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Théâtre de Poche Montparnasse  (Paris)  décembre 2009

Comédie dramatique de Arthur Schnitzler, mise en scène de Marion Bierry, avec Vincent Heden, Alexandre Martin, Sandrine Molaro, Serge Noel, Marie Reache, Aline Salajan et Eric Verdin.

"La Ronde" a été écrit en 1900 à Vienne par Arthur Schnitzler. C'est le thème de la sexualité qui y est abordé à travers plusieurs dialogues entre un homme et une femme qui ont une relation sexuelle. Ce texte, considéré comme pornographique à l'époque mais néanmoins succès littéraire lors de sa publication en 1903, n'a été monté qu'en 1921 en Allemagne.

On peut s'étonner que le thème de la sexualité s'attire les foudres de la censure à Vienne aux débuts du 20ème siècle. Il suffit de rappeler le rayonnement de la grande capitale artistique et intellectuelle qu'était Vienne à cette époque : les travaux de Sigmund Freud ou d'Otto Rank sur la psychanalyse, les nus de Klimt ["Eaux Mouvantes" (1898) ou "Les poissons rouges" (1902)] ou d'Elena Luksch Makowsky ["L'adolescence" ( 1903)], le livre d'Otto Weininger "Sexe et caractère"...

Cependant, si le texte de Schnitzler ne peut être monté, c'est plus sûrement davantage parce qu'il bouscule l'ordre établi et la notion de classes qu'à cause du thème abordé. Il convient hypocritement de taire les relations sexuelles que les maîtres peuvent avoir avec la bonne, le comte avec l'actrice, la femme mariée avec un jeune homme, etc... On peut les écrire, utiliser le pouvoir de l'image au théâtre pour les montrer reste alors choquant.

"La Ronde" est constituée de dix dialogues entre un homme et une femme, avant l'acte sexuel (jeu de la séduction, préliminaires...) et après l'acte. Cette ronde commence par "la prostituée et le soldat", puis "le soldat et la femme de chambre", "la femme de chambre et le jeune homme", und so weiter... pour fermer la ronde par "le comte et la prostituée". La mise en scène de Marion Bierry illustre encore plus cette idée de ronde en entraînant les acteurs dans un jeu de déplacements autour de panneaux glissant sur la scène, qui cachent ou dévoilent les corps.

Marion Bierry a décidé de légèrement déplacer l'époque du texte dans un Vienne à la veille de la première guerre mondiale. Cette petite liberté lui permet de rapprocher le texte de Schnitzler de la théorie d'Eros et de Thanatos dans "Au-delà des principes de plaisir" de Freud, et d'illustrer cette polarité entre Amour et Mort. Il faut préciser que Freud avait une haute opinion de Schnitzler comme connaisseur de la nature humaine ("J'ai ainsi l'impression que vous saviez intuitivement, ou plutôt par suite d'une auto-observation subtile, tout ce que j'ai découvert à l'aide d'un laborieux travail pratiqué sur autrui." Correspondance de Sigmund Freud - lettre du 14 mai 1922). En effet, Schnitzler décrivait l'époque en une attitude impressionniste, tandis que Freud tirait ses théories de l'analyse du style et de la conception de la vie qui prévalaient chez ses patients viennois à la fin du 19ème siècle, début du 20ème.

Les acteurs sont tous très bons. Parfois amenés à se dénuder, ils restent cependant toujours dans le ton juste. Il faut préciser que la mise en scène montre sans exhiber, le texte de Schnitzler ne met pas en scène l'acte sexuel. Lorsque celui-ci est toutefois parfois mimé, derrière des draps par exemple, il est souvent accompagné de chants, qui outre déminent la charge érotique de la scène, mais renforcent le propos de Schnitzler qui voit dans l'ivresse, dans l'action ou dans le sexe, un bonheur lié à l'instant. La chanson "Heimat" (la patrie ou la maison; l'endroit où on est chez soi), interprétée avec un joli brin de voix par Vincent Heden, s'inscrit dans cette idée tout en étant particulièrement amusante.

Il faut aussi saluer la performance d'Eric Verdin, travesti dans le rôle de l'actrice, amante du poète et du comte. Sa tenue rappelle à la fois une affiche de Mucha pour une pièce de Sarah Bernhardt et la fameuse toile de Klimt "Pallas Athene".

On se souviendra aussi longtemps de la scène de lit, entre le mari et la femme (Eric Verdin et Sandrine Molaro), et la gestuelle des acteurs, debout face au public mais bougeant comme s'ils étaient allongés, un oreiller collé au mur derrière leur tête.

Cette pièce atteint donc un bel équilibre entre plaisir, détente, réflexion sur la nature humaine et références historiques et artistiques, entre jeux d'esprit et plaisirs de la chair.

 

Laurent Coudol         
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La sélection de la semaine :
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