A l'occasion du printemps de Bourges, nous avons rencontré les Blk Jks, venu d'Afrique du Sud. Quel meilleur moment que le mondial de foot, précisément situé en Afrique du Sud, pour vous proposer de découvrir les trublions de Blk Jks !
Vous venez d’Afrique du Sud mais vous jouez une musique qui a priori n’est pas celle que l’on imagine être celle de votre pays. D’où viennent vos influences ?
Mpumi Mcata : Au départ, le groupe s’est formé de lui-même. Nous avons commencé à jouer ensemble, à faire des impros et les morceaux ont commencé à venir. Nous n’avions pas vraiment de but ou de fil conducteur dans la musique vers laquelle nous voulions aller.
Vous vous connaissiez avant de monter le groupe ?
Mpumi Mcata : Oui exactement. Le chanteur et moi notamment, on se connait depuis l’enfance. Ce groupe est presque né d’une erreur (rires) et la musique qui est née de ce groupe est ce qu’elle devait être en fait, ce n’est pas un souhait particulier, un parti pris artistique, c’est vraiment venu comme cela. On a joué ce qu’on avait envie d’entendre et petit à petit le groupe s’est construit comme cela. Comme une suite de coincidences.
Vos influences viennent d’où ?
Molefi Makananise : oh mon dieu, c’est compliqué à dire. Si on raisonne en terme de groupe, on devrait d’ailleurs parler plutôt d’inspiration. Quand on fait de la musique, on ne pense vraiment à rien d’autre que ce que l’on est en train de faire. On ne cherche pas consciemment à faire référence à tel ou tel autre groupe.
Mais évidemment, la musique avec laquelle nous avons grandi, ce qui est vaste… C’est une question qui a l’air simple comme cela, mais je t’assure que c’est vraiment compliqué d’y répondre. Il y a tellement de musiques différentes dans le monde. Chaque jour, tu découvres des musiques que tu trouves intéressantes à écouter. Pour ma part, il y a deux grands styles de musique disons. La musique de mon pays, de mon continent, l’Afrique et la musique qui vient de l’extérieur de mon continent. Rock, reggae, musique classique, la musique traditionnelle d’Afrique du Sud… Tu vois, c’est un drôle de mélange. Et si je devais donner des noms d’artistes, on n’en sortirait pas tellement il y en a.
Le résultat, c'est votre musique, très ouverte et riche. Chaque titre semble être une masse de travail derrière.
Mpumi Mcata : Pas tant que cela, c'est assez naturel en fait. Quand on fait une école de musique par exemple, on s'oriente vers un genre ou un autre. Mais nous, on fait ça au feeling. Au départ, on ne sait même pas quelle direction va prendre le morceau. Il n'y a pas de préméditation. Notamment parce qu'en fait nous sommes des autodidactes. Je ne sais rien faire de compliquer, je joue juste ce que j'arrive à jouer en fait. Je ne sais pas jouer aussi, du coup ce qui te parait compliquer c'est juste des trucs simples que nous savons faire (rires). Il n'y a même pas de partition. Tout est dans nos têtes.
Molefi Makananise : Je peux comprendre que parfois notre musique puisse paraitre compliquée car on écoute un peu tout ce que l'on nous propose sans réfléchir, mais dès que l'on est un peu ouvert d'esprit, on est plus ouvert, plus à l'écoute de la musique.
Il n'y a pas beaucoup de groupes d'Afrique du ud qui arrivent jusqu'à nos oreilles. A part des trucs un peu variétés ou world music genre Johnny Clegg. Pourtant, je suis sûr que la scène musicale est aussi important qu'ailleurs, non ?
Mpumi Mcata : Bien sûr, il y a des tas de groupes intéressants, notamment chez les jeunes. Du fait de notre histoire politique et sociale il y a beaucoup de groupes militants. Nous sommes dans une société en pleine reconstruction. Il y a des groupes qui font de la musique pour l'argent comme partout mais aussi beaucoup de groupes qui font de la musique honnête. Sortir un disque en dehors du continent est plus difficile. A Johanesburg il y a beaucoup de groupes, c'est une scène assez compliquée et très éclectique. Il n'en ressort pas un style spécifique et précis, comme il y a pu y avoir du punk, du grunge ou autre. C'est une belle émulation et c'est très sain. Il y a des tas d'influences mais ce n'est pas comme la musique américaine ou anglaise. Quand un groupe du Sénégal fait un disque fantastique, personne va venir écouter ce groupe et dire que c'est génial parce que ce n'est pas très suivi par les médias.
En tout cas, venez en Afrique du Sud, venez à Johanesburg et vous verez la scène musicale là-bas est géniale.
Cela tombe bien, les gens vont venir en masse pour la coupe du monde de foot, il faudra organiser des tas de concerts !
Carrément mec ! (rires)
Pourquoi avoir supprimer les lettres A et C du nom de votre groupe ?
Mpumi Mcata : Pour rendre la vie de tout le monde plus facile ! (rires)
Molefi Makananise : Mais en fait j'ai l'impression que cela te complique la vie à toi, non ? (rires)
C'est pourtant plus simple quand tu envoie un sms à tes potes pour les prévenir qu'il y a un concert de BLK JKS, ça donne "gig blk jks" (rires).
Ca a une bonne gueule quand tu le vois écrit. Cela va direct à l'esprit, c'est plus simple. Tu vois on pourrait dire que s'assoir dehors dans une ferme et boire un coup en regardant les étoiles, c'est compliqué aussi. Payer son loyer, c'est compliqué. Mais bon, BLK JKS c'est simple.
Mais en France c'est plus compliqué à prononcer !
(rires)
Quels sont vos projets à venir ?
Molefi Makananise : L'album After Robots est toujours d'actualité, surtout que nous allons encore faire quelques trucs autour de ce disque.
Mpumi Mcata : Ensuite il y a un nouveau EP à venir, fin juin. En juin, on fait aussi collaboration avec Vieux Farka Touré, on va faire une résidence sur 4 jours qui aboutira sur un live. Et puis on va jouer pour la cérémonie d'ouverture de la coupe du monde de foot. Ce sera une collaboration avec des tas d'artistes internationaux. Ca devrait être super !
Et puis on continue d'écrire de nouvelles choses, toujours en improvisant ensemble. Et puis on continue de tourner. Je crois que c'est un gars de Pantera qui disait, "l'album est le menu et le concert le festin". On veut respecter cela et garder le live... vivant. On ne veut pas devenir une imitation de nous-mêmes sur scène. On change sans arrêt. Les gens qui viennent aux concerts en espérant retrouver exactement l'album sont déçus. La façon dont nous faisons nos concerts est vraiment spécifique à chaque moment.
Ce soir, à Bourges, nul ne sait ce qu'il va se passer.
Molefi Makananise : Oui si ça se trouve on va péter 2 ou 3 guitares, ou alors on va arriver sur scène et rester là sans bouger, en silence, et dire "merci, au revoir".
(rires)
Pouvez-vous expliquer un peu de curieux titre d'album "After Robots" ?
Mpumi Mcata : En fait, en Afrique du Sud il y a pas mal de taxis, et c'est presque la plus grande entreprise de Johannesburg je pense. Basiquement, un taxi ça transporte des personnes du point A au point B. Sinon tu prends le transport en commun mais tu attends souvent longtemps...
Molefi Makananise : Parfois 20 minutes, car certains ne partent que quand ils sont pleins.
Mpumi Mcata : Et donc quand tu veux descendre à un endroit donné, tu l'indiques au chauffeur et il s'arrête. Et chez nous, un feu tricolore on dit un "Robot", alors quand on veut descendre en général on dit "After Robots". Du coup, on entend partout des "after robots, after robots".
Mais tu peux aussi y voir autre chose, des autobus cosmiques qui vont de planetes en planètes ou je sais pas quoi (rires). |