et à l’intérieur aussi : Christophe et Hugo, qui sont toujours de très bons potes, étant du Nord, nous, complètement au Sud. Sans maison de disque, on savait pas du tout où on allait.

Estelle Humeau : C’était un peu compliqué pour envisager les choses…

Romain Humeau : Il faut dire aussi que les débuts sur Tandoori, avec la tournée, se sont faits très vite. Emiliano est parti, on ne s’y attendait pas du tout. Et là, arrive Christophe, pote de Hugo… Tout ceci s'est enchaîné très vite, trop vite ! La tournée commençait trois semaines après, il nous fallait quelqu'un d'autre. Nous n'avons pas eu le temps de réfléchir à quoi que ce soit.

A la fin de la tournée Tandoori, nous n'étions pas satisfaits de tout. Pas de qui que se soit en particulier mais de ce que nous avions fait à quatre. Tous. Le tout en étant très potes, ce n’était pas le problème. C'est simple. Et puis, parallèlement, pour je ne sais quelle raison d’ailleurs, on se retrouve dans le Sud, là où était parti notre ami Nicolas Courret. Je ne sais plus pourquoi on s’est retrouvé chez toi d’ailleurs ?

Nicolas Courret : Vous êtes passés dans le coin…

Romain Humeau : Ah oui, on était dans le coin. On ne se voyait plus trop mais on savait ce que faisait l’autre, de loin. Cela nous a permis de tchatcher un petit peu, de se rappeler ce que nous avions fait ensemble et de se rendre compte que "pourquoi pas"...

Nicolas Courret : Pourquoi ne pas remettre ça !

Romain Humeau : Nico a monté le groupe avec nous, déjà avec Oobik And The Pucks. Nicolas, c’est vraiment la base de Oobik et d’Eiffel, avec Estelle et moi. Bref, on a joué huit ans ensemble, on est plus potes que musiciens. On s'est parlé de tous les trucs sur lesquels nous n'étions pas d’accord à l’époque, peut-être plus facilement…

Nicolas Courret : Assez vite et assez naturellement, on a évoqué l’idée de remettre ça ! Tout cela s’est passé de la manière la plus agréable qui soit. On s’est rendu compte assez vite que pendant ces quelques années, on était un petit peu éloigné, chacun dans son truc, et qu’on avait quand même un peu bougé, un peu changé et finalement, de loin, nos trajectoires étaient un peu parallèles. Nous n'étions pas partis chacun dans une direction. Dès que l’on a commencé à répéter, l’été dernier, la complicité qu’il pouvait y avoir à l’époque est revenue tout de suite, c’était assez drôle !

Estelle Humeau : Cela paraissait assez évident de recommencer ensemble.

Romain Humeau : Vraiment, on a vécu pleins de truc que ne savent pas les fans. Il y a toujours des fans de l’époque, je pense, mais il y en a de nouveaux. Les périodes Le ¼ d’Heure Des Ahuris, Tandoori, Les Yeux Fermés, mon album solo, ont généré d’autres choses mais la base, de 95 à 2001, quand on a enregistré le premier album, Nico était toujours là. On a tourné ensemble, on a fait le deuxième album et après, il est parti à partir de la tournée. Tout ça donc, ce n’était pas rien.

En fait, c’est tout simple, c’était cool de se revoir, de boire sept bouteilles de Rousset en six heures, de commencer à 10h du soir et de terminer à 8h du matin en disant "Je t’aime"…"non, c'est moi !", "non, c’est moi qui t’aime" Ad lib… et voilà.

Estelle Humeau : En fait, sur quatre albums, il n’y en a qu’un que Nico n’a pas fait et on a fait aussi celui d’Oobik ensemble.

Et toi, Estelle, tu es passée de la guitare à la basse !

Estelle Humeau : En fait, on a enregistré Le Temps Des Cerises l’été dernier, avec Bertrand (Cantat) et Sergio (Teyssot – Gay) qui sont passés à la maison. Bertrand m’a demandé si je pouvais faire la basse ce qui m’a bien plu donc je suis restée à la basse ! Et plutôt que de chercher un bassiste pour Eiffel, on a cherché un guitariste. On s’est dit : on fait l’album à trois et on cherchera un guitariste pour la tournée.

Nicolas Courret : Et on en a trouvé un en la personne de Nicolas Bonnière, ex guitariste de Dolly, qui joue toujours avec Manu et qui joue avec Calvin Russell aussi. Il nous rejoint pour la tournée.

Juste pour la tournée ?

Nicolas Courret : On verra !

Romain Humeau : Vu tout ce qui a déjà été vécu avec Eiffel et tout ce qu’il y a encore à vivre, on est moins dans le trip "cette fois, c’est le truc !". On se dit que c’est cool comme ça, on verra… ça dépend de nous, ça dépend de Nico ! En fait, maintenant, ce n'est pas le problème, cela pourrait rester comme ça. On pourrait très bien le faire à trois, comme on l’a fait là et Nico viendrait pour la scène, ou carrément Nico intègre le groupe et Joe Doherty aussi… Eiffel, ça continuera !

Estelle Humeau : C’est vrai que l'on a commencé à répéter avec Nicolas Bonnière, on est donc quatre dans Eiffel, on verra après pour le reste…

Romain Humeau : Nous n'avons pas 60 piges, pas 20 non plus ! On a envie de faire de la musique, on a envie que ça continue. Tant que la manière est saine et que la manière garde une forme "humaine", le reste c'est la vie.

A la première écoute de A Tout Moment, je l’ai trouvé plus posé que ce que vous faisiez avant, même au niveau du chant.

Romain Humeau : Oui, il y avait cette idée là, sans pour autant vouloir faire quelque chose hors tension. Ce n'est pas posé dans le sens où nous ronflerions, mais plutôt dans la volonté d'être moins outrancier, au niveau de la voix, du son… Ce qui ne nous empêche pas sur deux - trois morceaux, d’envoyer le boulet mais ce n’est pas le but sur la totalité car on sort de deux albums où l'on a fait que cela pour résumer. Sur scène, au bout d’un moment, il faut penser aussi à ce que ça raconte !

C’est notre quatrième album avec Eiffel donc on ne peut plus le penser comme "c’est notre nouvel album, on ne va jouer que ça !". Eiffel, c’est 70 chansons. Sur l’envie scénique, on a envie d’autre chose : aller chercher des espaces, gagner en ampleur, et il faut avoir les chansons qui vont avec ! Nous nous sommes dit que c’était l’album qui nous fallait pour ça ! Ce qui n’empêchera pas d'envoyer la purée quand bon nous semblera, sur scène il y aura toujours cet aspect là. Mais bon, la purée seule, on s’en fout ! C'est dans un contexte qu'elle prendra du sens. Il faut que cela vienne naturellement ! On sait que notre répertoire est assez rentre dedans, mais ne voulant pas faire que ça, on a composé autre chose !

Estelle Humeau : On s’est bien défoulé en construisant le studio donc après, pour la musique, c’est plus zen ! Cela reste tendu quand même !

Je disais ça par rapport aux autres albums...

Romain Humeau : Non, dans le fond, peut-être est-ce même le plus tendu de nos albums... C’est bien que cette chose là soit là et soit entendue, c’est moins outré, moins hurlé?

Il y a aussi pas mal de nouvelles sonorités, violons, hautbois…

Romain Humeau : Banjo et slide aussi, beaucoup plus acoustique, le son des batteries n’a rien à voir, parce que Nico joue et aussi parce qu’on les a pensées par titre. A chaque chanson, c’était différent : la disposition de la batterie, les micros, la manière de jouer… On s’est fait chier là-dessus, on a beaucoup élaboré. Après, on ne sait pas si on pourra refaire tout ça sur scène. Mais l'essentiel sera là.

Romain a écrit et composé tous les morceaux, sauf le texte de "Mort j’appelle". Pourquoi ce texte ?

Romain Humeau : "Mort j’appelle", c’est tout bête. C’est mon père qui m’a offert Je, François Villon, le bouquin de Jean Teulé à qui on vient d'envoyer le disque d'ailleurs. C'est un très bon auteur, Darling, Les Lois de la Gravité, La Montespan, mais aussi des bouquins sur Rimbaud, Verlaine... Je, François Villon est fabuleux : il décrit en 500 pages l’histoire du poète. Je connaissais que quelques poèmes mais pas celui-ci. Et c'est dans ce livre que je l'ai découvert.

Les faits qui ont générés ce poème sont effrayants ! Il faut lire le bouquin, c’est juste la manière dont cela arrive, c’est assez bien documenté. Cela se passe approximativement il y a six cents ans et l’histoire de ce mec est folle ! Son père est pendu le jour où Jeanne D’Arc est brûlée, il perd sa mère à quatre ans. Récupéré par des moines, il en devient d'ailleurs un. Il se met à écrire des poèmes. Je ne vous fais pas la totale, juste qu'à un moment, il tombe amoureux d’une fille… et parallèlement il devient le plus infâme des brigands : un Coquillards, le poète des Coquillards. La suite est crue, folle...et vraie.

Estelle Humeau : Ils avaient un langage particulier à eux et il devient le poète des Coquillards. Il écrit des poèmes dans leur langage.

Romain Humeau : Ce poème est dédié à sa douce. C’est très beau et quand on connaît l'histoire, générateur d'un sentiment très étrange. Ferré a chanté Villon, Lavilliers aussi mais ce poème là ne l’a pas été, je crois. Dans l'acte, c’est un petit peu dans la continuité de Je Voudrais Pas Crever de Vian.

Un petit mot sur les invités de l’album…

Romain Humeau : Il y a ma sœur Clémentine et Fabrice, son chéri, qui jouaient sur la tournée acoustique et le live Les Yeux Fermés. Ils jouent de la musique baroque dans de grands orchestres. Nous nous sommes dit pourquoi pas ! Cela n’a pas marché sur tous les morceaux, justement sur "Mort j’appelle", mais sur "A tout moment la rue" ou "Sous ton aile", c'est super ! C’est un album où on a enregistré beaucoup de choses et on en a effacé beaucoup aussi, pour avoir le choix, le recul.

Bertrand Cantat, très bon copain, avec qui nous partageons pleins de trucs qui n’ont rien à voir avec la musique. Cela s’est fait de la manière la plus naturelle qui soit, sans que se soit prémédité. On est pote et voisin, donc ce n’est pas le problème, ça s’est fait naturellement. Joe Doherty aussi, pareil : notre copaaainnnngggg Irlandais, voisin aussi…

Estelle Humeau : Il avait joué sur l'album solo de Romain et avec Eiffel à l’Olympia.

Romain Humeau : Enfin, toutes ces personnes sont des gens avec qui ce n’est pas qu’une histoire de musique.

Merci beaucoup, on va laisser place à la session acoustique. On se revoit rapidement pour la tournée avec La Cigale, le 17 novembre et le Bataclan, le 18 novembre.

Retrouvez Eiffel en Froggy's Session
pour 1 titre acoustique en cliquant ici !

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Eiffel
Le Myspace de Eiffel

Crédits photos : Fabrice Delanoue (Toute la série sur Taste of Indie)


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