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Georges Saunders  (Editions Fayard)  janvier 2019

N’y allons pas par quatre chemins. S’il est un livre qu’il faut à mon avis absolument lire en ce début d’année 2019, c’est bien l’ouvrage de Georges Saunders, Lincoln au Bardo, publié aux éditions Fayard. Ce livre est tout simplement une expérience littéraire hors du commun, un ouvrage incroyable qui ne ressemble à aucun autre.

Lauréat du Man Booker Prize en 2017, il a déjà connu un immense succès de l’autre côté de l’Atlantique, se vendant à plus de 600 000 exemplaires. Il arrive maintenant en France, traduit par Pierre Demarty, espérant qu’il connaîtra chez nous le succès qu’il mérite.

Georges Saunders est l’auteur de neuf ouvrages, principalement des recueils de nouvelles. Lincoln au Bardo est son premier roman. Il vit dans l’état de New-york et dirige un atelier d’écriture à l’université de Syracuse.

L’histoire se passe à Washington, dans la nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare. Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du président des Etats-Unis. Ce soir là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la sépulture de son enfant.

Il croit être seul - il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire, le fameux Bardo de la tradition tibétaine. L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari - une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la Guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine.

C’est donc un somptueux roman choral que nous propose Georges Saunders avec son sublime Lincoln au Bardo, un roman dans lequel de nombreuses âmes coincées au purgatoire se retrouvent autour du petit garçon du président des Etats-Unis. En prenant pour point de départ une anecdote historique, la visite de Lincoln devant le caveau de son fils mort à onze ans d’une typhoïde au beau milieu de la Guerre de Sécession, il met en lumière le Bardo qui désigne dans la spiritualité bouddhiste le lieu et l’Etat dans lequel errent les consciences des morts en attente de renaissance.

Le roman se déroule le temps d’une nuit. Ils sont nombreux à s’exprimer, plus de 150 au final. Parmi eux se trouvent trois personnages qui reviennent plus souvent, un brave homme mort à cause d’une poutre qui lui est tombée sur la tête, un autre qui s’est suicidé car il ne pouvait pas vivre son homosexualité et un pasteur. Parmi les autres, des suicidés, des amoureux, des torturés, des condamnables, des coupables et des innocents. Georges Saunders les convoque tous pour la même cause, prendre la parole.

Avec Lincoln au Bardo, Georges Saunders nous offre un roman qui se caractérise par une très grande originalité dans le fond mais aussi dans la forme. Il se caractérise très souvent par un défilé de dialogues entre les différents défunts qui procure au lecteur une expérience de lecture à laquelle il n’est pas habitué. De ses dialogues se dégagent de nombreuses émotions variées qui donnent une réelle dimension à l’ouvrage. Les passages où le président s’adresse à son fils font partie des passages les plus beaux du livre, particulièrement du fait de la difficulté de dialogue entre les deux.

Et en même temps, de ces dialogues se dévoilent une partie de l’histoire des Etats-Unis, notamment celle qui touche la guerre civile et l’esclavagisme qui mettent Lincoln, au moment où il subit un immense chagrin, devant les responsabilités qui sont les siennes.

Georges Saunders ne manque pas d’audace et son ouvrage en est le témoin. Le pari qu’il fait de nous proposer un ouvrage qui aurait tout pour dérouter le lecteur est réussi car son écriture est d’une force incroyable. Son imagination débordante nous offre un spectacle inouï autour de spectres tour à tour inquiétants, hilarants et attendrissants. Il s’amuse à dynamiter tous les registres romanesques pour mieux nous confronter aux plus profonds mystères de notre existence : qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que l’amour ? Comment vivre et aimer quand nous savons que tout est voué au néant ?

Quel livre donc ! Quelle façon de raconter ainsi le deuil d’un enfant ! Quelle manière de combiner un drame personnel et un drame national !

Lincoln au Bardo est un chef-d’œuvre, un livre que je ne suis pas prêt d’oublier, qui permet au lecteur de sortir de son confort littéraire pour découvrir une autre littérature, originale et puissante, mêlant historique et fantastique, pour un ensemble salutaire et bouleversant.

 

En savoir plus :
Le site officiel de Georges Saunders
Le Facebook de Georges Saunders


Jean-Louis Zuccolini         
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# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

Petite édition toute en légèreté mais avec quelques belles choses à découvrir notamment pas mal de livres de la rentrée littéraire et une session du Flegmatic pour vous rafraichir les idées. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Time for a change" de Pokett
"Tone of musette" de Le Balluche de la Saugrenue
"Symi" de Symi
Une autre interview de Inspector Clouzo à Terre de sons, après notre rencontre avec The Inspector Clouzo lors de leur passage à Foreztival
et toujours :
"Onda" de Jambinai
"Fire" de Part Time Friends
"Simon Chouf & le Hardcordes trio" de Simon Chouf
"EP n°1" de The Reed Conservation Society

Au théâtre :

une nouveauté :
"What is love" au Théâtre de la Contrescarpe
des reprises
"La Chute" au Théâtre de la Reine Blanche
"Le corps de mon père" au Théâtre Essaion
"Louise Weber dite La Goulue" au Théâtre Essaion
et la chronique des spectacles à l'affiche en août

Expositions avec :

"Champs d'amours - 100 ans de cinéma arc-en-ciel" à l'Hôtel de Ville
et dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - L'Aventure de la Beauté" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Cinéma avec :

"Roubaix, une lumière" de Arnaud Desplechin
"Thalasso" de Guillaume Nicloux
et Oldies but Goodies avec "Paris est toujours Paris" de Luciano Emmer en version restaurée

Lecture avec :

"Cavalier seul" de Fred & Nat Gévart
"Ce qu'elles disent" de Miriam Toews
"Cent millions d'années et un jour" de Jean Baptiste Andrea
"Chaque fidélité" de Marco Missiroli
"Où bat le coeur du monde" de Philippe Hayat
et toujours :
"Koba" de Robert Littell
"Back up" de Paul Colize
"La grande escapade" de Jean Philippe Blondel
"Un peu de nuit en plein jour " Erik L'Homme
"Une bête au paradis" de Cécile Coulon
"Une joie féroce" de Sorj Chalandon

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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