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Interview  (Paris)  novembre 2006

La Blanche sors son deuxième album, Disque d’or. Quelques jours avant un début de tournée qui les verra parcourir l’hexagone dans tout ses coins, notamment à Paris au Zèbre des le 8 novembre, La Blanche se livre et balance pas mal à Paris, place des Abbesses.

Attention, groupe subversif. "Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie" criait Albert Londres, Eric La Blanche (Chant) et Gil Husson (guitare, basse) semblent s’en donner à cœur joie.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour la sortie de Disque d’or, votre deuxième album. Ce qui frappe d’emblée c’est le titre de l’album.. C’est un distance face au maison de disque ce titre d’album, "Disque d’or" ?

Eric La Blanche (chant, composition) Ah oui clairement. La phrase gimmick de l’album c’est tout de même "comme ça on est sur d’avoir un disque d’or", c’est sur que ce point de vue là…Ce qui m’a toujours emmerdé c’est le rapport entre la qualité d’un album et ses ventes. Tu peux avoir le pire des albums et vendre par camion. Le but de l’industrie de disque, c’est de vendre, forcément avec cet album si on en vend 10, on est déjà disque d’or ! C’est une blague potache mais bon…

Plus un album est mauvais et plus il vend ?

Eric : Dans certains cas oui…C’est vrai que si tu fais une musique trop ambitieuse, beaucoup de personnes passent à coté, alors qu’un album consensuel donne aux gens ce qu’ils attendent, le thème est simple, les arrangements aussi. Je parlais l’autre jour avec un pot d’un artiste que je ne citerai pas, et nous en arrivions au constat que c’était parce que c’était nul que cela marchait. C’est triste à dire. La fanfare ou la cantine ont de l’avenir dans la musique..

Gil Husson (guitare et basse) : La musique ne peut marcher que grâce à la sincérité. Il te faut une candeur, une naïveté pour survivre dans ce milieu. On pourrait faire du racoleur, mais je ne crois pas que cela soit le style de Lablanche

Justement, sans transition, on entend pas mal de boite à rythmes un peu cheapos sur l’album, comme sur "La mort à Johnny" ou "Adélaïde" par exemple, ça vient d’où cette idée ?

Eric :Y des boites à rythmes synthés, c’est vrai, quelque batteries également. A la base Adélaïde c’était un morceau purement électronique et petit à petit on a rajouté des violoncelles, des guitares, etc.. Dans cette logique de travail, ne pas avoir de recettes, je trouve ça intéressant de construire, déconstruire, après la pâte Lablanche fait son effet..

Quand on compare Bart à la plage (ndlr : l’un des titres phares du premier album), très lyrique et romantique, par rapport au deuxième j’ai l’impression qu’il est encore plus cynique que le premier, sans amertume, mais néanmoins plus réaliste…

Eric : Ca s’est fait sans réfléchir en fait. A la fin du premier album, par exemple, on s’est rendu compte que les 2/3 de l’album parlait de l’eau, "La piscine", "Sous-marine", "Bart à la pêche", etc…Parfois tu fais des trucs en ayant l’impression de partir dans tous les sens, et en fait tu as toujours un fil conducteur. Pour ce deuxième album, c’est la solitude. Ce n’est qu’à la fin de l’album qu’on s’est rendu compte.

Gil : C’est toujours bizarre ces explications de texte, le fait de se pencher sur le travail d’un auteur…Trouver les significations...

Eric : Le seul truc qui n’est pas du au hasard sur l’album, c’est que j’avais l’envie d’aller vers des morceaux plus gais, comme "Adélaïde", Tout est parfait, ou même "La mort à Johnny".. Je me suis rendu compte avec l’album qu’il était très dur de C’est une chose qui me turlupinait depuis longtemps en fait. Et c’est assez facile de se laisser aller à la morosité en fait. Le but c’était un peu d’enrober la névrose, le questionnement.

Gil : Et une musique triste avec des paroles triste, sur tout un album, personnellement je ne peux pas, c’est trop lisse.

La naissance de l’album et l’enregistrement se sont déroulés comment exactement ?

Eric : Il y a eu une impulsion le jour où l’on s’est rendu compte que, encore une fois, personne n’allait nous aider, on a rencontré des gens, des maisons de disque, et puis à un moment on s’est dit que nous ne pouvions plus attendre, il fallait se lancer.

Gil : Le vice de ce milieu musical est qu’il faut arriver devant les gens avec des maquettes quasi finies, un travail clef en main, presque 20 chansons finies, et rassurer la prod’ sur la finalité de l’album, la direction.

Eric : Ca a été enregistré dans les anciens studios Vogue, à Villetaneuse. C’est marrant car c’est un lieu un peu historique 60’, dans une zone totalement désaffectée, avec des roumains dans un immeuble désert…Eddy Mitchell et toute la clique sont tous passés par là-bas, et il y encore les grands studios où l’on pouvait enregistrer les cordes dans un coin, les cuivres dans un autre. Une immense salle incroyable avec les prises de chant en cabine…Une très bonne expérience, encore une fois en marge des studios d’enregistrement actuel. En fait on a essayé de retrouver l’esprit de Sylvie Vartan, pour guider notre démarche artistique ! (Rires)

Puisqu’on parle de Sylvie Vartan, vous vous tirez une balle dans le pied avec cette super chanson, "La mort à Johnny", non ? C’est impassable en radio..

Eric : C’est un anti-single en fait.. Ce n’est pas une chanson conçue comme un single. C’est parti d’un ras le bol, Johnny venait de fêter ses 60 ans à la TV, avec un mois d’émission pour annoncer les préparatifs sur France 2. Et je me suis un jour "Putain Johnny j’en peux plus", l’unanimité autour d’un mec, son image surtout, plus que la personne. L’impact autour de lui me semble démesuré par rapport à ce qu’il représente artistiquement, peut être même personnellement. Du pain et des jeux en fait, voilà. On va vous donner du pain et du Johnny ! (Rires).

C’est une réponse en name dropping au premier album, intitulé "Michel Rocard" ?

Eric : C’est évident qu’à l’époque on a eu plein de pub grâce à cela, les journalistes lui demandaient même s’il était fier d’être le seul homme politique à avoir un groupe ! Du coup on a touché un public plus vaste que si l’album s’était intitulé Je suis triste dans ma chambre de bonne ! Pour revenir à Johnny, au début même, on avait fondé un groupuscule qui voulait demander à Raffarin de faire voter une loi pour que Johnny ait 59 ans toute sa vie. C’était juste avant son anniversaire, Johnny c’est l’idole des jeunes, et cette loi aurait empêché son vieillissement ! Je crains fort que pour ses 70 ans on ait droit à la même soupe. C’est quand même le plus grand rocker dont personne n’a rien à foutre à part les français ! (Rires)

Artistiquement, y a un seul album défendable chez Johnny, c’est Hamlet, un concept album de 76 où il reprend Hamlet en space opéra, vraiment c’est énorme, l’équivalent de Melody Nelson de Gainsbourg…

Eric : Woah… Mais ce qu’il est devenu aujourd’hui c’est une machine à fric, je ne crois pas qu’il contrôle quoi que ce soit... C’est un peu le symbole du système médiatique…

Gil : Chaque secteur a son Johnny, c’est comme Douillet ou Noah en fait…Pour moi le seul groupe arrivé au sommet et malgré tout intègre reste Noir Désir, c’est inattaquable.

Eric : Tu as également Katerine qui fait son truc, Dionysos, Arthur H…Je suis assez client de ces gens et de leurs musique. Après, si tu écoutes Les animaux sur l’album, c’est une dédicace évidente à Brassens, dont je suis fan absolu, pour les textes, Bashung. Tous ces artistes qui choisissent de vrais mots et de vraies significations. J’ai cette idée de cette grande chanson française, les Brel, Nougaro, Ferré. Une certaine idée de chanson française.

On peut lire dans votre bio que vous avez été contacté par le staff d’Universal.. Info ou intox ?

Eric : Non non c’est véridique. Les gens d’Universal sont venus nous voir sur un concert, voulaient nous payer des coups après le concert, nous disaient "Oui c’est super on adore". Au bout de 6 mois on a décidé de refuser la proposition qu’ils ne nous avaient pas faite (Rires) et puis c’est tout un système, trois semaines pour avoir une réponse, etc…Par rapport à ce que nous faisons, nous avons besoin d’avoir de l’attention et de la proximité. Donc nous avons été voir ailleurs.. On aurait peut être accepté s’il y avait eu une réelle proposition, je ne sais pas..

Gil : Et nous n’avions pas de moyens de pression pour avoir un rapport de force équitable... Pour dealer avec une Major il faut impérativement posséder une force de son coté. Ce n’était pas le cas.

Eric : Je communique depuis 4 ans via nos newsletter, et pas mal de gens nous ont dit qu’avec notre discours assez subversif, il y aurait de toute façon eut un moment où cela aurait bloqué.

"Alcoolique", justement, est l’un des titres phare de cet album, avec une certaine mélancolie noire..

Eric : "Alcoolique" n’est pas très noir en fait, ce que je trouve intéressant c’est que c’est celui qui l’écoute qui met la noirceur. Quand tu écoutes les paroles ("Si le monde était moins décevant / Je boirais moins beaucoup souvent") il n’y a pas tant de mélancolie que ça…Ce sont des images suggérées. Pour moi c’est l’auditeur qui met la nuance.

Quand on se réfère à votre univers, on a l’impression, et c’est un compliment, que vous êtes un groupe de province… Proche des gens, dans ce sens.

Gil : Paris représente seulement 1/10 de nos dates, nous tournons beaucoup en France, donc oui c’est tout à fait exact. A Paris tu as tellement de groupes que cela crée une émulation, une mode locale, mais nous sommes en marge de cela. Même si nous ne sommes pas disque d’or (Rires), nous serons content car c’est une vraie démarche musicale et personnelle, l’honnêteté, j’y reviens, est primordiale.

Eric : Pour nous le vrai public qui juge ta musique, c’est celui qui sors, écoute la musique chez lui, à Tours, à Angers, dans son lycée, qui est impatient de te voir en concert, et ça tu le trouves vraiment en province. Nous n’avons pas envie de monter la monter en sherpa tu vois… Et tourner nous permet de défendre l’album partout, dans toutes les régions. Rendez-vous au Zèbre à Paris à partir du 8 novembre !

 

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