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Interview  (Paris)  24 février 2005

Au Théâtre Essaion s'est joué "Mes nuits sont plus belles que vos jours" mis en scène par Anne-Pascale Paris qui propose sur le thème de la passion amoureuse, déclinée par la romancière Raphaelle Billetdoux, un très beau et très grand moment de théâtre vivant.

Nous n'avons pu la rencontrer mais elle a fort gentiment accepté de répondre à une interview par mail. Nous la remercions vivement, sachant combien cet exercice peut revêtir un acaractère fastidieux, d'autant qu'elle a su, par la forme vivante et intelligente de ses réponses, en éviter tout le caractère figé.

Pour quelles raisons le roman de Raphaelle Billetdoux a suscité votre intérêt ?

Anne-Pascale Paris : Il y a 19 ans, quand il est sorti, j'avais 20 ans et je me voyais tout à fait tomber dans le même piège que Blanche se tend elle-même et dans lequel Lucas en profite pour l'enfermer. Aujourd'hui, j'ai la sensation de mieux résister à la passion, heureusement !, et pouvoir construire une vie pleine d'amour qui me permet de m'élever et non de m'attirer dans la tombe. Le spectacle que j'ai conçu d'après le roman est pour moi une mise en garde contre les dangers de l'amour passion.

Quelle a été votre motivation pour entreprendre ce long travail d'adaptation et de réalisation du spectacle ?

Anne-Pascale Paris : Je ne suis pas du tout attirée par l'écriture mais j'avais une envie d'adaptation depuis longtemps et c'est toujours au roman de Raphaële Billetdoux auquel je pensais.

Avant j'étais comédienne et j'aimais me mettre au service d'un auteur et d'un metteur en scène. Aujourd'hui, en tant que metteur en scène, je dois toujours décider, faire des choix, alors j'avais aussi envie de me proposer de me mettre totalement au service du roman, par respect pour l'auteur et l'histoire. Servir une œuvre et en créer une autre est un défi que j'avais envie de relever.

J'ai aussi la sensation de mieux comprendre les contradictions des relations humaines et ce roman est universel dans ce qu'il raconte des relations passionnelles entre un homme et une femme. Dans 300 ans, il résonnera encore car il est d'une logique imparable, d'une justesse effrayante en n'oubliant aucun ingrédient nécessaire à la passion qui nous entraîne vers la dévastation. Il est écrit comme une vraie tragédie antique ; il est déjà Théâtre…

Je devais réaliser ce projet. Il s'imposait pour moi personnellement et artistiquement. Ca faisait des années que je travaillais à une forme très en corps et les relations entre Blanche et Lucas m'ont permis de trouver ce langage du théâtre en corps.

Comment avez-vous travaillé ?

Anne-Pascale Paris : J'ai travaillé l'adaptation en m'isolant complètement pendant une période de trois semaines. Je choisissais les textes mais décidait également en même temps de tous les éléments sonores inspirés par le roman.

J'avais la voix de Nathalie et d'Ivan dans la tête et elles m'ont beaucoup aidé dans mes choix.

Nous avons répété pendant une période de 3 mois et demi. Le premier mois était consacré au texte et à la direction d'acteur et nous avons essayé également de nous attaquer à la mise en scène mais je n'en ai rien gardé. En fait je n'avais pas encore trouvé le décor et la scénographie ou plutôt je ne l'assumai pas complètement !

Les comédiens ont bossé leur texte ensemble le mois suivant puis nous nous sommes retrouvés à un mois et demi de la première et je n'avais rien une semaine avant la reprise des répétitions. J'ai vraiment eu peur ! J'ai repris le roman et me suis demandé ce que je voulais en dire. C'est à ce moment là que j'ai formulé vraiment cette nécessité de dénoncer les dangers de l'amour passion servie par l'histoire de Billetdoux. L'idée d'une cage s'est imposée avec des liens qui en pendraient ; liens d'entraves du passé ; liens d'étranglement causé par la passion.

A la reprise des répétitions, le décor était là et les comédiens se le sont immédiatement approprié ! Nous nous amusions comme des fous car le texte a immédiatement pris son sens et la mise en scène s'est imposée !

Le tout dans une ambiance chaleureuse à laquelle je tiens énormément à la compagnie. Le respect de chacun nous permet de travailler dans une grande exigence artistique.

J'ai aussi tenu à ce que Laurent Frick, notre sublime créateur de sons, participe à l'élaboration de ce spectacle en suivant toutes les répétitions. Le son pendant les répétitions et les représentations est envoyé en direct à partir d'un ordinateur car Laurent suit les personnages et envoie l'effet sonore à l'instant exact de l'histoire. C'est un interprète indispensable au spectacle, un troisième personnage.

Avez-vous eu des contacts avec l'auteur pendant la mise en scène ?

Anne-Pascale Paris : Aucun. Je souhaitai tellement lui être fidèle que j'ai attendu d'être assurée que les spectateurs qui venaient pour le roman aimaient pour la plupart le spectacle, avant de la contacter.

Les propos de l'auteur sur le travail d'adaptation réalisé sont très laudateurs. Comment les ressentez-vous ?

Anne-Pascale Paris : Au début, je n'avais pas l'impression que c'était de mon travail qu'il s'agissait ! Je suis très exigeante, je savais que j'avais fait de mon mieux mais je n'arrivais pas à croire qu'elle parlait de moi ! Je suis très complexée de mon parcours théâtral fait "sur le tas". Je manque de reconnaissance à Lyon. C'est le travail qui m'aide à prendre confiance en moi mais je n'avais pas l'habitude qu'on s'exprime sur sa qualité…

Depuis peu de temps, je dis de moi "je suis metteur en scène" ; il y a peu, je disais "je fais de la mise en scène". La rencontre avec l'auteur ma permis d'asseoir ma légitimité de metteur en scène.

Nathalie Follezou et Ivan Gouillon nous ont dit que vous les aviez "repéré" dans d'autres spectacles. Après avoir vu le spectacle et les avoir rencontrés, votre choix paraît tout à fait judicieux. Dans quelle pièce les avez-vous vus et quels ont été les éléments déterminants qui ont appelé votre attention et guidé votre choix pour faire appel à eux pour cette pièce ?

Anne-Pascale Paris : J'ai rencontré Nathalie quand j'étais encore comédienne, lors d'un stage il y a 6 ans. J'étais éteinte ; je me posais de sérieuses questions sur mon envie de poursuivre une carrière de comédienne ou de metteur en scène, Nathalie était lumineuse… Elle réussissait tout, les scènes comiques comme les dramatiques. Elle était généreuse, belle, bien dans son corps…Elle rayonnait.

J'ai immédiatement eu envie de travailler avec elle et Mes nuits que je relisais régulièrement à commencé à vivre dans ma tête.

Quand à Ivan, je l'ai rencontré sur un Feydeau. Ivan y tenait un rôle où son côté comique était largement utilisé. Je n'étais pas impressionnée par son jeu mais par son rythme, par la manière dont il bougeait, sa mobilité de félin…

J'ai été le voir dans un Duringer ; je n'ai pas aimé la direction d'acteurs même si les comédiens donnaient énormément. J'ai découvert avec une immense émotion qu'Ivan proposait un personnage avec une sensibilité qui ne demandait qu'à s'exprimer en même temps qu'une violence latente. J'ai vu Lucas.

Ils nous ont également dit que leur accord et leur travail dépendaient en grande partie de votre force de conviction et de la confiance qu'ils vous ont fait. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Anne-Pascale Paris : Je devais réussir ce spectacle. J'en avais assez de ne pas "décoller" !. J'étais prête à nous emmener le plus loin possible dans ce dont nous avons besoin au théâtre : un texte béton, une équipe solide, un théâtre qui nous accueillait dans de bonnes conditions, une reconnaissance par un salaire "décent" (pour nous cela va sans dire… !) et artistiquement une certitude de donner le meilleur de moi et trouver ensemble une forme différente donnant du sens au texte autant qu'aux mouvements du corps. J'avais de quoi convaincre !

Comment avez-vous conçu votre mise en scène ?

Anne-Pascale Paris : Après avoir "accouché" du décor et de la scénographie, la mise en scène s'est imposée avec justesse. Je demandai des images aux comédiens et c'était à eux de trouver le chemin pour les concevoir en donnant du sens au texte. Le texte travaillé lors du premier mois de répétitions était bien "descendu" et circulait bien. Nous avons beaucoup travaillé pour soigner chaque image et rendre visible, par les liens élastiques et les positions des corps dans ou à l'extérieur de la cage, l'évolution de l'histoire et des personnages. Les sons nous aidaient également à nous situer dans les différents lieux évoqués par l'histoire ; ils permettaient aussi d'installer une ambiance.

Pouvez-nous parler un peu de la Compagnie Sol y Sombra ?

Anne-Pascale Paris : J'ai créé cette compagnie en 1997 pour donner à un cadre à mon travail de metteur en scène et de professeur de théâtre. La compagnie développe deux axes de travail : la création et la formation.

Nous nous intéressons surtout à l'homme et ses comportements. Le travail théâtral est, pour nous, une revendication des droits du corps et de ses expressions. Nous aimons particulièrement les textes contemporains.

Mes nuits… est ma 7 ème mise en scène et de loin la plus aboutie. J'ai mis du temps à trouver comment dire le théâtre entre mouvement et texte et en toute fluidité. Les mises en scènes précédentes étaient encore conçues par des moments de parole suivis d'expression des corps. J'ai la sensation d'avoir trouvé avec Mes nuits… le langage qui me convient ; langage où corps et parole s'expriment ensemble sans que cela ne nuise ni ne souligne de trop le sens du texte.

Quels sont les projets éventuels de reprise de ce spectacle ?

Anne-Pascale Paris : Nous avons pris contact avec un grand nombre de festivals contemporains et toute l'équipe aimerait que le spectacle continue dans ce cadre là, y compris hors du territoire français (par le biais des instituts français à l'étranger) car le roman a été traduit et apprécié dans de pays.

Quels sont votre actualité et vos projets ?

Anne-Pascale Paris : Je travaille depuis 2 ans à un ensemble de spectacles autour de la gare ferroviaire. Le projet se nomme "Gare à la vie !". L'écriture est de Mariette Navarro, jeune auteur lyonnaise, actuellement en formation de dramaturge au TNS et l'univers musical est crée par Laurent Frick, bien sûr.

Avec ce projet, je souhaite partager ma passion pour la gare, lieu public de transit, de changement, lieu magique entre présent, passé et futur, lieu propice à des situations, des émotions infiniment variées et dont l'être humain est acteur principal. La mise en scène va nous plonger dans un bain de vie et sera rythmée par le mouvement des voyageurs dans leur quête anonyme et pressée, leur errance, leur attente, leur excitation ou leur peur du départ comme du retour. Elle sera ponctuée d'images en tableaux vivants, miroirs de notre humanité, tantôt sensible, tantôt cruelle.

Le premier spectacle aura lieu en octobre et novembre au théâtre des Marronniers à Lyon.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de "Mes nuits sont plus belles que vos jours"
L'interview de Nathalie Follezou et Ivan Gouillon
L'interview de Laurent Frick


MM         
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# 12 juillet 2020 : Un air d'été

On entre dans la saison des vacances, pour vous comme pour nos chroniqueurs. Vous nous retrouverez tout l'été quand même avec des éditions web plus légères et toujours notre Froggy's TV bien sûr avec La Mare Aux Grenouilles et plein d'autres émissions. c'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

La Mare Aux Grenouilles #6, sommaire et replay
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.

Au théâtre :

en salle :
"Littoral" au Théâtre de la Colline
"Karine Dubernet - Souris pas" au Point Virgule
et dans un fauteuil de salon :
des créations :
"Yvonne princesse de Bourgogne" par Jacques Vincey
"Lucrèce Borgia" par Lucie Berelowitsch
"La Dernière neige" de et par Didider Bezace
"Pinocchio" de Joël Pommerat
"Soulever la politique" de Denis Guénoun
"Je marche dans la nuit par un chemin mauvais" de et par Ahmed Madani
Au théâtre ce soir :
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"Le Tombeur" de Robert Lamoureux
"Une cloche en or" de Sim
du boulevard :
"Si c'était à refaire" de Laurent Ruquier
"Face à face" de Francis Joffo
du côté des humoristes :
"Bernard Mabille sur mesure"
"Christophe Alévêque est est Super Rebelle... et candidat libre !"
et finir l'Opéra :
avec du lyrique :
"Le Balcon" de Peter Eotvos par Damien Bigourdan
"Orlando furioso" de Antonio Vivaldi par Diego Fasolis
"La Flûte enchantée" de Mozart par Romeo Castellucci
et du ballet avec deux créations étonnantes : "Raymonda" de Marius Petipa et "Allegria" de Kader Atto

Expositions :

les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma at home avec :
le cinéma contemporain
"A woman at war " de Benedikt Erlingsson
"Lulu" de Uwe Janson 
"L'Apotre" de Cheyenne Carron
"La tendresse" de Marion Hänsel
"Crawl" de Herve Lasgouttes
"Nesma" de Homeïda Behi
le cinéma culte des années 1920 :
"Le cuirassé Potemkine" de Sergueï Eisenstein
"Nosferatu le vampire" de Friedrich Wilhelm Murnau
"Le Cabinet du docteur Caligari" de Robert Wiene
"Les Deux Orphelines" de D.W. Griffith
et l'entre deux avec les années 1970 :
"Mado"de Claude Sautet
"La Traque" de Serge Leroy
"La femme du dimanche" de Luigi Comencini
et retour au 2ème millénaire avec de l'action :
"Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie" de Jan De Bont
"Blade Trinty" de David S. Goyer
avant de conclure en romance avec : "Un havre de paix  de Lasse Hallström

Lecture avec :

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