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Interview  (Paris)  mercredi 1er septembre 2010

Rencontre avec la moitié de Grinderman, et quelle moitié ! Warren Ellis, le leader des Dirty Three et membre des Bad Seeds, et Nick Cave. C'est-à-dire aussi, la paire qui a composé quelques splendides musiques de films, dont le crépusculaire L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.

La rencontre a lieu dans un palace entre les jardins des Tuileries et la place Vendôme, dans une suite dans laquelle Nick Cave a passé la nuit précédente. On se rappelle d'une photo de Nick Cave, période Birthday Party, complètement défoncé dans une chambre minuscule qui semblait avoir été retournée par un typhon. Ce temps-là est bien loin, le prix de la nuit dans cette suite est équivalent au montant mensuel sous lequel un ménage est considéré en-dessous du seuil de pauvreté en France.

En attendant de pouvoir pénétrer dans le salon où les deux musiciens accordent des interviews à la chaîne, nous sommes plusieurs chroniqueurs de différents sites musicaux à patienter dans la chambre. Le lit n'a même pas encore été fait en raison des allées et venues de journalistes sans cesse depuis le matin. Pour nous tous, c'est un mélange de nervosité et d'excitation, mais nous réagissons de manière différente, certains se taisent, d'autres ne tiennent pas en place. La tension est palpable. Et pourtant...

Et pourtant, lorsque nous sommes introduits dans le salon attenant à la chambre et que nous nous retrouvons devant Warren Ellis et Nick Cave, aucun de nous ne peut s'empêcher de constater que le look en promo est quelque peu différent de celui qu'on leur connait sur scène, Warren Ellis, chemise psychédélique mélangeant les tons rose et mauve, Nick Cave, blouson vert flashy en toile de parachute. Un mythe qui s'effondre. Nous aurions largement préféré qu'ils nous reçoivent habillés en guerriers grecs comme dans le dernier clip de Grinderman, "Heathen Child".

Néanmoins, on est là pour parler d'un album qui se révèle plus percutant et tranchant que le premier Grinderman, et plus excitant que Nocturama ou Abattoir Blues / The Lyre of Orpheus de Nick Cave & The Bad Seeds. On se dit que Nick Cave est revenu aux affaires, et qu'il va avoir à cœur de défendre ce disque.

L'interview commence, mais c'est surtout Warren Ellis qui se charge du boulot cet après-midi-là. C'est un Nick Cave, visiblement fatigué et peu attentif, qui laisse la parole à son comparse pour nous parler de la genèse de ce disque et des concerts à venir.

Pour le premier album, vous aviez beaucoup improvisé. Comment s'est passé l'enregistrement de celui-ci ?

Warren Ellis : On a suivi la même approche, l'improvisation. Lorsque nous avons enregistré le premier album, nous avions quelques idées en entrant en studio. Pour le second, on voulait explorer d'autres pistes et prendre un peu plus de risques. La première chanson de l'album en est un parfait exemple. On cherchait des sons. On a passé cinq jours en studio à improviser puis on a rassemblé les pièces du puzzle. Pour tout l'album, on a suivi ce même processus et conservé uniquement des extraits.

Cela signifie que vous aviez beaucoup de matière.

Warren Ellis : On entrait en studio vers 10h du matin et on en sortait vers 10h ou 11h du soir. En tout, nous devions avoir entre cinquante et soixante heures d'enregistrement. Ensuite nous nous sommes assis et nous nous sommes dit : "qu'est-ce qu'on va bien pouvoir tirer de ça ?". On écoutait, et on se disait : "ça, c'est pas bon", "ça, on jette" mais parfois aussi "ça, c'est pas mal". Parfois l'un de nous se rappelait de tel ou tel moment, alors on écoutait pour retrouver l'extrait. A la fin, on avait gardé de quoi faire quatre cd.

Et vous enregistriez alors à nouveau ?

Warren Ellis : Rarement. Souvent on se contentait de couper, d'utiliser ce que nous avions enregistré. Vous savez, quand vous avez réussi à extraire un moment exceptionnel et que vous essayez de le créer à nouveau, généralement ça ne fonctionne pas.

Grinderman vous permet-il une prise de risques créatifs supplémentaire ?

Nick Cave : Oui, ce disque est plus dangereux. Mais ce n'est pas comme si on ne savait pas ce qu'on était en train de faire. Lorsqu'avec les Bad Seeds nous avions enregistré Boatman's call, nous savions que certaines personnes n'aimeraient pas le disque.

Warren Ellis : Sous plusieurs aspects, on sait que ce disque de Grinderman ne répondra pas aux attentes du public.

Comment définiriez-vous votre collaboration depuis une quinzaine d'années ?

Nick Cave : On a travaillé ensemble dans plusieurs styles. J'espère que ça va continuer.

Warren Ellis : Oui. Tant que nous serons productifs et qu'il se passera quelque chose.

Nick Cave : Notre collaboration fonctionne bien. Les BO sont bien. Warren est quelqu'un qui va beaucoup t'encourager. C'est agréable de travailler avec lui, car il te pousse toujours à aller plus loin, à explorer de nouvelles pistes. C'est quelqu'un d'étonnant.

Warren Ellis : On a commencé à travailler ensemble parce qu'on y prenait plaisir. Nous nous en sommes rendu compte dès le début. On aimait bien s’assoir, se charger et jouer ensemble.

N'est-ce pas difficile après tout ce temps de continuer à faire du neuf ?

Warren Ellis : C'est une véritable mission que de prendre le chemin du studio et continuer à s'améliorer et à s'étonner l'un l'autre.

Mais concrètement, quelles sont les différences dans votre manière de travailler ensemble lorsque vous vous attaquez à des musiques de film, à des chansons des Bad Seeds et à des chansons de Grinderman ?

Warren Ellis : Avec les Bad Seeds, Nick arrive avec une dizaine de chansons déjà écrites. Pour Grinderman, Nick participe à un processus commun dès le départ, dès le début de la création. C'est donc très différent. Quant aux musiques de film, c'est le travail qui nous offre le plus de liberté. On peut partir dans des directions très diverses, et conserver ce qui va coller au film. Le reste du matériau devient alors des pistes que nous sommes susceptibles d'utiliser avec Grinderman.

Vous avez dit que votre musique avait changé depuis six ans. Pouvez-vous en dire plus ?

Nick Cave : Les Bad Seeds sont sous contrôle. Mais je ne me sens pas fatigué des Bad Seeds. Grinderman n'est pas du tout la réaction à un sentiment de ras-le-bol.

Warren Ellis : Simplement avec Grinderman, on peut se permettre d'aller dans des directions que Nick n'explorerait pas avec les Bad Seeds.

Nick, vous avez commencé la guitare en 2006. Vous sentez-vous à l'aise avec cet instrument ?

Nick Cave : Non. Sur le précédent Grinderman, je jouais des morceaux pour lesquels je maîtrisais assez l'instrument. Mais sur le second, j'étais obligé de m'assoir et me concentrer pour réussir à tirer ce que je voulais de l'instrument. Il y a beaucoup de passages que je vais devoir apprendre pour les jouer sur scène. J'aimerais être plus à l'aise, mais ce n'est pas un instrument naturel pour moi. Je préfère le piano. Et le chant.

Concernant les textes, quelle a été votre approche ? Quels sont les thèmes abordés ?

Nick Cave : Je n'ai pas eu d'approche particulière. Cela a été essentiellement de l'improvisation.

Mais que cherchiez-vous alors à exprimer ?

Nick Cave : Rien de spécial. Je voulais obtenir un bouquet sonore. Je ne vois pas comment le dire autrement.

Ce qui m'a surpris à l'écoute de votre nouveau disque, c'est que les paroles en sont plutôt amusantes. C'est un humour décalé, mais elles m'ont amusé. Qu'est-ce qui vous amuse dans la vie ?

Nick Cave : Beaucoup de choses m'amusent, je suis plutôt bon public. Warren m'amuse. En fait, c'est vrai qu'ensemble, on s'amuse bien.

Vous préférez être sur scène ou enregistrer ?

Nick Cave : Ce sont deux choses différentes. J'adore jouer live.

Warren Ellis : En studio, tu peux improviser, en profiter pour analyser ce que tu fais. Mais je dirais aussi que je préfère le live.

Nick Cave : Moi, c'est définitivement le live.

Sur scène, y aura-t-il des morceaux improvisés ? Faire de la scène, est-il un lieu où s'exprimer artistiquement ?

Warren Ellis : Nous interprèterons des chansons des deux albums, mais nous ne nous interdirons pas d'essayer de nouvelles choses. Nous ne nous imposons pas de règles.

Y a-t-il des endroits où vous préférez jouer ?

Nick Cave : Oui, dans les internats pour jeunes filles.

Et un mot à propos du public français ?

Nick Cave : On le sent bien. Ils sont difficiles, on ne peut pas leur servir n'importe quoi. Mais lorsqu'ils aiment, ils nous le rendent bien. Ils sont discrets et attentifs, pas comme le public britannique.

Warren Ellis : Ils savent vraiment faire la différence entre un bon et un mauvais concert.

Lorsqu'on pense à Grinderman, on pense forcément pilosité faciale. Est-ce pour bien faire comprendre à l'auditeur qu'il va avoir affaire à de la musique virile ?

Nick Cave : Je connais aussi beaucoup de femmes qui ont de la barbe... Non, Grinderman ne fait pas de la musique réservée aux hommes. Il y a de nombreuses femmes qui apprécient notre musique.

Est-ce que John Hillcoat est important pour Grinderman ?

Nick Cave : Il est le cinquième membre des Bad Seeds. Pardon ! De Grinderman. (Warren Ellis se marre). Il a beaucoup d'influence sur notre travail. On parle de Grinderman avec lui, il s'intéresse à ce qu'on fait. Et puis, il a réalisé la vidéo et les trailers de "Heathen Child". C'est peut-être notre plus grand fan. Bien sûr, Warren et moi composons la musique pour ses films. Et personnellement, je suis en train de travailler sur deux scripts que je dois lui soumettre prochainement.

Quel est votre meilleur souvenir en tant que musicien ?

Nick Cave : J'en ai beaucoup, mais le meilleur c'est quand Warren est venu pour le l'enregistrement de Boatman's Call. Je ne le connaissais pas à l'époque. Je lui avais demandé de venir parce que j'aimais ce qu'il faisait avec les Dirty Three. A son arrivée, il était incroyablement défoncé. Il portait un short en toile de jute, un t-shirt sans forme. Il a juste dit : "Hey, je suis là" puis il a commencé à jouer. Je me suis dit : "c'est génial, c'est le son que je cherche". Il a amené de la liberté à notre musique. Les Bad Seeds n'avaient pas cette liberté-là ; Mick Harvey avait un jeu très tendu et Blixa Bargeld un style expérimental très minimaliste. Lorsque Warren est arrivé, il nous a obligés à improviser. Je me suis dit que c'était une putain de bonne recette, un plus indéniable. Et en plus, plus tard, il a mis des pantalons décents.

Warren Ellis : J'ai beaucoup de bons souvenirs en live, il y en a trop. Après vingt ans de tournées, il n'y a rien que je connaisse qui puisse être comparé à jouer sur une scène. C'est comme un feu d'artifice.

Comment vous accommodez-vous de la notoriété ?

Warren Ellis : Aujourd'hui je vis en France. Je me sens bien ici. Pour moi, c'est tranquille. C'est surtout lorsque je suis avec Nick que je me rends compte à quel point la notoriété peut être pesante. Je le trouve d'ailleurs à ce propos très patient. Il ne s'en plaint jamais, pourtant ce sont parfois des nuées des gens qui lui tournent autour.

Nick Cave : On aimerait pouvoir faire comme si on allumait et éteignait les effets de la notoriété, mais c'est impossible. Il faut faire avec. Parfois j'aime ça, et d'autres fois non. Et il y a aussi des moments où je déteste cela. Par exemple, un jour, je me baladais au bord de la mer avec mon gamin qui a une dizaine d'années. Il allait faire du skate. Tout à coup, un type déboule vers moi avec son appareil photo et commence à me mitrailler sous le nez. Je l'ai attrapé par le col et lui ai dit : "Putain ! Efface ça tout de suite ou je prends le skate et je te le fourre dans le fondement". La femme du type a eu la trouille et lui a dit : "Vite ! Efface ça ! Efface !". Après, en y réfléchissant, je me suis dit que je ne montrais pas le bon exemple à mon gamin. Alors je lui ai dis que je n'aurais pas dû faire ça, mais lui m'a répondu : "Ah, j'ai trouvé ça cool". La manière dont les gens vont vous approcher est quelque chose qu'on ne peut pas contrôler.

 

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La vidéo de The Videos par Nick Cave and The Bad Seeds

En savoir plus :
Le site officiel de Grinderman
Le Myspace de Grinderman


Laurent Coudol         
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# 22 septembre 2019 : Fin d'été

Fin d'été c'est le titre du nouvel album de Samir Barris, on vous en parle en ces premiers jours d'automne, tout comme les autres sorties musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques et muséales qui ont retenu notre attention cette semaine. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Corpse flower" de Mike Patton & Jean Claude Vannier
Rencontre avec Joseph Fisher autour de "Chemin Vert", assortie d'une session acoustique à découvrir ici
"Prokofiev : Visions fugitives" de Florian Noack
"The basement tapes" de Mister Moonlight
"The uncompleted works volume 1, 2 & 3" de Nantucket Nurse
"Là-Haut" de Gérald Genty
"Ilel" de Hildebrandt
"Buxton palace hotel" de Studio Electrophonique
"Vian" par Debout sur le Zinc
"Impressions d'Afrique" de Quatuor Béia & Moriba Koita
"Fin d'été" de Samir Barris
et toujours :
"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"L'Autre monde ou les Etats et Empires de la Lune" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Le Misanthrope" à l'Espace Cardin
"L'Animal imaginaire" au Théâtre de la Colline
"Data Mossoul" au Théâtre de la Colline
"Danser à la Lughnasa" au Théâtre 13/Jardin
"Le Frigo" au Théâtre de la Tempête
"A deux heures du matin" au Théâtre L'Atalante
"La Veuve Champagne" au Théâtre de la Huchette
"Le Square" au Lavoir Moderne Parisien
"Jo" au Théâtre du Gymnase
"Jean-Marie Galey - Ma Comédie française" au Lavoir Moderne Parisien
"Ah ! Félix" à l'Eglise Sainte-Eustache
"Le Voyage musical des Soeurs Papilles" à la Comédie des 3 Bornes
"Lucie Carbone - Badaboum" à la Comédie des 3 Bornes
"Casse-toi diva" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Nora Hamzawi" au Théâtre du Rond-Point
des reprises
"Letzlove - Portrait(s) Foucault" aux Plateaux Sauvages
"One night with Holly Woodlawn" aux Plateaux Sauvages
"Diva sur Divan" à la Comédie Bastille
"La Liste de mes envies" au Théâtre Lepic
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"L'Age d'or de la peinture anglaise - De Reynolds à Turner" au Musée du Luxembourg

Cinéma avec :

"Ne croyez surtout pas que je hurle" de Franck Beauvais
Oldies but Goodies avec "Marie pour mémoire" de Philippe Garrel

et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Barbarossa : 1941. La guerre absolue" de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri
"Bête noire" de Anthony Neil Smith
"Dictionnaire égoiste de la littérature mondiale" de Charles Dantzig
"Gaeska" de Elrikur Orn Norddahl
"Les refuges" de Jérôme Loubry
"Liquide inflammable" de Robert Bryndza
et toujours :
"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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