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Interview  (Paris)  mardi 3 novembre 2009

Quelques jours après la défaite honorable des îles Féroé face à la France, nous rencontrions Budam, originaires de ces drôles d'îles que personne ne sait vraiment situer, qui venait nous présenter son premier album, surprenant, pénétrant et envoûtant Stories of Devils, Angels, Lovers and Murderers. Rencontre avec un grand gaillard qui aurait davantage sa place sur un terrain de rugby que sur un terrain de foot et qui a trouvé sa voie en jouant de la sienne, de voix. Ou comment découvrir un pays à travers un de ses plus remarquables représentants.

Qui est réellement Budam ? Est-ce ton nom, est-ce le nom du groupe ?

Búi Dam : En fait, c'est moi Budam, c'est la contraction du début de mon prénom et de mon nom. Je viens des îles Féroé. J'ai toujours baigné dans un milieu artistique car mes parents sont tous les deux des artistes, des comédiens et mon père est musicien également.  Je vivais dans une maison dans laquelle passait beaucoup d'artistes, acteurs ou musiciens, des gens un peu fous (rires). Je pense que tout à commencer comme cela pour moi, d'avoir été baigné dans ce monde artistique.

A l'âge de 13 ans, j'ai commencé à jouer de la guitare. Du rock, j'écoutais les Guns N' Roses et Metallica, Pearl Jam ou Nirvana. J'ai joué dans quelques groupes de rock, c'était marrant. Vers l'âge de 18 ans, j'ai commencé à jouer du jazz. J'ai découvert Miles Davis et John Coltrane, des gens fantastiques. J'ai appris essentiellement la musique seul, même si je suis allé à un moment dans une école au Danemark.

Seulement il m'est arrivé un souci à la main. J'ai eu une tendinite au poignet. Il y a environ 5 ans. Je ne pouvais alors plus jouer de guitare. J'ai alors commencé à chanter, ce que je n'avais jamais fait et je ne pensais vraiment pas pouvoir le faire. Quoi qu'il en soit, je ne sais pas trop pourquoi mais j'ai commencé à écrire des chansons. Sans doute tout simplement parce que je ne pouvais plus jouer de guitare…

Plus du tout ?

Búi Dam : Je pouvais gratouiller un peu mais ce n'était plus possible de jouer du jazz, c'est assez technique et cela demande trop de travail du poignet dont je souffrais vraiment. A ce moment là, j'ai également beaucoup lu et j'ai aussi fait pas mal de théâtre. J'ai monté une troupe de théâtre pour des enfants, avec des amis. Et nous avons créé une pièce originale, pour les enfants. Nous avons écrit l'histoire et la musique. Nous avons tourné dans les îles Féroé avec cette pièce et on jouait cela dans les cours de récréations. C'était un truc très interactif, les enfants pouvaient interagir avec nous, c'était super.

A partir de cela, j'ai commencé à voir ce que je voulais faire avec Budam. Travailler avec des enfants m'a aidé à voir vers quoi je voulais aller. Les enfants sont une source d'inspiration fantastique. Ils sont super ouverts d'esprit et très spontanés. Cela aide à vous-même acquérir cette ouverture d'esprit.

C'est étrange, car cet album n'est pas ce que l'on peut appeler un album de chansons pour enfants…

Búi Dam : (rires) Non, pas du tout en effet ! Mais je trouve la vie tellement intéressante. J'ai envie d'en explorer tout les aspects.

Tu as commencé à écrire cet album après avoir écrit le théâtre donc ?

Búi Dam : Oui. En fait, je suis parti en Espagne, j'ai loué là-bas une petite maison isolée pour environ 5 mois, dans la montagne. Mes seuls visiteurs pendant cette période ont été un petit chat et un chien. Je descendais une fois par semaine au village pour y acheter de la nourriture. C'est là que j'ai beaucoup lu, que j'ai pu m'exprimer vraiment et écrire des chansons. J'ai alors commencé à chanter. Je m'en foutais car personne ne pouvait m'entendre, si ce n'est le petit chat et le chien (rires). J'avais tellement peur de chanter, autrement que sous la douche ! Enfin, c'est comme cela que j'ai commencé cet album.

Tu as donc entièrement composé ce disque tout seul ?

Búi Dam : Oui, j'ai tout composé, tous les textes et les musiques.

Tu es donc rentré ensuite pour enregistrer l'album définitif ?

Búi Dam : Oui, je me suis entouré d'amis, de mes musiciens préférés sur les îles Féroé. Nous avons mis la dernière touche aux chansons, nous les avons développées et ensuite nous sommes entrés en studio pour l'enregistrer. Mais tout cela s'est passé hyper vite (ndlr : il claque des doigts). Nous n'avons pas fait beaucoup de concerts, nous n'avons pas répété énormément. Tout s'est fait très vite, nous avons joué les chansons et c'était bien.

Et finalement, tu n'as pas cherché un autre chanteur pour te remplacer ?

Búi Dam : Non ! Finalement, j'étais assez excité à l'idée de chanter. C'était vraiment très chouette de le faire.

Tu as dit que tu avais enregistré cet album seul en Espagne, cela n'a pour autant rien d'un disque de musique espagnole (rires). D'où tires-tu ton inspiration ?

Búi Dam : En fait, quand tu es seul pendant un long moment, ton esprit devient plus clair. Tu n'as plus de blocage, tu vois les choses plus clairement. En tout cas, c'est ce que je pense. Tu vois clairement ta propre vie, ce qui te touche le plus, etc. Tu es seul avec toi-même.

Il y a pas mal de chansons assez sombres sur le disque et pas mal de chansons également qui pourraient être des références religieuses. Il y est question de Balthazar, Gabriel et tu chantais, pendant la session acoustique "Alleluiah" dans une de tes chansons ("Bicycle Ride"). Il y a une dimension religieuse à tes compositions ?

Búi Dam : Dans cette chanson particulièrement, oui. C'est une histoire à propos d'un groupe de gens très croyant aux îles Féroé. Vraiment très très très très croyants. Ils ont acheté un petit village inhabité et vivent là-bas tous ensemble. C'est une communauté très très très religieuse (rires) et le leader, le prêcheur, le boss, comme tu veux, a entendu la voix de Dieu. Et il lui a dit que ces gens devait partir des îles Féroé jusqu'en Terre Sainte, en Israël, en pédalant sur des vélos… Mais bien entendu, Dieu n'avait pas entendu parler du fait qu'il y avait un immense océan entre nos îles et Israël. Mais ils ont quand même décidé de le faire, parce que c'est la volonté de Dieu, tu vois. Alors ils ont acheté un bateau, très grand. Un bateau avec une roue à aube et à l'intérieur du bateau, ils ont installé les vélos pour continuer à pédaler en faisant avancer le bateau. Et comme cela, Dieu sera heureux. Cette chanson est dédicacée à cette histoire (rires).

Et ils l'ont vraiment fait ?

Búi Dam : Réellement ? Ah ça je ne sais pas ! Pourquoi pas… Dieu et ses mystères. (rires)

Ce disque est sorti sur les îles Féroé il y a deux ans. Et le voilà qui sort seulement en ce moment en France. Pour toi, c'est un vieil album dont tu as tourné la page ?

Búi Dam : Oui. Mais je l'aime toujours et je prends toujours beaucoup de plaisir à réinterpréter les chansons car je ne les ai pas beaucoup jouées depuis qu'il est sorti. Car en fait, depuis je suis allé un an à Londres, dans une école d'art dramatique, pour apprendre l'anglais. Et bien sûr pour être capable d'apprendre mieux le théâtre et de pouvoir jouer dans d'autres pièces sur les îles Féroé. C'es vraiment important pour moi de pouvoir communiquer avec le public, dDe raconter des histoires.

Alors pendant ce temps, Budam est resté en sommeil. Quand vous venez de sortir un album, c'est vrai que vous ne pouvez plus entendre vos chansons, vous en avez marre de les avoir autant entendues et jouées. Mais maintenant que le temps est passé, je reprends du plaisir à les jouer. Je trouve même que ce sont de bonnes chansons, je les aime bien ! (rires).

Vous jouez ces chansons différemment désormais ?

Búi Dam : Oui, surtout que maintenant j'ai un accent vachement plus "british".

Tu as joué l'an dernier aux Transmusicales de Rennes. C'est cela qui a été le déclencheur pour sortir ton album en France ?

Búi Dam : Oui,  en quelque sorte. En fait, c'est Yann Tiersen qui a parlé de moi. Yann Tiersen a joué l'an dernier avec un autre groupe des îles Féroé aux Transmusicales et de fil en aiguille, il m'a découvert et ensuite cela m'a permis d'arriver en France.

Depuis cet album et cette interruption pour aller étudier le théâtre, que s'est-il passé ? Il y a déjà des chansons en préparation ?

Búi Dam : Oui, il y a déjà un album qui est quasiment prêt. 13 chansons environ. On devrait l'enregistrer en début d'année prochaine.

Toujours dans le même genre ?

Búi Dam : Et bien… Je ne sais pas, je crois que oui mais ce sera aussi un peu plus étrange. Et pas aussi mélodique… Ce sera un peu plus spécial. Mais ce sera toujours des chansons, toujours les mêmes sentiments. Bien sûr, je vais écrire des choses différentes car notre vie change, nous changeons avec.

Ces chansons, cette fois ci, ont été écrites pour la plupart à Londres. Dans une grande ville donc, c'est-à-dire totalement à l'opposé de ce que j'ai fait précédemment, seul en Espagne. C'est vraiment différent dans une grande ville, avec toutes ces publicités, la TV, tout cela vous le prenez en pleine face.

Cela veut dire que ce sera quelque chose de plus "accidenté", de moins mélodique tout de même ?

Búi Dam : Non, pas forcément moins mélodique. Disons que cela demandera peut-être plus d'effort à l'écoute pour entrer dans l'album mais pas moins mélodique, comme "Bicycle Ride" qui est une nouvelle chanson (ndlr : à écouter en Froggy's Session). En fait, ce sera différent mais cela restera la même chose…

On parle souvent de toi en parlant de Nick Cave, Tom Waits… Tu te sens proche de ces artistes là, particulièrement Tom Waits car ta voix fait souvent penser à la sienne ?

Búi Dam : Non non non ! Ils sont tellement meilleurs que moi ! J'ai pas mal écouté certains de ses albums à un moment donné de ma vie mais je ne suis pas un super gros fan de Tom Waits. En fait, je préfère par exemple Neil Young. Quoi qu'il en soit, je n'écoute plus Tom Waits car je veux trouver mon propre chemin et je ne veux pas trop me laisser influencer. Ce n'est pas grave que les gens me comparent à Tom Waits, c'est même un honneur en fait. Mais je voudrais trouver ma propre voix.

Mais quoi qu'il en soit, la musique que tu écoutes a forcément une influence sur ce que tu fais…

Búi Dam : Oui, mais en fait je crois que c'est surtout les bouquins que je lis et je lis beaucoup, qui ont une influence sur mes compositions. J'adore lire, c'est sûr que c'est ma plus grande influence en fait.

La plupart de tes chansons sont des petites histoires en elles-même. Tu ne voudrais pas mettre ce talent de raconteur d'histoires en avant en écrivant un livre justement ?

Búi Dam : Holala, je crois qu'écrire un livre, c'est la chose la plus difficile à faire au monde.

Pourtant, tu écris des chansons, tu as fait des pièces de théâtre…

Búi Dam : Oui mais vraiment, c'est très dur. J'ai essayé, mais je n'y arrive pas : quand tu as écrit quelques pages et que tu te dis "OK, maintenant il reste encore au moins 200 pages, qu'est ce que je vais mettre dedans" (rires). Mais j'ai des tonnes de débuts de livres par contre ! Je pourrais faire un gros bouquin qui compilerait tous mes débuts de romans ! Et puis c'est vraiment difficile de rester focalisé sur une seule histoire pendant aussi longtemps. De plus, c'est super difficile de pouvoir garder l'attention du lecteur aussi longtemps juste avec quelques lettres, quelques mots sur du papier si tu n'écris pas superbement bien. Tu ne peux pas taquiner l'imagination du lecteur juste avec des putains de lettres chiantes sur un bout de papier.

Au théâtre ou dans la musique, tu as d'autres armes pour attirer l'attention du lecteur. Tu joues, tu chantes, il y a la voix,  ta présence physique.

C'est curieux que tu dises que les livres t'apportent tant et que tu penses que ce serait tellement ennuyeux de lire tes livres.

Búi Dam : Non mais en fait, j'ai une idée assez belle et assez romantique de moi, vieil homme, en train d'écrire des romans. J'adorerais écrire, mais vraiment c'est trop trop difficile si tu veux être un bon écrivain.

Comment se passent tes concerts en ce moment ? Tu ne joues que d'anciennes chansons ?

Búi Dam : Non, j'essaie de mélanger car ce qui est important sur scène, c'est de surprendre, de captiver le spectateur, de créer un lien avec le public. Le public fait vraiment partie intégrante du concert et c'est différent chaque fois.

Est-ce que ton pays a une influence sur ton écriture ? Car finalement, tu sembles n'écrire que quand tu n'y es pas (en Espagne, à Londres…).

Búi Dam : Oui, cela a une influence tout de même, c'est un pays où il fait souvent mauvais temps, c'est assez sombre. Il y a pas mal de brouillard, de pluie et de vent en été. Et pendant l'hiver, il y a deux heures de lumière chaque jour, pas plus, le reste il fait nuit. Et oui, c'est une influence. De plus, la nature est très présente là-bas. C'est une nature très "puissante", sauvage. Et puis la musique traditionnelle des îles Féroé est aussi importante, notamment le fait de raconter des histoires dans la musique folk.

Si tu devais décrire ta musique en 3 mots...

Búi Dam : Passion… Silence… êtres humains.

Retrouvez Budam en Froggy's Session
pour 3 titres acoustiques en cliquant ici !

 

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En savoir plus :
Le Myspace de Budam

Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


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Il fait beau et chaud, on reste à l'ombre, on traine à la plage, mais si vous avez encore un petit moment pour jeter un oeil à Froggy's Delight, nous sommes toujours là. Voici le programme light et rafraichissant de la semaine.
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Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
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"Moderne love" de Toybloid
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Le compte-rendu de la 35ème édition du Festival Humour et Eau salée
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