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Théâtre de la Commune  (Aubervilliers)  mars 2010

Comédie de Marivaux, mise en scène de Didier Beace, avec Jean-Yves Chatelais, Alexandre Aubry, Pierre Arditi, Christian Bouillette, Robert Plagnol, Marie Vialle, Anouk Grinberg et Isabelle Sadoyan.

Didier Bezace monte "Les fausses confidences" de Marivaux de manière kaléidoscopique originale en immergeant l'argument dramatique, plus que galant, qui se déroule entre les trois personnages centraux (un valet joue l'entremetteur entre sa maîtresse, une belle et jeune veuve fortunée, et son ancien maître désargenté) dans un univers de commedia dell'arte, le tout sur fond de 18ème siècle à la Watteau.

En effet, les personnages en costumes l'époque, délicieusement pensés par Cidalia Da Costa, se meuvent dans un décor subtil de Jean Haas, panneau peint, escalier magnificent symbole de l'aisance et d'ascenseur social, grands voiles fluides pour tourner les pages de ce qui n'est que du théâtre, avec des intermèdes vivaldiens très corsés qui parfois font songer au Rondo Veneziano.

Dans ce cadre précieux, les personnages périphériques ressortissent résolument de la comédie. La mère douairière (Isabelle Sadoyan qui force un peu dans le registre vaudeville) avec sa perruque bouillonnante, sa robe mauve et son petit chien qui ressemble à un portrait d'époque sorti de son cadre mais dont le ramage, tyrannie domestique et amour maternel intéressé, ne correspond pas au plumage, l'oncle procureur de l'amant (Christian Bouillette tout en suées et emportements avec œillades et gestes ad hoc), un Arlequin grasseyant (Alexandre Aubry) et les victimes de dommages collatéraux, une jeune servante histrionnante et douloureusement instrumentalisée (Marie Vialle) et un comte d'opéra bouffe beau joueur, bien campé par Jean-Yves Chatelais.

Bien évidemment les femmes, la maîtresse comme la suivante, ne peuvent que se pâmer, énamourées devant le séduisant Dorante interprété par Robert Plagnol qui, s'il a bien le physique de l'emploi ("Votre bonne mine est un Pérou" assure Dubois) et, l'air ténébreux laissant planer le doute entre amoureux éperdu ou Rastignac, n'a cependant pas la scansion en phase avec la langue du 18ème siècle.

Dans le rôle de la femme qui va se consumer sous les feux de l'amour, et surtout au reflet flatteur que lui renvoie le miroir verbal que lui tend son ouaille, peu de surprise quant au dénouement car Anouk Grinberg, dès les premières répliques, avec des trémolos dans la voix et des mines de biche aux abois, jeu dans lequel elle excelle, figure un peu trop la victime idéale déjà prête à la reddition redoutée face au fameux et inexorable postulat énoncé par Marivaux : "Et on vous aimera toute raisonnable qu'on est ; on vous épousera toute fière qu'on est et on vous enrichira tout ruiné que vous êtes. Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l'amour parle, il est le maître, et il parlera."

Quant à la figure majeure du grand manipulateur, pivot de l'intrigue, même s'il est peu présent sur scène, Pierre Arditi, à l'excellente et sobre interprétation, bien loin de l'Arditi qui "fait de l'Arditi" au boulevard, l'impose dans son omniprésence qui plane sur toutes les scènes avec un talent qui surpasse celui de l'aréopage.

Dans son ascétique costume noir, affranchi de la dialectique du maître et du valet, factotum de l'auteur qui a tous pouvoirs sur ses créatures, deus ex machina qui tire les ficelles avec une détermination inquiétante, sortant d'une trappe comme un diable de sa boîte ou surgissant telle une apparition de l'ombre d'un arbre du parc, il campe de manière magistrale le stratège émérite sans mobile apparent autre que de jouer avec le puissant levier sur l'âme humaine qu'est l'amour et dont l'arme est la parole : à l'illusion de la parole répond l'illusion théâtrale.

 

MM         
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# 15 septembre 2019 : Life in Vain

Cette semaine Daniel Johnston nous a quitté, mais aussi Philippe Pascal de Marquis de Sade. Merci à eux pour tout ce qu'ils ont apporté à la musique mondiale pour l'un et hexagonale pour l'autre.
Pour ce qui est du reste de l'actualité culturelle de la semaine, c'est parti pour le sommaire :

Du côté de la musique :

"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold
et toujours :
"L'horizon" de Manu
"Twelve nudes" de Ezra Furman
"Spleen 1" de Fleur du Mal, chronique assortie d'un entretien
Rencontre avec Le Flegmatic autour de son nouvel album "Ruine nouvelles" Le Flegmatic
"Echoplain Ep" de Echoplain
"Michel on my mind - Tribute to Michel Petrucciani" de Laurent Coulondre

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Pompiers" au Théâtre du Rond-Point
"La Vie de Galilée" à La Scala
"Suite française" au Théâtre La Bruyère
"The ways she dies" au Théâtre de la Bastille
"La Fin de l'Homme rouge" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Pour un oui ou pour un non" à la Manufacture des Abbesses
"Louise au parapluie" au Théâtre du Petit Gymnase
"La Réunification des deux Corées" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Ecoutez leur silence" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Les Naufragés" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Vive Bouchon !" au Théâtre du Splendid
"Marie-Antoinette" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Tempête en juin" au Théâtre La Bruyère
"Aux rats des paquerettes" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Pas vue, Ni connue" au Théâtre Essaion
des reprises
"L'homme à tête de chou" au Théâtre du Rond-Point
"Fables" au Studio Hébertot
"Le Défunt" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Dom Juan ou les limbes de la mémoire" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Une leçon d'Histoire de France - De l'An mil à Jeanne d'Arc" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Une leçon d'Histoire de France - De 1515 au Roi-Soleil " au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Karine Dubernet - Souris pas !" au Point Virgule
"Sandra Colombo - Instagrammable et cervelée" à la Comédie des Trois Bornes
"Marion Mezadorian - Pépites" à la Nouvelle Seine
"Carla Bianchi -Migrando" à la Nouvelle Seine
"Giorgia Sinicorni - Comment épouser un milliardaire" à la Nouvelle Seine
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"Le Monde selon Roger Ballen" à la Halle Saint-Pierre

Cinéma avec :

"Les Fleurs amères" de Olivier Meys
Oldies but Goodies avec "Les Idoles" de Marc'O
et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits
et toujours :
"Autoportrait d'une vie heureuse" de Ingo Schulze
"Conversations entre amis" de Sally Rooney
"Le dernier grenadier du monde" de Bakhtiar Ali
"Le siècle des dictateurs" Sous la direction d'Olivier Guez
"Les opérations extraordinaires de la seconde guerre mondiale" de Claude Quétel
"Les réfugiés" de Viet Thanh Nguyen

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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