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Interview  (Foreztival, Trelins)  vendredi 2 août 2019

Faire une interview n’est jamais chose facile. Tout d’abord, parce qu’il faut trouver des questions pertinentes, trouver ensuite des artistes accessibles et les bonnes conditions. Tout était réuni ce vendredi 2 août à Trelins pour cette rencontre avec The Inspector Cluzo.

Seule nouveauté pour moi, faire une interview à deux interviewers. Pour des raisons d’organisation, j’ai donc partagé mon temps avec Julien du magazine Sans transitions.

Je vous ferai donc un résumé des réponses apportées par Laurent et Mathieu à son magazine et vous invite à aller cliquer sur le lien qui va bien pour retrouver l’interview complète. Allez, bonne lecture et savourez !

Est-ce que vous vous présentez en termes de groupe, peut-être, engagé ? Est-ce que vous vous qualifiez de groupe engagé ?

Laurent : Non. Il y a des mots comme ça que l’on ne veut plus utiliser en France comme Capitalisme, Communisme, Ecologie, Engagé.

Ce n’est pas la même chose.

Laurent : Je ne vais pas rentrer dans les définitions. On ne veut pas rentrer dans l’idéologie. On a écrit un titre d’ailleurs à ce sujet dans le dernier album ("Idéologies") justement parce qu’on n'est entouré que de ça, de solutions soi-disant uniques en tout. Il y a UNE solution, mais elle est de prendre un peu de tout.

Mathieu : Je suis d’accord avec ça. On vit 365 jours ensemble, on a les mêmes idées. On ne veut pas employer de mots qui soient réducteurs.

Laurent : Il y a deux façons d’être militant (tiens, lui aussi on ne devrait pas, mais je vais l’employer). Les Américains disent qu’il y a deux façons : les Makers et les Talkers.

Aujourd’hui il y a 75% de Talkers.

Je parle, je parle…

Laurent : Non, pas que ça. Il y a les lanceurs d’alertes par exemple. Ce qui nous intéresse, c’est aussi le côté politique, dans les institutions politiques, européennes. Il faut aussi parler des gens qui essaient et qui font un nombre de choses. On essaie de mettre en place un système que nous pensons, modestement, être UNE solution. Et qui est adapté à NOTRE territoire.

Nous avons beaucoup voyagé, vu des cultures différentes, dans les 65 pays que nous avons visités. Chaque culture dans son ADN a son autonomie alimentaire.

Ma question va être nettement plus terre à terre. Je sais que vous n’aimez pas qu’on vous demande ce que vous préférez entre l’agriculture et la musique. Je me demandais comment vous faisiez pour composer. Vous avez un temps propre à chaque activité ?

Mathieu : C’est assez souvent mêlé en fait. Ce n’est pas, comme tu dis de bloquer un créneau. C’est l’emmagasinement d’expériences, par exemple quand on est au Pérou et qu’on passe des cols, ou que l’on est en train de piquer des piquets et à midi après le repas, Laurent prend la guitare et dit : "tiens, j’ai trouvé ça". Ça vient naturellement. L’un nourrit l’autre et ça marche plutôt bien.

Laurent : On met en place un truc que les Grecs prônaient : le mélange de la tête et des mains. C’est vrai que, dans notre société moderne, cela a été séparé à l’école : les bons faisaient des métiers cérébraux et les moins bons des métiers manuels alors qu’on ne voit pas trop le rapport. En fait, on le dit souvent en interview, pourquoi un maçon ne pourrait pas faire de philosophie et un philosophe faire de la maçonnerie ? On structure bien sa pensée quand on fait du manuel, pas forcément dans le dur, mais qu’on fait quelque chose de concret et qu’on doit y réfléchir. On adore ça. On se sent bien.

Là on a travaillé toute la semaine et maintenant on va faire de la musique, c’est notre récompense.

Pourquoi avoir concilié une ferme et la musique ?

Laurent : Il y a plusieurs questions dans ta question. La musique est extrêmement liée à la terre, notamment la musique que nous faisons, du blues, du blues rock. C’est la musique des fermiers américains. Chez nous, ils jouent dans des bandas, mais la musique est très présente. L’art est très lié avec le dur labeur, cela a toujours été.

La ferme on l’a montée, parce que, à cause de notre style de musique, on a peu tourné en France, on a joué dans de nombreux pays et il y a 10 ans, on a passé un long moment en Chine et ça a été un choc.

En rentrant, on a des racines très attachées à la terre, on fait partie de la génération qui a fait des études et on a eu la grande chance de côtoyer nos grands-parents et même nos arrières grands-parents. J’allais tous les mercredis à la ferme familiale. Je les regardais.

En rentrant on a décidé de faire ça. On a demandé à mon parrain de nous apprendre et on a tout appris avec lui. Cela prend du temps. On a acheté une ferme avec ce qu’on a gagné avec le groupe.

Comment ressentez-vous l’évolution de la musique avec la disparition et la réapparition de certains supports comme le vinyle ? Comment percevez-vous le streaming ?

Mathieu : C’est un phénomène que l’on ne peut pas empêcher. Je me souviens des débuts de la musique numérisée et des plateformes d’échange comme Napster.

Laurent : Metallica s’y était opposé et passait pour une bande de gros cons.

Mathieu : Oui et ça passait déjà par le côté musique gratuite. On se dit qu’on ne peut pas s’y opposer. Les gens ont tous des smartphones et des abonnements à moins de 10 euros et ont accès à pratiquement toute la musique, ce qui en soi, est génial, n’importe où, dans le camion par exemple on peut écouter n’importe quel artiste, ça permet de découvrir plein de choses.

D’un autre côté, on a aussi un retour du vinyle. On a un côté effet de mode, d’un autre parce qu’en vinyle on a un super son, pour certaine musique et notamment pour le rock, ce qu’on fait, parce qu’il y a moins de fréquences.

Laurent : Si c’est enregistré en analogique.

Mathieu : Oui parce que ça prend encore plus de dynamique, et c’est aussi pour nous, en tant que label, très intéressant parce que cela ne se copie pas. Cela ne va pas les empêcher aussi de streamer dans la semaine. Et le côté stream, c’est ce qu’on disait, quand on a joué au Pérou, dans un festival à 4000 m d’altitude, près de la forêt Amazonienne, on s’est aperçu que les gens connaissait les paroles de nos chansons. Pour ça c’est fabuleux.

Laurent : Si le streaming n’existait pas, comme il n’y a pas de logistique là-bas, on ne serait pas connu. Du coup, cela nous permet d’avoir une fan base au Pérou. Si on joue à Lima, il y aura 400 à 500 personnes, c’est fabuleux. J’ai donné une interview pour le Foreztival, dans le journal du festival, tu regarderas.

Je vais te redire la même chose. La musique est en phase d’industrialisation massive, comme l’agriculture dans les années 50, 60 (comme on est dans les deux, on voit le processus) le streaming c’est la même chose que l’arrivée des engrais et des pesticides, les rendements de fou, des accessibilités de fou, pour des marges toute petites, et comment faire pour redistribuer aux artistes ?

Il y a des outils ultra puissants, ce qui fait que ça tire vachement par le bas. Cela développe des musiques diplomatiques, un peu de fond. Qu’est-ce qu’il se passe dans l’agriculture ? La même chose. On a une génération qui dit stop, on ne peut pas continuer. Il va y avoir la même chose pour la musique. On n’y est pas encore, mais il va y avoir un retour à la musique par le stream, qui va rester en place, et des groupes vont revenir, qui jouent tout, pas par des ordinateurs. Ils joueront de la vraie musique, organique. On n’y est pas, cela se développe à fond. On ne voit pas ça d’un mauvais œil, c’est philosophique. C’est comme la FNSEA dans l’agriculture, ils ne tiendront pas. Leur situation est intenable, avec Monsanto, le climat. Dans la musique, à un moment, ils vont commencer à rechercher 12 africains, qui vont monter sur scène et faire une musique de ouf. Il y a aussi un bon côté, c’est que dans les pays pauvres, la musique peut se propager.

Paradoxalement, au départ vous étiez plus connus à l’étranger qu’en France, c’est dû au streaming ou au fait que vous soyez partis ?

Laurent : Oui on a joué dans des pays comme Madagascar ou en Colombie et pour y jouer nous n’étions pas payés, on a payé 3000 euros pour aller y jouer et en France, on jouait pour 5000 et basta. Nous sommes nos producteurs, nous décidons. En Afrique du Sud, on a joué sur un gros festival et dans un centre commercial. Comme en live on ne laisse pas indifférent, on marque le public. Nous aurions débuté avec du streaming, on serait beaucoup plus connus, cela aurait été un accélérateur.

Le fait d’être vos producteurs, cela vous donne plus de liberté ?

Laurent : Je n’emploie jamais le terme de capitalisme parce qu’on vit dans un monde où on l’est quand même si on n’a pas envie. On est entrepreneur, par exemple quand on va aux Etats-Unis, dans le Middle West, pays fondé sur le capitalisme, le vrai. Quand ils créent des richesses, ils embauchent. Eux appellent le socialisme ce que tu fais avec cet argent. Soit tu le gardes et c’est l’ultra libéral, soit tu l’utilises pour embaucher et c’est pour eux le socialisme. Pour nous et en Europe, c’est plus idéologique et une posture en amont. On crée des richesses et après on voit ce qu’on en fait. C’est Marx, le partage des richesses. Donc pour eux, dans le Middle West c’est super : on est fermiers indépendants. Au Japon, c’est pareil. Il y a quelque chose de puissant.

Sinon, on est en distribution dans une branche d’Universal, donc c’est nous qui les payons, c'est-à-dire qu’ils distribuent nos CD mais c’est nous qui les produisions. On a 17 attachés de presse dans le monde. On fait le merch à la sortie de scène et c’est ça qui paie notre attaché de presse en Colombie. C’est nous qui envoyons les CD qui sont dans notre garage. On a refusé de leur céder une licence.

Quand on joue pour Live Nation, il y a des festivals qui sont Live Nation et vous ne le savez pas. On a joué au Lollapallooza, un super festival, avec de vraies valeurs, par exemple pas d’alcool, quand les gens sont contents vous savez pourquoi, il y a des messages de prévention etc. Quand on reçoit de l’argent de Live Nation, on choisit une association locale et on leur reverse cet argent. C’est remis dans l’économie locale.

Cela ne sert à rien de faire de l’opposition puisque l’économie est mondialisée, donc il faut essayer de le faire au mieux et d’amener le plus possible d’argent dans l’économie locale. On a refusé les signatures en major parce qu’on ne veut pas être financés. C’est nous qui créons, du coup on a une puissance de feu qui est limitée, mais comme on est dans cette époque, les gens sont très sensibles à nos textes, à notre façon de fonctionner.

J’ai deux questions un peu à la con, mais j’aime bien : qu’est-ce que vous avez contre les bassistes ?

Mathieu : Ben ça ne sert à rien, tout simplement, donc on n’en a pas !

Je pensais que "F**K the bass player", c’était suite à une embrouille avec un bassiste.

Mathieu : Ben, une embrouille avec plusieurs bassistes dans notre ancien groupe. Et avec Cluzo, on nous disait : "vous n’arriverez jamais à faire quelque chose qui groove sans bassiste" et nous, quand on nous dit ça, on appuie sur le champignon pour au contraire le prouver et on va même faire une chanson qui fait "Fuck the Bass Player". C’est le nom du label, on a fait un tee-shirt et c’est notre meilleure vente. On a des anecdotes marrantes en plus à propos de ça. A plusieurs reprises, sur certains festivals où on a joué comme à Taïwan le bassiste passe à travers la scène, en Hollande, il se fait électrocuter et on joue après. Les gens disent c’est Cluzo qui a fait ça ! (rires)

Ce qui m’a fait marrer, c’est la photo avec Lemmy de Motörhead ! C’est notre gand kiff, c’est de l’offrir à de grands bassistes, on l’a fait aussi avec Flea des Red Hot. Le bassiste de Muse.

Mathieu : Et l’autre question ?

Vous faites un tas d’interview avec des questions qui peut-être vous saoulent. Y en a-t-il une que vous aimeriez qu’on vous pose ? (rires)

Mathieu : Ben on ne sait pas, comme on ne nous les pose pas ! On a déjà parlé de beaucoup de choses.

Laurent est très concentré, Mathieu aussi !

Mathieu : Une question qu’on ne nous pose jamais ? C’est intéressant.

Laurent (après une vraie longue réflexion) : C’est elle ! Ben oui, c’est de réfléchir à la question que l’on ne nous pose jamais !

On ne sait pas, on n’aime pas les questions polémiques. Là on est très content d’avoir pu parler de notre projet, c’est un projet de vie, on n’en parle pas assez mais il y aussi nos femmes et enfants.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de The Inspector Cluzo
Le Bandcamp de The Inspector Cluzo
Le Soundcloud de The Inspector Cluzo
Le Facebook de The Inspector Cluzo

Crédits photos : Cyco Lys


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# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

Petite édition toute en légèreté mais avec quelques belles choses à découvrir notamment pas mal de livres de la rentrée littéraire et une session du Flegmatic pour vous rafraichir les idées. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Time for a change" de Pokett
"Tone of musette" de Le Balluche de la Saugrenue
"Symi" de Symi
Une autre interview de Inspector Clouzo à Terre de sons, après notre rencontre avec The Inspector Clouzo lors de leur passage à Foreztival
et toujours :
"Onda" de Jambinai
"Fire" de Part Time Friends
"Simon Chouf & le Hardcordes trio" de Simon Chouf
"EP n°1" de The Reed Conservation Society

Au théâtre :

une nouveauté :
"What is love" au Théâtre de la Contrescarpe
des reprises
"La Chute" au Théâtre de la Reine Blanche
"Le corps de mon père" au Théâtre Essaion
"Louise Weber dite La Goulue" au Théâtre Essaion
et la chronique des spectacles à l'affiche en août

Expositions avec :

"Champs d'amours - 100 ans de cinéma arc-en-ciel" à l'Hôtel de Ville
et dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - L'Aventure de la Beauté" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Cinéma avec :

"Roubaix, une lumière" de Arnaud Desplechin
"Thalasso" de Guillaume Nicloux
et Oldies but Goodies avec "Paris est toujours Paris" de Luciano Emmer en version restaurée

Lecture avec :

"Cavalier seul" de Fred & Nat Gévart
"Ce qu'elles disent" de Miriam Toews
"Cent millions d'années et un jour" de Jean Baptiste Andrea
"Chaque fidélité" de Marco Missiroli
"Où bat le coeur du monde" de Philippe Hayat
et toujours :
"Koba" de Robert Littell
"Back up" de Paul Colize
"La grande escapade" de Jean Philippe Blondel
"Un peu de nuit en plein jour " Erik L'Homme
"Une bête au paradis" de Cécile Coulon
"Une joie féroce" de Sorj Chalandon

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

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