Comédie
dramatique d'après Stephan Zweig, mise en scène
de Michel Kacenelenbogen, avec Pierre Santini, Muriel Jacobs
et Nicolas d'Oultremont.
En 2008, Michel Kacenelenbogen présentait au Théâtre
Mouffetard une excellente mouture de "Scènes de
la vie conjugale" de Ingmar Bergman. Il y revient en 2010
avec l'adaptation d'un texte de Stefan Zweig, "La confusion
des sentiments".
Dans cette nouvelle parue en 1927, l'écrivain autrichien
aborde, au terme du récit rétrospectif d'un homme
parvenu au soir de sa vie qui se remémore la relation
passionnelle et avortée qu'il avait eu, alors étudiant,
avec un professeur de littérature anglaise féru
de Shakespeare, plusieurs thèmes dont outre la relation
maître-élève avec ce qu'elle comporte d'admiration
et de soumission pour la figure du père choisi, l'ambivalence
sexuelle juvénile et l'homosexualité refoulée
de l'adulte.
Thierry Debroux qui a procédé
à l'adaptation, a recentré la narration sur la
reconstitution d'un huis clos étouffant entre les trois
protagonistes, l'étudiant, le professeur et son épouse
en mal d'amour et d'enfant, et élaboré une partition
qui consiste en une mosaïque composée de citations
d'extraits du texte original et de dialogues additionnels scandés
par des intermèdes constitués de scènes
de drames de Shakespeare pour, comme l'indique Michel Kacenelenbogen
dans sa note d'intention, que "un carré d'as",
trois personnages et Shakespeare jouent "une partie de
whist avec les règles du bridge et les risques du poker".
Pour les spectateurs qui connaissent ledit texte, le procédé
posera la question récurrente de la transposition théâtrale
d'un texte littéraire. Pour les autres, l'insertion des
tirades shakespeariennes ne manquera pas de les interpeller.
Cela étant, dans une mise en scène classique,
presque académique, de Michel Kacenelenbogen qui surabonde
en effets appuyés pour marquer la tension et le caractère
ténébreux des pulsions (apparitions derrière
un miroir sans tain, franchissements incessants des cloisons
faites de bandes élastiques conçues par Élisabeth
Schnell, jeux de lumière forçant sur les clairs-osbcurs),
les trois comédiens, en costume d'époque, Pierre
Santini extrêmement convaincant en colosse aux pieds d'argile
ravagé par la culpabilité et le renoncement, Muriel
Jacobs, toute en retenue incandescente et Nicolas d'Oultremont,
réalisent une belle prestation. |