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Le Zénith  (Paris)  vendredi 6 novembre 2009

Deux mois après la sortie de leur excellent troisième album (Humbug), les Arctic Monkeys poursuivent leur étourdissante ascension : ils investissant le Zénith pour deux dates complètes depuis belle lurette. Mis en bouche par le boogie rock couillu des Eagles Of Death Metal, le public parisien a eu droit pendant 1h40 à un récital magistral des jeunes anglais.

Cette double affiche (difficile de considérer les Eagles Of Death Metal comme un simple faire-valoir) pouvait sembler curieuse tant l'univers des deux formations est éloigné. C'est oublier que l'autre membre phare des "Pigeons Of Shit Metal" - comme les avait gracieusement nommé le non moins gracieux Axl Rose - n'est autre que Josh Homme, qui se trouve être également le co-producteur de Humbug. L'autre point commun entre les deux groupes est d'avoir signé deux des meilleurs albums d'une année 2009 pas franchement à la fête rock & rollement parlant.

Dans le public, plusieurs générations se télescopent : jeunes pousses rock ayant grandi au son des Monkeys et connaissant les paroles sur le bout des doigts, nouveaux venus séduits par la maturité démontrée sur Humbug, fans de la première heure rentrant en transe à chaque extrait de Whatever People Say I Am, That's What I'm Not, vétérans du rock venus applaudir le combo le plus excitant de la génération actuelle, et fans des Eagles Of Death Metal postés le long des crash barrières dans l'espoir de pouvoir toucher un bout de moustache de Jesse Hughes.

Dans un Zénith qui finit de se remplir, les américains entament leur set par "Cherry Cola", joué en rangs serrés. Jesse Hughes se révèle moins en jambe (et en voix) qu'à son habitude. L'année 2009 passée sur les routes semble avoir laissé des traces. On sourit tout de même aux quelques facéties du chanteur, qui impliquent deux fois sur trois sa moustache. La setlist alterne entre titres du dernier disque ("Secret Plans", "Heart On", "Now I'm A Fool", "Cheap Thrills" et l'incontournable "Wannabe In L.A.", dont la version jouée ce soir sonne très punk) et extraits des précédents albums. Elle n'a pas bougé depuis une éternité et demanderait à être renouvelée.

A la batterie, Joey Castillo tient sauvagement la baraque dans un style que Dave Grohl ne renierait pas. Brian O'Connor, ogre barbu et bassiste aux mains de géant, le soutient avec force. Peu démonstratifs jusqu'ici, Jesse Hughes et Dave Catching (second guitariste) se réveillent en toute fin de set : après "I Want You Soo Hard (Boy's Bad News)", les américains finissent sur une joute guitaristique rondement menée.

Même si on a connu la bande de Jesse Hughes plus concernée, elle a fort bien rempli son rôle, délivrant une première partie de bonne facture. Certes sans grande surprise, parfois approximative et vraiment pas aidée par un son chaotique (ce qui nous fait craindre le pire pour la suite). Mais même légèrement en deçà de leurs possibilités, un concert des Eagles Of Death Metal reste un moment de rock & roll unique. Il est maintenant temps pour eux de prendre quelques semaines de vacances bien méritées.

Après une attente interminable, les spots s'éteignent, déclenchant une assourdissante vague de hurlements et de sifflets. Impassibles, les chevelus de Sheffield pénètrent tranquillement sur scène et démarrent le lancinant "Dance Little Liar". Agressivité retenue, montée en tension progressive, break ravageur, guitares furieuses : l'entrée en matière est plus que convaincante. Alex Turner secoue sa tignasse en s'excitant sur sa guitare (ou l'inverse) et, surtout, le son est d'une limpidité rarement entendue au Zénith. Sans transition, le groupe balance un "Brianstorm" tonitruant. Matt Helders mouline comme un damné sur sa batterie et met le Zénith en fusion. "This House Is A Circus" et "Still Take You Home", piqures de rappel musclées des deux premiers albums, enfoncent le clou : la fosse s'agite dans tous les sens sur ces riffs ravageurs.

Mais ce n'est rien comparé à l'euphorie qui s'empare de la foule lorsque retentissent les premiers accords de "I Bet You Look Good On The Dancefloor". Alex Turner n'a même pas besoin de chanter, le public crie à sa place. Après un "Sketchead" pas inoubliable, le groupe nous offre les trois premiers titres de Humbug, dans l'ordre s'il vous plaît : "My Propeller", "Crying Lightning" et "Dangerous Animals". Le contraste avec les titres joués précédemment est flagrant : la frustration et la rage adolescente ont laissé place à une plus grande assurance et à des chansons plus tortueuses.

"The View From The Afternoon" ravive la flamme des nostalgiques avant que "Cornerstone" ne vienne faire souffler un rafraîchissant air pop sur le Zénith. La fin du concert réserve deux autres grands moments : "The Jeweller's Hands", montagne russe aux accents psychédéliques et "Secret Door", sûrement ce que les anglais ont produit de mieux en trois albums. Pas un hasard si cette pièce montée pop clôt le concert par un ballet de toute beauté, seul moment d'esbroufe de la soirée : un coup de caisse claire claque dans la salle et déclenche une explosion de confettis argentés. Point de grandiloquence ici, l'effet de surprise est réussi et la vision d'ensemble superbe. Afin de faire durer le plaisir, le titre se prolonge par des choeurs très Beatlesiens qui s'éteignent subitement, laissant le public momentanément orphelin.

Les quatre Monkeys, accompagnés pour l'occasion d'un clavier-guitariste, reviennent pour un rappel de deux chansons : la magnifique et tubesque "Fluorescent Adolescent", où Alex Turner ralentit volontairement le tempo avant de repartir de plus belle, et "505", bizarrerie planante qui s'excite progressivement jusqu'à un final rageur. Après des saluts laconiques mais sincères, le gang de Sheffield se retire, laissant leurs guitares rugir toutes seules et les spectateurs applaudir à tout rompre.

D'aucuns reprocheront aux Arctic Monkeys d'avoir eu trop peu d’interactions avec le public, sans doute par timidité. L'exubérance, ce n'est pas leur truc. Les Arctic Monkeys ne sont pas et ne seront jamais les Hives, et c'est tant mieux : concentrés, tout acquis à leur musique, sobres et efficaces, leur attitude est d'une grande classe. Sans rien faire d'autre que de chanter (remarquablement bien) et jouer de la guitare, Alex Turner captive l'attention. Sa voix de crooner, au timbre et au phrasé si particuliers, transporte ailleurs.

Son presque impeccable, très beaux jeux de lumière, setlist quasi idéale (on aurait bien aimé également entendre "Teddy Picker" ou "Only One Who Knows") : il aura juste manqué un peu de folie pour que le concert soit parfait. Les Arctic Monkeys confirment qu'ils ont bel et bien leur place sur le podium des formations rock des années 2000. Ce soir, le Zénith était "the place to be".

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Eagles Of Death Metal
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Le Myspace de Arctic Monkeys
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