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puce Sparrow and the Workshop - The Brian Jonestown Massacre
Aéronef  (Lille)  mercredi 28 avril 2010

Il y a des soirs comme ça où tu te demandes si tu ne ferais pas mieux de l'annuler, ta sortie en concert. Il suffit d'une mauvaise journée, d'un mal de crâne lancinant, et de te sentir si bien, affalé dans ton canapé devant la télé à peine rentré du boulot... Mais tous tes amis t'attendent, et puis The Brian Jonestown Massacre, quand même, tu ne peux pas les rater. Leurs albums ont accompagné tous les road trips de tes vacances, et bien qu'ils ne soient plus tout jeunes, on t'a fait remarquer avec insistance que leurs shows déménagent et que tu serais vraiment stupide de ne pas acheter un billet. Essayant de te remotiver à sortir, tu avales un ou deux Alka-Seltzer avant d'attraper tes clefs d'une main, ton billet de l'autre, direction l'Aéronef pour la soirée.

Arrivé devant la salle, tu te demandes s'il ne faudrait pas plutôt faire demi-tour : il y a du monde, beaucoup de monde qui s'accumule devant les portes. Hélas, tes amis te font déjà signe au loin : trop tard, tu es repéré, impossible de faire marche arrière. Quelques bises à peine que déjà on t'engueule d'être en retard, regarde la foule qu'il y a, jamais de la vie on aura des places tout devant. Tu te dis tant mieux, tu préfères pouvoir respirer que de t'engluer dans la fosse parmi les fans, tes côtes se souviennent encore de douloureux coups de coudes encaissés dans de telles conditions.

Finalement, vous arrivez à trouver une place de côté, assez proche de la scène sans pourtant y être écrasés. En attendant l'arrivée de la première partie, tu admires tous les instruments qui y sont disposés : un nombre infini de guitares, un orgue électrique, une superbe batterie, un alignement de micros face au public... Au final, tu te dis que tu as bien fait de venir, ça promet d'être une sacrée soirée.

Arrive aux devants de la scène Sparrow and the Workshop se présentant comme le trio écossais qui suit The Brian Jonestown Massacre en tournée. Tu regardes d'un œil dubitatif une brunette à frange se mettre à la guitare, accompagnée d'un batteur et d'un bassiste. Là où ces deux derniers te plaisent bien, générant un rythme soutenu qui t'enthousiasme, tu n'arrives pas à accrocher à la voix de la chanteuse, bien trop faible sauf dans certaines pointes d'aigus assez désagréables.

Tes amis le confirment : bien qu'elle soit plutôt charmante, Jill O'Sullivan n'a pas grande prestance, et tu préfères discuter des derniers potins que de l'écouter, comme le restant du public qui maintient un fort volume de brouhaha de fond. À peine si tu retiens un ou deux titres, "Blame it on me" ou encore "Medal around your neck" qui t'accrochent un peu plus, mais tu sens que cette première partie ne te laissera pas grande impression : trop déjà vu, trop répétitif. Ton voisin de droite te dira qu'il préfère largement PJ Harvey : même si tu ne vois pas trop le rapport entre les deux groupes, tu ne peux qu'approuver son opinion.

S'en suit une longue attente, pour un changement de scène qui n'est pas vraiment justifié : tous les instruments sont déjà là, et pourtant tout reste à faire. Tu regardes un peu ce remue-ménage, ajustement des guitares, réglage des niveaux sonores, avant de décider de t'asseoir, espérant vivement que le spectacle qui va suivre justifiera ce pénible moment de creux. Arrivent enfin sur scène les huit membres de The Brian Jonestown Massacre, sous une ovation du public. Tranquillement, chacun s'installe à son poste accompagné de son alcool préféré, whisky ou bière au choix. À ta surprise, le chanteur Anton Newcombe se place à l'extrémité jardin de la scène : tu râles un peu, toi qui es plutôt côté cour. Les membres du groupe discutent avant d'entamer "Super-sonic" pour échauffer la salle. Tu te réjouis de voir les morceaux que tu connais s'enchaîner au fur et à mesure du concert, aucun de leur albums n'est laissé à l'écart : "Wasted" de Methodrone, "Servo" de Your Side Of Our Story ou encore ton petit préféré, "Anemone" de Their Satanic Majestie's Second Request : tu as droit à un véritable Best of, à ton plus grand plaisir.

Pourtant, tu le trouves bien faible, ce spectacle : on t'avait parlé d'un véritable chaos sur scène, de débordements, d'engueulades et de dégénérescences, ce que tu vois en est bien loin. Au final tu te demandes si ça n'aurait pas été pareil, de rester chez toi sur ton canapé, à écouter la rétrospective Tepid Peppermint Wonderland. Tes amis s'impatientent un peu, aussi vous décidez d'un commun accord de prendre du recul en cherchant des bières au fond de la salle.

Tout en marchant sur le lancinant "Just for today", tu attrapes au vol quelques remarques du public qui vont dans ton sens : "C'est chouette de les voir sur scène, mais ils se sont bien assagis, bien trop". Tu continues d'observer la foule une fois accoudé au bar, une Grimbergen à la main : à ta gauche, une jeune fille ne quitte pas son téléphone des yeux, assurément pas emballée par la soirée. À ta droite, un chauve s'amuse à imiter le surnommé Mr Tambourine Man, Joel Gion : c'est vrai qu'il a de quoi faire sourire, ce curieux personnage. Vedette au centre de la scène, ses seuls instruments seront durant toute la soirée un tambourin et quelques maracas. Toujours dans le rythme, toujours d'un air grave et sérieux : comment ne pas s'amuser de son éternel quatre temps qu'il soutiendra inlassablement tout au long concert ? Durant "Cabin fever", un petit fou-rire égaie le bar : la rythmique et l'harmonie de ce morceau sont en effet une vraie seconde peau au célèbre "Where is my mind ?". Les deux pièces se superposent parfaitement, et tu ne peux t'empêcher de chantonner le refrain des Pixies par-dessus la voix d'Anton.

Tu commences à trouver le temps long, tout de même : certains de tes amis s'en vont, on doit déjà en être au quinzième morceau, tu as perdu le compte. Au final, tu réalises que The Brian Jonestown Massacre, c'est un peu tout le temps la même chose. Certes, on peut les placer aux côtés des plus grands de l'indie-rock à tendance pop, disons un croisement entre les Beatles et The Velvet Underground pour faire de la comparaison facile, mais il manque cruellement sur scène de cette énergie, de ce souffle dégénéré qui rendrait à leur rock ses lettres de noblesse. Toi qui t'attendais à une bonne claque, tu es bien déçu de la soirée se résumant en un enchaînement de toutes les chansons phares du groupe sans aucune interaction avec le public, qui ne s'enflamme guère.

Après un dernier "Oh Lord" bien mou comparé à la version disque, la scène se vide, ne laissant présents que les deux stars du groupe : chanteur et joueur de tambourin. Anton demande brutalement au public de se taire avant d'entamer un dernier morceau, tu trouves ça plutôt gonflé, lui qui n'a pas été fichu d'échanger un mot avec ses fans. Finalement, la scène se vide entièrement, les lumières s'éteignent, le public applaudit, tu fais poliment de même. Ça tape du pied, ça siffle, ça clappe de plus belle pendant cinq bonnes minutes, rarement tu n'avais assisté à si long rappel. Tout cela pour rien : à la surprise générale, les lumières s'allument, tout est fini. Tu admires ce culot, plutôt que d'en être dégoûté : après tout, plus de vingt morceaux, c'était largement suffisant.

Enfin, après plus de deux heures de concert, tu rentres chez toi bien déçu d'avoir l'impression d'être passé à côté d'une légende. Ton mal de crâne est revenu, et on ne t'y reprendra plus : la prochaine fois, tu resteras chez toi et dépoussiéreras tes vinyles.

 

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En savoir plus :
Le Myspace de Sparrow and the Workshop
Le site officiel de The Brian Jonestown Massacre
Le Myspace de The Brian Jonestown Massacre

Crédits photos : Cédric Chort (Toute la série sur Taste of Indie)


Léa S.         
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