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Grand Mix  (Tourcoing)  vendredi 27 novembre 2009

Dix-huit années ont passé depuis le premier album de Dominique A, La Fossette, chef-d’œuvre minimaliste, disque de chambre glacé et fiévreux, marqué par l’utilisation de boîtes à rythmes et de synthétiseurs obsédants. Ce coup de génie a ébranlé la chanson française, au point d’incarner une époque, comme Barbara a pu en incarner une autre. La comparaison n’est pas fortuite : il existe une parenté entre les deux auteurs que La Fossette inscrit de façon durable.

Aujourd’hui, sur scène, les chansons de Dominique A peuvent se définir selon deux axes : d’abord celui du dépouillement – fidèle au style du premier album − ; ensuite celui de l’ouverture, caractéristique de l’enrichissement de cette musique, où la voix se libère des contraintes du petit orchestre. Les chansons s’inscrivent dans cette tension, sans se déterminer véritablement. Plus l’instrumentation se fait discrète, plus la présence du chanteur grandit, et plus il s’affirme. S’il conserve l’ossature de ses chansons, il n’en modifie pas moins les angles d’attaque, le phrasé, les accentuations, quitte à modifier de façon significative l’instrumentation. Par exemple dans "Le Courage des Oiseaux", l’electro minimaliste de La Fossette devient plus dense, et la voix plus ferme. Dans "Sous la neige", la mélancolie s’efface au profit d’une tension, d’une assurance jusqu’alors insoupçonnées.

"Les transformations ne me font pas peur, place au nouveau monde", prévient le chanteur dans une récente interview. On le croit volontiers : chaque mot oriente avec précision le groupe. Plus de deux heures de concert au Grand-Mix de Tourcoing confirment le caractère tranchant de ces textes dégraissés jusqu’à l’os. Ce concert permet d’ailleurs de mieux percevoir leur portée. Parmi les titres les plus attendus, on a pu apprécier en introduction "Le Sens", où Dominique A parle de braderie pour vendre ses souvenirs juste en échange d’un peu de sens. Bilan amorcé de la quarantaine ? Pas sûr. Ce sens en question, sans doute parvient-il à le saisir – l’approcher − sur scène, en cassant l’équilibre de ses chansons, en les déprogrammant. Sens qui se sculpte dans l’espace de la salle. Et lorsque le chanteur nous assure faire des concessions en jouant ses premiers titres, on aimerait le croire, feindre la complicité, mais il s’agit ici d’un leurre : on pense être transporté en arrière, alors qu’il se trouve bien en avant : à un endroit où il est difficile de le suivre. Ces chansons s’expriment selon une modalité neuve, et ne fonctionnent qu’ancrées dans le présent.

Parvenir à poser, en quelques mots, une situation ; la charger de désir et d’une intensité musicale : telle est la force de Dominique A. Pour cela il use d’un esprit descriptif, d’une neutralité, privilégiant la distance prise à l’endroit du monde. Les paroles de "Hotel Congress" renvoyant indirectement à celles de "Pour la peau", expriment l’urgence du désir, l’inquiétude des corps qui s’étreignent, se blessent, s’éloignent. Il n’y a pas de subjectivité chez Dominique A (je veux dire : de subjectivité apparente), mais un regard purement descriptif, posé sur son entourage, à enregistrer les oscillations du baromètre amoureux.

Les intimités ne se dévoilent qu’avec mesure ("En Secret"). Le narrateur n’intervient presque jamais, ou alors échoue à intervenir ("Twenty-two bar") ; essaie en vain d’éteindre ses passions, ou de les épuiser dans un lieu anonyme ("Hasta que el cuerpo aguante") ; aspire à se libérer de son passé ("Le Sens") ; finit par se sentir des affinités avec les sans-grades, les déshérités, marqués par la fatalité ("Les Garçons Perdus").

Il ne donnera son avis qu’avec réserve, se contentant de décrire, de percevoir, d’imaginer, et par cela même se rend terriblement personnel. Tout se passe jusqu’à un point de non-retour où il est inutile de chercher à recommencer ce qui est révolu. Peut-être que ce retrait est à l’origine d’un forme de sagesse : difficile à dire. Mais on peut affirmer que Dominique A continue de s’engager sur une voie personnelle, où résignation et  mollesse n’existent pas. Au point où il en est aujourd’hui, on peut désormais l’estimer incapable de nous décevoir jamais.

Autre grande nouvelle de la soirée : une première partie de qualité, ce qui est rare par les temps qui courent… Surtout dans ce contexte particulier qui est de préparer le terrain au grand homme ci-dessus cité, et de faire patienter le public.

Croyez que le groupe rennais Montgomery a tenu ces promesses, et les a élevées au centuple. Cette pop est un objet fascinant, inattendu.  On peut évoquer à son propos quelques références, allant de la noisy-pop (Ride, Pale Saints) à la pop lyrique (Calc, Arcade Fire), en passant par le rock fédérateur à la Radiohead.

Mais cela va bien au-dessus de ce classement (tous les classements sont navrants). Il fallait pourtant s’y attendre : leur album Stromboli, sorti cette année, avait l’allure d’une bombe à retardement, dont on n’a mesuré que récemment les effets – forcément dévastateurs.

Leur originalité vient de leur inventivité sonore, de leur exactitude mélodique. De leur refrains étranges, bouleversants parce qu’imprévisibles. De leurs compositions tortueuses, qui force l’admiration.

Une chose est sûre, on ira enquêter plus sérieusement sur cette formation, et tant qu’à faire le plus vite possible, de peur d’avoir déjà loupé l’essentiel.

 

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En savoir plus :
Le Myspace de Montgomery
Le site officiel de Dominique A
Le site Comment certains vivent
Le Facebook de Dominique A

Crédits photos : Cédric Chort (Toute la série sur Taste of Indie)


David Falkowicz         
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# 11 avril 2021 : Culture en résistance

Nous avons rencontré des acteurs du monde de la culture pour évoquer leurs situations mais aussi l'avenir. Le replay intégral est à voir dès maintenant sur la TV de Froggy's Delight. Pour le reste, voici le programme de la semaine. Et surtout, restons groupés.

Du côté de la musique :

"In time Brubeck" de Duo Fines Lames
"Navegar" de Joao Selva
"Le style (avec Guillaume Long et Flavien Girard" la 8ème émission de Listen In Bed
"Dusk" de Paddy Sherlock
"Live at the Berlin philarmonie 1969" de Sarah Vaughan
Les petites découvertes de la semaine en clips avec : Hanna & Kerttu, Texas, A Certain Ratio, Johnny Mafia, Chevalrex + Thousand
et toujours :
"Caillou" de Gisèle Pape
"Sauvé" de It It Anita
"Goes too far" de Olivier Rocabois
"Morricone stories" de Stefano Di Battista
"Le fruit du bazar" de Alex Toucourt
"Bento presto" de Caribou Bâtard
"De mort viva" de Sourdure
"Mistake romance" de Tristan Melia
"Courtesy of Geoff Barrow : Unsung Heroes" le mix #18 de Listen In Bed
Des petites découvertes en clip : O' Lake, Luwten, Corentin Ollivier, Ghern et Old Caltone

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"La passion selon saint Matthieu" de Bach par Romeo Castellucci
"War sweet war" de Jean lambert-Wild
"Les Sœurs Macaluso" d'Emma Dante
"Monkey Money" de Carole Thibaut
"Une heure de tranquillité" de Florian Zeller
"Le Dernier jour du jeûne" de Simon Abkarian
"La Ronde" de Boris Charmatz

Expositions :

en virtuel :
"Le Grand Tour, voyage(s) d'artistes en Orient" au Musée des Beaux-Arts de Dijon
"La Fabrique de l'Extravagance" au Château de Chantilly
"La Police des Lumières" aux Archives nationales
"D'Alésia à Rome" au Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye
"Pompéi, un récit oublié" Musée de la Romanité à Nîmes
et un documentaire : "Les trésors des hôtels particuliers : Du Marais aux Champs Elysées"

Cinéma :

at home :
"Où vont les chats après 9 vies ?" de Marion Duhaime
"Stuck Option" de Pierre Dugowson
"La fête est finie" de Marie Garel-Weiss
"1991" de Ricardo Trogi
"Généalogies d'un crime" de Raoul Ruiz
"L'été de Kikujiro" de Takeshi Kitano
"Le retour de la panthère rose" de Blake Edwards

Lecture avec :

"Elmet" de Fiona Mozley
"Le savoir grec" de Jacques Brunschwig, Geoffrey Ernest Richard Lloyd & Pierre Pellegrin
"Seul entouré de chiens qui mordent" de David Thomas
"Sur la route, vers ailleurs" de Benjamin Wood
et toujours :
"Biotope" de David Coulon
"Ces petits riens qui nous animent " de Claire Norton
"Dernières nouvelles de Sapiens" de Silvana Condemi & François Savatier
"Eat, and love yourself" de Sweeney Boo
"Giants : Brotherhood" de Carlos & Miguel Valderrama
"L'art du sushi" de Franckie Alarcon
"L'île sombre" de Susanna Crossman
"La rivère des disparues" de Liz Moore
"Pourquoi le nord est-il en haut ?" de Mick Ashworth

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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