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puce Arnaud Fleurent-Didier – La Fiancée – Robin Leduc
Grand Mix  (Tourcoing)  jeudi 21 octobre 2010

L’infinie tristesse des chansons d’Arnaud Fleurent-Didier a laissé le public du Grand-Mix dans un abandon, qui va durer.

Après le concert poignant et inattendu du chanteur français, on emporte avec soi un secret que notre époque laissera s’éteindre dans la négligence, ou l’oubli.

Des chanteurs comme Fleurent-Didier, on en rencontre une fois par décennie : rares sont ceux qui parlent avec une si grande justesse de notre temps. Sa grandeur réside plus dans la spontanéité de l’expression que dans la précision littéraire : réussir à rendre bouleversants des textes d’apparence simple, mais plus profonds qu’on ne se l’imagine au premier abord : leur caractère tranchant, leur impact historique, leur détachement vis-à-vis de la mode, autant de qualités qui précisent le portrait de cet auteur singulier, n’ayant nul soucis des conventions musicales.

Mais sa musique procède d’une certaine lignée : l’écoute de la chanson France Culture nous permet de la tracer, partant de Gainsbourg (période Mélodie Nelson) et Legrand (pour le classicisme) en passant par Brel (pour quelques inflexions de la voix) jusqu’à Julien Baer (pour la mélancolie, comme de façon évidente dans "Reproductions").

Le concert était à l’image de l’album La Reproduction : la matérialisation d’un concept, dont le mouvement propre apparaît sur un grand écran, où selon le point de vue d’un conducteur une autoroute défile rapidement vers un point indéterminé. A cent à l’heure sur l’autoroute le parcours est celui de la mélancolie, jusqu’à la fin du film où il finit par s’inverser. Cet aller-retour traduit un saut dans le temps : celui de mai 68, où les dernières illusions d’une lutte passionnée s’expriment ironiquement dans "Mémé 68" ; ou celui de l’Occupation avec "Pépé 44".

A propos de l’album La Reproduction, Richard Robert avait trouvé une très juste formule, en disant qu’il est "un album générationnel pour tous". De la même manière on peut avancer que le concert est générationnel pour tous : il s’adresse à tous ceux qui pensent que quelque chose dans leur vie leur a été enlevé : peut-être la raison d’être, la possibilité de se battre – la possibilité d’une île qui serait celle du bonheur. Les valeurs morales sont corrompues par le trop de virtualité – ce que dénonce un titre comme "Myspace Oddity", stigmatisant la comédie dérisoire des réseaux sociaux.

Une autre perception de la réalité efface progressivement les acquis importants du XXème siècle : c’est ce que Fleurent-Didier semble nous dire, en couvrant son désarroi par quelques beaux passages dédiés à l’amour. D’ailleurs il pourrait composer la musique d’un film haut en couleurs, sur les traces de Jacques Demy (je pense aux Demoiselles de Rochefort), vous savez, l’histoire d’un garçon et d’une fille qui s’aiment, mais que les accidents de la vie finiront par séparer : dix ans plus tard, un plan-séquence nous montrerait l’usure de la vie, le devenir de ceux qui n’ont pas réussi à s’aimer, avec en musique de fond les accords rapides de Fleurent-Didier. Théoriquement, le prochain album de cet auteur devrait s’appeler La Distinction.

Parlons maintenant des deux premières parties.

La Fiancée a montré son savoir-faire mélodique, sans se démarquer de ses deux EP remarquables : c’est peut-être la seule chose qu’on puisse lui reprocher ; mais cela n’a pas vraiment d’importance. Il s’agit ici d’une pop élégante dont chaque moment exprime une désillusion, un contraste en clair-obscur : pour La Fiancée, il ne peut exister de joie sans un élément de tristesse, qui vient équilibrer les affects. La vie est plus authentique dans ce mouvement de passage entre le noir et le blanc.

Par exemple "Mains Sales" est une chanson sur l’impossible oubli : les peines de l’enfance ne pourront jamais se laver : on n’effacera jamais rien / on peut tout au mieux délaver. Dans les "Femmes à Gages", ayant une forte résonance avec "Hop-là" de Barbara, une fille de joie, nue au-dessus des tatouages de ses clients, vend son plaisir avec la conscience que des images de ces moments lui reviendront chaque nuit.

Mais sur scène, la vivacité, la gaieté de Claire (La Fiancée) apportent un contrepoids à ces propos-là ; ce qui finalement donne du charme à l’ensemble. Si cette musique n’est pas indispensable, elle laisse néanmoins espérer une bonne suite, sans doute orchestrale.

Enfin, Robin Leduc, a joué une musique plus directe, plus optimiste, s’inscrivant dans un genre traditionnel, non loin des fatigants Têtes Raides et autres Tordue de circonstances.

En bref, une musique qui s’écoute dans les bars, "Inbetween days", après que les derniers verres auront fait oublier que certaines musiques, d’intérieur, donnent à penser, et d’autres ne s’écoutent qu’une fois, en musique de fond d’une soirée festive, où la fête revendiquée partout est nulle part.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Arnaud Fleurent-Didier
Le Myspace de Arnaud Fleurent-Didier
Le site officiel de La Fiancée
Le Myspace de La Fiancée
Le Myspace de Robin Leduc

Crédits photos : Cédric Chort (Toute la série sur Taste of Indie)


David Falkowicz         
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# 5 avril 2020 : sous le soleil... mais pas vraiment

Les beaux jours sont au rendez vous en ce début avril mais nous, sages et confinés n'allons pas cette année envahir parcs et terrasses à comparer son bronzage à coup de vin rosé douteux... non on attend que la mort détourne les yeux de notre pauvre monde. Donnons nous un peu de baume au coeur avec notre sélection culturelle hedbo.

Du côté de la musique :

"Shut up Mix #13" par Listen in Bed à écouter en ligne
"Cerc" de Artus
Interview avec Christophe Chassol autour de son album "Ludi"
"Que faire de son coeur ?" de Eskimo
"Bonheur ou tristesse" de Lesneu
"Super lâche" de Maalers
"Zeno" de Muzi
"Shostakovich : Symphony N 8" de Orchestre National du Capitole de Toulouse & Tugan Sokhiev
"It's a mighty hard road" de Popa Chubby
"Chapter 3" de Tropical Mannschaft
"Cimes" de Volin
et toujours :
"44" de François Puyalto
"Yene mircha" de Hailu Mergia
"Le silence et l'eau" de Jean-Baptiste Soulard
"Gigaton" de Pearl Jam
"Metal band" de Bernard Minet
"Connection loss" de Caesaria
"The black days session #1" de Daniel Roméo
"Sixième sens" de Faut Qu'ça Guinche
Péroké, Coco Bans, Al Qasar, quelques clips pour lutter contre l'ennui du confinement
"Alterations" de Robin McKelle
"Love of life" de Vincent Courtois, Robin Fincker et Daniel Erdmann
"No return" de We are Birds

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

en diffusion sur le net :
un classique revisité avec la vidéo de "Le Misanthrope"
une comédie dramatique historique avec le streaming de "A tort et à raison"
une comédie dramatique contemporaine avec le streaming de "Ils n'avaient pas prévu qu'on allait gagner"
une comédie contemporaine avec "L'heureux élu"
du divertissement caustique avec des inoxydables :
"J'aime beaucoup ce que vous faites"
"Sexe, magouilles et culture générale"
du boulevard avec :
"Ma femme s'appelle Maurice"
"Le Nouveau testament"
dans la série "Au Théâtre ce soir" :
"Folie douce"

"Chat en poche"
une gourmandise avec "La Belle Hélène" façon peplum hybridé comics
et des spectacles à voir ou a revoir en DVD :
"Orphée"
"Poisson et Petits pois !"
"Road Trip"

Expositions avec:

des balades muséales à Paris en en bord de Seine avec la visite virtuelle des collections permanentes du Musée d'Orsay, du Musée des Arts Décoratifs et du Musée du Quai Branly
pousser en province jusqu'au Musée des Beaux Arts de Lyon et même au Mucem à Marseille
et commencer un Tour d'Europe par l'Italie direction Galerie d'Art Moderne de Milan puis la Galerie des Offices à Florence
mettre la zapette dans le sac à dos pour s'aventurer dans les musées du bout du monde du Japon au The National Museum of Modern Art de Tokyo aux Etats Unis avec le Musée Guggenheim à New York
enfin retour at home en toute tranquillité mais en musique en son électro avec sur le Musée de la Sacem "Musiques électroniques - Des laboratoires aux dance floors"

Cinéma at home avec :

en mode Ciné-Club avec :
"Dementia" de Francis Ford Coppola
"M le maudit" de Fritz Lang
"La maman et la putain" de Jean Eustache
découvrir en DVD la filmographie de Jean-Daniel Pollet, réalisateur atypique - et méconnu - de la Nouvelle Vague pour lequel la Cinémathèque française avait prévu une rétrospective avec en parallèle la sortie en salles de ses films restaurés avec en streaming "Méditérranée
et des films récents sortis en DVD :
"Adults in the room" de Costa Gavras
"Au bout du monde" de Kiyoshi Kurosawa
"Martin Eden" de Pietro Marcello

Lecture avec :

"Aotea" de Paul Moracchini
"Fille et loup" de Roc Espinet
"Ghosts of L.A." de Nicolas Koch
"Pierre le Grand" de Thierry Sarmant
"Propriétés privées" de Lionel Shriver
et toujours :
"Banditi" de Antoine Albertini
"Champ de tir" de Linwood Barclay
"Chasseurs et collectionneurs" de Matt Suddain
"Les cents derniers jours d'Hitler" de Jean Lopez
"Les plumes du pouvoir" de Michaël Moreau
"Nefertari dream" de Xavier-Marie Bonnot

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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