Jim
Jarmush, figure de proue du cinéma indépendant américain,
physique hybride de Nick Cave et Andy Warhol, toujours vêtu
de noir et toison blanche, nous livre Coffee and cigarettes, un film
en noir et blanc, blanc comme les volutes de fumée de cigarette
et noir comme le café.
Compilation de onze petits films tournés depuis 1986 dans
des cafés, truffés des personnalités atypiques
dans la sphère de Jarmush, ce film part d’une structure
imposée, telles les études des peintres, la pause
café-cigarettes qui sert simultanément de cadre à
de courtes histoires, presque des contes moraux, et à une
véritable recherche esthétique, exercice de style
imposé autour du noir et blanc.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. L’absence d’écriture
linéaire et d’action au sens de mouvement n’implique
l’absence d’histoire. "Je
me suis toujours demandé ce qui se passait quand il ne se
passe rien." dit Jarmush. Et voilà ce qu'il filme.
Il ne se passe rien, ce ne sont que de petits instants de vie où
seuls les mots échangés témoignent de ce que
chaque individu est dans sa propre histoire, un contemplatif introverti
avant dêtre un acteur communicant. De petits instants d'incommunicabilité
qui mis bout à bout font une vie.
Onze courts métrages dans lesquels Jarmush aborde plus de
onze sujets de réflexion qu'il serait vain de citer ici sans
tomber dans le catalogue. Des sujets souvent dramatiques dont il
exorcise la gravité par le burlesque, l'humour, l'absurde.
Et Coffe and cigarettes est aussi le résultat d’un
vrai travail artistique sur la forme et il faudrait plus d’un
visionnage pour en apprécier toutes les richesses qu’il
s’agisse du jeu de la caméra contrainte par les scènes
structurées à deux personnages autour d’un lieu
unique une table, du jeu des couleurs, et oui le blanc et le noir
sont des couleurs, et toutes les dégradés, tous les
grains de l’image (tel le motif récurrent des carreaux
noirs et blancs du damier), des différentes façons
de filmer une tasse qui ne sera jamais vidée et d’une
cigarette jamais totalement consommée.
A voir sans modération donc, addiction même fortement
recommandée pour un cinéaste hors du commun, et avec
précipitation compte tenu de la programmation presque confidentielle
sur Paris.
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