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Interview  (Paris)  mars 2004

Nous avons vu Anne Coutureau, comédienne, dans la pièce Théâtre de Jean-Luc Jeener qui se joue au Théâtre du Nord-Ouest et avons fait sa connaissance à l’issue de la représentation grâce à Carlotta Clerici, metteur en scène de cette pièce et membre elle aussi du Comité du Théâtre Vivant.

Heureuse idée, et coïncidence troublante, de lui avoir proposé de se retrouver sur le parvis de l’Opéra et d’aller au tout proche bistrot L’entracte car ce lieu lui rappelle un très bon souvenir. En effet, c’est là que son premier projet de mise en scène, celui de "La critique de l’Ecole des femmes" de Molière, s’est heureusement concrétisé.

Conversation à bâtons rompus menée bon train pendant une courte pause méridienne.

Lui ai-je dit que j’avais été sidérée, au sens premier du terme, et émue par la femme qu’elle incarnait dans la pièce et combien elle est vivante, talentueuse et lumineuse ? Non. Que cette omission, hélas volontaire face à mon impossibilité de lui dire de vive voix sans sombrer dans une sentimentalité larmoyante, soit ici réparée.

J’ai vu le nom de Coutureau dans le hall du théâtre du Nord-Ouest et je me suis demandée s’il y avait un rapport avec vous ?

Anne Coutureau : Oui. Philippe Coutureau. C’était mon père qui au moment où le théâtre du Nord-Ouest s’est ouvert est venu à ma demande, car il était architecte, pour donner son avis sur le lieu. Il s’est lié d’amitié avec Jean-Luc Jeener, le directeur du théâtre, et aussi avec Monsieur Gozlan le propriétaire. Et la négociation est intervenue entre eux.

Je pensais qu’il était dans le milieu théâtral et je me suis dit que vous étiez tombée dedans quand vous étiez petite.

Anne Coutureau : Il n’était pas dans le théâtre mais dans le monde artistique néanmoins et un de ses frères fait du théâtre depuis plusieurs années au sein de sa compagnie qui s’appelle Les oiseaux de passage. Donc il y avait quand même une petite ambiance familiale tournée vers les arts.

Alors comment êtes-vous venue au théâtre ?

Anne Coutureau : Je suis venue au théâtre pour de très mauvaises raisons. J’aimerais bien vous dire que quand j’avais trois ans je me déguisais dans le grenier avec les vêtements de mes parents. Mais absolument pas. Je ne connaissais rien au théâtre. J’étais au lycée et cela me faisait chier. J’adorais le cinéma. Je me faisais draguer par des abrutis qui me disaient Oh tu as de beaux yeux, tu devrais faire du cinéma. J’ai du le croire vaguement et puis je me disais c’est facile, on gagne plein d’argent. Je voulais faire un peu Romy Schneider comme métier. J’adorais les films de Claude Sautet.

Et donc après le bac je me suis inscrite dans un cours de théâtre et j’ai eu vraiment beaucoup de chance car je suis tombée sur Claude Mathieu où j’ai d’ailleurs rencontré Yvan Garouel qui est un type extraordinaire qui m’a fait découvrir le théâtre et le travail surtout. J’étais jamais allée au théâtre donc je n’avais aucune raison d’en faire. Comme pour plein de gens de ma génération je ne savais pas trop quoi faire et je pensais que c’était facile. Et heureusement que je suis tombée sur Claude Mathieu. J’aurais pu aller au cours Florent de devenir une petite minette à la con…

Et après, du dilettantisme au professionnalisme ?

Anne Coutureau : J’ai glandouillé une petite année dans cette école et ensuite j’ai travaillé, j’ai rencontré des gens formidables, j’ai eu aussi la chance d’être un petit faite pour cela, car j’aurais pu aussi complètement me planter et dans ce cas je ne sais pas du tout ce que j’aurais fait de ma vie. Je ne sais rien faire d’autre. Et à la sortie de l’école j’ai rencontré Jean-Luc Jeener et nous avons enchaîné les projets ensemble. Sous sa direction j’ai joué une dizaine de pièces dans lesquelles je jouais de grands rôles passionnants ce qui a contribué également à continuer à ma formation, ce qui m’a fait évoluer en tout cas. Et puis grâce au théâtre du Nord-Ouest que nous avons ouvert ensemble, je me suis mis à la mise en scène. Et voilà !

Comment avez-vous rencontré Jean-Luc Jeener ?

Anne Coutureau : Grâce à Yvan Garouel.

Ah ! Yvan Garouel est décidément incontournable !

Anne Coutureau : D’autant plus qu’il est un peu mon parrain dans le métier. Comme nous étions dans la même école, il venait nous voir et c’est un des premiers qui est venu me voir et me parler de mon travail. Nous sommes devenus amis et nous parlions beaucoup de théâtre. Et l’école Claude Mathieu dispense un enseignement qui n’est pas qu’un enseignement mais également une manière d’être et de voir le métier. Souvent Yvan me disait que dans le métier ce serait plus difficile que ça, que la réalité n’est pas tout à fait…sauf avec Jean Luc Jeener.

Et à chaque fois il ponctuait ses phrases avec Sauf si tu travailles avec Jean Luc Jeener. Un jour, il m’a dit "Appelle-le". Je l’ai appelé. Il cherchait une comédienne et nous nous sommes rencontrés. J’ai déjeuné avec lui et j’ai quand même passé deux auditions. Il m’a engagé dans la foulée pour jouer Ann Boleyn dans "Thomas More" de Jean Anouilh. Il s’agissait d’un petit rôle, enfin un rôle important mais en présence sur scène je n’avais que trois petites scènes. Et ça a été formidable. C’était une rencontre artistique, humaine. Et nous sommes à ce jour toujours amis et très très proches. Donc, en effet, c’est la faute à Yvan.

A votre sujet, j’ai trouvé essentiellement des références théâtrales. Vous ne jouez pas pour le cinéma ou la télévision ?

Anne Coutureau : Effectivement, j’en ai fais très peu, des petits trucs presque accidentels. J’ai un agent. Mais je ne mets pas toute mon énergie à essayer de trouver du travail dans le cinéma ou la télévision.

Quelle est votre actualité et quels sont vos projets ?

Anne Coutureau : En ce moment, je joue dans "Théâtre" de Jean Luc Jeener monté par Carlotta Clerici et toujours au théâtre du Nord-Ouest je joue dans "le Partage de midi" de Claudel mis en scène par Laurence Hétier, qui est aussi un jeune metteur en scène. Je crois que c’est un très bon spectacle. C’est toujours difficile de dire cela d’un spectacle dans lequel on joue – j’ interprète Ysé et je suis presque toujours sur scène – mais c’est aussi ce que disent les spectateurs. Et puis sur le plan artistique et esthétique, il est un peu, beaucoup dans la ligne du théâtre vivant. Ce sont des situations concrètes avec des gens qui parlent, la langue est d’ailleurs truculente, il y a plein de fautes de syntaxe, sa poésie est magnifique. Le texte est fait pour être dit, mâché, vécu et c’est dans cet esprit que l’on a travaillé ce qui n’enlève rien ni à la poésie ni à la métaphysique, au contraire. Cela jusqu’au 15 mai.

Et puis j’essaie d’exploiter une pièce que j’ai mis en scène l’année dernière "Chansons de septembre" de Serge Kribus, une création dans la veine du théâtre vivant. J’essaie de trouver un théâtre, des partenaires, un co-producteur et des comédiens ce qui est très difficile car il s’agit d’une pièce contemporaine avec 12 personnages, personne n’est connu, avec une mise en scène pas très efficace (sourire), il y a des silences. Donc je cherche et je trouverai je ne sais pas où ni quand.

Et puis l’année prochaine je jouerais dans "L’envol" la pièce de Carlotta Clerici dont elle assurera la mise en scène. Et c’est tout. Après bien sûr, il y a des projets, plein de pièces que j’aimerais monter.

La mise en scène est un prolongement logique du métier de comédienne ?

Anne Coutureau : Ah oui ! Pour moi complètement. Dans ce théâtre vivant qui réaffirme le rôle central de l’acteur, être comédienne m’a amené à la mise en scène. Ma première mise en scène est "La critique de l’école des femmes" de Molière. Il y avait un cycle Molière prévu pour l’ouverture du théâtre du Nord-Ouest. Je lisais un peu tout et je savais que cette pièce allait être montée et je me suis demandée s’il y avait un rôle pour moi. Et j’ai trouvé que tous les rôles étaient pour moi, le premier, le deuxième, le troisième, qui sont des femmes et même quand le quatrième personnage est entré et que c’était un homme, c’était encore un rôle pour moi, le cinquième aussi et au sixième je me suis dit Mais ces rôles je les comprends tous ! Mais c’est évident ! Je les sens. Donc ça y est ! Il faut que je fasse la mise en scène ! Je suis allée voir Jeener et je lui ai dis que j’avais très envie de monter cette pièce. Il m’a répondu : Pourquoi pas ? Allez-y !

Vous vous êtes attaqué immédiatement à un grand texte classique. Ça s’est passé comment ? C’est empirique, intuitif ?

Anne Coutureau : Exactement. Mais c’est comme tout, on imagine des tas de choses pour les grands événements comme pour les événements tragiques et quand ça arrive, on est dans la réalité. Je m’étais aussi entourée d’amis en qui j’avais confiance, dont le fameux Garouel, qui était ravi, très enthousiaste et quand un homme comme ça est ravi ça donne confiance. Et puis je me suis dit que je n’allais pas y arriver, qu’il s’agissait d’une responsabilité écrasante. Lors de la première répétition le matin à dix heures, on est dans l’état dans lequel on est, il en est de même pour les comédiens qui ont un peu le trac. On s’occupe un peu d’eux et donc moins de soi. Et puis on essaie de voir où ils en sont de l’apprentissage du texte. Et puis on fait vaguement une mise en espace et là rien de va et c’est tellement évident que même un enfant le verrait. Et on parle pour qu’ils se détendent, qu’ils parlent un peu plus juste, qu’ils parlent à l’autre…et puis voilà on a commencé. Et trois mois après la pièce est montée.

A l’origine avez-vous néanmoins une idée directrice au départ ?

Anne Coutureau : Personnellement non. J’ai davantage une sensation. Déjà je sais si j’ai envie ou pas de monter une pièce mais je n’essaie pas d’analyser pourquoi. Sauf qu’on se trouve dans un système à la con qui oblige d’écrire des notes d’intention pour faire des dossiers pour demander de l’argent. On est obligé de s’interroger alors que la chose n’a pas eu lieu et c’est absolument épouvantable.

Il s’agit d’un exercice formel…

Anne Coutureau : …oui et qui peut même dénaturer le regard vierge, et qui doit être vierge, porté sur le travail. Enfin c’est ma façon de voir ; il y a des gens qui fonctionnent autrement. En ce qui me concerne, plus je suis vierge, neutre plus je suis forte. Car je suis très influençable. Donc si je commence à projeter ce que je dois faire et pourquoi, ce n’est pas très bon. Et quand on manque de confiance on le fait ça. Et quand on n’a pas confiance, c’est un peu emmerdant. Il vaut mieux travailler, avoir confiance, être heureux et suivre le désir et puis faire avec. Du moins c’est ainsi que je fonctionne.

Donc j’ai envie, j’y vais et ensuite je découvre pourquoi j’ai envie si tant est que ce soit important de le découvrir. Ce n’est pas forcément important. Ce qui est clair c’est le désir qui sourient dès le début dès le premier coup de fil pour préparer la pièce au jour de la première, qui permet de supporter les semaines de travail. Le désir doit être évident, sans réserve même si on l’impression que c’est pour de mauvaises raisons entre guillemets…il ne faut pas se poser trop de questions.

Vous avez bénéficié de rencontres heureuses mais avez-vous joué sous la direction de metteurs en scène qui travaillent très différemment ?

Anne Coutureau : Ces rencontres on effectivement très largement orienté ma carrière parce que d’abord ça m’a immergé dans une famille et qu ej’ai travaillé avec Carlotta Clerici, Mitch Hooper, Olivier Foubert, Laurence Hétier…Les rares metteurs en scène avec lesquels j’ai travaillé et qui n’étaient pas dans le registre théâtre vivant l’étaient quand même mille fois plus que la majorité des metteurs en scène. Et cette petite différence a été pour moi parfois extrêmement pénible. C’est difficile ne pas être pleinement en accord avec ce que l’on fait quand on est comédien. Quand on est metteur en scène aussi parce que personne en nous demande, on n’a pas d’argent, il n’y a que nous qui le décidons.

Acteur, on est appelé alors face au désir de l’autre il est parfois difficile de refuser surtout s’il s’agit de grands rôles, de grands textes. Il y a des choses qu’il ne faut pas refuser. Mais quand en plus il n’y a pas de prestige, d’argent, et que ce que l’on fait c’est pour le sens, c’est très difficile de ne pas être en accord complètement. Donc dans mon cas, les expériences hors du théâtre vivant ont été douloureuses. Cela dit, si j’avais rencontré Christian Schiaretti, Claude Régy qui font un théâtre totalement à l’opposé du théâtre vivant mais à un certain niveau, on en sort moins abîmé. Mais c’est complètement autre chose dans ce cas et ce sont des gens très intelligents, très talentueux qui savent ce qu’ils font. Je ne pense pas que les acteurs soient malheureux.

A lire vos prestations passées, il semble que vous ayez joué davantage de textes classiques.

Anne Coutureau : Non. En fait c’est moitié-moitié. J’ai fait beaucoup de créations. J’ai monté trois classiques et trois pièces contemporaines, des créations à chaque fois. En tant que metteur en scène, je suis plus attirée par la création de textes contemporains car c’est le grand risque que l’on a envie de prendre au théâtre. C’est déjà fou de faire du théâtre et travailler sur une parole d’aujourd’hui de quelqu’un de vivant est encore plus porteur et plus risqué. Il est vrai que j’ai monté aussi les trois sœurs deTchekov qui était aussi très risqué.

Mais avec Tchekov, Feydeau, Molière on est plus tranquille car on est déjà en bonne compagnie. On sait que la pièce est bonne ce qui donne déjà une certaine assise. Et le fait est qu’il est plus facile de monter une grande pièce ; on se laisse porter. Beaucoup de choses nous échappent mais ce n’est pas grave. Bien sûr cela comporte aussi des difficultés car il faut faire ses preuves…le Hamlet d’untel. Mais on ne se situe pas vraiment dans ce schéma car ce que l’on fait tout le monde s’en fout. Les deux pièces de Jeener que j’ai montées n’étaient pas très difficiles car il a une écriture extrêmement précise qui oriente.

Avec ce parcours, créer la Compagnie du Théâtre Vivant coulait de source ?

Anne Coutureau : Oui. D’autant que Carlotta, Mitch, Yvan et moi nous nous voyions beaucoup, nous parlions, nous travaillions ensemble. Tout a commencé avec "L’amour existe" de Mitch Hooper dans laquelle je jouais avec Yvan Garouel. Ce projet était un concentré de ce qu’allait devenir le Théâtre Vivant.

Pour vous que représente cette compagnie et quelle est sa finalité ?

Anne Coutureau : La finalité est de changer le monde qui déconne complètement et qui a absolument besoin de nous. Le rêve qui est devenu un projet est d’avoir un théâtre que nous gérerions ensemble. Car il faut des moyens pour faire du théâtre, il faut être relativement libre et pour cela il faut un peu de moyens. Un peu ce qu’a fait Jean Luc Jeener au théâtre du Nord-Ouest. Un lieu spécifique où l’on puisse faire de la création. Et pour moi, c’est un outil de travail et surtout, c’est plus facile à plusieurs. Quand il y en a un qui baisse, les trois autres sont là pour l’aider. On apporte des compétences différentes, nos carnets d’adresses, nos avis. On s’engueule beaucoup aussi. Par exemple Yvan et moi ne sommes jamais d’accord sur rien, c’est rigolo, ni sur les spectacles que l’on voit que sur les stratégies. Il est vrai que nous n’avons pas la même histoire théâtrale. Mais c’est passionnant.

Et le nombre engendre une certaine crédibilité dont ne dispose pas un individu isolé.

Anne Coutureau : Oui.

Une question me tarabuste. Pourquoi Jean Luc Jeener ne fait pas partie de votre compagnie ?

Anne Coutureau : Notre compagnie a l’intention de faire autre chose que ce que fais Jean Luc Jeener…En fait, il faut pour bien répondre à cette question, prendre les choses autrement. Jean Luc Jeener est un homme extraordinaire, complètement fou, complètement passionné, libre. C’est un homme libre ce qui est très rare. Et ce dans le sens fort du terme. Il a une pensée libre, une action libre en accord avec sa pensée, ce qui est absolument remarquable – et je n’ai jamais rencontré un homme semblable. C’est admirable. Et c’est cela que l’on suit quand on suit Jeener, plus le talent. Il est irrésistible. Nous quatre l’avons rencontré à des moments différents.

Ce théâtre du Nord Ouest est un lieu exceptionnel dans lequel tous, et surtout moi car je me suis découverte, épanouie et je lui en suis redevable. Cela étant c’est une personnalité très forte qui a un projet personnel précis avec ce théâtre dans lequel des personnalités un peu fortes également comme les nôtres ont du mal à s’insérer. Jean Luc Jeener a besoin de gens derrière lui. Et nous, nous avons envie d’être devant. Donc nous allons faire un peu la même chose mais à notre sauce.

Voilà une réponse très fine. L’exemple du théâtre du Nord-Ouest avec toutes ses difficultés financières qui sont récurrentes et gravissimes ne vous effraie pas ?

Anne Coutureau : L’énergie que l’on dépense à essayer de placer nos petits spectacles, le temps, un peu l’argent aussi, c’est énorme. Il y aurait moins de déperdition si nous le faisions dans un lieu à nous. Ce serait de l’investissement. De toutes façons, les risques existent et nous les avons de toute façon. Et puis il n’est pas facile de nous décourager. La difficulté est plutôt un excitant. Dans le projet de Jeener, sa volonté de demeurer libre, de protéger sa liberté de créateur, ce qui va très loin chez lui, est inclus dans le fonctionnement de ce théâtre totalement atypique qui reste ouvert de manière quasi-miraculeuse. Bien sûr c’est un homme de foi mais voir ce théâtre qui perdure en dépit des difficultés donne envie d’y croire. Il a une bonne étoile. Mais cela reste très fragile. Nous aimerions fonctionner un peu plus dans le système, sans rabaisser le niveau. Et le théâtre du Nord-Ouest est quelque chose d’énorme : 1 2OO m², deux grandes salles, 40 spectacles, 200 comédiens, un programme tous les six mois.

Certes mais cette démesure est rendue viable par la manière de fonctionner. Les projets qu’il reçoit pour chaque programmation sont très nombreux. Ce qui prouve qu’il y a un besoin et plein de gens parmi lesquels sans doute des gens talentueux qui ne peuvent pas s’exprimer dans le circuit traditionnel.

Anne Coutureau : Oui. Et il ouvert ce théâtre pour cela. Ce qui rend son projet d’autant plus remarquable et force le respect. On le lui reproche beaucoup cette ouverture mais cela est très généreux. Et il est le seul à le faire. Les autres directeurs de théâtre ont leur théâtre pour monter leurs pièces. Cette saison Jeener n’a monté que deux pièces sur 40. il fait confiance, il se plante parfois, et parfois il ne se plante pas. Et dans ce cas cela vaut le coup. Et puis même dans les autres cas, il existe une dimension humaine rare.

Quel genre de théâtre recherchez-vous ?

Anne Coutureau : Idéalement, il faudrait un endroit dans Paris, qui ait une âme, ce qui très important, ni trop grand ni trop petit car c’est un théâtre de proximité. On voit beaucoup de petite salle avec un rapport scène/salle intéressant mais plate. Pour le théâtre vivant, tout ce qui est invisible est très important. En dessous de 200 places c’est difficile d’être rentable et on ne peut faire abstraction de cette question de rentabilité car on voudrait que le théâtre fonctionne. Et puis impérativement, un bar ou un foyer où les gens puissent se retrouver, se rencontrer. Il faut une âme et pas seulement pour l’artistique. C’est également important pour les spectateurs. L’accueil doit être chaleureux, humain, attentionné, sans jouer les flics à la caisse pour que le spectateur soit dans une bonne disposition. Car c’est pour lui qu’on fait du théâtre.

Vous travaillez beaucoup avec les autres membres de la Compagnie du Théâtre Vivant selon des géométries variables puisqu’il y a deux auteurs-metteurs en scène (Clerici et Hooper) et deux acteurs-metteurs en scène (Garouel et vous-même). N’est-ce pas sclérosant ?

Anne Coutureau : Comme nous venons de la créer, peut être que dans dix ans ce sera sclérosant. Mais non car nous n’avons pas signé de contrat et nous pouvons travailler partout ailleurs. Ainsi le partage de midi n’est pas un spectacle théâtre vivant. Les chansons de septembre c’est le label Théâtre Vivant mais c’est les productions Pleins feux et la Foire Saint Germain qui m’ont aidé à monter le projet. La Compagnie du Théâtre Vivant est une structure qui essaie de faire de la production maintenant mais dans notre esprit c’est d’abord une sorte de label, de qualité on verra, mais au moins de charte. Pour nous derrière Théâtre Vivant il y a plus le manifeste, la pratique et la démarche artistique que des produits de production.

Mais ce label en quoi consisterait-il s’agissant de spectacles montés par d’autres ?

Anne Coutureau : Je ne sais pas. C’est une question à se poser pour l’avenir. Entre nous on utilise un peu cela pour qualifier un spectacle que nous avons aimé. Nous avons beaucoup d’amis qui font ce même genre de théâtre. Le fait est que nous quatre qui avions beaucoup de points de commun et surtout une volonté commune de revendiquer cette façon de procéder, de militer et d’ouvrir ce théâtre ensemble. Si d’autres veulent nous suivre, nous aider, ce sera formidable.

Cela peut vous permettre également d’obtenir des subventions.

Anne Coutureau : Oui. Ce n’est pas un mal d’obtenir des subventions. Comme nous ne faisons pas du théâtre commercial, il faudra bien que nous soyons aidés à un moment ou à un autre. Et nous y comptons beaucoup. Et c’est possible puisque nous défendons un vrai projet, où à mon avis il y a un certain niveau et que nous faisons du théâtre depuis assez longtemps.

Le manifeste soutient un discours théorisé. Qui est le théoricien de la Compagnie car la rédaction est linéaire et cohérente.

Anne Coutureau : Pour le moment, il n’y a pas de leader. Nous réussissons l’exploit de penser et d’écrire à quatre. Mais nous écrivons tous beaucoup et nous avons commencé par écrire une sorte de rapport personnel sur notre manière de voir et nous avons réuni toutes les notes d’intention et nous avons tout lu. Ensuite nous faisons attention à ne pas être trop personnel, trop lyrique dans le style pour avoir une rédaction claire et précise sur des sujets qui ne sont pas aisés. On se réunit et quand il y a divergence, on essaie de se convaincre mutuellement et à défaut d’unanimité on retire la phrase ou le mot.

Donc il s’agit d’une synthèse. J’ai noté qu’il y avait une unité de style dans votre manifeste comme il y a une unité de ton dans les propos des quatre membres même si vous avez chacun votre personnalité.

Anne Coutureau : Le projet Théâtre Vivant c’est aussi de communiquer sur un projet artistique précis et nous avons donc également intérêt sur le plan de la communication à avoir un discours cohérent. Et puis nous avons tous une pensée qui s’est mûrie et cultivée en chacun de nous pendant de longues années. C’est lié aussi à une vision du monde.

La Compagnie du Théâtre Vivant a un site web. Y a-t-il déjà quelques retombées notamment de professionels du théâtre ?

Anne Coutureau : Non c’est un peu prématuré. Et nous n’avons pas encore prévenu le Monde de notre existence. Mais cela démarre tout doucement avec des réactions de nos proches mais également de gens du théâtre qui ont entendu parler de nous. Et j’espère que cela nous permettra de rencontrer des comédiens qui ont envie de jouer avec nous.

Faire des spectacles est aussi une manière de se faire connaître et de crédibiliser votre démarche. L’année dernière vous avez monté de nombreux spectacles. Avez-vous pour l’année qui vient des projets qui permettront d’étoffer en quelque sorte votre carte de visite ?

Anne Coutureau : Nous avons des projets mais nous demeurons individualistes car nous avons tous les quatre des personnalités différentes et très fortes, ce qui n’est pas sans poser de problèmes, mais cela permet des échanges très riches. Cela étant nous avons un fonctionnement très individualiste par rapport à nos désirs. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de demander aux autres leur avis sur un projet. Nous décidons chacun individuellement de nos projets.

La Compagnie du Théâtre Vivant peut-elle s’analyser comme un commun dénominateur, un tronc commun d’idées que vous partagez, mais sans rigidité qui permet à chacun de conserver son autonomie ?

Anne Coutureau : Oui. Mais j’aimerais bien qu’on me passe une commande dont je n’aurais peut être pas eu l’envie, dans un registre différent de celui que j’aime et que je sois obligée de trouver une solution. J’aimerais beaucoup m’attaquer à ce style d’exercice et encore davantage entant que comédienne. Travailler ailleurs ne posera aucune difficulté au sein de l’équipe. De toute façon, pour le moment, nous y sommes obligé pour des raisons alimentaires. Car nous ne gagnons pas d’argent avec le Théâtre Vivant.

En termes de carrière, vous avez commencé par être comédienne, puis metteur en scène. Pensez-vous à l’écriture ?

Anne Coutureau : J’ai une admiration paralysante pour l’écriture dramatique qui me paraît être le genre littéraire le plus difficile à maîtriser. Ceux qui pratiquent le théâtre sont sans doute ceux qui y parviennent le mieux. J’essaierais un jour. Toucher d’un peu plus près le sens ce sera écrire. Donc oui mais je ne sais pas quand.

Comme comédienne, je suis plus avancée sur le plan de l’instrument. Je me sens plus débutante pour la mise en scène et, de fait, je le suis. En revanche, je ne me sens pas moins passionnée. Je pense que je vais mener de front les deux, voire les trois quand nous aurons le théâtre car il faudra le gérer, le diriger, faire le ménage.

J’ai le désir d’écrire mais je ne sais pas si j’ai le talent d’y réussir.

Vous venez de parler du ménage dans votre futur théâtre. Cela veut-il dire que vous envisagez un modèle de fonctionnement par participation à la manière de celui pratiqué au sien du théâtre du Nord-Ouest ?

Anne Coutureau : Exactement car je ne vois pas comment faire autrement dans un premier temps.

Cela implique que vous formiez une équipe très soudée et tournée vers le même but ?

Anne Coutureau : Oui. Même s‘il y a des engueulades, c’est la vie. Et pis si cela se passe mal, on fera autre chose ailleurs. Ce ne sera jamais du temps perdu.

Ce projet vous demande d’y consacrer beaucoup de temps et d’énergie. Vous reste-t-il du temps pour être à votre tour spectateur ?

Anne Coutureau : Oui surtout qu’au théâtre du Nord-Ouest on joue en alternance ce qui permet de voir les pièces des autres. J’adore ça.

Comment faites-vous une sélection ?

Anne Coutureau : Je vais un peu dans toutes les directions. Pas trop le théâtre privé-privé chic parce que c’est cher et que je suis toujours un peu déçue. Je vais plutôt voir les metteurs en scène créatifs. Hier soir je suis allée voir "Exécuteur 14" d’Abdel Hakim à l’Aqueduc à Arcueil-Cachan qui est très intéressant. C’est un projet cohérent avec une recherche d’adéquation entre le fond et la forme qui est assez réussie.

En remontant un peu dans le temps, y a-t-il un spectacle que vous avez vu dont vous vous êtes dit C’est celui-là que j’aurais voulu faire. Je ne pourrais plus jamais le faire. Ou au contraire, il faut que je le fasse.

Anne Coutureau : Vous allez rire mais la première fois que je me suis dit cela c’était face à une mise en scène d’Yvan Garouel (rires). Il s’agissait de la pièce "Le marchand de glaces est passé". En sortant, j’ai dit : "Je ne savais pas que l’on pouvait faire du théâtre comme ça !" Du théâtre simple, vrai, fort, proche de l’homme. C’était une révélation. Et je me suis dit : "Oui c’est cela qu’il faut faire". Mais j’étais à l’école et je manquais du recul critique. J’étais dans l’impression. Une autre expérience, c’était avec Jean Luc Jeener quand il a monté "Le misanthrope". Il s’agissait d’une reprise d’une mise en scène datant de dix ans qui de reprise en reprise avait vu tous les comédiens changer et se passer le relais sans que la mise en scène de la création change. Il y avait Gabriel Ledoz et Nathalie Bienaimé qui étaient formidables. Et je me suis dit : "Merde ! Je ne pourrais plus jamais le monter !"

Vous partagez donc le sentiment d’Yvan Garouel qui dit que quand ça a été très bien monté, ce n’est plus possible dele faire ?

Anne Coutureau : Oui. C’est un peu emmerdant. J’ai l’impression que je n’irais pas plus loin. Qu’il n’y a pas un petit revers de sens qui lui ait échappé. J’ai eu le même sentiment pour Don Juan que Jeener a monté avec Florent Guyot qui est un des plus grands comédiens vivants. Il faut l’écrire en gras ! Je me souviendrais toute ma vie de l’entrée de Florent sur le plateau. Il y avait dan son œil un tel gouffre, une telle quête métaphysique, une telle folie. On sentait que seule la main de Dieu pouvait l’arrêter.

Cela étant, il y a plein d’autres pièces à monter. Et qui sait dans dix ans si je n’aurais pas envie de monter Don Juan?

La saison Feydeau prévue au théâtre du Nord-Ouest vous tente ?

Anne Coutureau : Oui. J’ai monté "L’homme de paille" il y a trois ans qui est une pièce complètement folle avec 2 personnages, c’est un régal avec ????????? et Michel Ditz, 2 personnalités formidables aussi … Je les monterais bien toutes mais je n’ai pas tellement le temps … C’est une folie mais de toute façon tout est folie… Mais la folie c’est plutôt un argument pour.

Quel est le sentiment d’un comédien lorsqu’il joue dans une salle où il y a 4 ou 5 spectateurs ? Est ce que cela a une incidence pendant ou après le spectacle ?

Anne Coutureau : De toute façon le spectacteur à une incidence, qu’il soit 4 ou 20 cela a une incidence et par forcément négative. C’est selon l’état dans lequel ils sont, la façon dont ils reçoivent …qu’ils soient 4 ou 500 ce n’est pas spécifique par rapport au nombre. Pour répondre honnêtement à votre question ce n’est pas du tout un problème de jouer devant 4 personnes. Ce qui pourrait être un problème ce serait de jouer devant 4 personnes pendant 10 ans. Ponctuellement, ça ne l’est pas.

Et de toute façon au moment de la représentation ce n’est pas un problème, surtout dans la petite salle où vous avez vu théâtre dans laquelle on est très proche des gens et une personne c’est déjà énorme, c’est un univers, c’est un continent c’est … Alors 4 fois c’est vous vous rendez compte ? C’est aussi énorme ! Et de toute façon dans cette salle dès qu’il y a 15 personnes on a l’impression que c’est plein…

Dans la grande salle c’est un peu différent, elle est déjà plus grande. En fait c’est une question d’énergie. Il faudrait avoir autant d’énergie en face que celle qu’on envoit … et quand ce n’est pas le cas, et ce n’est pas toujours lié au nombre, et bien c’est un petit peu difficile. Mais ceci dit la question est absurde car qu’est ce que 4 ou 10 ou 250 personnes ? C’est bien mais 600 c’est beaucoup mieux, alors quand on pense qu’on est 5 milliards sur terre évidemment.

Après c’est une question de désir de succès, de gloire, même si je ne suis pas exempte de ça. Et puis de toute façon je trouve que nos spectacles sont bons ! Alors évidemment que j’aimerais jouer devant plein de gens, avoir beaucoup de succès etc… mais quand c’est 3 personnes qui vous répètent "Si si accrochez vous vous avez du talent" on peut se mettre à douter. Se dire que peut être on est un génie mais c’est parfois un peu dur d’être dans l’ombre. Si on l’était moins on saurait qu’on est ni des génies ni des nuls. Parce que on entend toujours les mêmes choses des gens qui sortent des spectacles "Ah je savais pas mais c’est vraiment intéressant…". Les gens trouvent ça fort, touchant, ils y repensent, ça les nourrit, c’est vraiment cela qui est important.

Oui mais le problème pour les spectateurs qui ont vu vos spectacles, c’est qu’après voir les autres cela devient plus difficile.

Anne Coutureau : Je vous remercie du compliment… Alors battez vous pour qu’il y ait plus de spectacles de théâtre vivant, c’est au public de prendre le relais.

 
A lire sur Froggy's delight :

interview de Jean Luc Jeener
Interview de Yvan Garouel
interview de Carlotta Clerici
interview de Mitch Hooper

la chronique sur la pièce Tête d'Or
la chronique sur la pièce Théâtre

Pour en savoir plus sur la compagnie du Théâtre Vivant :
www.theatrevivant.com

Pour connaître le programme du Théâtre du Nord-Ouest :
www.theatre-nordouest.com


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# 21 mai 2017 : Black Hole Sun

Cette semaine nous avons appris le départ prématuré de Chris Cornell, qui ne se souvient pas de ce célèbre titre, "Black Hole Sun". Paix à son âme et à nos jeunes années.
Quoi qu'il en soit le beau temps est enfin là. Soleil, festivals, largement de quoi contenter votre soif de cultures et de loisirs. Pour vous aider, voici notre petite sélection hebdomadaire, de la musique au jeu vidéo en passant par le théâtre, la littérature et le cinéma. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Life is cheap, death is free" de Nadia Tehran
"Tigreville" de Pierre Lebas
"Libre voyage dans les musiques des Balkans" de Quintet Bumbac
"Volcan" de Volin
"Hedonism" de Cakes Da Killa
"A l'ombre du coeur" de Contrebrassens
"Dirt buzz" de Dallas Frasca
"Fast forward" de Federico Casagrande
"Growing old" de Grand March
"A close land and people" de Julien Vinçonneau Quartet
Xiu Xiu, Le Prince Harry et Delacave à Petit Bain
Concert de Erik Arnaud à Petit Bain en intégrale
Bientôt, la deuxième édition du Download Festival
et toujours :
"Rock'n'Roll consciousness" de Thurston Moore, "Slowdive" de Slowdive. Retrouvez également Neil Halstead de Slowdive en interview, "Empire of nights" de BLVL, Jorge P, EP chez Microcultures, "Animal" de Nirman, "Someone is missing" de Payne, "Sympathetic magic" de Peter Von Poehl, "Pinky pinky EP" de Pinky Pinky, "Let me be gone" de Slow Joe & The Ginger Accident, "Take off" de Théo Cormier

Au théâtre :

"Le froid augmente avec la clarté" au Théâtre de la Colline
"Le Songe d'une nuit d'été" à la Manufacture des Oeillets à Ivry
"Il Bugiardo" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Les Flottants" au Théâtre Le Lucernaire
"Français, encore un effort si vous voulez être républicains" à la Manufacture des Oeillets à Ivry
"Les Célèbres Amours de Nohant" au Théâtre Le Ranelagh
"La guerre au temps de l'amour" au 100ECS
"L'Ombre de Stella" au Théâtre du Rond-Point
"Ajax" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
et la chronique des autres spectacles de mai

Exposition avec :

"Grand Trouble"à la Halle Saint Pierre

Cinéma :

Ciné en bref avec :
"De toutes mes forces" de Chad Chenouga
"Les fantômes d'Ismaël" de Arnaud Desplechin
"Get Out" de Jordan Peele
"Alien : Covenant" de Ridley Scott
Oldies but Goodies avec "Pluie de juillet" de Marlen Khoutsiev dans le cadre de sa rétrospective à la Cinémathèque française
les chroniques des autres sorties de mai
et les chroniques des sorties d'avril

Lecture avec :

"J'ai choisi d'être libre" de Henda Ayari
"La fille du fossoyeur" de Joyce Carol Oates
"La vie sexuelle des soeurs siamoises" de Irvine Welsh
et toujours :
"La vie de Norman" de Stan Silas
"Little girl gone" de Alexandra Burt
"Minuit en mon silence" de Pierre Cendors

Froggeek's Delight :

3 mois avec la Nintendo Switch
"101 jeux Amiga" de David Taddei

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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