Tragédie
d'Euripide, mise en scène de Farid Paya, avec Antonia
Bosco, Anne de Broca, Patrice Gallet Xavier-Valéry Gauthier,
Anne-Laure Poulain et David Weiss.
Médée se joue du monde des humains lorsque ceux-ci,
de leurs hauteurs méprisantes la trahissent. La "pureté"
relationnelle est telle chez cette femme, qu'elle ne peut pardonner
l’offense faite à sa dignité.
La pièce, mise en scène par Farid
Paya nous éclaire d’une façon aveuglante/pertinente.
Médée (Anne de Broca,
aux multiples nuances, nous offre une Médée forte,
sensible, maternelle, calculatrice, un rôle que l’on
n’oubliera pas de si tôt) n’est pas une sorcière
! Enfin pas comme l’entend l’Inquisition, encore
que là, aussi, nous sommes bien face à un pouvoir
qui a peur. Peur de La Femme. Médée est une femme.
Une descendante des Dieux, et toute la différence est
là !
Et donc, à nous pauvre mortel que nous sommes, de nous
poser cette question ; la croyance de Médée en
l’amour peut-elle se conjuguer au même temps que
celles des humains ? Et particulièrement celle de Jason
(David Weiss, puissance et détermination,
l’acteur nous offre un Jason inflexible et pourtant terriblement
humain dans ses fautes) qu’elle a aimé, à
le dévorer de sa puissance, allant jusqu’au meurtre
et fuir sa Terre pour suivre cet homme qui se glorifiera aux
yeux du monde comme le héros de la "Toison d’Or".
Le mensonge est là, ancré dans la chair de Médée.
Le poltron croira à sa fable pour mieux organiser sa
vie qu’il désire royale, laissant à Médée,
celle par qui , la toison se retrouva entre les mains du héros,
sur le banc de l’accusé. Répudiée.
Jason laissera sa couche froide comme seule offrande au corps
de Médée, pour préférer celle de
la fille de Créon (le pouvoir va bien a Xavier-Valéry
Gauthier, donnant à Créon toute la puissance
et la conviction d’un monarque, les nuances de Xavier-Valery
Gauthier, nous amène à réfléchir
sur une autre tournure possible de la pièce, l’amour
inavouée de Créon pour Médée). Calculateur,
le type. L’avenir n’appartient-il pas aux hypocrites,
à ceux qui savent manœuvrer pour mieux chasser,
pour mieux détruire se qu’ils ont aimés
?
La promotion "canapé" n’est pas loin
!
Sauf que, oui, sauf que Médée, ne peut en rester
là, que cette humiliation de Jason qu’elle traîne
dans les silences, que le rejet de Créon pour cette "sorcière",
ouvrent grandes les portes de l’exil, offrant comme seule
destinée, la mort assurée. Naturellement Médée
ne peut pas se laisser ainsi guider par le pouvoir des hommes.
Elle doit puiser dans la magie et son intelligence divine pour
surmonter l’aigreur de ce monde, quitte à l’horrible.
A l’inacceptable au regard des humains.
Mais à qui appartient réellement ce bras armé
? Cette violence apocalyptique ? Cette destruction générationnelle
?
Au fond c’est la vrai question à laquelle nous
propose de réfléchir Farid Paya et la troupe de
la Compagnie du Lierre dans cette
enivrante adaptation. C’est par touche que l’envoûtement
opère. Lentement, mais sûrement, comme une potion
que l’on nous délivre. Cette "jouvence"
est offerte entre autres par les chœurs et Anne-Laure
Poulain qui restitue la force du conte, nous offre par
sa performance le plaisir pur du théâtre antique
(voir le travail du masque et des costumes proche
Mais le monde ainsi construit qu’il ne suffit pas à
lui-même, écoutez les plaintes chantées
de la nourrice (Antonia Bosco, toute
en puissance, fragile pourtant dans les aigüs, elle perçoit
dans son intuition, la terreur de l’arrachement nourricier),
qu’il est difficile d’obéir ainsi dans la
violence des rapports. Le précepteur lui, connaît
sa charge (Patrice Gallet, parfait,
se sait diplomate dans son devoir de servir, entendre le long
monologue pour mieux comprendre les méandres de cette
dramaturgie) et nous offre dans un gestuel en suspension toute
la force du non dit.
On l’a compris voilà une pièce qui nous
laisse pas indifférent, j’ai même envie d’écrire
qu’elle vous arrache un uppercut. Sans vous mettre KO,
vous voilà agréablement sonné.
A voir donc. Sans plus attendre. |