Texte
de Samuel Beckett dit par Sami Frey.
"Premier amour" de
Samuel Beckett, texte âpre à l'humour pathétique,
de considéré comme "la légende fondatrice
de celui qui devint écrivain" est doublement à
l'affiche cet hiver : au Théâtre des Déchargeurs
avec Alain Macé et au Théâtre de l'Atelier
avec Sami Frey.
Si le premier incarne un narrateur plutôt réaliste,
vêtu à la va-comme-je-te-pousse qui tient du clochard
céleste, introverti psychotique qui expulse ses éructations
triviales et profondément désespérées
sur l'humanité et les femmes sur une scène nue,
le second, en tenue impeccable, crinière, toujours noire,
de dandy à la Musset, le second dit le texte de Beckett
de manière distanciée, presque ironique.
Sur scène, devant le rideau, dans une bande strictement
délimitée par un ruban adhésif bicolore
- ruban de chantier ou de scène de crime ? - dont le
franchissement actionne un feu rouge et déclenche une
sirène stridente, qui ressemble au chemin de promenade
d'un lieu fermé, asile, prison, hôpital psychiatrique,
maison de retraite peut-être, Sami Frey érige le
narrateur en misanthrope élégant dont même
les considérations les plus triviales franchissent ses
lèvres sans altérer son phrasé à
la tonalité unique.
Que restera-t-il de ce texte, à l'origine une nouvelle
et donc pas un texte destiné à être dit,
dans l'esprit des spectateurs ?. Dans la salle, tous ne sont
pas des éxégètes de Beckett mais tous sont
venus pour Sami Frey. |