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puce Sébastien Ruchet & Alexandre Pilot - Nolife - Partie 1
Interview  (Paris)  2 décembre 2009

Alors que la télévision est en pleine mutation avec l'arrivée du numérique, de l'ADSL et autres vidéos à la demande, il existe encore des aventuriers assez fous pour créer une chaîne de télé totalement indépendante, profitant de ces nouvelles technologies avec une liberté de ton et de contenu qui n'est pas sans rappeler la belle époque des radios libres. Tout cela n'est pas sans difficultés et la vie de la chaîne de télé Nolife est remise en question chaque jour...

Alexandre Pilot et Sébastien Ruchet, les deux fondateurs de cette chaîne pas comme les autres nous racontent tout cela dans une interview aussi passionnante que le sont ces deux doux dingues et leur équipe de choc. Equipe amputée récemment d'un de leurs présentateurs vedettes, déjà croisé sur Froggy's Delight puisque Davy Mourier vogue désormais vers d'autres chaînes. Question de survie... Souhaitons que ce sacrifice ne soit pas vain et que Nolife accompagne geeks et curieux encore longtemps.

La rencontre et l'époque Shami

Sans revenir sur votre CV, qu'est-ce qu'il vous a pris de monter une chaîne de TV qui semble être avant tout l'apanage des gros groupes de médias plutôt que de deux aventuriers isolés ?

Sébastien Ruchet : En fait, avec Alex, on se connaissait du milieu du jeu vidéo et du manga en France, autour du minitel à la base, de Magazines, avec Anime Land, des conventions, des festivals… Ensuite, on a travaillé ensemble sur une série de courts-métrages, la fameuse série des France Five. C'était un pastiche des Bioman, un hommage. C'est quelque chose que l'on a fait très sérieusement.

Mais déjà là, il y a un gap entre "on s'est connu sur des conventions" et "on a bossé ensemble sur des courts-métrages".

Sébastien Ruchet : Alex venait d'une école de cinéma, l'ESRA, à Nice. Il faisait des courts-métrages un peu bidonnants…

Alexandre Pilot : Des courts-métrages parodiques qui s'appelaient les Bitoman. C'était il y a longtemps, dans les années 90. Quand je suis monté à Paris, j'ai rencontré Seb et quelques autres personnes avec qui on avait envie de faire un nouveau truc.

Sébastien Ruchet : En fait, j'étais fan complètement des Bitoman et plus généralement de ce que faisait Alex. C'était trop fun ! Et lors d'une soirée, en février 1999 chez un ami commun pendant laquelle, en fond, se déroulaient des génériques de séries japonaises – il faut savoir qu'il y en a une par an depuis 30 ans, c'est une institution pour les enfants là-bas... Alex a dit, je cite : "un jour, j'aimerais bien essayer de faire un truc comme cela sérieusement".

On s'est regardé et là, on s'est embarqué dans un truc et on a essayé de faire sérieusement une série de courts-métrages. On n'a toujours pas sorti le dernier épisode des France Five, l'œuvre conclusif de la saga. Sur 4 épisodes, il manque le dernier : le cinquième. Ces séries sont super intéressantes, c'est très codifié, c'est un exercice de style. On a bossé là-dessus en semi-pro, avec un peu de matos mais une équipe amateur. On a dû partir de zéro sur plein de trucs. Enfin moi j'ai une formation d'ingénieur à la base : j'ai appris le maquillage, la logistique de ce genre d'exercice.

C'était pour le fun ?

Alexandre Pilot : Ah oui ! C'était un projet pour le plaisir que l'on faisait tous à côté de notre boulot ou de nos études parce que lorsque l'on a commencé, on était tous encore un peu étudiants.

Sébastien Ruchet : C'est en 1999, hein ! (rires) Alex et moi spécialement avons vu que l'on bossait bien ensemble : moi à l'organisation, lui à la prise de vue. On a donc voulu faire des trucs ensemble. Alex travaillait pour des chaînes de télé, il avait déjà sa petite amie, sa femme aujourd'hui, qui est japonaise : Suzuka. Il allait déjà souvent au Japon et pouvait faire des sujets pour Game One par exemple.

Alexandre Pilot : Game One, d'autres chaînes : un peu de MCM via Game Productions, d'autres chaînes du câble… en tant que pigiste freelance.

Sébastien Ruchet : En télé, tu parts pour un boulot précis et si tu n'as pas de structure derrière toi, tu ne peux pas faire d'autres trucs sur place, même si tu as des opportunités. C'est frustrant ! Moi, pauvre ingénieur, j'avais eu un cours de création d'entreprise et je lui ai proposé de créer une structure qui n'avait rien, juste pour avoir un nom et garder la possession des images.

Alexandre Pilot : C'était une société qui s'appelait Pocket Shami, qu'on a lancée en 2003. On a fait principalement de gros documentaires pour Game One qui était intéressé par le Japon et les jeux vidéo et aussi beaucoup de bonus DVD, le genre de choses qui touchent les domaines que l'on connait.

Et toujours en free lance…

Alexandre Pilot : Tous les deux, on devait bosser à côté pour vivre. En plus, la société ne nous payait pas… (rires)

Sébastien Ruchet : Cela n'a pas été une société très riche, Pocket Shami !

Alexandre Pilot : D'ailleurs, quand on a pensé à Nolife, on était un peu en train de se demander si on continuait ou pas. Cela demandait des efforts tellement importants pour tellement peu de rentrées…

Sébastien Ruchet : … avec pas forcément de sorties potentielles. A part Game One, est-ce qu'il y une chaîne en France qui est intéressée par des documentaires sur l'histoire du Shoot 'Em Up ? C'était le genre de choses que l'on faisait. Il a eu beaucoup de succès, celui sur l'histoire du Shoot 'Em Up ! Il a été piraté, sous-titré partout sur Youtube.

Alexandre Pilot : C'est vrai, en espagnol, en japonais, en anglais…

C'est une forme de reconnaissance !

Alexandre Pilot : Oui. Les japonais nous disent souvent : "avec ce documentaire, vous avez fait ce que les japonais n'ont pas fait et cela fait super plaisir de voir, de l'étranger, des gens avoir un regard global". Ils apprécient beaucoup ce documentaire. C'était intéressant, quand même !

Sébastien Ruchet : C'était beaucoup de travail : on a dû s'enregistrer en train de jouer plus de 100 jeux.

Alexandre Pilot : Si ce n'est pas 150 jeux…

Quelques nuits blanches !

La création de Nolife

Sébastien Ruchet : A l'été 2006, on entend parler – un truc un peu fou – d'une nouvelle régie de diffusion avec un ordinateur, un truc vraiment pas cher, qui permet de créer une chaîne de télé sur l'ADSL. On s'est dit : ce n'est pas possible ! Une chaîne de télé, c'est énorme ! On ne peut pas, nous bidouilleurs, arriver et faire une chaîne ! Il doit y avoir un blocage quelque part : l'état, le CSA… La première fois que l'on a envisagé le truc, Alex s'est enflammé. Je lui ai dit : arrête, tu te fais du mal !

Alexandre Pilot : Tout de suite, c'était l'impossibilité. (rires)
C'était immédiatement l'opportunité potentielle, la possibilité de diffuser ce que l'on veut et ne plus être limiter par "ah ça, ce n'est pas assez grand public, ça c'est trop ci, ça c'est trop ça…" C'était enivrant, une liberté pareille peut être vraiment extraordinaire. Seb a dit : "attends, ce n'est pas possible sinon tout le monde le ferait !"

Sébastien Ruchet : Le lendemain, on se revoit et il me dit : "en fait, j'y ai pensé toute la nuit". Et je lui dis : "ah moi aussi !"

Alexandre Pilot : Seb a bossé pendant une semaine ou deux, il a pris plein de contacts…

Sébastien Ruchet : En fait, je lui ai dit : "on va quand même se renseigner", et à notre grande surprise, on n'a pas trouvé de barrière à la montée d'une chaîne. Le CSA nous ont dit que le souci était le diffuseur et qu'il ne nous y empêcherait pas, bien au contraire. C'est vraiment le pouvoir de faire.

Au niveau diffuseur, on a parlé avec les gens, je me souviens, de Freenews TV à l'époque, de Téléplaisance, qui avait des pointeurs et qui nous ont orientés vers Cognacq-Jay Image, le créateur de cette solution technique. On a vu Free ensuite qui était les premiers à mettre en place ce genre de choses. Cognacq-Jay Image est prestataire pour Free, c'était vraiment le premier tuyau à mettre en œuvre.

Voilà, c'était possible alors mince, qu'est-ce que l'on fait ? Alors au début, on se disait que les gens allaient nous prendre pour des fous, on ne parle pas trop, on garde ça secret. Puis on commence à en parler à quelques contacts privilégiés…

Alexandre Pilot : Quelques personnes qui nous entouraient de près et qui travaillent pour Nolife aujourd'hui. Des gens capables d'y croire en tout cas !

Sébastien Ruchet : Il y avait Marcus, par exemple. Marcus était emballé et nous disait : "si vous faites un truc, je fais quelque chose avec vous".

Alexandre Pilot : En une semaine, il avait déjà envoyé un dossier de l'émission "Chez Marcus".

Sébastien Ruchet : Davy par exemple qui lui aussi faisait des courts-métrages amateurs, en fait, disait : "on pourrait faire trop de choses !"

Alexandre Pilot : Lui aussi était à une période de sa vie où il fatiguait un peu, cela faisait 10 ans qu'il faisait des courts-métrages sur internet. C'était un vrai boost, une vraie motivation pour lui aussi.

Sébastien Ruchet : Du coup, on se mettait un peu la pression sur les épaules. Autour de nous, les gens étaient réalistes : "c'est un projet de malades mais il y a peut-être une chance". C'est un créneau où l'on n'y connaissait rien en retombées pub et on se demandait si en tant que très petite entreprise, on pouvait quand même gratter quelques petites choses et tenir comme ça.

Alexandre Pilot : Un jour, Seb m'a dit que ça semblait quand même possible mais très très très risqué et on serait bête de ne pas le faire. C'est vrai que l'on aurait regretté toute notre vie de ne pas l'avoir tenté. Après tout, il fallait quand même essayer…

Sébastien Ruchet : Aujourd'hui, il y a des gens qui disent que l'on avait mal vu les risques. Mais non, on connaissait les risques ! On ne pensait jamais...

Alexandre Pilot : On ne pensait pas tenir si loin ! (rires) On se disait même une semaine, on serait content de le faire !

Sébastien Ruchet : On voulait prouver que l'on pouvait tenir le truc une certaine durée. On a monté Nolife la société avec ce que l'on appelle du capital de proximité, c'est-à-dire de l'argent de famille et amis.

Alexandre Pilot : Seb a revendu sa bagnole, on a demandé aux parents s'ils n'avaient pas des économies à mettre dans la société.

Sébastien Ruchet : Oui, on en était là !

C'est un vrai investissement.

Sébastien Ruchet : C'est ça. Avec Pocket Shami, on avait un peu de matériel à mettre dedans aussi :une caméra, un ordinateur, des images déjà tournées qui, mine de rien, permettent déjà de faire des choses et qui nous appartenaient. Eté 2006, on en entend parler, tout l'automne on en parle autour de nous et on commence à se dire que l'on va peut-être monter quelque chose. Tout début janvier, c'est la création de la société. Moi, je démissionne et puis début février, je suis ça à plein temps.

Tu as quitté un boulot ?

Sébastien Ruchet : Il fallait déjà avec Pocket Shami tenir un double boulot, ce n'était pas évident. Et là, il fallait se développer et y aller.

Le démarrage de Nolife

Le 18 janvier je crois, on dépose le dossier au CSA. On avait bien travaillé le truc, je pense. Fin janvier, Alex et Suzuka partent au Japon, pour aller faire les premières choses par rapport à Nolife, démarcher et essayer d'obtenir des clips parce que l'on montait une chaîne musicale quand même avec la volonté de présenter la musique japonaise.

Alexandre Pilot : Ce voyage, je me souviens, quand l'avion est sorti des nuages, j'ai trouvé que c'était exactement ce que je ressentais, c'est-à-dire que l'on partait vers le Japon pour Nolife… Comment dire… Avant, à chaque fois que l'on nous faisait une proposition et qu'on nous disait que l'on pouvait faire ci, interviewer untel, on ne savait jamais si on pouvait le passer quelque part. C'était la liberté totale et la possibilité de faire des trucs un peu fous. On n'avait jamais pensé pouvoir le vendre nulle part ailleurs et c'était très excitant.

On a tourné beaucoup de choses, les premiers Tôkyô Café notamment qui étaient une émission importante pour nous, on a fait plein de reportages que l'on a distillés ensuite dès le lancement de la chaîne et on est allé voir les labels de musique japonaise en disant : "on est la première chaîne qui veut passer de la musique japonaise, est-ce que vous êtes intéressés ?" Globalement, ils nous ont regardés un peu de haut parce que l'on n'avait pas grand-chose à montrer, la chaîne n'émettait même pas – on était en janvier, on venait de monter la société. C'est tout à fait compréhensible puisque les japonais s'attendent à voir concrètement s'il se passe quelque chose, si c'est bien fait aussi. Qu'est-ce qu'ils avaient comme preuve que l'on ne prenne pas des clips pour faire un best of du pire du Japon ? Ils ne pouvaient pas deviner, il fallait prouver que l'on était sérieux…

… et qu'il y avait une vraie volonté éditoriale derrière.

Sébastien Ruchet : Et ils ont pu quand même obtenir des choses.

Tu dis que vous êtes allés voir les labels, c'est-à-dire ?

Alexandre Pilot : On a pris rendez-vous avant d'y aller quand même ! (rires) On s'est retrouvé dans de grands bureaux en verre, dans des tours, à présenter nos petits dossiers.

Sébastien Ruchet : Il faut dire que l'on faisait la demande en japonais comme il faut grâce à Suzuka.

Alexandre Pilot : On avait 3 ans d'expérience…

Sébastien Ruchet : … de contact avec le Japon. On travaillait bien avec le Japon ce qui n'est pas forcément fait par les français. On a commencé avec combien de clips japonais ?

Alexandre Pilot : Quand la chaîne s'est lancée, on avait 100 clips en stock : on en a mis 60 tout de suite, et les 40 suivants, on les a mis au fur et à mesure des semaines, jusqu'à l'été.

Sébastien Ruchet : Aujourd'hui, on en a plus de 1000.

Alexandre Pilot : 1060 à peu près.

A peu près ! (rires)

Sébastien Ruchet : Au retour du Japon, on continue à travailler la chaîne et on commençait à mettre un petit site teaser sur internet.

Le choix du nom de la chaîne

Alexandre Pilot : Il y a eu le choix du nom de la chaîne qui a été particulièrement éprouvant, tendu, je ne sais pas comment on peut dire…

C'est de vous deux, ça ?

Alexandre Pilot : C'est Seb qui a eu l'idée : "ah ! Ce serait trop bien !" Et tout de suite après, il a dit : "Ce n'est pas possible, on ne pourra jamais". En fait, il m'avait convaincu, j'étais à fond sur le nom.

Sébastien Ruchet : Et il a fallu qu'il me reconvainque après ! (rires)

Alexandre Pilot : C'est vrai que ce nom assez provocateur a un peu d'autodérision, un peu d'humour noir. Cela me plaisait beaucoup et j'essayais d'expliquer à Seb – et il était d'accord au bout d'un moment – qu'il nous fallait un nom qui se retienne facilement. Comme on n'a aucun budget pour la communication, il fallait un nom qui ait de l'impact pour que les gens s'intéressent un peu.

C'est vrai que cela peut identifier un peu trop un public.

Alexandre Pilot : C'est sûr qu'avant que la chaîne soit lancée, tout le monde pensait que c'était une chaîne où on allait filmer des gens qui jouaient à WOW (ndlr : World of Warcraft). Je pense que dès que la chaîne a commencé, les gens ont bien compris qu'il n'y avait pas du tout que ça.

Sébastien Ruchet : Il y en a mais pas que ça… Il y avait une certaine satisfaction à dire si on arrive à imposer ce nom, on change sa signification et cela ne devient plus une insulte. Je pense que l'on en est très très loin…

Alexandre Pilot : Il y a un truc quand même qui a changé, c'est qu'avant Nolife, il fallait que j'explique à chaque fois ce que c'était : "oui, vous savez, les gens qui jouent sur internet un peu trop". Maintenant, il y a eu une évolution.

On nous a dit plusieurs fois : "ne prenez pas ce nom là, personne ne voudra travailler avec vous, les partenaires ne voudront pas, vous allez voir les labels, les éditeurs de dessins animés ne voudront pas vous donner d'animés". On essayait de nous dissuader.

Sébastien Ruchet : C'est vrai que pour les américains, à chaque fois que l'on a été obligé d'expliquer, c'était un peu la honte. Il faut expliquer aux gens que c'est un peu comme Les Nuls ou Les Inconnus, c'est un nom au second degré.

Alexandre Pilot : Mais ouais, si Les Nuls s'appelaient les Super Géniaux, est-ce que cela aurait été drôle ?

Là, c'était important aussi d'afficher tout de suite la couleur et dire aux spectateurs, rien qu'avec le nom, attention cette chaîne n'est pas normale ! (rires) Vues toutes les thématiques que l'on aborde, il fallait un nom qui touche tout. Comme on a une grosse thématique Japon, on aurait appelé ça Tôkyô TV ou Samouraï Channel, et dès que l'on passe autre chose, on nous aurait dit : "ah oui mais pourquoi il y a ça sur votre chaîne ?" Donc là, on peut se permettre de toucher pleins de domaines du moment que cela a attrait à la passion.

On a droit à quelques noms qui n'ont pas été retenus ?

Alexandre Pilot : Comme Seb n'aimait pas le nom Nolife pendant un moment, il avait proposé Life On mais cela ressemblait trop à l'Iphone...

Sébastien Ruchet : Ah oui ! On aurait eu l'air bête après.

Alexandre Pilot : Du coup, on en a fait une parodie à la première rentrée, on a fait une fausse chaîne ! Il y avait quoi d'autre...

Sébastien Ruchet : Je crois que l'on n'avait que des noms vraiment vraiment pourris.

Alexandre Pilot : Des noms de planètes, parfois.

Sébastien Ruchet : On essayait de chercher un truc sur les robots à un moment et on ne trouvait pas. On se disait : c'est cool les robots mais qu'est-ce qui est robot ?

En tout cas, Nolife est née…

Sébastien Ruchet : Nolife est née et on a eu un souci avec le CSA. Ce n'était pas de la mauvaise volonté, c'était un manque de bol de notre part d'être tombés au mauvais moment. Normalement, le CSA est une institution très bien huilée, qui reçoit régulièrement les dossiers de nouvelles chaînes. On avait vraiment l'impression que c'était bien géré sauf que, quand on est arrivé, il venait de changer de grand patron – tous les 6 ans – il y avait des postes clé qui avaient changé, des chamboulements internes, ensuite il y avait un dossier Pinault en cours qui était l'attribution des fréquences de la TNT locale – il y avait 27 dossiers pour 9 fréquences – on a perdu quasiment un mois consacré qu'à cela et enfin, il y a eu les élections présidentielles à ce moment là où le président du CSA a dû intervenir par rapport à l'égalité du temps de parole, le fameux débat sur Canal+ qui n'a pas été fait finalement…

En attendant, le dossier Nolife devait être…

Alexandre Pilot : … Placé un peu derrière ! (rires)

La première diffusion

Sébastien Ruchet : Donc cela a eu un certain retard et finalement cela a pu se faire, c'était l'essentiel et on n'a pas eu de soucis spécialement. On a pu commencer à émettre le 1er juin 2007. Wouah ! Et là, on ne se rendait pas compte que l'on s'engageait dans un truc où l'on ne pourrait plus jamais se reposer, parce que cela ne s'arrête jamais après… (rires)

Alexandre Pilot : Comme dit Peter Jackson : "quand on fait un film c'est comme un train lancé à toute allure devant lequel il faut poser les rails". C'est pareil avec une chaîne de télé. Le train ne s'arrêtera jamais et si on ne met pas de rails, tout se casse la gueule. On a un peu angoissé le soir où cela a commencé – moi, j'ai fait une petite crise d'angoisse, en tout cas. Quand j'étais épuisé, j'ai voulu rentrer et Seb qui dit : "eh bah, il faut faire les playlists maintenant ! Il va y avoir des trucs dans la nuit, là !" A l'époque, ce n'était pas du tout automatisé. Maintenant, il a créé un logiciel. A l'époque, il fallait prendre chaque fichier et les mettre les uns après les autres.

Et le fameux système de Cognacq-Jay ?

Sébastien Ruchet : Il faut voir que le système de Cognacq-Jay n'est pas cher mais très basique. En fait, ils stockent des vidéos qu'on lui envoie et après, on lui envoie des playlists, comme une playlist de MP3.

Comme un M3U…

Alexandre Pilot : C'est un M3U !

Sébastien Ruchet : Exactement, c'est un fichier texte avec des noms de vidéos à la suite qu'il va jouer bêtement. Le nom du fichier texte donne l'heure à partir de laquelle il arrête la précédente. Je veux dire par là qu'on envoie une playlist à 19h, à 19h il la prend en compte, il finit la vidéo qui est en cours et ensuite il enchaîne. S'il n'y en a pas d'autres qui arrivent, il va boucler à la fin mais normalement, nous on est malin, on a prévu un truc qui va durer 45 minutes et à 19h30, on en envoie une qui va prendre le pas et on sait qu'à 19h30, on aura des programmes plutôt courts, genre des clips. On a dû en fait développer des logiciels pour pouvoir créer des plages de clips avec la pondération que l'on voulait, tel type de musique, etc. Sans cela, on ne pouvait pas gérer bien sûr. Au fur et à mesure, avec d'autres personnes autour, on crée des logiciels pour gérer complètement certains aspects.

Alexandre Pilot : Il y a toujours une partie qui est faite à la main. Maintenant, j'ai une espèce de chemin de fer et les playlists qui sont d'abord créées par des logiciels de Seb, de Cyril, etc. Ensuite, à la main, on rajoute tous les petits programmes : certaines bandes-annonces, certaines publicités, certaines petits programmes exceptionnels.

Sébastien Ruchet : On a des outils de compression aujourd'hui qui ajoute le logo avec la petite barre de progression. Au début, c'était nous qui le calculions à la main dans la séquence vidéo au montage. Maintenant, c'est automatique. C'était vraiment une très grosse révolution pour nous. (rires)

Les premières émissions

Sébastien Ruchet : On est juin 2007, on émet 1 mois et demi, on se prend une pause, 1 mois et demi de vacances où l'on rediffuse le mois et demi qui avait été fait.

Alexandre Pilot : Déjà parce que l'on était épuisé et parce que l'on avait aussi prévu de rediffuser pendant les vacances comme le font toutes les chaînes. Même si on s'était donné la peine de continuer à diffuser, il n'y a plus personne qui regarde l'été. Cela aurait été un travail énorme pour un cinquième du public habituel. Cela ne valait vraiment pas le coup. Cela a fait mauvaise impression de la part des spectateurs qui se sont dit : "à peine ça commence qu'ils mettent les rediff' !" (rires)

Il valait mieux que l'on bosse pendant un mois et demi à améliorer nos outils et préparer la rentrée.

Donc ce n'était pas vraiment des vacances…

Alexandre Pilot : Ah non ! On ne peut pas dire ça !

Sébastien Ruchet : Entre temps, pendant notre petite opération où l'on était tout seul, plein de gens se sont mobilisés autour de nous pour faire des choses : Une Case en moins avec "Nerdz" par exemple a été diffusée depuis le début.

Alexandre Pilot : Il y a aussi "Une minute pour parler de".

Sébastien Ruchet : Des gens qui ont voulu faire des choses et nous qui connaissions bien la télévision traditionnelle, où l'on ne fait pratiquement jamais ce que l'on veut. Bien sûr là, un des termes qui nous sont encore chers aujourd'hui, c'est la liberté que l'on peut donner aux gens de faire des choses, tant qu'ils les font avec passion. Après, ce ne sont pas forcément des choses qui nous bottent spécialement mais on tient à donner cette espèce de liberté aux gens sur un thème. Du coup, on a eu beaucoup plus de choses que ce qu'on pensait faire au début : on est parti quand même avec une émission quotidienne, "101%", de 15-20 minutes plus une émission derrière presque tous les jours, cela pouvait être "Superplay" sur les performances, "Chez Marcus".

Alexandre Pilot : Ou un animé.

Sébastien Ruchet : On a eu de très belles opportunités, on a eu beaucoup de chance. Il faut voir qu'il y a des chaînes qui se sont lancées avec beaucoup plus de moyen sur le câble ou le satellite avec vraiment pas autant de nouveaux programmes chaque jour.
Parfois, on voit sur le forum des gens qui disent qu'il n'y a pas beaucoup de programmes, mais beaucoup de rediff.

Alexandre Pilot : J'ai beaucoup réfléchi là-dessus, je pense que j'ai une explication : c'est parce qu'ils regardent beaucoup Nolife ! Cela fait plaisir, mais je crois qu'ils regardent les autres chaînes moins longtemps à la suite. Ils vont regarder une heure, deux heures et ils ne vont pas s'en rendre compte.

C'est carrément vrai, ça !

Alexandre Pilot : Il y a aussi quelque chose d'autre, c'est que les autres chaînes du câble et du satellite fonctionnent beaucoup avec l'achat de programmes alors que nous faisons beaucoup en prod.

Sébastien Ruchet : Oui parce que nous n'avons pas les moyens d'acheter, on préfère passer des nuits blanches à faire des magazines ! (rires)

En tant que spectateur, j'ai envie de dire tant mieux, ceci dit !

Alexandre Pilot : Aujourd'hui, tu avais compté combien ? 6 heures ? 7 heures par semaine ?

Sébastien Ruchet : Un peu plus. Si on compte les opportunités que l'on a avec les programmes japonais, je pense à "Japan in motion" et "Kira Kira Japon", on est à un peu plus de 7 heures de nouveaux programmes chaque semaine, ce qui est vraiment pas mal pour une chaîne du câble que l'on n'est pas aujourd'hui.

Les premières difficultés et la rencontre avec Ankama

Sébastien Ruchet : On fait un bel automne 2007 mais il y a un spectre, une épée de Damoclès. On était sensé fonctionner avec un tout petit peu de pub, on avait contacté une petite régie du monde du jeu vidéo mais presse qui découvrait la télé. Les grosses régies n'existaient pas pour eux, c'était impossible. On découvrait un monde sur lequel on se cassait les dents, sur lequel on pouvait essayer d'accompagner des gens qui n'étaient pas forcément traditionnels dans le monde de la pub télé, mais à ce moment là, il fallait les accompagner complètement, on ne pouvait pas forcément, déjà que l'on était en surcharge.

Alexandre Pilot : Seb avait aussi du mal à défendre les programmes de Nolife qui étaient tellement étranges. Ce n'était pas toujours facile d'expliquer à quelqu'un qui n'est pas vraiment dedans de comprendre pourquoi on passait ça.

Sébastien Ruchet : Avec l'argent avec lequel on s'était lancé, on tenait 2007 du début jusqu'à la fin, mais pas plus. Des gens nous ont dit si vous voulez, on a l'opportunité de faire un documentaire sur Ankama à Roubaix. Normalement, on ne peut jamais se déplacer et lâcher l'antenne sauf que cela tombait au début de la rediff de Noël. Le lendemain, Alex et moi prenons la voiture et on va à Roubaix et on découvre les gens d'Ankama.

Comment les avez-vous découverts ?

Sébastien Ruchet : C'est quelqu'un qui bossait avec eux qui nous avait dit qu'il y avait l'opportunité de faire un sujet.

Alexandre Pilot : Il nous avait expliqué que c'était intéressant. On n'avait peu d'informations à l'époque.

Sébastien Ruchet : On y va et on découvre un truc assez ahurissant : des gens qui ont notre âge, qui nous ressemblent au niveau des intérêts et des goûts et qui, eux, avaient réussi dans le jeu vidéo en ligne, avec Dofus. Ils étaient restés indépendants pour être maîtres de ce qu'ils faisaient, c'est très important. Ils lançaient des projets, on découvrait ce qu'ils faisaient dans le jeu vidéo mais aussi dans le magazine, la bande dessinée, un peu de produits dérivés. Ils étaient en train de travailler sur leur dessin animé, Wakfu. C'était très ambitieux et très étonnant.

Alexandre Pilot : Un dessin animé entièrement produit et animé en France, cela ne se fait pas, à part peut-être Les Lascars mais c'est sous un autre format. Là, c'est une série 26x26 pour les enfants. C'est vraiment grâce à leur personnalité très forte qu'ils ont réussi à mettre cela en place, grâce aussi à la technique qu'ils utilisent sur Flash. On était très impressionné parce qu'on a fait pas mal de reportages sur l'animation, on sait comment cela se passe au Japon et en France, on voyait ce qu'ils faisaient et on se disait que c'était vraiment exceptionnel.

Sébastien Ruchet : On fait notre film et puis on discute. Eux ne nous connaissaient pas non plus. On explique ce que l'on fait à Nolife : pas facile, petit budget, etc. Cela tilte un petit peu et ils nous ont proposé de nous aider à fonctionner, à nous booster, nous propulser vers le succès, le câble, le satellite et d'essayer de mettre tout cela en place.

Dès printemps 2008, c'est eux qui ont pris en charge le fonctionnement intégral de Nolife, sans prendre le contrôle de la boite, sans rien imposer. C'était vraiment exceptionnel.

C'était une sorte de mécénat ?

Sébastien Ruchet : Non. Ils se sont lassociés à l'aventure, mais pour nous pousser et nous laisser le contrôle parce que c'est nous qui savions ce que l'on faisait de la télé. Cela nous a permis de continuer à travailler et même de prendre quelques personnes en plus à partir de la rentrée de septembre pour faire encore plus de programmes.

Bien sûr, il était question que l'on annonce ça, on a fait une fausse mort de la chaîne à ce moment là. Il faut voir que nous avions les boules, fin de l'automne début 2008, parce qu'on savait qu'on allait dans le mur. Une belle proposition comme ça pouvait être très mal perçue des spectateurs et cela nous tenait à cœur que les gens réalisent ce que cela voulait dire. On pensait à la mort de la chaîne pendant 6 mois donc on a condensé en 15 minutes une fausse mort pour faire partager aux gens ce que cela aurait dû être si cela n'avait pas été comme ça. Il y a des gens qui nous en veulent encore mais au moins, on a pu bien faire passer le message.

Au fur et à mesure, on continuait à démarcher les opérateurs ADSL : on commençait chez Free puis chez Alice, on est arrivé chez SFR, Orange à la rentrée scolaire de septembre 2008 et Bouygues début 2009. Aujourd'hui, on couvre quasiment tout l'ADSL français, il manque Darty mais c'est un cas un peu à part.

Avec Ankama, on a travaillé à rencontrer des gens du câble et du satellite. On pensait que cela aurait été bon pour la rentrée de septembre 2009 et finalement, cela a été une très grosse déception pour des raisons différentes à chaque fois. Sur le câble ou le satellite, il y a des gens qui apprécient Nolife et qui veulent l'avoir mais malheureusement, c'est plus compliqué que ça : il y a de grosses listes d'attente, il y a de gros moyens à mettre en jeu et c'est très complexe. Cela n'a pas pu se faire là avec des moyens raisonnables ou dans le temps. Avec Ankama, on était tous très déçus au début de l'été. On ne leur avait jamais demandé de faire du mécénat, on allait ensemble vers l'avenir.

Alexandre Pilot : Il faut peut-être rappeler que le but du jeu d'arriver sur le câble et le satellite, c'est enfin d'avoir accès aux vrais réseaux de Médiamétrie qui débloquent la pub, ce qui nous manque cruellement depuis le début.

Il y a un dossier à déposer pour participer à Médiamétrie ?

Sébastien Ruchet : En fait non, Médiamétrie est un organisme qui a deux mesures : une grosse mesure qui coûte très chère pour le hertzien et la TNT – ce n'était pas dans le propos – et ils ont la mesure qui s'appelle Mediacabsat, câble et satellite et pas ADSL jusqu'ici. Il faut être sur le câble et/ou le satellite pour idéalement avoir cette mesure.

Alexandre Pilot : … même si le nombre de box ADSL dépasse le satellite.

Sébastien Ruchet : … dépasse le câble et le satellite. Pas encore combiné mais pas forcément très très loin. Aujourd'hui, l'ADSL, ce sont 10 millions de français touchés, en termes de foyers installés et de nombre de personnes. C'est beaucoup et c'est vrai que c'est un peu aberrant.

Alexandre Pilot : C'est une situation très frustrante et très injuste d'avoir des spectateurs, des gens qui regardent et de ne pas pouvoir avoir les outils pour ensuite envisager la chaîne avec la pub.

Vous n'avez pas la possibilité de savoir qui vous regarde finalement ?

Sébastien Ruchet : Cela dépend. Nous, on le sait, on rencontre les gens qui regardent en festival.

Les problématiques d'accès à la publicité

Sébastien Ruchet : Je vais maintenant décrire le circuit de la pub télé. En France, il y a les gros annonceurs nationaux (Coca, Kellogg's, Nestlé, Peugeot, Renault, L'Oréal, etc.), tous les gens qui prennent des campagnes régulièrement en pub télé. Il y en a sans doute un millier. Quand ces gens là veulent faire des campagnes pour tel ou tel produit, ce ne sont pas eux qui décident s'ils vont être sur telle chaîne, ils contactent des centrales d'achat qui ont des media-planners, des gens qui achètent des produits et qui disent tel produit est pour telle tranche d'âge, tel public, d'après des données qu'ils ont par Médiamétrie.

En fait, la mesure Médiamétrie Mediacabsat n'est pas que de l'audience, c'est la classification du public et pouvoir dire Nolife, c'est plutôt les 15-30 ans, un peu plus masculin mais pas que, cela dépend de tels horaires… Sans cela, on n'est pas dans le circuit traditionnel et on ne peut pas prétendre à ces choses là. On arrive un peu à gratter des choses mais c'est très peu.

Alexandre Pilot : Avec quelques annonceurs qui connaissent bien la chaîne, mais il faut vraiment qu'il y ait une démarche de leur côté et qu'ils aient envie.

Sébastien Ruchet : C'est vrai qu'aujourd'hui, c'est une situation un peu aberrante que l'ADSL qui est plus important en base que le câble ou le satellite ne soit pas comptée avec le câble et le satellite. Il faut dire qu'il y a très peu de chaînes qui sont uniquement ADSL aujourd'hui.

Alexandre Pilot : La majorité sont d'abord sur câble et satellite et dérivent après sur ADSL.

Sébastien Ruchet : Pour eux, d'une part il n'y avait pas d'urgence et d'autre part, ils n'avaient pas envie de diluer leur audience avec la population de l'ADSL qu'ils ne connaissent pas forcément. Evidemment, il y avait les anciens bien installés qui freinent pour pas que l'ADSL rentre tandis que les opérateurs d'ADSL font en sorte que ce soit une plate-forme reconnue. C'est une grosse consultation chez Médiamétrie depuis un moment. Et là enfin, l'entrée de l'ADSL serait donc pour le printemps 2010. Là, on voit quelque chose pour Nolife. Mais on ne le savait pas, au début de l'été 2009, quand on voyait que l'on arrivait au câble et satellite.

Alexandre Pilot : La nouvelle est arrivée il y a 3 semaines voire 1 mois.

C'est le scoop !

A la recherche d'une solution...

Sébastien Ruchet : Au début de l'été, on était bien embêté et on se demandait ce que l'on allait faire.

Alexandre Pilot : La première idée était de faire passer la chaîne payante.

Sébastien Ruchet : Oui, déjà la première solution était d'arrêter…

Ce n'est pas une solution, ça ! (rires)

Sébastien Ruchet : On a essayé quand même de trouver quelque chose et on s'est demandé si l'on devait devenir chaîne payante pour fonctionner : on a fait un sondage, on a eu beaucoup de réponses, cela nous a fait très plaisir. Dans le sondage, on demandait : chaîne payante ? Abonnement sur le site ? En voyant ces réponses, on s'est dit que c'était jouable de faire quelque chose.

Parce que chaîne payante, si on n'a pas les moyens de faire régulièrement des campagnes de pub, c'est un peu la mort à long terme. Cela ne nous plaisait pas vraiment. En voyant l'enthousiasme des gens à Japan Expo qui disaient "on vous soutient de toute façon", on s'est demandé s'il n'y avait pas moyen de garder la chaîne gratuite.

Alexandre Pilot : Surtout, que la vocation de la chaîne au départ est de faire découvrir des choses. Le payant réduit tellement le nombre de personnes. On s'est aperçu d'une chose très importante : il faut beaucoup de temps au spectateur pour s'habituer à la chaîne. J'ai beaucoup de témoignages de gens qui disent : la première fois, j'ai détesté, il m'a fallu 6 mois ou 1 an.

Cela dépend sur quoi on tombe aussi…

Alexandre Pilot : Si on tombe sur "Chez Marcus" ou un clip japonais bizarre, ce n'est pas la même chose, évidemment ! En tout cas, c'est clair qu'il faut que les gens s'habituent et il faut beaucoup beaucoup de temps. Si la chaîne était payante, on aurait perdu tous ces gens qui sont arrivés comme ça, par curiosité.

Je fais partie de ces gens là, je suis arrivé par curiosité sur cette chaîne.

Alexandre Pilot : C'est le nom qui t'a interpelé ?

En zappant.

Alexandre Pilot : Et c'est quoi le premier programme que tu as vu ?

Je ne saurai pas dire... Ce n'était certainement pas des clips japonais… C'était probablement un 101% ou un truc comme ça… C'était vraiment l'OVNI. Je me demande si ce n'est pas Nerdz d'ailleurs…

Alexandre Pilot : Ah oui ! Ca aussi, c'est assez barré !

Je me souviens très bien en avoir parlé autour de moi et avoir dit : tu connais cette chaîne ? Non ? Il faut absolument que tu regardes !

Alexandre Pilot : C'est super… On était dans une telle situation : soit on arrête, soit on devient payant, ce qui est une mauvaise solution. Il vaut peut-être mieux faire ça que d'arrêter la chaîne. Entre deux maux, on essayait de choisir le moindre.

Le coin des abonnés

Sébastien Ruchet : En voyant l'enthousiasme des gens, on a dit : OK pour l'abonnement en ligne. Qu'est-ce que l'on peut faire ? L'été, on l'a passé à travailler, à créer un mini YouTube sur le site – ce sont des serveurs derrière. Il y a eu la mise en place des paiements, Ankama nous ont beaucoup aidés.

Alexandre Pilot : Avant cela, il y a eu l'idée. On était parti sur une nouvelle chaîne payante et un jour, tu es arrivé en disant : j'ai une idée, on pourrait peut-être faire un truc à mi-chemin entre les deux, les gens s'abonnent uniquement sur le site mais la chaîne resterait gratuite. On était tout de suite tous séduits.

Sébastien Ruchet : On était limite soulagé car enfin il y avait quelque chose qui nous correspondait.

Alexandre Pilot : On se disait : c'est génial, les gens qui n'ont pas Nolife vont enfin pouvoir découvrir nos programmes !

Sébastien Ruchet : Sur le site, ce que l'on place dans cette idée de Catchup TV / Replay / rattrapage, on ne peut placer que ce que l'on a le droit de placer, c'est-à-dire ce que l'on a fait nous. Il n'y a pas tout. Mais il se trouve que c'est la grande majorité des choses. On savait que cela allait être conséquent. En plus, si au moins on peut mettre les 101%, etc., on peut mettre la vie de la chaîne et pour tous les gens qui ont le câble et le satellite et qui nous réclament depuis le début, enfin ils peuvent avoir un accès aux programmes en passant par internet.

Alexandre Pilot : Comme la chaîne reste gratuite, elle fait tout de suite concurrence au site. Les gens qui ont un contenu gratuit vont-ils être d'accord pour payer en plus ? C'était un risque à prendre.

Il y a eu ce fameux sondage où les gens ont tous dit assez massivement qu'ils allaient s'abonner. Certains disaient même : "je ne sais pas si ma mère va accepter"... Le résultat correspond-il à ce qui avait été annoncé ?

Sébastien Ruchet : Quand on parle à des professionnels qui sont blasés et qui n'ont pas forcément de relations avec leur public, pour un sondage ils parlent tout de suite de taux de transformation et du fait qu'il ne faut pas s'attendre à des miracles mais à quelques pour cents au mieux. Nous, ce n'était pas forcément notre cas mais on ne savait pas à quoi s'attendre non plus. On a choisi de parier sur les spectateurs et on a pensé à un chiffre. Le souci que l'on a aujourd'hui, même s'il y a eu beaucoup d'abonnements, des gens qui se sont lâchés sur des montants que l'on n'osait pas espérer – et ça monte, c'est bien –, on n'arrive toujours pas à un montant qui permet de faire fonctionner la structure telle qu'elle est aujourd'hui, avec toutes les personnes qui y travaillent. C'est pour cela qu'on l'a expliqué, il y a eu une forte réponse mais on n'y est pas encore.

Alexandre Pilot : C'est là que l'on s'est aperçu que beaucoup de personnes n'avaient pas forcément suivi, pensaient que c'était bon et que la chaîne n'allait pas passer payante. Ces personnes  continuent à regarder la chaine sans aller forcément sur le site.

D'où cette fameuse émission...

Alexandre Pilot : Le coin des abonnés. C'est une manière de communiquer, oui. On pense qu'il y en a encore une partie qui ne sont pas encore au courant : il y en a qui disent qu'ils regardent Nolife tous les jours et qui n'ont jamais vu une bande-annonce pour s'abonner !

Sébastien Ruchet : Alors qu'au contraire, on culpabilise ! C'est dur d'annoncer ça : comme on ne sait pas, on le dit franchement. On a essayé d'expliquer que ce n'était pas un drame humanitaire et qu'après tout, cela reste une société commerciale, du divertissement.

Alexandre Pilot : On ne voulait pas tirer sur la corde sensible en disant "s'il vous plait, sauvez Nolife" de façon super triste. Non, on voulait juste expliquer la situation. Il ne faut pas que les gens se disent  "Ah bah Nolife c'est fini ? C'est trop tard ? Je ne savais pas".

Sébastien Ruchet : Il y a beaucoup de gens qui ont un fort attachement. On sait qu'il y a des gens qui se disent "c'est foutu, ils vont couler", il y en a d'autres qui ont fait beaucoup d'efforts, il y en a qui sont dépités, il y en a qui veulent encore faire des choses. On va voir d'ici la fin de l'année, en tout cas on va se battre jusqu'au bout. Jamais on veut se retrouver vieux et regretter de l'avoir fait, même si on est fatigué et que c'est dur.

Concrètement, il y a un fond de roulement quasiment épuisé ?

Sébastien Ruchet : On dépend des abonnements et on essaie de voir si on peut atteindre le chiffre en faisant des opérations de relance par mail à ceux qui étaient abonnés et qui ne le sont plus.

Il y en a un qui a eu une idée formidable sur le forum : offrir en cadeau de Noël un abonnement à Nolife.

Alexandre Pilot : Le parrainage, oui !

Sébastien Ruchet : On y pense beaucoup, je dois bosser dessus ce week-end par exemple. Après, ce sont des questions de temps aussi. Mine de rien, la production de la chaîne au jour de jour et gérer l'affolement que l'on provoque aussi là, de parler aux gens, de les tenir au courant et finalement d'être sur tous les fronts, cela demande beaucoup de temps et d'implication. On essaie de faire au mieux...

Alexandre Pilot : ... et puis que la chaîne reste toujours la même chaîne, c'est-à-dire que c'est parfois tentant quand des dizaines voire des centaines de personnes, jour après jour, vous répètent que s'il n'y avait pas de J Music, qu'ils s'abonneraient par exemple...

Sébastien Ruchet : Si l'on s'ouvrait à un plus large public peut-être qu'il y aurait plus d'abonnements... Mais oui ! On aurait pu le faire dès le début de la chaîne, foot, bière et film de fesses à minuit. Bien sûr, mais ce n'était pas ça l'idée.

Alexandre Pilot : Au milieu de la tourmente, essayer de faire que la chaîne reste une bonne chaîne, quelques choses d'agréable avec toujours des choses nouvelles, ne pas se laisser aller à la facilité.

lire la suite de l'interview ici...

 

A lire également sur Froggy's Delight :
seconde partie de l'interview à retrouver ici
L'interview de Davy Mourier
La chronique de Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! / Papa, Maman, une Maladie et Moi ! de Davy Mourier

En savoir plus :
Le site officiel de Nolife

Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


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# 9 août 2020 : Vacances, j'oublie tout

Il fait beau et chaud, on reste à l'ombre, on traine à la plage, mais si vous avez encore un petit moment pour jeter un oeil à Froggy's Delight, nous sommes toujours là. Voici le programme light et rafraichissant de la semaine.
petit bonus, le replay de la MAG (Mare Aux Grenouilles) numéro #1

Du côté de la musique :

"Pain olympics" de Crack Cloud
"Waiting room" de We Hate You Please Die
"Surprends-moi" de Cheyenne
"Nina Simone 1/2" le mix numéro 20 de Listen in Bed
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

Le compte-rendu de la 35ème édition du Festival Humour et Eau salée
et un spécial "Au Théatre ce soir dans un salon" avec les grands classiques de Barilet et Grédy :
"Peau de vache"
"Potiche"
"Folle Amanda"
"Le don d'Adèle"
"L'Or et la Paille"
et "Fleur de cactus" revisité par Michel Fau

Expositions :

en real life :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Voir le jour" de Marion Laine
"Le Défi du champion" de Leonardo D'Agostini
et at home avec des longs...
"2021" de Cyril Delachaux
"Les Robinsonnes" de Laurent Dussaux
"L'Ile aux femmes" de Eric Duret
"Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué" de Jean-Claude Sussfeld
"The Storm" de Ben Sombogaart
...et des courts-métrages
"Odol Gorri" de Charlène Favier
"Poseur" de Margot Abascal

Lecture avec :

"Retour de service" de John Le Carré
"Un océan, deux mers, trois continents" de Wilfried N'Sondé
"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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