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puce 2018, une année lecture - Rétrospective sur les livres historiques
Stefano Massini - Marcel Gauchet - Bruno Cabanes - Benoît Rondeau  (Divers)  décembre 2018

Cette année, j'ai eu aussi l'occasion de lire de nombreux livres d'histoire ou des romans historiques que je n'ai pas encore eu le temps de chroniquer. Des livres sur des époques différentes, sur des personnages historiques, sur des évènements majeurs de l'histoire du monde. Bref, j'ai pu lire tous ces ouvrages avec passion puis avec l'envie de vous en parler.

Stefano Massini  Les frères Lehman (Globe, septembre 2018)

Un livre incroyable que cet ouvrage de Stefano Massini qui nous raconte, sur près de 850 pages, sous la forme de vers, l’histoire des frères Lehman, connu depuis 2008 et la disparition de la banque Lehman Brothers qui fit faillite avec les conséquences sur l’économie mondiale.

L’auteur nous fait suivre l’épopée familiale des Lehman dans un récit détaillé, économique et biblique, autour de poésie, de prophétie et de beaucoup d’humour. L’histoire débute à New-York en 1844, autour d’Heyum Lehman, arrivant de Bavière après 45 jours de traversée, faisant venir avec lui ses deux frères, pour travailler avec lui.

On voit cette famille passer du commerce à la finance, inventer des métiers pour s’enrichir. Un empire se construit au fil des pages, d’abord par le commerce jusqu’à ce que les deux frères se rendent compte que l’avenir est dans la finance et les transactions.

C’est un récit incroyable, dans le fond et dans la forme, que nous propose le talentueux Stefano Massini. Cet ouvrage est brillant, surprenant et fascinant. Il nous montre l’histoire du capitalisme sous une forme inédite au travers de l’exemple significatif de cette famille juive.

Un très grand livre qu’il faut absolument lire !

Marcel Gauchet  Robespierre (Gallimard, octobre 2018)

S’il est un personnage historique qui divise les historiens, c’est bien Robespierre. Robespierre est une énigme, une énigme qui soulève des passions. Il a ses admirateurs inconditionnels et ses détracteurs farouches.

A la ferveur pour l'"incorruptible" des uns répond la répulsion pour le "tyran" des autres. Cette division reflète l’antagonisme des mémoires de la révolution française. 1789 et 1793 continuent de symboliser les deux faces contrastées de notre évènement fondateur : le glorieux avènement de la liberté d’un côté, et la dérive terroriste de l’autre. Or, Robespierre a l’habitude de faire le lien entre les deux visages. Le champion des droits du peuple à la constituante est aussi le pourvoyeur de la guillotine de la convention montagnarde. Plusieurs questions se posent alors : comment passe-t-on de l’un à l’autre ? Est-ce une rupture ou une continuité ?

C’est cette question classique que reprend l’ouvrage de Marcel Gauchet. Il s’efforce d’y répondre en scrutant minutieusement l’itinéraire de pensée que l’abondant discours robespierriste permet de reconstituer. Un parcours qui éclaire le sens de l’évènement révolutionnaire lui-même. Robespierre apparaît dans cette lumière comme l’homme qui a le plus intimement épousé le principe de la "révolution des droits de l’homme" qu’a été la révolution française. Il est également celui qui a érigé la Terreur en instrument du règne de la vertu, dans la tourmente de 1793-1794, en échouant, pour finir, à procurer une fondation durable au régime politique que les droits de l’homme appelaient comme leur traduction.

L’auteur nous montre donc que Robespierre est un personnage mystérieux, fascinant et troublant. C’est le premier homme libéral de l’histoire de France. Son côté troublant vient du fait qu’il passa de l’homme des libertés entre 1789 et 1791 à l’homme de la terreur en 1793.

Pour l’auteur, Robespierre est un dictateur unique, il n’est pas un dictateur ordinaire. Son originalité provient du fait qu’il ne règne que par la parole, sans réellement se préoccuper des vrais moyens du pouvoir, ceux qui sont d’habitude confisqués par les dictateurs quand ils prennent le pouvoir (police, armée, propagande).

L’ouvrage nous montre qu’on peut ne pas aimer Robespierre mais qu’on ne peut pas ignorer l’héritage de la révolution qu’il incarne, qui mérite d’être compris au lieu d’être totalement rejeté.

Robespierre est donc un ouvrage passionnant qui nous fait beaucoup réfléchir.

Bruno Cabanes  Une histoire de la guerre (Seuil, août 2018)

Livre magistral que nous propose ce collectif d’historiens réunis autour de Bruno Cabanes pour nous parler de la guerre du XIXème siècle à nos jours. Voici donc une histoire de la guerre, dans tous ses aspects et toutes ses dimensions, depuis l’essor des Etats-nations au début du XIXème jusqu’à la quasi disparition actuelle des affrontements interétatiques.

En deux siècles et demi, l’expérience concrète de la guerre a profondément changé : fin des batailles traditionnelles, utilisation d’armes de plus en plus meurtrières, mobilisation des fronts intérieurs, y compris parfois les femmes et les enfants. A mesure que disparaissait la frontière entre combattants et non-combattants, les civils sont devenus des cibles à part entière des bombardements, blocus, massacres, génocides et épurations ethniques.

Sans négliger la stratégie et les chefs de guerre, l’ouvrage explore à parts égales le front et l’arrière, les conflits et leur impact sur les sociétés et l’environnement, la mobilisation des institutions politiques et militaires, de l’économie, des affects et des croyances, ou encore les violences sur les corps et les esprits, en proposant de grandes traversées thématiques de longue durée.

L’ouvrage se découpe en quatre parties : la guerre moderne, les mondes combattants, les expériences de la guerre et les sorties de guerre. La partie sur la guerre moderne, introduite par David Bell, nous permet d’appréhender et de comprendre ce qu’est une guerre moderne. Il nous invite à penser la guerre, nous montre que l’époque de la bataille décisive est bel et bien terminée, évoque le temps du citoyen-soldat mais aussi ce qui concerne les droits de guerre. Cette partie nous montre aussi les effets de la guerre sur l’environnement, l’importance de la technologie, le prix de la guerre pour se terminer par une analyse de l’évolution du terrorisme.

La partie sur les mondes combattants, introduite par John Horne, traite de la fabrique des soldats au travers du service militaire notamment, des troupes coloniales qui ont participé activement aux conflits de l’âge moderne mais aussi des engagés volontaires et de leurs motivations complexes. Une place importante est accordée dans cette partie au rôle des femmes dans la guerre qui n’est pas seulement une affaire d’hommes.

La troisième partie, sur les expériences de la guerre, introduite par Stéphane Audoin-Rouzeau, est analysée du côté des soldats puis du côté des civils. A l’âge de l’artillerie triomphante et de la mort de masse sur les champs de bataille, la guerre devient une expérience corporelle nouvelle avec des combattants qui côtoient les seuils de l’insupportable. La question du devenir des morts est analysée au travers des enjeux des combattants morts. Du côté des civils, les bombardements massifs et leur conséquences sur les civils font l’objet d’un chapitre, les occupations des territoires par des armées ennemies aussi. La mobilisation des civils dans la guerre est évidemment analysée de même que les violences extrêmes qui les ont touchés.

La dernière partie, introduite par Henry Rousso, traite des sorties de guerre, des conférences de paix qui dessinent de nouveaux systèmes internationaux à chaque fois. Elle traite aussi du retour des soldats qui, très souvent, s’avère être une expérience difficile et des sinistrés de guerre, ceux qui perdent tout suite à une guerre.

Ce qui fait la force de cet ouvrage tient dans le fait que pour la première fois se sont réunis les meilleurs spécialistes du phénomène guerrier : des historiens, des historiens de l’art, des anthropologues, des sociologues, des politistes originaires de différents pays. Ils nous offrent une synthèse sans équivalent, largement ouverte sur le monde, qui fait aussi écho aux questionnements de notre époque comme les enjeux humanitaires des mouvements de réfugiés, les débats éthiques sur les guerres irrégulières, l’utilisation des drones ou bien encore la poussée du terrorisme.

Alors n’hésitez pas à investir dans l’achat de ce livre qui, malgré ses 800 pages, se lit avec une grande facilité que l’on soit historien ou pas. Une histoire de la guerre est donc bien le livre évènement que nous annonce le bandeau rouge qui l’entoure, un livre impressionnant et passionnant que je vous invite vivement à lire.

Benoît Rondeau  Patton (Tallandier, novembre 2016)

Après avoir chroniqué l’excellent Rommel de l’ami Benoît Rondeau, je me suis lancé dans la lecture de ses précédents ouvrages avec notamment la biographie de Patton, sortie il y a quelques années chez Tallandier.

George Smith Patton est le général américain le plus célèbre et le plus controversé de la Seconde Guerre mondiale. Surnommé "Blood and Guts" à cause de son tempérament colérique et intransigeant, il est doté d’un sens inné du commandement et d’un génie tactique incontestable. A la tête de la troisième armée, il combat sans relâche, depuis la Tunisie jusqu’en Allemagne, devenant un véritable mythe.

C’est donc la biographie d’un général charismatique que nous propose Benoît Rondeau, d’une légende de la Seconde Guerre mondiale mais aussi d’une personnalité complexe. La première partie de l’ouvrage nous présente la genèse du général, sa naissance dans le Far West californien, son enfance heureuse dans une famille sudiste originaire de Virginie, sa scolarité difficile et sa rencontre avec Beatrice et son choix de rentrer dans l’armée.

Patton est présenté ensuite comme un jeune officier brillant et ambitieux, on suit sa première affectation de sous lieutenant, ses qualités sportives qui lui permettent de participer aux JO de 1912, son début de notoriété juste avant la Première Guerre mondiale. Patton participera à la Première Guerre mondiale, instructeur, il assure l’entraînement de l’unité de chars légers américains amis en même temps il en profite aussi pour étudier à l’école de l’état-major général de l’armée américaine en France. Cela lui permettra de nouer des contacts fructueux avec des personnes qui le mèneront vers les plus hautes responsabilités. L’après-guerre est marquée pour lui par un retour à la cavalerie, il s’efforce à étudier l’art de la guerre.

La deuxième partie de l’ouvrage nous présente son destin de guerrier entre 1941 et 1943. Patton se retrouve à la tête du contingent américain devant débarquer au Maroc avec l’opération Torch. On le retrouve ensuite en Tunisie puis en Sicile. Ses différentes campagnes sont racontées avec précisions, agrémentées de cartes pour mieux comprendre la progression des troupes américaines.

La troisième partie traite de son entrée dans la légende au travers des années 1944 et 1945 avec ses épisodes glorieux, la traversée d’Avranches, sa chevauchée dans les Ardennes, montrant qu’il a contribué fortement à conduire l’armée américaine à la victoire.

Pour finir, la dernière partie porte sur le mythe Patton. Il fut un grand général sans aucun doute mais il ne fut rien sans son armée pour autant. Il maîtrisait l’art du commandement et était soucieux de la façon dont un général doit se comporter avec ses hommes. Mais il fut aussi un homme aux multiples facettes, un personnage complexe. Benoît Rondeau nous présente un homme qui aime plaisanter mais aussi un homme aux changements d’humeur stupéfiants passant rapidement de l’euphorie à la dépression.

Alors voilà, c’est donc une biographie particulièrement précise que nous propose Benoît Rondeau, fruit d’un travail de recherches minutieux. Benoît Rondeau nous propose le portrait d’un général d’exception, loin de n’être que le va-t-en-guerre magnifié par Hollywood et d’un homme complexe qui a su forger sa propre légende.

 

Jean-Louis Zuccolini         
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# 13 janvier 2019 : La Culture n'est pas en solde

Au sommaire cette semaine, du live, du livre, des films, des disques, des découvertes et des oeuvres de légendes et des spectacles à foison. C'est parti pour le sommaire de la semaine.

Du côté de la musique :

"Origami harvest" de Ambrose Akinmusire
"La fille de l'air" de Evelyne Gallet
"Egdes" de F/LOR
"Chemin vert" de Joseph Fisher
"Lignes parallèles : Haydn, Lipatti, Mozart" de Julien Libeer et les Métamorphoses et Raphael Feye
"Bien avant que le soleil se lève" de Screamming Kids
"Transparence" de TOOOD (That Obscure Object Of Desire) à retrouver également en interview ici même mais aussi pour une superbe session électrique de 4 titres à prolonger par leur passage dans l'émission Trifazé de Radio Campus à réécouter ici
"The white album" de The Beatles
"Scenario" de Ysé Sauvage
et toujours :
"Maté / Vallancien" de Philippe Maté et Daniel Vallancien
"Princess Thailand" de Princess Thailand
"Peninsular II (The bridge)" de Robin Foster
"Zoot suite Vol 2" de Zoot Octet
"Punk rock academy" de Les Rois de la Suède
"4 A M" de Bryan's Magic Tears
"C'est un joli nom camarade", l'Empreinte de Ferrat
et toujours :

Au théâtre :

les premiers spectacles de l'année :
"Ervart" au Théâtre du Rond-Point
"Naufragé(s)" au Théâtre du Rond-Point
"Samo, a Tribute to Basquiat" au Théâtre de la Tempête
"Portrait de Ludmilla en Nina Simone" à l'Espace Cardin
"Pavillon noir" au Centquatre
"King Lear Remix" au Théâtre de Belleville
"Roi et Reine" au Théâtre de Belleville
"Paulina" à la Manufacture des Abesses
"Ma Chanson de Roland" au Théâtre Les Déchargeurs
"Les Soliloques du pauvre" au Théâtre Les Déchargeurs
"Comme disait mon père..." au Théâtre Les Déchargeurs
"Le Journal d'un fou" au Théâtre Les Déchargeurs
"Un Coeur sauvage" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
et les reprises:
"Et si on ne se mentait plus ?" au Théâtre Tristan Bernard
"Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes" au Théâtre du Petit Saint Martin
"L'Ingénu" au Théâtre Essaion
"La vie devant soi" au Théâtre de Sartrouville
"Monsieur Fraize" à l'Européen
et les autres spectacles à l'affiche en janvier

Expositions avec :

avec la dernière ligne droite pour :
"Artistes à Montmartre, lieux et ateliers mythiques" au Musée de Montmartre

les films de la semaine :
Oldies but goodies avec :
"La Garçonnière" de Billy Wilder
et "Les Nuits de la pleine lune" de Eric Rohmer dans le cadre des rétrospectives à la Cinémathèque française
et la chronique des sorties de janvier

Lecture avec :

"Des hommes couleur de ciel" de Anais Llobet
"La femme de marbre" de Louisa May Alcott
"La transparence du temps" de Leonardo Padura
"Les couleurs de Fosco" de Paola Cereda
"Oiseau de nuit" de Robert Bryndza
"Philo & co : A la poursuite de la sagesse" de Michael F Patton et Kevin Cannon
"Vesoul, le 7 janvier 2015" de Quentin Mouron
"Vigile" de Hyam Zaytoun"
et toujours :
"Avalanche hôtel" de Niko Tackian
"Dans l'ombre du brasier" de Hervé le Corre
"Le vieil homme et son chat, tome 1" de Nekomaki
"On dirait que je suis morte" de Jen Beagin
"Pygmalion" de Sandrive Revel
"Tête de tambour" de Sol Elias
"Un bref désir d'éternité" de Didier Le Pêcheur
"Un cadenas sur le coeur" de Laurence Teper

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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