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Interview  (Paris)  18 février 2010

A l'occasion de la sortie du Centre Commercial, quatrième album de Bertrand Louis, nous rencontrons cet artiste un peu en marge de la scène musicale française qui nous parle de son univers musical, de la société, de Pierre Desproges et de serial killer...

On s'était rencontré en 2003 pour la sortie de ton deuxième album et nous revoilà face à face pour ton quatrième. Cela fait donc deux albums en l'espace de 7 ans seulement. Que s'est-il passé pendant tout ce temps ?

Bertrand Louis : En fait, c'est surtout dû au fait que j'ai changé de maison de disques, le contrat que j'avais avec Polydor m'ayant été rendu. Donc le temps que je me décide pour savoir comment j'allais faire mon album d'après... Au début, j'ai voulu travailler un peu à l'ancienne, c'est-à-dire en faisant des maquettes et en allant les faire écouter aux maisons de disques. Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas ce qu'il fallait faire aujourd'hui. Du coup, je me suis dit que j'allais l'autoproduire. Le temps de trouver l'argent, des gens qui donnent des coups de main... et les coups de mains ça se donne mais quand on a le temps donc il faut être patient. Et puis le temps de retrouver une maison de disques, tout cela fait qu'il y a eu 4 ans de marge entre le troisième et le quatrième album. C'est un peu long mais entre temps, j'ai fait d'autres choses. J'ai notamment réalisé un album pour une chanteuse qui s'appelle Séverine. J'ai travaillé aussi récemment avec un chanteur qui s'appelle Thibaut Derien.

Plutôt comme réalisateur ? Qui est un métier assez différent finalement...

Bertrand Louis : Oui mais comme je suis réalisateur de mes albums, c'est un peu la même chose, sauf que ce n'est pas moi qui chante (rires).

Tu disais que tu étais assez autoritaire par rapport à ton travail et que tu imposais beaucoup les choses à ton groupe. Qu'en est-il quand tu passes à la réalisation pour d'autres artistes ?

Bertrand Louis : La réalisation, c'est un truc que j'aime beaucoup et que j'aimerais vraiment refaire encore, même si pour le moment, il faut quand même qu'il se passe un peu quelque chose autour de mon nouvel album. En tout cas, quand je travaille à la réalisation, j'essaie de respecter au maximum l'univers des artistes mais c'est vrai aussi que j'aime bien qu'ils me fassent confiance en retour et qu'ils ne soient pas sans arrêt derrière mon dos à me dire : "tiens je mettrais plutôt un piano qu'une guitare", etc. J'essaie vraiment de respecter leur univers et leurs envies et je suis vraiment à leur service. C'est un autre métier effectivement. Et puis se remettre un peu derrière, c'est plus agréable, moins stressant (rires).

Concernant tes propres albums, notamment ce quatrième, tu gardes aussi la main mise sur l'ensemble de la réalisation ?

Bertrand Louis : Et bien comme j'ai eu beaucoup de temps pour le faire. Pas forcément lié à une panne d'inspiration ou quelque chose comme cela mais j'ai vraiment fait tout, tout seul. J'ai enregistré les batteries, les guitares, j'ai tout récupérer chez moi et ensuite sur mon ordinateur, comme un réalisateur de cinéma finalement qui a tourné toutes ses scènes et qui choisit celles qu'il veut, j'ai tout monté ensuite.

Tu as joué de tous les instruments donc ?

Bertrand Louis : Pas de tout car je ne fais pas de tout, mais j'ai fait le piano, la guitare acoustique et la voix. J'ai eu la chance d'avoir Geoffrey Burton, qui est l'ancien guitariste d'Arno, ce qui était quand même assez royal et j'ai mon équipe basse/batterie qui fonctionne bien, donc je ne vais pas tout faire non plus, hein !

Cet album sort donc sur le label MVS. Tu l'as fait au départ pour le label ou bien cela reste encore de l'autoproduction ?

Bertrand Louis : Je l'appelle autoproduit oui, parce que c'est moi qui ai produit la bande. Au début, je me suis dit que puisque je l'avais fait tout seul, autant le sortir tout seul mais je me suis rendu compte que déjà ça coûte de l'argent, il faut un attaché de presse, sinon ce n'est même pas la peine d'essayer de sortir un album. Et puis je fais un peu de graphisme... je mets la main à la pâte mais tout cela, c'est du temps que je passe en moins à faire de la musique et c'est quand même la musique qui me plait le plus. Et puis j'ai rencontré les gens de MVS avec qui cela a bien fonctionné et je suis très content pour l'instant.

Tes albums tournent toujours autour de quelque chose qui critique pas mal la société actuelle, et notamment la société très urbanisée. C'est ta préoccupation majeure ?

Bertrand Louis : Je pense qu'avant c'était moins le cas, même s'il y a toujours eu quelques chansons en ce sens, notamment "Slogan", qui est un truc qui me suit depuis longtemps. Effectivement là, j'en ai vraiment fait le thème central du disque.

C'est vrai que sur tes deux premiers albums il y avait ce fameux "Slogan" et on imaginait en retrouver un par album. Finalement, on retrouve un album entier sur ce thème.

Bertrand Louis : Oui, c'est un peu ça. Je me spécialise là-dedans, c'est quelque chose qui m'a toujours tenu à coeur. Le fait de vivre à Paris depuis longtemps y est forcément pour quelque chose. Je ressens cette oppression, de pire en pire, qu'il faut que j'expulse.

Dans cet album, il n'y a pas non plus que cela puisqu'il y a derrière tout cela, comme l'indique le sous-titre de l'album, une présence, celle d'un meurtrier.

Bertrand Louis : J'ai commencé à écrire des chansons pour cet album et je me suis rendu compte que ça tendait toujours un petit peu vers le même thème, c'est-à-dire le "pétage de plombs", la crise de nerf... Je me suis rendu compte qu'il y avait une sorte d'évolution psychologique et c'est là que m'est venue l'idée d'en faire une sorte de concept album mais ce n'était pas une envie au départ.

Il y a une sorte de parallèle entre ce psychopathe et cette société de consommation qui nous entoure ?

Bertrand Louis : Oui, le personnage est oppressé par cette société qui le nargue un peu au travers des chansons qui parlent de cette société de consommation et qui sont quand même assez ironiques comme "on n'est pas à l'abris d'un succès". C'est vraiment très ironique.

C'est un peu ton  image de marque, cet humour noir, un peu cynique.

Bertrand Louis : Merci (rires). J'aime bien me foutre de la gueule du monde comme je dis toujours. C'est vrai que tout cela est ridicule mais à force de vivre dedans, cela devient très oppressant.

C'est une sorte de miroir, ce disque ?

Bertrand Louis : Disons que c'est une vision, assez ponctuelle et globale de ce que je pense de notre société aujourd'hui.

Chacun peut se retrouver dans ton disque autant à la place du personnage que de tous ceux qui sont de l'autre côté de la barrière. Comme par exemple justement dans "on n'est pas à l'abri d'un succès" ou "20h" qui croque un monde dans lequel les gens se raccroche à des choses comme un succès ou la misère d'autrui ?

Bertrand Louis : C'est un côté un peu voyeuriste, oui. Moi je me souviens des évènements du 11 septembre durant lesquels j'étais resté scotché devant ma télé pendant une semaine. Et au bout d'un moment, je me suis dit : "je fais du voyeurisme". J'avais l'impression d'être choqué mais en fait pas tant que cela, moi j'étais bien protégé. Alors bon après c'est sûr, ça peut faire polémiquer, et si c'est le cas tant mieux, mais on m'a dit : "il faut pas dire cela, après tout ce qu'il s'est passé recemment à Haiti", etc. Evidemment, mais cela dépend du traitement que l'on fait de l'info. On ne peut pas rester les bras croisés face à une catastrophe naturelle, mais le traitement qui en est fait devient du spectaculaire. Et puis je ne veux pas dire "c'est pas bien, il faut changer le monde". Je préfère me moquer, mais ce n'est pas pour cela que ce n'est pas oppressant.

Il faut aussi faire la part des choses entre la façon dont tu traites le sujet dans tes chansons et ce que tu penses toi.

Bertrand Louis : Oui, complètement. Il y a d'ailleurs des chansons que je dépersonnalise comme "La putain publicitaire" dans laquelle je me mets à la place du mannequin sur la photo. J'aime bien faire cela.

C'est une mise en scène à chaque fois tes chansons plutôt que de raconter une histoire ?

Bertrand Louis : C'est effectivement plus un suivi psychologique que raconter une histoire réellement mais... oui, des mises en scène... C'est quelque chose à quoi je réfléchissais avant... pour le moment je ne sais pas encore trop bien... d'ailleurs, au fil des interviews, j'essaie de comprendre moi-même ce que j'ai voulu apporter (rires). Je pense que je suis plus dans le sentiment. Pas le courrier du coeur, mais la colère, etc. Pour décrire une scène, je n'ai pas envie de le faire de façon réaliste mais d'une façon sentimentale, sur le ressenti. Avec pas mal de recul, du coup. Parce que si on dit les choses de façon trop réaliste, on ne prend que la surface des choses et on oublie tout ce qu'il y a en dessous, toute la psychologie.

Ceci dit, quand ton personnage arrive avec son fusil dans le centre commercial, c'est relativement descriptif et réaliste...

Bertrand Louis : Oui, c'est un peu l'apothéose. Mais si ce sont des choses qui arrivent, moi je n'ai jamais sorti de fusil dans un centre commercial, cela reste une pulsion, cela reste dans le sentiment, c'est quelque chose qui ne va pas forcément se concrétiser. Et heureusement (rires).

Tu penses que ces pulsions là, justement, tout le monde peut arriver à les avoir un jour ou l'autre ?

Bertrand Louis : Tout le monde je ne sais pas mais... Les Etats-Unis qui sont quand même le pays le plus... Disons que j'ai toujours trouvé que la France faisait comme les Etats-Unis avec 10 ans de retard, donc on a beau dire : "les américains, les américains"... C'est quand même le pays où il y a le plus de serial killers, il y a beaucoup de refoulés car ces sociétés là donnent du refoulé. Et le refoulé, ça donne des pétages de plombs, des meurtres, des choses comme ça. Le personnage est dans ce truc là sur cet album et il finit par exploser.

Ce n'est pas que de sa faute...

Bertrand Louis : Je suis en train de lire Ballard en ce moment. Et il disait que d'après lui, la publicité allait devenir la source de nos pulsions meurtrières dans l'avenir. C'est-à-dire que maintenant elle sert nos désirs mais que cela va aller plus loin... enfin il a prédit cela... après, je ne sais pas.

"On n'est pas à l'abri d'un succès" est taillé comme un tube musicalement, c'est le single de l'album ?

Bertrand Louis : Non. Je ne pense pas que cela pourrait sortir en single, car c'est assez frustrant, il y a un côté joyeux alors que ca ne l'est pas du tout. Il y a une ambigüité dedans qui, je trouve, représente l'ambigüité de notre société. Ce côté entrainant où on nous pousse à être des winners et qui, en fait, génère beaucoup de loosers. Moi même suis-je à l'abri du succès... Bon, il faut dire que j'ai un bon parapluie anti-succès depuis 10 ans qui me protège bien...

Tu n'es plus dans cette nouvelle vague de la chanson française...

Bertrand Louis : Cela n'existe plus vraiment maintenant, il y a surtout ceux qui marchent et ceux qui ne marchent pas. Il n'y a plus vraiment de courant. Il reste toujours la chanson festive qui marche toujours un peu et puis il y a eu, je trouve, un regain de qualité au niveau des textes par rapport à la variété mais pas de grande tendance.

Par rapport à d'autres artistes, tu te sens quand même proche de gens comme Florent Marchet, qui a cette tendance à faire des albums d'ambiance, très ancrés autour de la société ?

Bertrand Louis : Disons que je me sens plus proche de lui que de certains autres oui. Parce que musicalement on s'inspire de la pop, on ne parle pas forcément de choses très joyeuses... Je me sens différent de lui mais s'il fallait créer des familles, on pourrait dire que c'est un cousin éloigné, oui (rires).

Et Murat ?

Bertrand Louis : J'aime beaucoup mais lui est au contraire dans des textes poético-buccoliques, non réalistes.

Et toi tu as une tendance qui se dégage au niveau de tes textes, tu as déjà repris l'écriture ?

Bertrand Louis : Et bien oui, ça ne s'arrête jamais, j'ai déjà de nouveaux slogans qui m'interpellent. Mon rêve, ce serait de faire des chansons où il n'y aurait que des citations mais que ça ne se voit pas. Je crois que Flaubert avait cette obsession là aussi, lorsqu'il a fait l'Education Sentimentale, de faire un roman antipersonnel, c'est-à-dire que tout vienne du monde et que lui retranscrive juste avec son sujet ce qu'il se passe.

Dans "Slogan 2" sur le deuxième album, il y a vraiment que des slogans, toutes les phrases sont des slogans sans que j'ai eu à les retoucher sinon je suis toujours obligé de les modifier un peu pour que ça passe mieux. Surtout que j'ai envie de chanter, je n'ai pas envie de tomber dans le talk over qui devient un peu maintenant la mode. Peut-être que je vais essayer d'en faire quand même un petit peu car j'aime bien utiliser toutes les techniques actuelles. Mais je trouve que c'est un peu une facilité de parler sur de la musique. Et puis une musique un peu mélancolique avec un texte, ça le fait tout de suite, c'est un peu putassier... J'ai quand même envie de chanter et de mettre en musique les mots puisque je suis musicien.

On te reprochait souvent ta voix un peu neutre, tu en es où de ce côté là ?

Bertrand Louis : Je prends de plus en plus de plaisir à chanter. J'ai conscience d'avoir une voix qui n'est pas très timbrée, on est comme on est, mais j'ai ma personnalité. Mais, cela correspond bien à mon personnage qui, finalement, est assez discret au premier abord et quand on rentre à l'intérieur, cela devient un peu plus... compliqué.

(Bertrand ouvre sa veste, sobre et noire à l'extérieur elle révèle être doublé d'une sorte de peau de guépard flamboyante).

Ce personnage qui se promène dans ce disque, tu en as une vision ? Tu voudrais le voir dans un film, un roman ?

Bertrand Louis : En fait, on m'avait conseillé de faire un roman plutôt que de faire ce disque. Cela est notamment venu de mon entourage. Car je suis quand même un peu parti de moi, donc ça fait peut-être un peu peur, "Scène de crime"... Après j'ai construit cette chose là de souvenir et d'invention. J'ai construit ça comme un artiste et on se dégage de cela. Mais on m'avait conseillé d'écrire un roman parce qu'on me disait cela ne passera jamais en disque.

C'est plus difficile de traiter des sujets comme cela en chanson plutôt qu'en roman ?

Bertrand Louis : On ne peut pas dire la meme chose. On est obligé d'incarner le personnage un petit peu donc on ne peut pas le faire de la même façon... Quoi que en même temps on pourrait...

Mais finalement les gens qui l'écoutent au départ ne ressentent pas cet album de façon violente. On aurait pu s'attendre à ce que ça parte de partout avec des cris, etc. mais finalement cela reste assez pop. L'idée, c'était d'arriver à faire rentrer tout cela dans un format chanson.

Au final, tu as mis beaucoup de choses de côté de cette histoire pour en faire un disque ou bien c'est venu directement au format chanson ?

Bertrand Louis : C'est quand même de la chanson, dès le départ. En fait, je fais mes musiques d'abord et puis après... l'auteur en moi est un peu compliqué. Il est bien caché au fond. Il ne sort pas son nez tout le temps donc les textes, c'est plus délicat. Je ne suis pas quelqu'un qui écrit beaucoup. D'ailleurs, je ne prends pas de note, je me dis que les phrases qui me marquent vraiment, je les mémorise. Je pense que si j'avais eu plus d'échéance... j'écrirais plus sûrement. C'est dur de travailler sans échéance. Et c'est pareil pour le prochain disque. Je ne suis pas obligé de le faire le prochain album, c'est seulement si j'en ai vraiment envie.

Tu dis que tu écris d'abord les musiques, cela parait étonnant car quand tu écris les musiques, il me semble que tu dois avoir déjà une sacrée idée de l'ambiance et de ce qu'il va se passer dans la chanson...

Bertrand Louis : En fait, j'avais plein de musique, parce que des musiques j'en écris vraiment beaucoup, contraitement aux textes, là ça fuse. Après, je commence à écrire du texte et je travaille les arrangements en parallèle. Donc finalement, tout s'est décidé un peu ensemble. L'ambiance du disque est venue parce que j'avais commencé à écrire des textes un peu noirs. Ou alors c'est le contraire... Cela vient plus ou moins en même temps.

Et la musique est aussi un peu une déconstruction, le "Centre commercial" part sur une musique assez tubesque et finalement, ça se détruit au fur et à mesure. C'est le mec qui pète les plombs dans le centre commercial. Je me souviens très bien que pour cette chanson là, j'avais un refrain et la voix partait dans les aigus et puis c'est dur de chanter en aigu en français, ou alors le texte en prend forcément un coup. Et je ne trouvais pas jusqu'au moment où je me suis dit "tant pis" et j'ai sabordé le refrain et c'est de là qu'est venue cette idée du mec qui casse son jouet.

Cet album est sorti début février, il va y avoir une tournée derrière ?

Bertrand Louis : On va essayer de jouer à quatre selon les possibilités, on peut s'adapter. Mais ça commence au compte-goutte, je viens de trouver un tourneur, quelques dates se profilent...

Il n'y a pas une frustration de devoir tout reprendre à zéro ?

Bertrand Louis : Cet album a plutôt un bon accueil et j'ai pris beaucoup de plaisir à le faire. Je m'étais dis s'il y a de la scène j'en fais, s'il n'y en a pas j'en fais pas. Et là je commence un peu à espérer qu'il y en ait quand même. Je vois plein de gens qui arrêtent parce qu'ils en ont marre de se battre. Moi je n'ai pas envie de m'arrêter.

Et puis j'avais envie de parler de cette frustration, comme dans "Scène de crime", même si on me dit "non, il faut pas en parler, il ne faut pas être aigri", mais même si ce n'est pas marrant d'être l'aigri de service, il faut en parler, je pense que c'est thérapeutique.

Tu en parles en tout cas sérieusement mais avec beaucoup d'humour noir et de cynisme. Cela permet aussi à l'auditeur de ne pas tout prendre de pleine face.

Bertrand Louis : C'est une façon de se dégager du réalisme, du premier degré. Mais l'humour est quelque chose d'assez bizarre chez moi, c'est-à-dire que je ne le contrôle pas du tout. Je sais pas comment font les comiques. Beaucoup de gens me disent que je suis drôle, que j'ai beaucoup d'humour et je ne le fais pas exprès. En tout cas, je n'arrive pas à le canaliser. J'aime beaucoup Desproges par exemple, l'humour à l'anglaise, pince sans rire. Mais je ne pense pas que j'arriverais à me dire : "tiens, je vais faire une chanson drôle".

J'aime bien faire du détournement aussi, par exemple dans "Scène de crime", je dis "ce sera phénoménal, il y aura ma photo dans le journal", cette espèce de chanson franchouillarde qu'on chante dans le bus en revenant du rugby... Je trouvais cela intéressant de dire ça d'une façon très glauque, c'est de l'humour inversé (rires).

Il y a une chanson qui s'appelle "Le degré zéro de mon écriture". On ne peut que faire un parallèle avec "Je balaie" dans laquelle tu traitais déjà de la panne d'inspiration. C'est une préoccupation ?

Bertrand Louis : Un peu oui, comme ce n'est pas évident pour moi d'écrire, quand j'y arrive je suis fasciné comme un enfant. Donc j'avais envie de parler de cela, de cette chose que je n'arrive pas à saisir et qui, pourtant, est là. Un peu comme une femme révée, qui serait là sans être là. D'ailleurs, on pourrait croire que cette chanson s'adresse à une femme. D'ailleurs, ça marche aussi dans ce sens là, cela pourrait s'adresser à une muse.

Ca arrive à être une crainte ? Une corvée ?

Bertrand Louis : Non, ce n'est pas une corvée. Parce qu'en même temps, c'est quelque chose qui vient lentement mais sûrement. Ce qui fait que je n'ai pas peur d'un jour oû je ne saurais plus savoir quoi dire. Encore quelqu'un qui écrit tous les jours, il peut avoir une panne. Mais pour moi, c'est plus une construction lente, intérieure. Mais à chaque fin d'album je me dis, mais qu'est-ce que je vais encore avoir à écrire après ?

Tu as des projets dans les cartons déjà ?

Bertrand Louis : Non, pas dans l'immédiat, si ce n'est l'album de Derien qui va sortir en avril. Mais il va falloir que je me bouge un peu. Parce que si je reste chez moi, il ne se passera rien.

Après un album concept, est-ce que de la musique de film est quelque chose qui te plairait ?

Bertrand Louis : Oui, si j'ai des propositions en ce sens, bien sûr. J'ai commencé en tant que musicien, j'ai fait de la musique contemporaine. Je n'ai jamais fait de la musique de film mais c'est un peu... tout ou rien, donc pour l'instant je creuse mon sillon et quand ils auront envie, ils feront appel à moi. Je pourrais aussi faire cela avec des amis mais je n'ai pas de relation vraiment dans le milieu du cinéma, d'ailleurs j'ai déjà pas beaucoup d'amis (rires).

Tu n'es pas assez Jet set ?

Bertrand Louis : Non, je n'ai pas beaucoup d'amis dans le milieu et je n'ai pas trop envie de me forcer pour cela. Et quand je me force c'est assez lamentable, ca finit un peu comme dans le centre commercial (rires).

Si tu devais te mettre à l'écriture d'un album maintenant, quel en serait le thème ?

Bertrand Louis : Entre chaque album, il y a un peu des virages à 90 degrés, et je me suis dit que j'aimerais pour une fois aller dans la même direction. En même temps celui-là, je le trouve très abouti donc c'est toujours délicat d'essayer de refaire quelque chose que l'on a déjà fait. C'est toujours un peu une route avec un rond-point, je tourne sur le rond-point et il me faut choisir le prochain embranchement. J'aimerais bien faire des chansons un peu... aller plus loin dans le côté Desproges, c'est-à-dire que ce soit plus clair. Je ne sais pas si je vais trouver les moyens de le faire. Parce que là, c'est quand même un album sérieux, même si quand on rentre dedans, il y a de la distanciation et de l'humour, mais peut-être faire un projet plus ludique. Un album tout blanc avec des ronds jaunes ! Je refais un peu d'électro aussi en ce moment.

La dernière fois, on t'avait demandé 3 mots pour définir ta musique, on ne va pas te refaire le coup...

Bertrand Louis : Oui d'ailleurs, c'était bien ce que j'avais dit. Et l'autre jour, je réfléchissais à cela, je me suis dit "et s'il me repose la question, je vais dire quoi ?" et puis finalement j'ai oublié de réfléchir.

Mais je vais t'en poser une autre, toute aussi difficile peut-être. Si ton ou ta meilleur(e) ami(e) devait partir très loin et que tu ne le / la reverras plus jamais, quel disque de ta discothèque lui donnerais-tu pour que quand il/ elle l'écoutera, il /elle se souvienne de toi ?

Bertrand Louis : Les chouettes disques, c'est toujours délicat car selon les périodes de sa vie, on n'écoute pas les mêmes choses. C'est super dur. En plus, tout arrive dans ma tête en même temps... Un truc de chansons... J'ai beaucoup écouté de chanson avec cette personne, en l'occurrence je pense à ma copine... c'est dur. En ce moment, je suis très fan des Murder ballads de Nick Cave mais ce n'est pas forcément ce qui me définit par rapport à cette personne... Une compilation ? Je peux dire une compilation ? Quelque chose de Ferré. Un best of de Ferré.

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Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


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Bertrand Louis (18 février 2010)


# 2 août 2020 : Une petite pause s'impose

Le mois d'août arrive. Sans les festivals, l'actualité culturelle sera plus calme mais nous serons toujours là pour vous tenir compagnie chaque semaine notamment sur Twitch. Commençons par le replay de la Mare Aux Grenouilles #8 (la prochaine sera le 29 août) et bien entendu le sommaire habituel.

Du côté de la musique :

"Pain olympics" de Crack Cloud
"Waiting room" de We Hate You Please Die
"Surprends-moi" de Cheyenne
"Nina Simone 1/2" le mix numéro 20 de Listen in Bed
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

chez soi avec des comédies blockbusters at home :
"Lady Oscar" de Guillaume Mélanie
"La vie de chantier" de Dany Boon
"Post-it" de Carole Greep
"Mon meilleur copain" de Eric Assous
"L'ex-femme de ma vie" de Josiane Balasko
"Un point c'est tout" de Laurent Baffie
et de l'eclectisme lyrique avec :
"L'Ange de feu" de Serge Prokofiev revisité par Mariusz Trelinski
les antipodes stylistiques avec "L'Enfant et les Sortilèges" de Maurice Ravel par James Bonas et "Dracula, l'amour plus fort que la mort" de Kamel Ouali
et le concert Hip-Hop Symphonique avec des figures du rap et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Expositions :

en virtuel :
"Warhol" à la Tate Modern de Londres Exhibition Tour avec l'exhibition tour par les commissaires et et 12 focus
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des impressionnismes de Giverny
avec l'audioguide illustré ainsi qu'une approche en douze focus
en real life :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
du vintage avec la version restaurée de "Quelle joie de vivre" de René Clément
un documentaire "Dawson City : le temps suspendu" de Bill Morrison
des films récents dans son salon :
"Hauts les coeurs !" de Solveig Anspach
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert
"Pieds nus sur des limaces" de Fabienne Berthaud
"Le Voyage aux Pyrénées" de Jean-Marie Larrieu et Arnaud Larrieu
"Dans Paris" de Christophe Honoré
"La promesse" de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Lecture avec :

"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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