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Interview  (Paris, Atelier 154)  mardi 3 avril 2012

Disparue des radars discographiques depuis l'album L'Idéal en 2008, on avait eu des nouvelles de Barbara Carlotti lorsqu'elle avait participé, à la Cité de la Musique, à un concert autour du dandysme. L'élégante française, hier publiée chez 4AD, le label de Dead Can Dance, des Cocteau Twins ou des Pixies, sort son troisième album chez Atmosphèriques. Un disque sur lequel semble planer l'ombre de Christophe, période The Girl From Salina. Christophe dont elle reprend d'ailleurs une chanson en session.

Loin de l'ampleur orchestrale du disque, c'est après avoir interprété trois titres de manière acoustique, sans fards, ce qui révélait encore davantage les qualités d'écriture des chansons, que nous l'interrogeons sur ce nouvel album L'Amour, l'Argent, le Vent et sur son absence des dernières années. Loin de l'image de blonde glacée un peu sur la défensive qu'on imaginait, c'est une jeune femme à l'aise et toujours prête à rire qui répond à nos questions.

Sur votre site internet, vous promettiez de nouvelles orientations musicales pour ce disque. Or, mis à part dans la chanson "L'Avenir", elles ne me semblent pas apparaître de manière évidente.

Barbara Carlotti : Ma démarche initiale était de sortir de mes repères français et de mes références habituelles. Les chansons de "L'Amour, l'Argent, le Vent" tendent vers d'autres horizons. Il y a plus d'arrangements que sur mes albums précédents. C'est plus dense, moins intime. Lors de la conception du disque je suis parti en voyage, ce qui m'a ouvert l'esprit à des couleurs différentes. Je ne souhaitais néanmoins pas faire de l'éthno-musicologie, ce n'est pas du tout ce qui m'intéresse. J'avais simplement besoin d'aller ailleurs pour écouter d'autres choses, entendre d'autres couleurs de son. Il y a aussi des morceaux que j'ai composés mais qui n'ont pas été intégrés à l'album, mais qui ont fait partie du travail préalable d'écriture et ont ensuite permis de nous emmener sur des pistes de développement musical différentes, des morceaux sur lesquels ces couleurs exotiques apparaissaient davantage.

Par exemple, on entend de la cithare dans "Nuit sans lune", mais c'est avant tout une teinte musicale. Si les auditeurs ne se rendent pas compte de la présence de l'instrument, ça m'est assez égal. Pour ma part, je sais qu'elle apporte des harmoniques dans le morceau, qu'elle a sa raison d'être. J'ai cherché des textures de sons que je n'utilisais pas auparavant, puisque je travaillais essentiellement avec les instruments classiques de la folk et de la pop music, à savoir guitare, basse et claviers. Dans cet album, les sons sont plus étranges. On a trituré les claviers.

Ce sont les voyages qui m'ont permis de m'ouvrir à ces nouvelles sonorités. Mais l'ensemble de l'album reste de la chanson française. C'est simplement un développement de mon style.

l y a dans votre album le thème récurrent de la nuit et de l'insomnie.

Barbara Carlotti : Oui, j'ai beaucoup écrit la nuit ou le soir à la tombée du jour. Ce qui est étrange, c'est que les thèmes qui se dégagent de l'album ne sont pas forcément ceux auxquels j'avais pensé à la base. J'avais écrit vingt-cinq textes et nous n'en avons gardé que douze pour l'album. Comme pour tous les auteurs, il y a des récurrences, des formules ou des mots qui reviennent parce que c'est aussi en raison de la sonorité d'un mot qu'on a envie de l'employer dans une chanson. La nuit est un thème dont nous nous sommes inspirés pour les photos d'illustrations du livret.

Que pensez-vous du terme "cinématographique" pour décrire votre album, en particulier sur "L'Amour, l'Argent, le Vent", la chanson qui ouvre l'album ?

Barbara Carlotti : Je suppose que c'est d'abord dû aux arrangements très évolutifs, et au piano lancinant du début qui crée une atmosphère très particulière pour ensuite se développer en une espèce de cavalcade. De plus, je chante dans mes bas médium, d'une voix grave, alors que d'habitude je suis plutôt dans les aigües, au-dessus de ma voix. Pour ce titre, j'utilise ma voix parlée, ceci doit contribuer à donner cette qualité cinématographique. Je voulais que cette chanson soit un western, pour moi elle revêt des accents de western.

Il n'y a pas que sur cette chanson, mais sur le reste de l'album aussi, qu'on retrouve une inspiration cinématographique. Cet album rappelle souvent des BO de films français des années 70, et en particulier l'univers de François de Roubaix.

Barbara Carlotti : Fred Pallem, qui a travaillé le disque, est un grand fan de François de Roubaix. En fait, je travaille toujours avec le groupe. J'écris les chansons, les compose puis nous retravaillons tous ensemble les maquettes que je présente aux musiciens. Je développe parfois des thèmes de piano ou au synthé, ensuite ils font un premier défrichage d'arrangement avec des directions plus affirmées. Fred est venu amener des choses supplémentaires sur cinq chansons. C'est Jérémie Régnier qui a arrangé le reste de l'album. Mais tous ont des références qui vont puiser dans les années 60/70. Ils aiment les Beach Boys, les Zombies, les Kinks... C'est notre terrain commun. Jérémie aussi est assez fan des arrangements de certains disques des années 70. Quant à moi, je voulais intégrer des synthés des années 80. Avec Fred, qui a une collection de synthé fabuleuse, nous nous sommes beaucoup amusés à chercher des sonorités. il y a donc différentes couleurs sonores qui se dégagent en raison des références musicales des uns et des autres.

Par contre, la chanson "Quatorze ans" change vraiment de teinte musicale par rapport au reste de l'album.

Barbara Carlotti : Je l'ai écrite en pensant aux B52's. Je me suis inspirée des sons de synthé de cette époque. Mais comme les années 80 se sont elles mêmes nourries des années 50, on trouve des rythmiques un peu différentes. Dans la musique, tout se retrouve un peu partout. Il y a des tendances selon les époques, des périodes où on retrouve des rythmiques et des motifs d'autres temps.

A quel moment la décision de faire un duo avec Philippe Katerine a-t-elle été prise ?

Barbara Carlotti : "Mon Dieu, mon amour" s'est fait très facilement. Nous nous croisons régulièrement avec Philippe. J'avais déjà enregistré quelques morceaux pour le nouvel album et un soir, il y a environ deux ans, il est passé boire l'apéro à la maison. En une soirée, nous avons écrit cette chanson. Ça faisait déjà un moment que, avec Philippe, nous nous disions qu'il fallait travailler ensemble. Mais jusqu'alors nous n'avions pas trouvé le temps. Or cela m'a pris trois années pour faire cet album, ce qui nous a permis de saisir l'opportunité d'écrire ensemble. J'avais fait une démo piano-voix et c'est Fred Pallem qui a ensuite réalisé tous les arrangements sur cette chanson. Or, comme c'est une chanson longue, j'ai proposé à Philippe de la chanter avec moi. Il m'a fait le plaisir d'accepter que nous la ré-enregistrions ensemble, et je suis ravie de son interprétation.

Le fait d'avoir plus de temps pour préparer l'album est-il dû au changement de maison de disques ?

Barbara Carlotti : Oui, carrément. Ça été difficile de convaincre les maisons de disques. Nous avons galéré. Les deux précédents albums étaient sortis chez 4AD Beggars. Mais il semble que pour intéresser une maison de disques française les ventes n'avaient pas été suffisantes, bien que Les Lys Brisés et L'idéal aient connu un bon succès d'estime. Du coup, je suis allée frapper à la porte de diverses maisons de disques avec mon album presque terminé sous le bras. Je m'entendais répondre que j'étais une artiste intéressante mais pas assez rentable. Les gens ne doutent pas de toi mais du fait que tu ne sois pas un bon produit. C'est horrible, ça a été difficile à vivre. Il ne faut pas se laisser démotiver.

Pendant cette période, j'ai eu la chance de rencontrer mes musiciens, le producteur Benoit de Villeneuve et Fred Pallem qui m'ont fait confiance, qui ont travaillé gratuitement, ne m'ont rien demandé en amont. Si ça ne marchait pas, ça ne marchait pas. Par contre, ça m'a rassuré sur ce métier et ce milieu. Je me suis dit que les musiciens avaient quand même une solidarité entre eux. Même si je n'avais plus de maison de disques et de structure autour de moi, il y a des personnes qui m'ont fait confiance. A cette période, plein de gens de ce milieu m'ont avoué ne pas gagner d'argent avec leur projet principal, mais vivre grâce à des projets parallèles. Or moi je n'ai que ça. C'est un temps que j'ai aussi consacré à me remettre en question.

Vous avez pourtant profité de ce temps pour participer à une musique de film et joué dans un court-métrage. Sont-ce des directions qui vous intéressent ?

Barbara Carlotti : Je suis tout à fait preneuse des projets qu'on peut me proposer si celui-ci me plaît et que je n'ai pas de réserve. Évidemment que je suis flattée qu'on pense à moi. J'ai adoré faire ce court-métrage dans lequel je danse en duo avec un danseur de Pina Bausch. C'était dingue, j'adore la danse et les chorégraphies de Pina Bausch. J'ai été propulsée d'un coup dans cet univers, c'était merveilleux. En plus, ça nourrit mon inspiration. Donc si je suis libre et que j'ai du temps, je peux me lancer à fond dans un projet qui n'est pas le mien.

Aujourd'hui, de quelle famille d'artistes vous sentez-vous proche ?

Barbara Carlotti : C'est difficile à dire. Au fil du temps, je n'écoute plus les mêmes choses. Philippe Katerine est un artiste que j'aime beaucoup, dont je me sens proche bien qu'il fasse à la fois de l'art conceptuel et de la chanson populaire. Je fais des choses beaucoup plus simples que lui. Dernièrement, j'ai aussi beaucoup écouté "L'amour et la violence" de Sébastien Tellier ou Joan As A Policewoman. J'adore Bertrand Belin et JP Nataf, je me sens forcément de leur famille parce qu'on se voit fréquemment et qu'on se côtoie dans le travail. Plus qu'une famille, ce sont des sensibilités que je partage avec ces artistes. Mais mon modèle ultime reste Etienne Daho.

Retrouvez Barbara Carlotti
en Froggy's Session
pour 3 titres en cliquant ici !
  

 

 

 

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La chronique de l'album Les lys brisés de Barbara Carlotti
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L'interview de Barbara Carlotti (2006)

En savoir plus :
Le site officiel de Barbara Carlotti
Le Myspace de Barbara Carlotti

Crédits photos : Thomy Keat (Retrouvez toute la série sur Taste of Indie)


Laurent Coudol         
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Barbara Carlotti (3 avril 2012)


# 2 août 2020 : Une petite pause s'impose

Le mois d'août arrive. Sans les festivals, l'actualité culturelle sera plus calme mais nous serons toujours là pour vous tenir compagnie chaque semaine notamment sur Twitch. Commençons par le replay de la Mare Aux Grenouilles #8 (la prochaine sera le 29 août) et bien entendu le sommaire habituel.

Du côté de la musique :

"Pain olympics" de Crack Cloud
"Waiting room" de We Hate You Please Die
"Surprends-moi" de Cheyenne
"Nina Simone 1/2" le mix numéro 20 de Listen in Bed
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

chez soi avec des comédies blockbusters at home :
"Lady Oscar" de Guillaume Mélanie
"La vie de chantier" de Dany Boon
"Post-it" de Carole Greep
"Mon meilleur copain" de Eric Assous
"L'ex-femme de ma vie" de Josiane Balasko
"Un point c'est tout" de Laurent Baffie
et de l'eclectisme lyrique avec :
"L'Ange de feu" de Serge Prokofiev revisité par Mariusz Trelinski
les antipodes stylistiques avec "L'Enfant et les Sortilèges" de Maurice Ravel par James Bonas et "Dracula, l'amour plus fort que la mort" de Kamel Ouali
et le concert Hip-Hop Symphonique avec des figures du rap et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Expositions :

en virtuel :
"Warhol" à la Tate Modern de Londres Exhibition Tour avec l'exhibition tour par les commissaires et et 12 focus
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des impressionnismes de Giverny
avec l'audioguide illustré ainsi qu'une approche en douze focus
en real life :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
du vintage avec la version restaurée de "Quelle joie de vivre" de René Clément
un documentaire "Dawson City : le temps suspendu" de Bill Morrison
des films récents dans son salon :
"Hauts les coeurs !" de Solveig Anspach
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert
"Pieds nus sur des limaces" de Fabienne Berthaud
"Le Voyage aux Pyrénées" de Jean-Marie Larrieu et Arnaud Larrieu
"Dans Paris" de Christophe Honoré
"La promesse" de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Lecture avec :

"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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