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Musée Bourdelle  (Paris)  Du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017

Deux expositions parisiennes concomitantes opérant en miroir proposent au public de découvrir le processus créatif similaire de deux sculpteurs majeurs de la fin du 19ème siècle, Auguste Rodin, considéré comme le fondateur de la sculpture moderne, et Antoine Bourdelle, qu'il qualifiait de "d'éclaireur de la modernité".

Et ce à travers une de leur oeuvre emblématique à la thématique identique, l'Enfer entendu comme lieu de souffrance pour les hommes sur terre en période de guerre et pour les damnés dans l'au-delà.

Respectivement, "La Porte de l'Enfer" avec l'exposition "L'Enfer de Rodin" au Musée Rodin et le "Monument aux morts, aux combattants et serviteurs du Tarn-et-Garonne" avec "De Bruit et de Fureur - Bourdelle sculpteur et photographe" au Musée Bourdelle.

La différence essentielle tient à ce que la première, oeuvre d'une vie, est restée inachevée nonobstant la "reproduction" en bronze opérée après la mort de l'artiste, alors que le monument de Bourdelle fut érigé après sept années de travail.

Les commissaires Florence Viguier, conservateur en chef du Patrimoine et directrice du Musée Ingres, Amélie Simier, conservateur général du Patrimoine et directrice du Musée Bourdelle, et Chloë Théault, conservateur du patrimoine et responsable du fonds de photographies de ce musée, retracent ce périple au long cours avec les dessins préparatoires, esquisses, plâtres et sculptures mis en résonance avec un florilège des photos prises par le sculpteur qui constituaient un véritable journal de bord de l'élaboration du monument.

Et il bénéficie de la superbe scénographie réalisée par le Studio Tovar qui investit l'espace d'exposition en dynamisant son architecture, le "grey cube" en béton brossé et sol noir situé dans l’extension du musée créée en 1992 par Christian de Portzamparc, avec des cimaises aux couleurs saturées et un habillage lumière sépulcral.

Un monument de Bruit et de Fureur, oeuvre polymorphe et syncrétique

En 1894, lauréat du concours pour l'édification d'un monument commémoratif des combattants de la guerre de 1870, Antoine Bourdelle, qui sera l'assistant de Rodin jusqu'en 1908, s'attelle à cette première commande personnelle, point d'orgue de son oeuvre, dont la conception singulière est décryptée par l'exposition.

Sa singularité est multiple car elle tient tant à ce qu'elle privilégie la ronde-bosse au bas-relief et se dispense de la figure du soldat en uniforme qu'à sa forme et au syncrétisme stylistique opéré par l'artiste.

En effet, la sculpture en bronze revêt la forme d'une torche vivante constituée de quatre figures - trois guerriers enroulés autour d'une femme-patrie - qui semblent s'échapper de manière éruptive, telle d'une boite de Pandore, du socle funéraire en granit en soulevant ses bas-reliefs en méplat représentant "L'épouvante de la guerre".

L'exposition permet de découvrir ce chef d'oeuvre oublié par la pérennité de son installation dans le paysage urbain et les différentes étapes de sa composition qui ressort de la sculpture par assemblage à partir d'un répertoire de formes, qui est également celle pratiquée par Rodin, dont certaines ont été déclinées en sculptures indépendantes telle celle du "Grand Guerrier".

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Les formes sont celles de figures intemporelles et allégoriques détachées du contexte historique et déclinaisons à l'antique, dont la puissance de l'expressivité tragique s'exprime à la manière romantique pour le "Dragon cuirassier", expressionniste pour le "Grand Guerrier", réaliste pour le "Guerrier mourant" et symboliste pour "La France". illustrée par le focus sur la représentation matérielle du cri par des visages déformés jusqu'à l'outrance qui se révèle dès les premières ébauches en terres crues exhumées des réserves.

Cette thématique se traduit en sculptures impressionnantes, "Les Figures hurlantes", fragments autonomes présentés au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1899 dont "Le Guerrier hurlant" et les trois têtes du groupe "La Guerre".

La violence de la souffrance, de l'effroi, voire de l'épouvante, mais également de l'assaut meurtrier, se traduit par la déformation du corps, membres tendus et mains crispées sous l'effet de la rage et de la peur qui rend compte des tensions antagonistes qui le malmènent ("Etude de mains", "Guerrier allongé au glaive").

La monstration met en évidence un autre point de convergence avec l'oeuvre précitée de Rodin qui tient au dualisme des pulsions de mort et de vie, le couple infernal Eros/Thanatos, qui impacte le modelé des formes tant dans le corps nu des guerriers porteur d'une charge érotique que dans la figure de la patrie française représentée par une femme nue aux courbes sensuelles mais puissantes.

L'un des intérêts majeurs de l'exposition tient à la présentation d'un corpus photographique inédit qui relate la genèse de l'oeuvre et comprend de saisissants autoportraits de l'artiste qui se met en scène au coeur de son oeuvre à la manière picturale du Dieu céleste nimbé de nuées.

Une très belle réussite placée sous le signe de l'hommage didactif . A ne pas omettre, le visionnage de la vidéo réalisée par Olivier Dollinger qui résulte d'une approche poétique du monument de Montauban filmé de nuit. Et puis, re)découvirr le Musée Bourdelle avec l'appartement-atelier de l'artiste et ses jardins de sculptures.

 

En savoir plus :

Le site officiel du Musée Bourdelle

Crédits photos : MM (sauf 1 Antoine Bourdelle © Musée Bourdelle/Roger Viollet (Plus de photos sur La Galerie)
avec l'aimable autorisation du Musée Bourdelle


MM         
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