Pièce
de Yukio Mishima, traduction de d’André pierre de Mandiargues,
mise en scène d’Alfredo Arias, avec Alfredo Arias,
Michel Hermon, Antonio Interlandi, Emiliano Suarez, Rodolfo De Souza
et Wladimir Beltran.
Ne craignant pas la critique d’être taxée de
tautologie, Madame de Sade est une pièce de Mishima et cette
pièce est mise en scène par Alfredo Arias et 1 + 1
= 2.
Yukio Mishima, plus connu en France comme écrivain, a écrit
"Madame de Sade" pour le Shinjeki, nouveau genre théâtral
japonais issu du théâtre occidental représentant
le renouveau par rapport au Kabuki et au Nô.
L’écriture de cette pièce part de faits réels
comportant sinon un mystère du moins un dénouement
inattendu et donc inexplicable. C’est la vie de Madame de
Sade, l’épouse du fameux marquis, qui le soutint pendant
toutes ses années d’exil et de prison et l’abandonna
dès qu’il devint libre.
Mishima donne une interprétation mystique de cette rupture
: complice de son mari, elle le défend avec exaltation jusqu’au
moment où elle comprend que la seule manière de s'unir
à lui est d'entrer au couvent pour suivre le chemin de traverse
menant au ciel qu’il a défriché.
Mais cette pièce est à plusieurs lectures à
partir de la seule certitude qui est sa participation à certains
débordements de son mari. On peut y voir une femme rebelle
qui, emprisonnée dans le carcan historique et familial trouve,
par époux interposé en quelque sorte, le moyen de
proférer des croyances qui encourt la réprobation
morale de la bonne société de l’époque
et ce jusqu’à la libération d’un époux
devenu vieux qui se réfugiera dans la folie.
Plus traditionnel, Renée se fait un devoir de soutenir
et défendre son époux condamné pour sa dépravation
en termes de devoir conjugal et chrétien face à l’opprobre
tant familiale que sociale : la vertu au soutien du vice, encore
qu’elle ne soit pas tout à fait innocente en la matière.
Dès lors que le marquis retrouvait la liberté ce devoir
n’existait plus et elle part expier ses fautes dans un couvent.
Autre lecture possible, celle d’une femme qui maintient,
malgré l’éloignement, une relation fusionnelle
avec son époux dont elle fût complice ("Donatien
c’est moi !") jusqu’au moment où
elle découvre qu’elle n’était qu’un
personnage, celui du roman Justine ("Justine,
c’est moi !") et qu’en réalité
loin de participer de cette liberté de mœurs elle, comme
d’autres, s’est laissé manipulée pour
nourrir l’œuvre de son mari ("Nous
sommes emprisonnés pour lui. Nous avons vécu, agi,
gémi, pleuré et crié
uniquement pour lui donner matière à compléter
son affreux roman").
La pièce retrace son itinéraire au sein de la demeure
paternelle face à une maitresse femme, qui manie bien le
fouet de l’ordre social, sa mère Madame de Montreuil.
Alfredo Arias, grimé en gros poupon nippon portant masque
japonais, perruque de geisha et , qui va progressivement revêtir
le kimono rituel et engonçant, symbole du respect de la tradition
et de l’ordre établi, campe une Madame de Sade à
la gestuelle syncopée, déclamante, totalement irréaliste
face à Michel Hermon, époustouflant comédien,
dans le rôle de Madame de Montreuil dont le smoking du début
de la pièce, symbolise du pater familias qui en l’absence
du père et du mari règne sur la maisonnée.
Autour d’elles gravitent aux deux extrêmes la comtesse
de Saint-Fond tenancière de bordel et la sainte baronne de
Simiane, la servante fidèle et Anne, la sœur cadette
qui a également été la maîtresse du marquis.
Ce soir-là, le spectacle a été très
frileusement applaudi, la plupart des spectateurs restant assis,
comme abasourdis, par tant d’extravagance au sein du temple
de la culture qu’est Chaillot. Encore que tout intellectuel
qui s’en vante n’est pas sans ignorer qui est Arias
et ne se retrouvait pas dans cette salle par hasard. Envie d’un
frisson sans doute à l’instar des biens-pensants, telle
la sainte baronne de Simiane directrice d’un couvent que le
récit des tribulations sadiennes plonge dans des émois
hypocrites.
Mais il est patent que le spectacle d’Arias déconcerte.
Et ce pour de multiples raisons.
Le décalage entre le 18ème siècle français,
époque des dentelles et du libertinage lunaire sur air de
clavecin et les références au théâtre
japonais que sont les jeux d’ombres chinoises, le monopole
des hommes sur la scène théâtrale.
Le décalage entre le texte précieux et métaphorique
du 18ème siècle, en résonance avec la parole
judéo-chrétienne, avec le style superbe d’André
Pierre de Mandiargues, et son interprétation par des acteurs
latino-américains dont le jeu et l’accent s’apparentent
à ceux des télénovelas.
Le mélange des genres au sens artistique comme au sens
humain : confusion des genres avec une pièce de théâtre
transformée en spectacle de music-hall, Arias ayant toujours
célébré la féerie du déguisement
et confusion des sexes avec en l’espèce un travestissement
incomplet qui dérange. En effet, les comédiens ne
sont pas totalement travestis, ce qui les rapprocheraient des acteurs
japonais traditionnels. Ils ne revêtent que quelques attributs
vestimentaires hyperféminins aisément décodables
comme insignes de la vertu ou signes du vice.
La surabondance des métaphores, Arias, estimant que Sade
ne peut être considéré que par images et par
symboles, multiplie les signes. L’affiche, à l’image
de l’ambivalence de l’être humain, donne le ton
: la tige d’un lys blanc, symbole de la pureté et de
la vertu, se termine en fouet instrument du vice, paravents de papier,
lit, lieu du sexe et du crime, transformé en ring de boxe
avec tapis et boudins en toile à matelas, drapeaux bleu-blanc-rouge….
Mais leur déchiffrage devient laborieux et la scénographie
empiète sur le fond.
Et puis, et surtout, un jeu très éloigné du
réalisme et de la psychologie. Mais ne s’agit-il pas
de la marque de fabrique d’Arias ?
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