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Interview  (PIAS)  mercredi 17 février 2016

Comme un géant

Avant d’interpréter son succès de 1980 dans l’émission Vivement Dimanche de Michel Drucker, Alain Chamfort, 67 ans depuis le 2 mars, nous a invités à nous assoir dans sa loge pour mieux prendre de la hauteur.

Difficile de commencer cette interview sans évoquer Michel Delpech…

Alain Chamfort : Je le connaissais bien en effet. Nous étions amis depuis plusieurs décennies, voisins même pendant quatre ou cinq ans. On s’entendait bien, c’était quelqu’un avec qui la relation n’était embarrassée d’aucun sentiment de concurrence, ce qui est rare dans ce métier où l’on a toujours cette impression. Dans un monde où chacun se regarde comme un rival potentiel, nous étions confiants l’un envers l’autre. On échappait à cette jalousie du fait d’avoir vécu beaucoup de situations communes dans nos activités respectives.

Il était bien plus profond qu’on ne peut l’imaginer, se questionnait beaucoup sur le sens des choses, pas uniquement sur son métier. Et il avait cette capacité à relativiser les épreuves. Les années où il a été considéré comme un chanteur du passé ont été difficiles pour lui car il continuait l’écriture. Ce n’est pas toujours agréable mais il savait en rire. Aujourd’hui, c’est le temps des hommages. La mort produit souvent ça. Ensuite, la page se tourne…

Alain Chamfort reprend "62, Nos 15 Ans" dans Le Grand Show Hommage à Michel Delpech sur France 2, le 23 janvier 2016 :

… et David Bowie.

Alain Chamfort : Je l’ai vu en concert à plusieurs reprises, mais aucune personne que je connaisse n’a pu me le faire approcher. C’est un véritable exemple de créativité, cette liberté qu’un artiste doit rechercher pour raconter sa propre histoire en dépit de l’actualité, du contexte, de l’environnement.

Il avait compris le caractère éphémère de la popularité – je pense qu’il n’a pas été insensible à la formule d’Andy Warhol qui prédisait que "À l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité". En imaginant sans cesse de nouveaux personnages, il se gardait la possibilité de susciter l’engouement d’un public toujours différent tout en prolongeant l’intérêt autour de lui. Traverser le temps n’est possible qu’en réapparaissant autrement, successivement. Et cette façon de renouveler son apparence pour capter l’audience a d’ailleurs servi d’exemple à Madonna ou à Michael Jackson. Surtout, il a su alterner disques expérimentaux et tubes populaires pour, à la fois, assoir une crédibilité artistique et parler au plus grand nombre. Polymorphe et touche-à-tout, c’est lui qui fixait l’ensemble, au cœur de son œuvre, sans jamais se perdre.

Le gif animé de la jeune artiste britannique Helen Green, reprenant les 29 têtes de Bowie adoptées lors de ses périodes hippie, glam, new wave, rock 80's, indus... :

Une influence pour vous aussi ?

Alain Chamfort : Je me retrouve plus ou moins en lui, j’ai exploré des registres plus étroits. Sans prendre des directions trop divergentes ni aller vers des choses extrêmes, j’ai néanmoins essayé d’apporter des différences tout en respectant ce que je suis.

Vous êtes devenu, à l’instar d’Étienne Daho, une icône pop moderne pour la nouvelle génération rock et électro. Comment le vivez-vous ?

Alain Chamfort : Je ne m’en rends pas compte à vrai dire. L’album Trouble (1990), s’inscrivait dans une mouvance plus moderne, qu’on peut qualifier de "pop", assez éloignée de la "chanson française rive gauche". J’ai essayé d’intégrer à la production les sons "disponibles" du moment, des samples par exemple, dans un genre qui n’est pas forcément prévu pour ça au départ. Cet album a donc été considéré comme audacieux avec ses rythmes habituellement dédiés à la dance ou au rap. Une approche nouvelle qui n’a pas forcément été comprise par les médias mais que les jeunes artistes et les maisons de disques ont suivie.

Je n’ai jamais été soucieux de l’image que les gens gardent de moi. Je ne construis pas de stratégie, je fais mes choix par intuition selon mon inspiration – avec Neuf (1993), je suis revenu à un style plus attendu, plus acoustique, alors que dans Personne N’est Parfait (1997), il y a des programmations... Si l’on fait les choses par calcul, on n’y arrive pas totalement, ou bien c’est artificiel. Je préfère rester sur ma ligne, sans me revendiquer de telle ou telle culture qui ne me correspondrait pas. Ce ne serait pas cohérent de citer des influences qui ne sont pas traduites dans mon travail. J’ai toujours évité de m’appuyer sur des références pour expliquer qui j’étais.

Le clip de "Souris Puisque C’est Grave" :

Vous avez signé chez [PIAS] en 2014, un label emblématique de la sphère musicale indé.

Alain Chamfort : Je n’ai pas épousé une "famille" – ils peuvent avoir dans leur catalogue des artistes qui me laissent indifférent – mais j’aime leur démarche : donner à de jeunes musiciens la possibilité d’enregistrer, de faire partager leur univers. C’est un territoire de découvertes. Leur attitude est extrêmement agréable ; ils prennent leur temps et l’on sent une compréhension et une adhésion pour votre travail. [PIAS] ne signe que les artistes qu’il apprécie.

Il n’y a que chez les indépendants qu’on trouve ça aujourd’hui. Les majors n’ont pas d’attache particulière et finissent par appliquer le même discours pour tout le monde. Elles perdent tout sens à sortir autant de produits en se disant qu’il y en aura bien un qui se démarquera !

J’ai traversé plusieurs décennies et j’ai compris très tôt, au début des années 2000, que rien ne serait plus jamais pareil. Une partie de l’industrie musicale s’est convertie aux modes d’une gestion commerciale détachée de la spécificité propre à la vente d’un produit culturel selon laquelle on ne cherche pas forcément à cibler des consommateurs définis à l’avance. Les médias y ont contribué en établissant des "couleurs d’auteurs". Je me souviens qu’on faisait venir les responsables programmation des radios aux mixages pour qu’ils donnent leur avis. Les titres étaient montés pour être formatés à la durée la plus efficace. Des sondages d’écoute, avec des échantillons de huit secondes, ont même été mis en place. Enfin, les marques ont fini par intégrer elles aussi ce système dans lequel l’impression de chacun compte pour que le résultat plaise à tout le monde.

C’est une manière de s’immiscer dans la création puisque la version finale du morceau est toute autre que celle envisagée par son compositeur. La valeur d’une chanson est jaugée, mais aussi celle des artistes. C’est pervers parce que certains finissent par se prêter à ces dispositions.

C’est que le rapport avec le public a changé lui aussi ?

Alain Chamfort : Je n’abuse pas des réseaux sociaux, ce n’est pas dans ma conception des choses. Mais j’essaie de vivre avec ce qui se passe aujourd’hui : j’ai un compte Twitter et une page "professionnelle" Facebook, gérée par [PIAS], que l’on essaie d’alimenter en créant des événements (un tchat vidéo en février dernier). Je ne suis pas convaincu que tout ça durera, je ne serais d’ailleurs pas étonné qu’on fasse marche arrière, que l’on ferme tous un jour nos profils, comme l’a fait Benjamin Biolay.

C’est étrange de constater que quelqu’un est "important" parce qu’il a des followers. Il suffit de se mettre en scène pour satisfaire le voyeurisme des gens. J’étais récemment invité sur un plateau télé aux côtés d’instagrameuses qui donnent des leçons de bien-être. Elles font des selfies toute la journée et postent des photos de leur corps pour prouver les bienfaits de leurs conseils (rires). On arrive à un paroxysme, ça finit par tout déterminer. Karl Lagerfeld va ainsi choisir un mannequin plutôt qu’un autre en fonction de ce nouveau pouvoir d’attractivité ; seul le résultat compte.

Vous revenez avec une triple actualité : un nouvel album et deux compilations. Lequel de ces disques avez-vous le plus envie de défendre ?

Alain Chamfort : Je ne peux pas aller contre les choix de [PIAS]. Je pense que le dernier album méritait un traitement plus long mais il y a eu un moment d’incertitude, une parenthèse liée à un problème de santé qui a cassé le rythme de la promotion alors que les best of arrivaient. On a cherché une cohérence. Je défends l’album à travers la compilation "Versions Originales" sur laquelle le titre "Joy" est présent et qui peut le relancer. Rien n’est figé.

Le clip de "Joy" :

Vous êtes en tournée acoustique, à quoi peut-on s’attendre le 25 mars à l’Olympia ?

Alain Chamfort : J’ai de bons musiciens avec lesquels j’avais joué l’année dernière aux Francofolies de La Rochelle. On a un set d’une heure auquel il faut maintenant ajouter 45 minutes en intégrant d’autres titres. J’ai commencé à travailler avec Frédéric Lo pour trouver une cohérence entre chansons anciennes et récentes (sept du dernier album au milieu de 21 autres). Les traiter d’une manière suffisamment proche dans le son et les arrangements pour créer une unité. On va essayer d’organiser ce programme pour qu’il ait son univers propre et que ce soit un moment agréable.

J’avais beaucoup aimé un concert d’Elvis Costello & The Imposters lors du Spectacular Spinning Songbook Tour (2012). Une roue de la fortune comparable à celles des foires, composée de 40 titres (tubes, raretés ou inédits), désignait celui qui allait être joué. Sans reproduire cette idée, je songeais à m’en inspirer. Mais peut-être vaut-il mieux que je me fixe un répertoire et que je m’y tienne pour que ça garde du sens (sourire).

Elvis Costello & The Imposters – "Radio Radio" :

Un projet en préparation ?

Alain Chamfort : J’ai entrouvert une porte avec Frédéric Lo, l’écriture de nouveaux morceaux.

On réfléchit aussi à une alternative : travailler "à la base" avec certains des remixeurs de la compilation "Versions Revisitées" en vue d’un prochain album d’une facture plus inattendue…

 

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album eponyme de Alain Chamfort
Alain Chamfort en concert au Festival Le Printemps de Bourges 2006 (vendredi)
Alain Chamfort en concert au Festival FNAC Indétendances 2006

En savoir plus :
Le site officiel d'Alain Chamfort
Le Myspace d'Alain Chamfort
Le Facebook d'Alain Chamfort


Christophe Gatschiné         
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