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Interview  (Paris)  mars 2004

Spontanée, juvénile, d’une intelligence vive, Carlotta Clerici, membre du quator fondateur de la Compagnie du théâtre vivant, est auteur et metteur en scène. De Milan à Paris, toute son énergie est tournée vers le théâtre, le théâtre vivant qui n'existe que par la rencontre éphémère et magique, lors de la représentation théâtrale, entre l'auteur, le metteur en scène, l'acteur et le spectateur.

Elle nous parle de sa passion, de ses convictions et de ses projets.

Comment êtes-vous venue au théâtre ?

Carlotta Clerici : C’est une passion qui date de l’enfance, depuis que j’ai vu des spectacles. J’organisais des spectacles à l’école. Ensuite j’ai choisi la filière Histoire du théâtre à la Faculté de lettres de Milan et puis j’ai très vite commencé, dès l’âge de 20 ans, à travailler comme assistante à la mise en scène en Italie car l’université ne me suffisait pas. J’avais besoin d’un contact concret avec le plateau. Cela n’a fait qu’accroître cette passion.

Il m’a fallu pas mal de temps pour m’avouer que ce que je voulais faire était plus sur le plateau que du côté de la critique. Car j’avais fait une maîtrise, un DEA et j’ai travaillé comme critique. J’ai même failli faire une thèse mais le jour de l’inscription au doctorat je me suis arrêtée devant la porte de l’université et je suis rentrée à la maison. Je me suis dit : "Non !". Dès lors j’ai orienté toutes mes énergies sur l’assistanat, la mise en scène puis l’écriture.

Quel était le sujet de la thèse ?

Carlotta Clerici : Le théâtre italien de l’après guerre. Sur la réécriture de la tragédie en particulier.

Vous avez dit stop parce que vous vous trouviez dans un cursus trop théorique ?

Carlotta Clerici : Oui. C’est très intéressant également mais j’en avais pris l’essentiel et j’éprouvais le besoin de passer à autre chose.

Votre parcours est un peu atypique. D’ordinaire, les gens font du théâtre et théorisent ensuite. Vous avez fait le parcours inverse. Quel a été l’apport de cette approche livresque ?

Carlotta Clerici : Oui, c’est vrai. L’apport existe certainement mais c’est plutôt de façon inconsciente que j’ai assimilé. Car j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus appris sur le terrain, grâce aux assistanats notamment, et là je fais une parenthèse pour dire que le metteur en scène qui m’a le plus apporté est Jean Luc Jeener qui m’a appris énormément sur la direction d’acteur. Cela dit je pense quand même avoir un peu assimilé l’histoire du théâtre à travers l’étude critique et la lecture. Tout cela crée de bonnes bases. Mais je n’y pense pas et j’ai un rapport très direct, artisanal avec la pratique théâtrale, pas du tout intellectuelle. Mais c’est quand même présent, quelque part.

Vous n’avez jamais eu envie d’être actrice ?

Carlotta Clerici : Non, jamais. Par moment, un peu, mais jamais suffisamment pour faire l’effort que cela demande. J’ai fait des stages de comédie mais toujours dans la perspective de la direction d’acteur pour voir comment cela se passe à l’intérieur de l’acteur quand on donne une indication. Et même les stages ne m’ont pas donné envie d’être acteur.

Milan-Paris c’est un hasard ?

Carlotta Clerici : Je suis venue à Paris par hasard et pour y rester très peu, en touriste.

Et la rencontre avec Jeener ?

Carlotta Clerici : Cette rencontre a eu lieu par l’intermédiaire d’une amie. Je travaillais déjà comme assistante ; je n’avais jamais fait de mise en scène mais j’avais dirigé des lectures. Une amie comédienne avait présenté un projet au théâtre du Nord Ouest pendant la saison Tchekov qui a été accepté. Elle avait besoin d’un metteur en scène et me l’a proposé. Durant cette saison j’ai vu La cerisaie montée par Jeener et Oncle Vania à la sortie duquel je suis allée dans son bureau et je lui ai dit que je voulais être son assistante parce que c’était un chef d’œuvre.

Et il a accepté ?

Carlotta Clerici : Oui. Et il s’agit d’une rencontre fortuite mais fondamentale.

Que vous a apporté Jean Luc Jeener ?

Carlotta Clerici : L’apport essentiel concerne le travail avec le comédien, l’analyse de la psychologie du personnage et de la psychologie de l’acteur, la capacité de gérer l’ensemble et de faire que progressivement les deux s’imbriquent avec une sensibilité et une intelligence de l’analyse de l’âme humaine rares. Et puis, il m’a donné aussi des éléments techniques pour réaliser ce travail. Ce qui correspondait totalement à ce que je voulais faire et que j’essayais déjà de faire. Ça m’a donc beaucoup aidé. J’ai travaillé bien sûr avec d’autres metteurs en scène et chaque expérience est riche d’enseignements.

Le discours de Jean Luc Jeener est très singulier.

Carlotta Clerici : Je n’adhère pas à son discours dans toute sa globalité. Ce qui explique aussi pourquoi nous avons crée la compagnie du Théâtre Vivant.

Quelle est la genèse de cette compagnie dans le discours duquel on perçoit la filiation avec le discours de Jean Luc Jeener ?

Carlotta Clerici : Je n’utiliserais pas le terme de filiation. Ce mot a peut être un sens pour moi et pour Anne Coutureau. Anne Coutureau a beaucoup travaillé comme comédienne avec Jeener dont elle a joué tous les premier rôles ces dernières années. En revanche, cela ne peut pas s’appliquer à Mitchell Hooper et Yvan Garouel car ils avaient déjà un parcours bien consolidé avant de rencontrer Jeener. Mais nous avons bien évidemment des choses en commun.

L’idée de créer le théâtre vivant est née autour d’un spectacle, qui était "L’amour existe" écrit et mis en scène par Mitch dans lequel jouaient Yvan et Anne, joué au théâtre du Nord Ouest pour la saison consacrée à la confusion des sens il y a 4 ans. Ce spectacle était extraordinaire, parfait. J’avais été frappée par le spectacle et par la note de mise en scène de Mitch sur sa conception de la mise en scène structurée. En substance, elle disait que le spectacle déstructuré veut témoigner du chaos du monde mais tout le monde en est aujourd’hui conscient. Or il ne suffit plus d’en témoigner, il faut y résister en apportant de la structure, en apportant du sens.

Et je me suis reconnue dans ce discours. Je trouvais les mots qui correspondaient à ce que je voulais faire. Mitch et Yvan se connaissaient et Anne c’était une rencontre. Nous nous sommes tellement bien entendu, nous avions tellement de points en commun, d’énergies et une telle envie de défendre une forme de théâtre qui n’est pas à la mode que nous avons décidé de conjuguer nos forces.

La compagnie a été créée il y a deux ans ?

Carlotta Clerici : Les statuts de l’association datent de fin 2002 mais la compagnie existait depuis un an déjà.

Quel est l’apport, même s’il est encore un peu tôt pour le savoir, de ce regroupement d’individualités au sein d’une entité juridique qui a également un site web ?

Carlotta Clerici : Oui. Il n’y a rien de concret pour le moment mais les gens réagissent. Il y a un intérêt qui se manifeste. Nous ne sommes plus chacun créateur d’un spectacle isolé mais créateurs au sein d’un projet qui est plus important. Ce qui élimine tout le côté hasardeux. J’ai le sentiment que les gens sont intrigués, intéressés par ça.

Vous pensez que l’union fait la force et que le nombre joue en faveur de la crédibilité et de l’intérêt du projet ?

Carlotta Clerici : Et puis on se sent moins seul ce qui est important dans ce métier où il est difficile de monter un projet. Cela nous permet de réfléchir davantage sur ce que l’on fait. A quatre nous avons des débats animés qui font avancer les choses. Nous devenons un petit mouvement. Le plus importants restent bien sûr nos spectacles mais les gens réagissent à nos réflexions car c’est un projet à long terme qui ne se limite pas à une création.

La Compagnie du Théâtre Vivant constitue-t-elle une sorte d’interface avec les professionnels, les critiques, le public qui projette une image différente de celle d’un créateur seul ?

Carlotta Clerici : Oui. Et la compagnie se bat pour défendre ce genre de théâtre.

Pour le moment, vous êtes 4 membres fondateurs. Y a-t-il d’autres personnes qui se manifestent pour vous rejoindre et quelle est votre volonté d’ouverture ?

Carlotta Clerici : Nous souhaitons bien sûr que d’autres personnes nous suivent dans notre démarche. Mais nous resterons sans doute que 4 à la tête car déjà à 4 avec les mêmes idées, le même parcours, la même sensibilité artistique il est difficile de parvenir à un accord. Plus c’est impossible. Mais nous souhaitons travailler avec ceux qui partagent nos idées. Dans ce cas, ils nous rejoindraient mais avec un statut différent. Ce seraient des membres associés ou adhérents.

Pourraient-ils monter des spectacles estampillé Théâtre Vivant ?

Carlotta Clerici : Nous nous sommes posés la question. Mais pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Pour la mise en scène, cela me paraît difficile. L’association concernerait plutôt les comédiens.

Vous dîtes : "On peut faire du théâtre pour 2 raisons : pour leur faire oublier les soucis contingents ou pour les aider à réfléchir sur la condition humaine". Pensez-vous vraiment qu’il n’existe que cette alternative ?

Carlotta Clerici : C’est schématique. C’est un peu l’inconvénient à chaque fois que l’on théorise et qu’on essaie d’être clair. Toujours en schématisant, cette dualité correspond un peu à la situation du théâtre en France où théâtre privé et théâtre subventionné sont plus que séparés. Il n’y a pas de communication entre eux, entre le théâtre de divertissement et le théâtre de recherche. Je pense que des connexions peuvent exister entre les deux. La priorité du théâtre vivant est la recherche de sens mais ce que nous faisons est très accessible. C’est un théâtre qui va vers les gens. Le principe de l’identification signifie parler aux gens, les impliquer dans le spectacle. Il n’y a pas de côté divertissement mais il demeure un aspect de plaisir.

Dans le théâtre subventionné recherche devient souvent le synonyme de recherche formelle, intellectuelle inaccessible et il faut disposer d’instruments qui ne sont pas à la portée de tout le monde pour comprendre un spectacle où parfois il n’y a rien à comprendre. Nous, nous tenons compte du public mais en même temps nous ne faisons pas de concessions.

C’est même pire que cela. Vous faites un théâtre sans concessions mais qui est aussi très exigeant. Il faut l’auteur, le metteur en scène, l’acteur et aussi le spectateur qui participent tous au spectacle. Le jour de la représentation, tous ces intervenants doivent être en état pour qu’il se passe quelque chose .

Carlotta Clerici : Oui. Ce qui arrive quand même assez souvent. Et en tous cas, ce qui arrive presque toujours sur une partie du spectacle, peut être pas sur la totalité. Et c’est le risque de ce théâtre. Il y a une fragilité évidente. Un théâtre qui se base sur des codes formels, un comédien qui joue de manière technique sur des codes formels peut faire tous le soirs la même chose. S’il est bon, ce sera impeccable. Un comédien qui joue avec ce qu’il a à l’intérieur de lui n’est pas tous les soirs semblable. Il l’est un peu plus, un peu moins et quelquefois malheureusement, et c’est rare, pas du tout.

Nous demandons beaucoup au spectateur car il conditionne énormément le déroulement du spectacle et on le sent. On joue vraiment avec lui. Mais je sais par expérience qu’il se prend souvent au jeu. Il y a quelque chose de magnifique au théâtre : un être humain à quelques centimètres dans lequel on peut se reconnaître si on ne met pas de barrière, de convention, de code.

C’est merveilleux de se reconnaître en lui et l’identification ne peut pas fonctionner aussi bien dans un art autre que le théâtre. Cela ne peut se passer qu’au théâtre parce qu’il y a un homme en chair et en os. Il est vivant. Il faut donc laisser ce vivant. Or le théâtre aujourd’hui tend à enlever ce vivant pour réduire l’acteur à une marionnette, à un porte-parole.

Pour l’auteur, vous indiquez qu’il est investi d’une mission. Il doit être simultanément un témoin éclairé, capable de capter et de décrire ce qui l’entoure, et un démiurge, capable d’insuffler de la vie. Comment cela fonctionne-t-il chez vous qui êtes auteur dramatique ?

Carlotta Clerici : Je pense que lorsqu’on crée un personnage, on le construit à partir d’éléments réels, des gens que l’on connaît et de son vécu personnel. Si on essaie vraiment de créer un être humain en creusant dans l’âme et la psychologie humaine, il arrive un moment où le personnage prend son autonomie. Un personnage bien construit vous échappe à un moment de l’action en faisant quelque chose que l’auteur n’a pas prévu. La partie la plus intéressante est ce qui nous échappe. Et cela est valable dans l’écriture comme dans la mise en scène. Et cela a un rapport avec l’inconscient. Forcément. Et là, on apprend des choses sur nous-mêmes.

Nous n’écrivons pas ni ne faisons de la mise en scène pour dire ce qu’on sait déjà – pour cela il y a les essais et d’autres formes – mais pour révéler quelque chose que l’on ne sait pas. Le travail artistique va à la découverte. Et encore plus avec la mise en scène parce qu’il n’y a pas que l'inconscient de l’auteur et du metteur en scène. Il y a aussi celui des comédiens. Et tout cela est d’une richesse infinie. Et produit des découvertes insoupçonnées et insoupçonnables, mystérieuses et miraculeuses.

Quand le travail de mise en scène est achevé, le personnage créé au départ par l’auteur s’est métamorphosé.

Carlotta Clerici : Sur scène, le personnage s’est enrichi. On part d’un personnage qui dans la tête de l’auteur ou sur le papier n’est pas encore vivant. Alors que sur scène, ce personnage est vivant.

Mais correspond-il à celui du papier ?

Carlotta Clerici : Le personnage vivant est construit sur le socle du personnage papier. Les traits fondamentaux demeurent. Mais l’apport du metteur en scène et du comédien crée une alchimie d’où naît une créature vivante qui est différente du personnage papier, du personnage insufflé par le metteur en scène et qui n’est pas l’individu comédien. Interprété par un autre comédien, le personnage sera différent même s’il existe des constantes.

C’est également le cas dans le développement d’une histoire. Car quand je fais une mise en scène, j’ai une idée, j’ai une lecture de la pièce, une direction. Mais ensuite il y a des chemins de traverse au cours du travail avec les autres. Il faut garder une cohérence profonde dans cette ligne directrice mais en ne se fermant jamais.

Vous ne vous obligez pas à suivre un style d’écriture ou de mise en scène.

Carlotta Clerici : Nous n’avons pas de règles mais nous avons un intérêt profond pour l’être humain et nous avons envie de l’ouvrir, de voir ce qu’il recèle. Nous aimons l’être humain et c’est notre seule règle. L’humain doit toujours prévaloir sur l’idéologie. Nous n’avons pas d’idées préconçues. Mais cependant il y a une histoire. Ainsi j’imagine une histoire et à la fin j’en découvre une autre.

Et l’écriture d’un roman vous tente ?

Carlotta Clerici : Oui. J’ai envie. J’ai une histoire que j’ai envie de raconter et pour laquelle je ne vois pas comment l’écrire pour le théâtre.

Mais si vous procédez par voie romancée, il n’y aura pas cette transmutation du personnage par le comédien

Carlotta Clerici : Et oui. Et c’est dommage.

Donc une partie du personnage ne sera pas révélée…

…c’est comme un classeur et vous préférez y mettre des feuilles…

Carlotta Clerici : Oui, c’est vrai. Je n’arrive pas à me décider car je sortirai un peu de mon élément. Mais peut être arriverai-je à trouver une idée pour raconter cette histoire sur scène. C’est ce que j’attends encore. C’est une question de contraintes générées par la scène.

"La Mission" ne se joue plus actuellement. Y a-t-il des projets pour une reprise ?

Carlotta Clerici : Non pas pour le moment même si je le souhaite bien sûr. Le soir de la dernière je me disais : Non ce n’est pas une vraie dernière. Nous l’avons reprises deux saisons au théâtre du Nord-Ouest et cette année à l’Aktéon. En revanche, j’ai un projet pour mon nouveau texte" L’envol" qui sera créé dans un an au Vingtième théâtre. Pour le moment, toute ma vie y est consacrée.

Avez-vous d’autres textes écrits ?

Carlotta Clerici : Non. J’écris depuis très longtemps et j’ai fait de nombreuses tentatives mais le premier texte abouti est La mission et le deuxième L’envol.

Si quelqu’un souhaitait mettre en scène et jouer La mission, quelle serait votre réaction ?

Carlotta Clerici : Je serais ravie. Maintenant que le spectacle a été créé, oui. Car j’avais envie que cette pièce soit créée dans une certaine direction. Siun de mes trois camarades de la Compagnie du Théâtre Vivant m’avait proposé de la monter à ma place, j’aurais accepté. Maintenant, le spectacle a existé tel que je le voulais et je serais très contente que quelqu’un d’autre le fasse. L’année dernière, il y a une troupe amateur qui l’a jouée mais je n’en ai pas été prévenue. Vraiment, je serais ravie même si elle est montée dans un autre style. Je ne pense pas que ce serait une bonne idée mais je suis quand même curieuse.

Maintenant que vous avez donné vie à votre texte, vous n’irez peut être pas plus loin sur ce texte…

Carlotta Clerici : …exactement, moi je ne peux pas…

…donc maintenant il peut vivre sa vie en dehors de vous….

Carlotta Clerici : …oui. Par exemple, pour L’envol je ne veux absolument pas que quelqu’un d’autre la monte avant mars 2005 ! Je veux que ce soit d’abord mon spectacle !

Votre texte est un peu comme votre enfant que vous mettez au monde et que vous gardez jalousement tant qu’il n’est pas en âge d’évoluer seul. Ensuite, vous avez d’autres projets.

Carlotta Clerici : Oui.

Et avez-vous des projets pour faire la mise en scène d’autres auteurs classiques ou contemporains ?

Carlotta Clerici : Malheureusement pas dans l’immédiat parce que j’ai trop de travail d’ici L’envol. Mais cela me manque un peu.

Et vous avez quelques idées à ce propos ?

Carlotta Clerici : J’ai quelques idées et des auteurs que j’aime mais je sais que je ne peux rien mettre en œuvre dans l’immédiat. Mais ça me manque de travailler sur le texte de quelqu’un d’autre. C’est un travail différent et très intéressant. J’ai monté" Théâtre", la pièce de Jean-Luc Jeener, l’année dernière et j’arrivais vierge devant ce texte que je n’avais pas écrit. Ce que je dis sur le fait d’avoir une direction et puis d’explorer plusieurs pistes prend encore davantage d’acuité sur un texte dont je ne suis pas l’auteur. Car pour La mission que j’ai monté juste avant je savais où j’allais. Je le savais d’ailleurs peut être un peu trop même si j’essayais de faire abstraction de moi en tant qu’auteur. Avec Théâtre, je découvrais un terrain nouveau et inconnu et c’était passionnant de l’explorer. Il y avait même des choses que je n’avais pas comprises avant de commencer le travail et que j’appréhendais après les répétitions.

Y a-t-il des points communs entre La Mission et Théâtre?

Carlotta Clerici : Théâtre et La mission sont deux pièces sur le théâtre dans le théâtre et qui de manière très différente pose une réflexion sur le rôle de l’artiste dans la société et le sens de l’art dans notre vie. Dans La Mission cela va un peu au-delà car cela va jusqu’au questionnement de l’agir pour l’homme dans son quotidien. Dans Théâtre, cela reste circonscrit au théâtre.

Théâtre est de nouveau programmée au théâtre du Nord-Ouest. Avec la même distribution ?

Carlotta Clerici : Oui avec les mêmes comédiens.

Avez-vous revu la mise en scène ou n’y a-t-il eu qu’un recadrage ?

Carlotta Clerici : Non, nous allons juste faire un filage ou deux. Par exemple pour La mission, j’avais fait quelques adaptations pour tenir compte de la distribution un peu modifiée et surtout du nouveau lieu car le rapport avec l’espace était tout à fait différent. Ce qui est d’autant plus important pour quelqu’un qui tient beaucoup au rapport entre le public et les comédiens.

Au Nord-Ouest, dans la petite salle, le public entourait les acteurs alors qu’à l’Aktéon, qui est une toute petite salle, le public était au centre de la salle et les acteurs jouaient autour de lui. Il y avait encore moins de distance qu’au Nord-Ouest. Le spectateur était dans le spectacle.

Jean-Luc Jeener fait partie de la distribution de Théâtre. Le diriger était difficile ? Vous sentiez-vous observée ou avez-vous totalement pris votre autonomie ?

Carlotta Clerici : J’y suis parvenue au bout de deux répétitions. J’ai eu très peur. Lui a été formidable, doublement formidable car il s’agissait de plus de son texte. Et il avait visiblement une idée qui n’était pas la mienne et cela doit être très difficile pour un auteur d’accepter cela et de suivre des indications qui vont dans une autre direction. Mais il m’a vraiment beaucoup aidée.

Il ne jetait pas un œil sur l’ex-assistante ?

Carlotta Clerici : Non. J’ai eu peur avant la première répétition. J’étais terrorisée. Et puis je me suis dit que si on voulait faire un bon spectacle il fallait oublier ça.

Entre la Compagnie du théâtre vivant et le théâtre du Nord-Ouest il n’existe pas de lien autre que le fait que ce dernier peut vous accueillir…

Carlotta Clerici : …et que nous avons beaucoup d’éléments en commun. L’idée du théâtre de l’incarnation de Jean-Luc Jeener est un peu la nôtre aussi.

Vous avez également dit que vous aviez des points de divergence. S’agit-il de points fondamentaux ou de points de détail ?

Carlotta Clerici : Les grandes différences se présentent au niveau idéologique. Nous n’avons pas le même rapport au christianisme, ou nous l’avons de manière différente. Jean-Luc Jeener a une grande conviction religieuse, une foi chrétienne alors que nous sommes plus en quête de sens et nous ne savons pas où le trouver. Je pense qu’il a plus de choses à transmettre et nous plus de choses à chercher. Donc la démarche est différente dans le travail.

Jean-Luc Jeener et Yvan Garouel ont fait la même réponse à une question que je leur ai posée. Je leur demandais si, en raison de leurs exigences et de leur non compromission, ils se croyaient investis d’une mission. Je vous pose donc à votre tour cette question.

Carlotta Clerici : J’ai envie de dire oui mais je ne veux pas que cela paraisse prétentieux. Je pense que quand on sait faire quelque chose dans la vie, on a le devoir de le faire totalement. On a la chance inouie de faire un métier artistique qui peut apporter énormément aux gens. Le théâtre que nous faisons nous permet de révéler des choses sur nous-mêmes. Il peut surtout, et ça je l’espère, nous mettre dans la peau des autres, à voir l’autre comme un autre soi. Donc oui, c’est une mission mais je n’aime pas trop le mot…mais il faut peut être avoir le courage d’assumer ce mot …

Peut-on dire qu’il s’agit d’une mission au sens où vous vous sentez investie d’une capacité à transmettre quelque chose ?

Carlotta Clerici : Pas vraiment. Je ne pense pas être dépositaire d’un savoir. Je n’ai pas de leçons à donner. Mais je sais faire un travail qui peut, et je l’espère, apporter énormément à moi et aux autres.

Que pensez-vous de la politique culturelle française en matière théâtrale ?

Carlotta Clerici : Elle n’est pas bien. Je pense que cela est dû aussi à une fracture entre les gens qui décident et les gens du métier. Et en plus, je sais de quoi je parle parce que j’ai travaillé au sein de l’université. Il n’y a pas de connexion avec la scène. Il y a une méconnaissance totale du travail de mise en scène, du travail du comédien. Il y a la théorie et la pratique de l’autre. Pourquoi cette quête de nouvelles formes, qui sont d’ailleurs les bénéficiaires des subventions ? La recherche est toujours formelle.

Alors que nous, nous faisons une recherche axée essentiellement sur le fond, sur le contenu. Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas de forme. Mais notre forme est effacée, ce n’est pas ce que nous mettons an avant. Pour ceux qui n’en connaissent pas le mécanisme, notre travail de mise en scène est invisible. Volontairement, nous ne voulons pas que le travail du metteur en scène se voit. Notre but est de travailler avec l’acteur pour arriver à construire un personnage. Et cela est le fruit d’un travail énorme qui s’effectue sur de nombreux mois.

Mais cela ne se voit pas. Alors que les nouvelles formes, un bel écran sur la scène plus des acrobates nus et une voiture qui tombe des cintres se voient d’où une quête de la nouvelle forme du 21ème siècle.

Et quelle est la situation du théâtre en Italie ?

Carlotta Clerici : Elle est pire qu’en France car il y a beaucoup moins d’argent et très peu de subventions. Ceux qui sont subventionnés, et c’est ce qui risque d’arriver en France, ce sont les grandes structures ce qui ne laisse aucune place à la création pour les petites compagnies. Or c’est d’elles que peut naître la nouveauté alors qu’on ne subventionne que la culture institutionnelle.

 
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interview de Jean Luc Jeener
Interview de Yvan Garouel
interview de Mitch Hooper
interview d'Anne Coutureau

la chronique sur la pièce Tête d'Or
la chronique sur la pièce Théâtre

Pour en savoir plus sur la compagnie du Théâtre Vivant :
www.theatrevivant.com

Pour connaître le programme du Théâtre du Nord-Ouest :
www.theatre-nordouest.com


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# 16 juillet 2017 : comme un air de vacances

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Interview de Madame Robert à l'occasion de leur passage au festival La croisée des Chap's
Guns and Roses au Stade de France
Festival des Eurockéennes :
Jeudi avec The Lemon Twigs, Shame, Iggy Pop...
Vendredi avec Tash Sultana, Idles, Psykup, Parcels , Editors...
Samedi avec Fischbach, HTMLD, Explosions In The Sky...
Festival de Beauregard :
Vendedi avec Warhaus, Her, Benjamin Biolay, Midnight Oil...
Samedi avec Editors, Airbourne, Phoenix, Echo & the Bunnymen...
Dimanche avec Fai Baba, Tinariwen, Michael Kiwanuka, The Foals...

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"L'autre fille" à l'Artéphile Théâtre
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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