Sur scène, face à un public majoritairement constitué de ses (nombreux) amis bretons, Oscar Philéas est drôle, facétieux, mutin. Un joyeux luron qui sample des sons improvisés, sa voix, celle de son public. Il sort un premier album, Mentions Inutiles. L'occasion d'une rencontre et d'une session Froggy fort sympathique malgré la nervosité palpable du musicien.

Oscar Philéas, qui es-tu ?

Oscar Philéas : Je suis un chanteur, compositeur. Je fais des chansons.

D'où te vient ce nom de scène ?

Oscar Philéas : Je voulais un nom qui puisse être une espèce de pseudo et un nom de groupe. J'aime bien ce genre de sonorités, les trucs cabossés, osseux, filandreux.

Tu es seul ?

Oscar Philéas : En ce moment je tourne seul oui. Mais j'ai des musiciens avec qui je suis en contact régulier. On travaille ensemble, surtout pour les enregistrements.

Et Oscar Philéas existe depuis combien de temps ?

Oscar Philéas : Trois ans maintenant. Avant j'avais un groupe.

Tes textes sont plutôt noirs, comme des faits divers romancés. D'ailleurs on en retrouve dans ta pochette-album. Est-ce que ce sont les faits divers qui t'inspirent ?

Oscar Philéas : Pas trop en fait. J'aime bien les faits divers, les magazines avec des histoires pas possibles et les images qui vont avec mais ce n'est pas ça qui m'inspire. C'est un peu n'importe quoi, ça part plutôt d'un petit truc vécu que je romance et c'est peut-être là que ça se transforme en fait divers. Je pars d'un ressenti et j'en fais quelque chose de plus général, d'un peu spectaculaire.

En tout cas sombre ! Même tes histoires d'amour sont violentes, sanglantes, morbides. Tu règles tes comptes ?

Oscar Philéas : Non, pas du tout. C'est un goût du gore. Et pour exprimer un sentiment un peu plus intensément qu'en disant "oh bah je suis pas content !". Si on dit "je vais te trancher les arcades sourcilières au ciseau", on sent plus la violence du ressenti. C'est aussi pour faire passer des sentiments. Mais maintenant j'essaie d'être un peu plus finaud avec ça. Au moment des Mentions inutiles, j'avais beaucoup ce goût-là. Maintenant j'écris des choses plus éthérées, c'est lassant d'être dans la surenchère tout le temps, faut passer à autre chose. C'est un peu la facilité de faire du tape-à-l'oeil donc j'essaie de ne pas m'enfermer là-dedans.

C'est ton premier album Mentions inutiles ? Il regroupe tout ce que tu as fait depuis trois ans ?

Oscar Philéas : Oui. C'est un peu le contraire d'une cohérence, ça part dans tous les sens, c'est un fourre-tout. Il y a autant des morceaux très rock avec guitare crado, du noise avec guitares électriques comme "A l'assaut", que des choses plus jazzy avec de la contrebasse, des morceaux juste guitare-chant, il y a différentes formations aussi. Je voulais essayer plusieurs choses.

Beaucoup de morceaux ont des textes sombres mais sont très rythmés et plutôt gais musicalement, tandis que d'autres, comme à "La lisière", dont le texte est à l'inverse, optimiste, sont orchestrés de façon très mélancolique. C'est voulu ce paradoxe ?

Oscar Philéas : C'est plus intéressant et ça met en perspective le propos.

En tout cas, il ne faut pas croire que l'album soit triste et mélancolique, malgré la dureté des textes !

Oscar Philéas : Oui, le but n'est pas de faire quelque chose de plombant, de plaintif. Il y a toujours un recul, des émotions à faire passer mais il faut y trouver du plaisir, le but c'est de s'amuser !

Il y a souvent, si ce n'est toujours, des rimes dans des textes. On dirait presque des poèmes. C'est beaucoup de travail ?

Oscar Philéas : Oui pas mal. Au début, quand j'ai commencé, je chantais vraiment pas bien, c'est toujours pas gagné mais je progresse. C'était le texte avant tout donc j'ai pris l'habitude de beaucoup les travailler. Maintenant ça évolue un peu, j'essaie de développer le texte et la musique plus en commun, de faire des textes un peu moins lourds et une musique un peu plus vivante. Mais c'est d'abord les textes quand même, j'aime beaucoup les sonorités.

C'est par là que commence une chanson ? Par le texte ?

Oscar Philéas : Avant c'était comme ça oui. Maintenant c'est plus aléatoire. C'est souvent quelques mots qui donnent une direction mais je fais plus les deux ensemble, j'essaie de ne pas trop écrire,  d'avoir une petite ambiance musicale pour faire avancer les deux ensemble.

Tu expérimentes beaucoup : tu grattes, scotches, tapotes. Il y a beaucoup de bruits. D'où te vient cette façon de faire de la musique ?

Oscar Philéas : J'ai toujours aimé ça. J'aime beaucoup des groupes comme Einstürzende Neubauten qui étaient complètement dans l'expérimentation, tapaient sur des tuyaux. Au lieu de faire des sons électroniques et de les mixer, je préfère faire moi-même un vrai son de couteau et le répéter, il y a une richesse, des harmonies, des défauts que j'aime bien. Mes premières expériences de boulot quand j'avais seize ans c'était dans des usines, entouré de machines qui faisaient des super sons. Ca me plaisait déjà.

Et pourquoi ne pas t'entourer de musiciens sur scène ?

Oscar Philéas : Surtout pour des questions de souplesse. Je peux aller un peu n'importe où, rapidement, je suis plus léger, c'est moins cher. C'est plutôt par défaut. Mais je vais remonter un groupe prochainement, ça me manque. Je continuerai des petites salles tout seul mais ferai des plans plus intéressants en groupe.

Tu as un morceau préféré sur l'album ?

Oscar Philéas : Alors bizarrement ceux que je préfère sont les mieux enregistrés. Il y a "La lisière", "La balle au bond". J'aime bien "Sans rancune" aussi. Pour les autres on a bricolé pas mal, on a fait plusieurs prises, parfois six mois après. Pour "Sans rancune", je voulais faire guitare-chant en une prise live et tant pis pour les défauts. Je l'aime pour ça : ça a été un moment, une sorte de témoignage de mon niveau à ce moment-là.

Quelles sont tes prochaines dates ?

Oscar Philéas : Le Connétable à Paris le 22 novembre et le 14 décembre. Rien d'autre pour l'instant.

Où peut-on trouver ton album ?

Oscar Philéas : Dans des librairies-disquaires indépendants. A Paris au Monte en l'air et chez Philippe le libraire. A Lyon chez Kraspek Mysik. A Rennes et Saint-Brieuc aussi, les lieux sont sur le site.

Et en ligne ?

Oscar Philéas : Ce n'est pas prévu mais on peut me contacter via le site et ça peut se faire !

Retrouvez Oscar Philéas
en Froggy's Session
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