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Monumenta 2010 - Christian Boltanski - Personnes
Grand Palais  (Paris)  Du 13 janvier au 21 février 2010

Troisième édition de Monumenta, manifestation née en 2004 sous l’impulsion de Olivier Kaeppelin, son concepteur, alors directeur de la Délégation des arts plastiques du Ministère de la Culture qui préside désormais aux destinées du Palais de Tokyo, pour repositionner Paris sur la scène artistique internationale et amener le grand public à s'initier et s'intéresser à l'art contemporain à partir d'une œuvre d'un artiste.

Pour 2010, le choix, pour cette exposition coproduite par le Centre national des arts plastiques, le Grand Palais et la Réunion des Musées Nationaux, s'est porté sur Christian Boltanski qui y présente une installation intitulée "Personnes".

Photographe, sculpteur, peintre, cinéaste et plasticien, professeur à l'Ecole nationale supérieure des Beaux Arts de Paris, figure de l'art narratif, Christian Boltanski, reconnu comme l'un des principaux artistes contemporains français affilié au Narrative art, se définit comme un artiste minimaliste expressionniste.

Christian Boltanski, homme des fantômes et des paradoxes

"Personnes" constitue selon son auteur une installation "conçue pour produire un puissant sentiment d’oppression. Il s’agit d’une expérience dure et je suis convaincu que les gens éprouveront un sentiment de soulagement en sortant".

Pour que les visiteurs ne passent pas à côté du sens de cette œuvre qui, comme l'indique la commissaire de l'exposition, Catherine Grenier, historienne d’art et conservatrice de musée, même si la référence à l'Holocauste est toujours présente, peut s'appliquer à n'importe quel génocide et s’inscrit dans le questionnement la nature et le sens de l'humanité, des médiateurs sont à leur disposition pour les accompagner dans ce qui se veut un immersion sensorielle et mémorielle.

Les 13 500 m² de la Nef du Grand Palais, qui avait servi de garage à camions allemands pendant la Seconde guerre mondiale, accueillent pour un mois une sorte de mausolée de la Shoah : sans chauffage (pour rappeler les baraques des camps) des urnes funéraires numérotées (les détenus numérotés des camps de concentration), des carrés de cimetière sur lesquels sont étalés des manteaux ("des corps en attente de la mise à mort"), une pyramide de vêtements usagés ("la mise à mort de masse") qui seront ensuite recyclés pour fabriquer du feutre métaphore avec les cheveux des prisonniers (à la Biennale de Venise 2009 Zoran Todorovic avait fait encore plus réaliste et plus explicite en proposant des oeuvres d'art à la vente consistant en des tapis réalisés à partir de cheveux humains), une grue géante qui en extirpe quelques monceaux ("le doigt de Dieu qui prend la vie, qui tape au hasard") et en bruit de fond des battements de cœurs enregistrés (l'unisson mnésique).

L'œuvre, qui s'inscrit totalement dans le registre habituel de Boltanski, n'est pas totalement inédite puisque son concept a déjà été utilisé pour des installations similaires au Japon et en Suisse, et sera repris dans quelques mois à New York, et ses éléments composites sont également récurrents chez Christian Boltanski à l'instar des boites à biscuits déjà vues dans "Monument Odessa" datant 1989 qui sont ici moins des boîtes à lettres illustrées que des boîtes funéraires uniquement identifiées par un numéro et des fripes ("Réserve Canada" 1988).

Et pourtant l'artiste qui décline inlassablement une oeuvre mémorielle autour du thème de la mort et notamment en référence constante avec la Shoah dont il dit ne s'être jamais remis, est un homme qui dit aimer la vie et être joyeux.

Joyeux mais soucieux de sa mort et auparavant de sa quiétude financière terrestre puisqu'il a contracté une assurance-retraite singulière en vendant sa vie à un milliardaire de Tasmanie, ou plus exactement son droit à l'image dans le cadre d'une sorte de art story. Des caméras filmeront en permanence son atelier et s'il meurt avant huit ans, ce thésaurus appartient au débit-rentier qui pourra l'exploiter en tant qu'œuvre unique.

Christian Boltanski n'a pas donc pas peur des paradoxes. Ainsi dit-il que "Les vrais grands artistes ne sont pas à la Biennale de Venise" et qu'il y a "un décalage total entre Venise et la réalité du monde" et accepte cependant de représenter la France à la Biennale de 2011 tout en affirmant qu'il ne se sent pas comme "le porte-drapeau d’un pays, fût-il le mien".

A la 54ème Biennale Internationale d'Art Contemporain de Venise, à Claude Levêque et son art carcéral, succèdera donc un autre chauve rondouillard qui ne fait pas dans le ludique. Que déposera-t-il dans le pavillon français ? Les paris sont ouverts.

Pour revenir à Monumenta 2010, le visiteur pourra participer à une future œuvre d'art en faisant enregistrer les battements de son cœur et même repartir avec lesdits battements enregistrés sur CD moyennant 5 €. En effet, Christian Bolstanski, qui collectionne les battements de cœur depuis 2005, en fera une œuvre mémorielle présentée en juillet 2010 sur l’île de Teshima au Japon.

A noter que cette manifestation est considérée au plan financier comme ayant nécessité un budget raisonnable - le financement de la manifestation se partage entre fonds publics et fonds privés et cette année il en coûtera 1,8 million d'euros à l'Etat - et que le tarif d'entrée, inchangé depuis la première édition, a été modestement fixé à 4 euros l'entrée (2 euros pour le tarif réduit).

 
En savoir plus :

Le site officiel de Monumenta 2010


MM         
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