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Interview  ("My life story")  Août 2003

 

Derrière Jack et Jacques, qui vient de sortir un mini album "Roses for ashes", il y a Anthony Reynolds qui a accepté de répondre, par mail, à une longue interview retraçant son parcours musical mais également son itinéraire personnel. Dans cette interview, qu'il a lui même qualifié de "my life story", illustrée des photos qu'il nous a également envoyées, il n'hésite pas à se dévoiler et à recentrer l'homme par rapport au personnage médiatique.



 

Comment avez-vous commencé à écrire et jouer de la musique?

On m’a raconté que mon premier instrument était une petite batterie d’enfant quand j’avais trois ans. Ça devait taper sur les nerfs de mes parents…Après je me souviens des pianos dans la maison de mes amis, ce qui était fréquent dans les années 7O.

Plus précisément, je me rappelle avoir été plus intéressé par le fait de faire du bruit en frappant les touches par en dessous et les cordes avec des couteaux et des jouets... que de jouer de manière traditionnelle…et oui, j’étais déjà dans un trip à la John Cage à l’age de quatre ans !

S’ensuit un court flirt avec le triangle à 5 ans. J’ai toujours le même instrument. Dans le groupe de l’école, j’avais remplacé un garçon nommé Gareth Wilcox pendant qu’il était malade. J’étais tellement éblouissant au triangle qu’ils l’ont dédaigné quand il est revenu...son nom était merdique…

Puis, quand j’avais dix ans, il y a eu une sélection à l’école pour retenir les meilleurs éléments pour leur permettre de jouer du violon. J’ai essayé pendant un an mais j’étais paresseux.
Dans mes jeunes années, j’ai appris à utiliser deux magnétophones à cassettes ce qui m’a permis d’enregistrer et mixer différents instruments qui étaient en fait essentiellement des couteaux et des fourchettes, des seaux et des verres, la musique n’était pas très mélodique.

Cela a “évolué” en passant par l’utilisation des synthétiseurs-jouets et une guitare acoustique. Je ne savais ni l’accorder ni plaquer des accords, elle était plutôt utilisée comme une percussion. Des amis m’ont accompagnés, certains s’y connaissant plus en musique ce qui m’a permis de mettre des mots sur leurs bruits. J’ai commencé à écrire des poêmes vers l’âge de treize ans.

A quartorze, je pouvais écrire et chanter mes propres textes; j’ai rejoint quelques “musiciens” et nous voulions jouer en live comme un vrai groupe.

Ensuite, je me suis pris de passion pour la batterie et je me suis concentré sur cet instrument, m’entraînant des heures durant à jouer sur des disques, notamment "Gentlemen take poloroids" de Japan. Je me souviens encore à ce jour de toutes les lignes de batterie par cœur.

Ce n’est que vers 16-17 ans que j’ai appris à jouer de la guitare et à partir de ce moment, mes chansons ont acquis un son plus traditionnel.

J’ai appris en autodidacte à jouer du clavier vers 20 ans et aujourd’hui, j’écris essentiellement sur la guitare ou le piano.
Je voudrais revenir à la fabrication de chansons en frappant sur des bouteilles de lait remplies d’eau et des casseroles, quoique.. Juste un peu.

Quelles sont votre background et vos influences musicales ? Quel est l’impact de vos racines galloises ?

Pour le background, tout est dans ma première réponse.

Quant aux références, hum, vraiment et réellement, c’est uniquement la musique pop au début. La chose merveilleuse avec la pop c’est qu’elle incorpore avec succès différentes facettes d’autres genres musicaux comme le jazz, la musique classique etc… ce qui constitue en fait ses origines et sa "croix".

Quant à mes origines galloises, elles ont sans doute quelques influences inconscientes. J’étais indifférent, comme étranger, à cette nationalité qui n’était pas significative au sein de ma famille. Je veux dire que personne ne parlait gallois ni s’y référait. Ma famille ne m’a pas inculqué de notions relatives à la fierté patriotique ou historique.

J’ai été tout à fait surpris d’apprendre que j’étais gallois quand j’ai compris ce que cela signifiait pour d’autres personnes, notamment ces dernières années quand il m’a semblé percevoir l’émergence et l’importance croissante de l’identité galloise. En réalité je n’ai jamais éprouvé le besoin d’avoir des racines. Je me sens à la fois chez moi et étranger quel que soit l’endroit où je me trouve. Mes sentiments sont très variables sur ce point.

Quelle est la place de la musique dans votre vie. Quel genre de musique écoutez-vous ?

Ma relation à la musique est en train de changer… Je ne peux plus écouter de la musique de manière solitaire, par exemple la nuit avec des écouteurs. Je ne peux pas me relaxer suffisamment pour m’y abandonner. En conséquence, ma relation avec la musique n’est plus aussi intense qu’elle fut…je veux dire quand j’avais 13 ans j'avais seulement 3 disques ("Rio" de Duran duran, "sergent Pepper" des Beatles et une compilation de Motown avec de grosses roues sur la pochette…) et j’étais complètement immergé dedans.

Mais la Musique demeure encore essentielle pour moi et a trouvé de nouvelles façons de venir jusqu’à moi.
J’aime écouter de la musique en voyageant, dans le train ou la voiture. Une de mes choses favorites est de faire la cuisine en musique. J’ai besoin de la musique mais je suis souvent incapable de l’apprécier comme j’aimerais le faire.

Ce que j’écoute? Tout, je donne une chance à tout, au moins une fois.
Dernièrement, j’écoutais Sammy Davis Jr…un de ses albums , “Sammy” écrit en 1974 pour une émission de télé. Fantastique. De grandes chansons et il a toujours eu un batteur brillant, aussi comme c’était pour une émission de télé, ce n’était pas vraiment produit, juste avec un orchestre et ce n’est pas non plus comme un concert, juste un live à la télé...Le son est merveilleux et unique. Quand on le connaît, on l’apprécie encore davantage, comme pour beaucoup d’autres chanteurs, et l’inverse est vrai.

J’aime bien le single des Girls aloud, de bonnes chansons bien produites, on vient juste d’acheter leur disque. Comparé à ces chansons le reste semble être du remplissage.

Ma plus grande découverte ces derniers temps c’est Miles Davis. Ecouter sa musique c’est comme découvrir un nouveau continent.

Vous écrivez des romans, des nouvelles, des chansons, et vous êtes musicien. Etes-vous également peintre car vous avez peint la pochette Roses for Ashes ? Pourquoi toutes ces activités ? Comment trouvez vous le temps de tout faire ?

Je n’en fais pas autant que je devrais. Je suis paresseux. Je prends plus de plaisir à lire qu’à écrire. J’ai des histoires dans ma tête et je suis prêt à les écrire.. mais paresse

Je ne peux pas dire que je suis peintre bien que je m’y mette de temps à autre. J’ai toujours plus ou moins fait des esquisses, des gribouillages serait d’ailleurs un terme plus approprié.
Et j’ai décidé de faire un effort pour me concentrer sur la peinture quand j’ai déménagé pour vivre à la campagne. Je crois que je peux prétendre être capable de faire quelque chose, vous savez. Sans trop d’effort j’arrive à faire un truc artistique potable qui tient la route.

Mais en fait j’ai été déçu de constater que mes peintures étaient vraiment épouvantables, pas tant mauvaises ou sans intérêt mais juste ordinaires. Je persévère néanmoins mais beaucoup de peintures sont inachevées et remisées dans la litière du chat.

La pochette de "Roses for ashes" n’est pas une peinture mais une photo que j’ai retravaillé pour lui donner l’aspect d’une toile. En revanche j’avais peint la pochette de "White jazz" bien que je ne l’ai jamais avoué jusqu'à aujourd’hui. Je me rappelle que j’avais fait croire que l’auteur était mon neveu… ho ho….

Tout ce que je fais en dehors de la musique résulte d’une frustration par rapport à la musique. Je n’ai jamais pu enregistrer et publier autant de disques que je l’aurais souhaité ou quand je l’aurais souhaité. A vrai dire, c’est de plus en plus difficile.

J'estime parfois que je me disperse trop et que je devrais vraiment me concentrer sur une seule chose à la fois. Et puis le côté business de la musique pour gagner de l’argent m'épuise. C’est un peu comme avoir une super idée pour une chanson, prendre sa guitare, se rendre compte qu’elle est horriblement accordée, et ensuite après 20 minutes passées pour l’accorder correctement, vous n’avez plus envie de jouer la chanson.

Quand à trouver le temps de toute faire, il semble parfois que la vie est bien trop longue...

Vous faîtes des lectures au Borders .Quel est votre intérêt pour ce genre d’exercice?

Aucun intérêt particulier. La première fois, on me l’a proposé et j’ai accepté à titre d’expérience. Ensuite, j’ai recommencé et ayant de l’expérience, j’ai trouvé que la seule motivation pour réitérer résidait dans la rémunération de ce travail. Personne n’a encore pu me payer assez jusqu’a présent.

J’aime bien ce qu’avait dit Philip Larkin quand on lui avait demandé pourquoi il ne faisait pas de lecture : parce que "j’ai horreur devoir feindre d'être moi".

On a dit de vous que vous étiez l’énigme indie. Qui est réellement Anthony Reynolds ?

Je suis sans doute la personne la moins qualifiée pour répondre à cette question. Quelle qu’en soit le sens.

Quelle est votre méthode pour écrire les chansons ? Comment faites vous le tri entre Jack et Jacques ?

C’était assez simple : Jack était le fruit d’une collaboration exclusive avec Matthew Scott alors que pour Jacques, la collaboration est plus hétérogène : moi et n’importe qui d’autre, y compris moi et Matthew Scott.

Où puisez-vous l’inspiration ? Quelle est la part des autres formes d’expression artistique dans votre vie et dans votre inspiration ?

Pourquoi certaines personnes ont besoin d’écrire des chansons et d’autres non…. ? Est ce que cela est déjà bien clair ?
Cela a probablement à voir avec une blessure…

Enfin quelle qu’en soit la raison, j’ai longtemps ressenti le besoin de parler des choses que je vois et de mon ressenti en général et ensuite les passer à la moulinette de ma propre expérience et personnalité – peut être mon ego.
Mon inspiration naît de là et ensuite, elle peut être plus ou moins complétée par le travail d’autres personnes et l’impact qu’il a sur moi. Notamment en ce qui concerne le cinéma, la peinture, la poésie, etc…

Quelqu’un a dit que "le bonheur écrit en blanc" ce qui signifie que les artistes ne travaillent qu’à partir du mécontentement. Mais je ne partage pas vraiment ce sentiment. Je désire autant partager les expériences tristes que joyeuses. Je suppose que ça conduit à partager une expérience extrême qui ne peut se traduire en langage de tous les jours, un besoin de relater l’extrême du ressenti et du vécu.

Et je suis évidemment inspiré par les pionniers du genre, ceux qui ont réalisé des choses que l’on disait impossibles, notamment dans le domaine du cinéma ou de la musique, et je ne parle pas forcément de choses choquantes.
Certaines personnes sont radicales en faisant strictement la même chose pendant des décennies ou en ne faisant au contraire presque rien. Je suis inspiré par les gens qui sont assez courageux pour être eux mêmes, en fin de compte, quelles que soient l’environnement latent ou les circonstances.

Comment choisissez vous les arrangements de vos chansons ? Il semble que vous utilisiez de plus en plus d’électronique et de samplers.

J’ai compris que si une chanson est suffisamment bonne en elle-même, tous les arrangements sont possibles si vous le souhaitez sans altérer la force du morceau. C’est la raison pour laquelle beaucoup de classiques, comme les chansons des Beattles, font l’objet de très nombreuses reprises dans des styles différents, comme le reggae, la samba…

D’autres chansons sont plus perverses et vous conduisent à trouver l’arrangement spécifique… Et puis après c’est un problème de budget.
Une chanson peut réclamer à cors et à cris un arrangement avec des bois mais si vous n’en avez pas les moyens alors vous utilisez un autre genre d’instrumentation. Les samplers dans ce cas s’avèrent très tentants et parfois surpassent même l’idée originale, souvent par accident …

Le plus important, c’est de ne pas perdre le point de vue de la chanson.

Vous avez une voix atypique. Ecrivez vous précisément en conséquence ?

En principe oui, ne serait ce que parce que j’écris essentiellement d’instinct, au feeling, mais j’écris aussi parfois en pensant à d’autres interprètes.
Souvent des femmes (par exemple j’ai ecrit "Three O’clock in the morning" pour Shara Nelson et "I don’t know why I want you" pour Marianne Faithfull), bien que dernièrement j’ai écrit une chanson en imaginant que c’était Sammy Davis Jr qui la chantait.
De toute façon, il s’agit d’un exercice très intéressant .

Que pensez vous des comparaisons avec David Bowie, Marc Almond, The Tindertsticks ou Scott Walker ?

Je dois admettre que c’est un peu pénible de toujours lire les mêmes noms dans les articles etc…
Je sais bien que notre musique n’est pas beaucoup jouée et que je n’ai jamais beaucoup tourné…(enfin beaucoup pensent cela) aussi, peut être, les journalistes utilisent ces noms afin de donner des références faciles a leurs lecteurs, qui en général ne connaissent pas du tout notre travail.

Je peux certainement admettre qu’il y a un peu de David Bowie ici et là mais ce n’est plus très flatteur aujourd’hui …
Ces dernières années, j’ai vraiment effectué un gros travail pour trouver ma propre voix, pour m’éloigner d’un certain maniérisme et des formes stylistiques du mieux que j’ai pu. Je n’y suis peut être pas parvenu.

En ce qui concerne Scott Walker … ma mère était et est toujours une fan inconditionnelle – aussi sa musique a-t-elle bercé mon enfance – et adolescent, j’ai été envoûté par sa musique mais pas au point d’exclure toute autre musique.

Quand j’ai commencé à chanter en public assez régulièrement, j’ai certainement tenté ce genre d’approche sous différentes formes. Et je me rappelle que je me suis essayé à ce genre de "grande voix" mais je me suis vite rendu compte que cela n’était pas bon pour la chanson, les mots, la mélodie. Ce qui signifie pas que parfois une "grosse" voix n’est pas appropriée.. les chœurs sur "Nico’s Chilren" me viennent à l’esprit, quand j’avais toujours l’impression que je devais surfer au sommet d’une énorme et superbe vague de son sans passer vraiment sous cette vague musicale…. Mais ce serait ridicule d’en dire autant sur "Lolita Elle" ou "Cowgirl’s and gringo’s".

En fait , quelles que soient réellement mes influences et mes inspirations ou ma propre analyse, les chroniqueurs adopteront toujours les comparaisons basiques. Ainsi la référence aux Tindersticks peut être avancée pour certaines chansons mais certainement pas pour l’ensemble de ma musique. Je ne pense vraiment pas que la comparaison soit pertinente.. mais où réside la pertinence alors… ?

En revanche, la comparaison avec Nick Cave me fait vraiment chier. A vrai dire, je pense qu’actuellement c’est un piètre chanteur, et qu’il s’en sort justement grâce à ses insuffisances… Il est capable, malgré son manque de qualité, de créer l’illusion de sincérité dans ce qu’il fait…. ce que je trouve honteux surtout parce que je crois qu’il a écrit quelques chansons magnifiques. Et son personnage les bloque, à travers sa voix.

Le communiqué de presse pour la sortie du dernier album de Jack indiquait : "Formé à partir d’un amour partagé pour la musique de Japan, Velvet Underground, Charles Aznavour". Ce qui est absolument vrai même si Matthew n’a jamais vraiment apprécié Japan, mais bon…Or, un jour je lis une critique qui reprend exactement ce texte mais en substituant Nick Cave à Aznavour. Je suppose que le journaliste ne connaissait pas Aznavour - un de mes auteurs interprètes favoris de tous les temps, j’adore notamment quand il chante en anglais - et donc le journaliste a modifié la réalité factuelle pour l’adapter à ses pensées et à l’attente des lecteurs.

Mes véritables influences sont Aznavour, rarement mentionné, David Sylvian, Brian Eno, Tom Jones, Franck Sinatra, Nina Simone, Léonard Cohen, Jack Thakcray,…

Que pensez vous du dictat de la presse musicale dont l’opinion peut influencer les ventes ?

Je n’ai aucune idée de ce qui fait vendre de la musique, les critiques, les singles ou encore la publicité… Quand une chanson est utilisé comme bande son d’un film ou d’une pub cela fait vendre, c’est certain mais l’impact de la presse… J’ai eu de très bonnes et de très mauvaises critiques dans ma vie sans qu’elles affectent de manière sensible les ventes.

Une critique fantastique attise ma curiosité mais rarement au point de sortir acheter l’album sur le champ. Il y a tellement de musique intéressante ces 100 dernières années que je pense souvent que les disques qui sortent cette semaine peuvent encore attendre un peu. S’ils valent le coup, ils croiseront mon chemin.

Votre musique ne répond pas aux critères des musiques à la mode actuellement. Cela peut-il expliquer sa faible diffusion ?

Peut être. Ou peut être que les radio ne la diffusent pas à cause de cela ce qui limite le nombre d’auditeurs.
Beaucoup de musiques en dehors des modes se vendent très bien, sans passage radio et sans matraquage sur MTV, mais elles ont été à la mode ou ont eu du succès à un moment donné.
Bien sur, tout ce que je fait a toujours été… au delà …. de la mode.

Vous pensez que Jack est un nom parfait, simultanément fort et sensuel. Mais pourquoi choisir le même nom pour vos 2 groupes ? N’est pas une façon de semer la confusion ?

Jacques était une émanation personnelle perverse, monstrueuse et indulgente et le nom convient parfaitement.

Mais vous avez tout à fait raison, c’était confus et je le sais. Un vrai cauchemar en France, .. pour essayer d’expliquer la différence entre Jack et Jacques mais comme je disais, je suis pervers et masochiste.
J’aurais préféré sortir le meilleur de mon travail sous le nom de Jack mais Matthew, après le premier album, a insisté pour tout co-écrire.
Pour être précis, bien que Jack soit une collaboration entre lui et moi j’aurais voulu parfois sortir une meilleure chanson de mon cru à un moment particulier… une meilleure chanson que celle résultant du duo Scott/Reynolds. Mais comme Matthew voulait toujours participer à tout, peu importe à quoi d’ailleurs, la moindre chanson – notre chanson - sortait sur un album de Jack.

Je pense que l’alchimie entre Matthew et moi était spéciale ; en termes d’écriture - seul je n’aurais jamais écrit "Nico’s Children" ou "I didn’t mean it Marie" même dans 1 million d’années - et pour être juste, il n’aurait pas pu finir une chanson sans mon aide, même si moi je pouvais sans la sienne, donc je sentais que je pouvais me permettre d’accepter cela.

En conséquence, j‘ai remisé beaucoup de chansons -surtout à partir du moment ou Matthew et moi avons cessés d’écrire ensemble- je veux dire ensemble dans la même pièce comme nous le faisions très souvent en 1997. Du coup, j’ai écrit beaucoup de chansons seul - des chansons que je croyais vraiment méritées d’être publiées… Choisir le nom de Jacques était le fruit de la réflexion sur la situation perverse dans laquelle je me trouvais.

D’un autre coté je trouve que Jack est un nom fabuleux pour un groupe et je suis étonné qu’il n’ait jamais été utilisé auparavant…. Je ne peux toujours pas croire que j’ai trouvé un nom aussi formidable et original… Alors je voulais en rester aussi près que possible….

Quelles sont les différences entre ces 2 groupes ? Pouvez-vous parler du bouillonnement et de la verve de Jack et de l’introspection de Jacques ? Est ce comme Dr Jeckyll et Mr Hyde ?

Je ne dirais pas que c’est aussi extrême que cela. Cela aurait peut être été plus facile pour moi si tel était le cas..
En fait, comparativement, Jacques dispose d’un budget minuscule - ce qui présente des aspects très libérateurs - mais parfois les chansons étaient destinées à une mort prématurée… spécialement sur le premier album de Jacques.

La compilation des faces B de Jack pourrait facilement constituer un album de Jacques. Avec le recul, les disques de Jacques sont plus le résultat de l’expérience technique de l’enregistrement d’un disque plutôt que le résultat… alors que Jack c’est totalement le contraire.

Les disques de Jacques furent agréables à faire mais le résultat final est assez pauvre sur le plan sonore.
En revanche, les disques de Jack étaient très éprouvants à réaliser mais le résultat est impressionnant… ils résistent mieux au temps, surtout si on compare les deux. Bien que, si vous revenez en arrière et réécoutez … tout a été fait finalement assez tranquillement par rapport à maintenant.

Je pense aussi avoir mis plus de mon humour dans Jacques. Cela correspondait peut être à une époque où ma joie de vivre se répercutait sur mon travail… vous voyez… C’était important d’avoir du plaisir à faire des disques… J’étais plutôt puritain auparavant… Je ne pouvais même pas regarder un film avant 1999 me sentant coupable parce que je croyais que c’était de l’autosatisfaction.

Comment avez vous rencontré Matthew Scott et décidé de former Jack ? Comment avez vous choisi les membres qui jouaient avec vous ?

J’avais entendu parler de Matthew comme guitariste dans un groupe de Cardiff dans les années 80, début 90, un groupe du nom de Charlie Brown , allez voir ici http://www.geocities.com/siadwell2/Meltwater2.htm
J’ai toujours voulu un super guitariste, et j’en ai eu deux, l’autre s’appellait Glyn Kerry Groves. Je suppose que j’ai été influencé par Marr / Morrissey dans ce sens.

Comment avons nous choisi les musiciens ? pour notre dernier disque et notre tournée ?
Et bien, j’avais travaillé avec le batteur Paul Cook sur certains concerts de Jacques. Il m’avait été recommandé par un bassiste avec qui j’avais également travaillé Bryan Mills. J’aimais leur style à tous les deux, spécialement celui de Paul. Et toujours d’ailleurs. J’espère qu’on pourra travailler encore ensemble sur mon album solo. C’était tellement agréable de jouer avec un batteur aussi inspiré après des années passées à travailler avec un batteur médiocre, celui de Jack, mais c’est une autre histoire.

Les autres étaient là au bon moment…. Simon et Julian, respectivement guitare et claviers, semblaient vraiment indissociables. Des mecs pleins de ressources et avec un caractère adorable. Ils ont ramené Joe à la basse, un gars solide dans tous les sens du terme. La violoniste était une connaissance d’un joueur d’alto (Jon), un mec avec qui j’ai travaillé sur l’album "To Stars". Fiona convenait parfaitement, encore une personnalité adorable, pleine de ressources et très bonne musicienne. C’était parfait .

Je suis toujours amusé et honoré de travailler et de diriger des vrais musiciens, moi qui ait commencé en tapant sur des gamelles comme je l’ai fait. Cette dernière configuration de Jack était ma préférée pour jouer live. Jouer live était devenu un très grand plaisir.

Ne pensez-vous pas que Jack et Jacques soient les avatars d’un seul et même homme, avec la même voix, la même pose et les mêmes attitudes ?

Evidemment, chacun d ‘eux est moi…c’est incontournable et pervers, comme je l’ai déjà indiqué. Mais ce n’est pas factice.

A la question “Avec quelle figure historique pourriez vous vous identifier?" vous avez répondu "Aucune. Je suis un exemplaire unique dans le genre humain". En termes biologiques, cela est exact mais dans au plan psychanalytique, chacun souhaite être une autre personne et avoir plusieurs visages comme Jack et Jacques. Qu’en pensez-vous?

Cela signifie que j’ai toujours voulu me réaliser moi-même. Il y a un concept jungien appelé individualisation qui décrit le processus d’intégration des différents aspects de la personnalité pour aboutir à la constitution du moi.
Cela me convient comme idée car je perçois souvent des forces internes qui luttent en moi et contre moi.

Dans une autre interview à “Quel est le plus grand amour de votre vie?” vous avez répondu "S’aimer soi-même".Pouvez-vous nous en dire plus car cela semble très hédoniste alors que vos chansons sont dans un registre plutôt sombre ?

La vie c’est comme marcher sur un verre qui roule sur l’herbe. Quand je marche sur une punaise ou que j’ai la migraine, je ressens au fond de moi quelque chose heureux d’être. Si je perdais ce sentiment – et je ne sais pas s’il demeurera – je tomberais dans le trouble et sombrerais dans un état dépressif.
L’amour de la vie inclut aussi les sentiments de tristesse et de colère. Tout est bon.

A "Si la vie existe après la mort, en quelle personne ou quelle chose aimeriez-vous être réincarné?" vous avez répondu “Le fils de ma fille”. Pouvez-nous nous préciser le sens de votre réponse ?

Je ne crois pas en la vie après la mort, il n’y a pas d’autre "vie" que ce soit le ciel ou l’enfer en l’idée, cachée derrière le rideau. Je ne crois pas qu’après la mort physique nous investissons un autre corps, même sous une autre forme d’existence ni au néant.
Je pense que la vie est une énergie, sans cesse recyclée et en devenir. L’idée que n’importe quel idiot puisse découvrir le secret de la création simplement en diminuant le nombre de marches d’un escalier est ridicule.
Il n’existe pas d’autre monde et nous ne pouvons sortir de cette sphère même si nous pouvons y progresser.

C’est la raison pour laquelle je ne crois pas que le suicide soit une solution sauf en cas de souffrance inhumaine. Nous avons toujours à régler nos propres problèmes même si on se réincarne en tigre ou en arbre.

Pensez-vous que la musique est votre moyen de communication privilégié pour partager vos états d’âme ?

Oui.

Aimez-vous jouer en live? Vous avez dit qu’être sur scène c’est comme se doucher en public, une prestation très exhibitionniste mais qui constitue un des postulats de la carrière. Avez-vous toujours le même sentiment ?

Comme je l’ai dit, j’ai beaucoup apprécié nos derniers concerts, essentiellement grâce aux musiciens sur scène avec moi. Le souci, ou le problème que j’ai avec les concerts… c’est qu’il ne suffit pas de sortir de sa bulle pour monter sur scène… il y a énormément de trucs chiants à régler avant même de pouvoir approcher le micro et c’était spécialement vrai sur nos derniers concerts parce que Jack avait une grosse équipe de roadies, ingénieurs du son, managers et agents.

Et puis, il y a le voyage. La distance peut ne pas être un problème, ça dépend beaucoup de l’argent.
Idéalement, il faudrait que ce soit comme dans "Star trek" avec la téléportation de chez soi vers la scène, aller et retour.
Et puis il y a tout ce que vous pouvez faire pour surmonter l’épuisement et la lutte. Vous pouvez boire et c’est comme un lubrifiant qui permet du moins en apparence de passer à travers le chaos. Mais alors vous finissez complètement ivre, imbibé alors vous prenez de la cocaïne pour surmonter cet état. Si vous en prenez trop vous devenez paranoïaque et nerveux, tendu et bizarre, asocial.
Alors vous buvez encore plus mais c’est pas assez, vous prenez du valium, juste pour vous détendre un peu…

Si après ça vous arrivez à chanter vos chansons sur scène et que le son sur scène est toujours bon et qu’il y a du public pour vous écouter… ça peut être vraiment une expérience spéciale et unique, comme nulle autre.
Mais en ce qui me concerne c’est assez rare.

Dans quel pays avez vous le plus de succès ? et le meilleur accueil ?

Les disques ne se sont jamais beaucoup vendus. Je crois que le premier à été celui qui a eu le plus de succès à ce jour… Ils coûtent si cher à faire et ensuite a promouvoir.
Je ne trouve rien d’autre à vous répondre… la France et l’Espagne semble plus favorable que les autres parce que j’ai donné plus de concerts et d’interviews dans ces pays qu’ailleurs. Je peux passer 12 heures par jour à ne faire que des interviews et plus tard quelqu’un de ce pays me dira "e suis votre plus grand fan et je n" savais même pas qu’il y avait un nouveau disque ! pourquoi ne pas faire plus de promos !"

Les USA semble s’intéresser plus à mon travail qu’auparavant… Je suis un peu étonné de ne pas avoir bien marché au Japon, mais ça ne m’obsède pas au petit déjeuner.
Si j’y pense je peux considérer que ma carrière est sur le barreau le plus haut de la plus petite échelle.
Mais je pense rarement en ces termes.

En étant un peu pessimiste, quelles sont vos techniques de survie ? Pour quelle raison vous levez-vous le matin ?

C’est une question assez commune mais je me demande combien de gens y prêtent attention et comment ils appréhendent cette réalité. La majorité, dans leur vie, passe de l’école au travail et ne se demande jamais pourquoi. Sans réflexion profonde. De cette façon ils ne se posent jamais de questions sur ce qu’ils feront une fois sortis des draps, en dehors de leur lit… c’est la routine.

En raison des choix que j’ai fait dans mon jeune âge, il s’agit d’une question récurrente pour ma part et à laquelle je suis confronté assez souvent avec une régularité accablante. Je veux dire, spécialement maintenant , depuis que je vis à la campagne dans une relative solitude relative, je n’ai quasiment aucune distraction, hormis les quelques visites, alors je dispose de toutes mes journées à occuper comme bon me semble.

En ce sens, je suis vraiment responsable de ma vie au jour le jour-ce qui est mon choix - et c’est souvent une lutte. Je dois toujours y travailler. Dylan Thomas pensait qu’un écrivain se devait d’avoir un travail normal en marge de sa vocation, car " vous pouvez écrire 2 heures par jour tout au plus et après, à quoi êtes vous bon ?"

Ceci dit, le vieux Dylan Thomas buvait et j’ai aussi essayé ça, et parfois ça marche. De temps en temps, une bouteille de quelque chose peut être le but de votre journée, comme un phare autour duquel vous gravitez bien que je trouve que c’est mieux après 3 heures de l’après midi et pas avant, sinon vous ressentez de la haine pour vous même et rien ne se fait, même pas l’essentiel vous comprenez...

Tant que je pourrais écrire quelques mots ou quelques lignes, la journée vaudra le coup. Même si il faut garder à l’esprit que ça peut prend un sacré bout de temps pour écrire ces lignes. Ce n’est pas une mauvaise impulsion – pour tirer la couverture à soi – de savoir que vous pourriez écrire une chanson aussi bonne ou meilleure que celle jamais écrite.
J’ai rarement été si déprimé que je ne puisse plus quitter mon lit, bien que j’ai essayé une fois. J’étais épuisé, vraiment, et complètement…

C’était au moment où j’ai décidé que Jack devait se terminer, et puis un tas d’autres problèmes, notamment de boulot… m’ont complètement lessivé, je ne pouvais ni aller de l’avant , ni reculer semblait il… Alors on a mis une TV dans la chambre, je l’ai mis sur CNN et je suis resté la pendant 3 mois. C’était les 3 premiers mois de 2003. C’était vraiment dur sur le plan du boulot. J’attendais un coup de fil pour me dire ‘oui’ ou ‘non’, je n’avais pas d’argent et ma copine venait de perdre son job.

J’ai lu des trucs à propos de gens qui restaient au lit des mois, voire des années et j’ai été vraiment impressionné par cela, ça a un coté héroïque je trouve. Alors j’ai fait ça, j’ai bu du whisky de supermarché et ma copine m’apportait de la bouffe sur un plateau. Je lisais des bds et je mangeais des chips et des biscuits…
Les chats et ma copine me rejoignaient dans la soirée, je prenais un somnifère et je m’assoupissais devant des rediffusions de "The monkees"… J’avais 2 paires de Pyjamas-un pour le matin et un pour le soir- je changeais de pyjama après mon bain dans l’après midi et retournais au lit. Ça a duré de janvier à mars, quand mon compte en banque était vide.

Avec le recul , je le recommande ! Tout le monde devrait essayer ça au moins une fois dans sa vie.
Il faut dire aussi que je me suis retrouvé avec une sacrée barbe.


Mais en fait, je suis un mec simple, ce qui me sort du lit le matin c’est de savoir qu’une bonne tasse de café comme j’aime m’attend, fort avec une truc blanc dedans –pas du vrai lait ni de la crème. Ne serait ce que cela peut vous faire passer à l’étape suivante.
Et puis qui sait ce que le facteur peut vous apporter … ?

Que voulez vous dire quand vous dites que vous avez une regard clairvoyant sur le monde, que vous êtes attentif à ce que vous êtes et où vous êtes ? C’est important pour vous l’idée et le fait de vous sentir vivant dans l’instant?

Il y a quelques années, une copine française avec qui je venais de faire connaissance, me faisait observer que "pour éviter de souffrir tu souffres 2 fois plus"… Je pense vraiment qu’elle avait raison.
C’est un problème qui vient probablement de mon éducation, l’angoisse de n'’exister qu’à l’instant présent… Je suis toujours déchiré entre ce que j’ai fait et ce que je voudrais faire. Je pense que je passe à coté de pas mal de choses qui me sont offertes en vivant dans cet état…. Je fais des efforts pour être plus calme…. BEAUCOUP D’EFFORTS.
Le bon vieux Jean Cocteau a bien résumé ça dans le titre de son livre : "La difficulté d’être"

Quelle est l’importance de l’alcool et des drogues dans votre vie ? L’alcool tient une grande place dans votre vie et dans vos chansons, vous avez dit "J’aime la possibilité de boire sans en avoir besoin et je le fais pour les nerfs". Boire est-il une source d’inspiration, une drogue excitante comme pour beaucoup d’artistes et un calmant ?

La boisson a tellement de facettes différentes, c’est aussi ce qui fait son attrait.
Je l’utilise comme de l’auto médication, comme je le disais plus haut dans cette interview, c’est un lubrifiant social. Une échappatoire, une découverte… C’est un complément à la nourriture, aux drogues, J’ai rarement utilisé la drogue seule, la plupart du temps avec l’alcool…..
Je me demandais si les artistes buvaient pour compenser la relative platitude de la réalité qui suit le travail d’écriture, d’enregistrement et de performances live… il n’y a rien de plus excitant que d’écrire, vraiment et c’est dur de faire le ménage ou regarder la télé pour compenser cela.
Vous pouvez arriver à un stade où c’est la boisson qui vous avale, et c’est une rue a sens unique dans laquelle je me suis rarement trouvé…
Les habitudes sont souvent négatives sous toutes leurs formes et il faut les combattre…‘I fought against the bottle, but I had to do it drunk’..(L.Cohen)

Pour quels idéaux luttez vous ?

Pour être et rester éveillé.

Votre allure de dandy, c’est un choix esthétique ou quelque chose de plus profond, une manière de vivre ?

Oh mec… ça fait un bon moment que je me sentais assez confiant en mon apparence physique pour m’habiller n’importe comment… ceci dit les autres peuvent ne pas être d’accord.
J’aime bien le coté glamour des costumes bien taillés et….
Pour être honnête, d’ou vient cette idée que je suis un dandy ?? Peut être des 3 semaines en 1995 où je portais une cravate… Je ne crois pas que ce soit encore le cas malheureusement …

Pourquoi aimez vous tant l’univers de Bukowski ?

J’aime Bukowski pour des tas de raisons. Je suis très attiré par ceux qui sont des hypersensibles et malheureusement j’en rencontre très peu dans ma "vraie" vie…
Je pense que Bukowski était quelqu’un de très sensible dans un environnement qui ne l’était pas du tout. Je suis intéressé et touché par la voie qu’il a choisi et le travail en résultant.
J’ai aussi de la sympathie pour cette incompréhension autour de lui… Il en est de même pour Hunter S Thompson… Il y a le sentiment que ces gars ne faisaient rien d’autre que boire et tempêter… dans ce cas d’où provient leur œuvre ?
J’approfondis cette dualité…
Et puis j’aime beaucoup le style de Bukowski, les rythmes etc…

Pourquoi le suicide est un thème récurrent dans vos chansons ?

Le suicide est une fantaisie basée sur le fait d’êre quelque chose d’inaccessible… dans ce cas. Comme je ne crois pas à la mort comme je le disais, L’idée d’être capable de pouvoir recommencer encore quand on veut est vraiment attirante bien que impossible.
Ëtre saoul est une bonne façon de se suicider. Le matin suivant vous vous réveillez et recommence tout frais…
Mais un mec saoul ne doit jamais s’excuser. Pourquoi ? Parce que si tu as honte d’avoir été saoul, alors ne bois pas.
Soyez un homme de classe…

Vous avez une grande admiration pour Scott Walker. Pouvez vous nous en dire plus ?

Le Scott Walker dont je suis tombé amoureux quand j’étais enfant est mort en 1975. Les gens ont droit à beaucoup de vies différentes dans une vie. J’admire toujours sa ténacité, J’aime "Tilt" mais … ce n’est pas le Scott que j’adrmirais.
Sa musique me rappellera pour toujours une partie de mon enfance.
Je n’ai jamais travaillé avec Scott. J’ai compris que ce serait une mauvaise idée après avoir fait "How to make love". Ce n'est pas une bonne chose pour moi de travailler avec quelqu’un juste parce que je voudrais le fréquenter.
J’ai eu une petite chance de le rencontrer, vers 1995 mais je me suis dégonflé et en un sens j’en suis heureux. Mieux vaut ne pas rencontrer ses héros quand on viellit

Lors de la réalisation de « How to make love » avec Momus, vous parliez d’une trilogie. Où en est ce projet aujourd’hui ?

Je voulais trouver des étoiles dans la sciure des boucheries et m’en frotter les yeux…Je portais des vêtements brillants comme des armures. Chaque pas m’éloignait de la maison.

Vous aimez John Fante et vous avez travaillé avec son fils Dan Fante. Est-ce une coïncidence ?

Bien sûr que non.

Votre contrat avec le label Acuarela est le signe d’un nouveau départ?

La fin d’un vieux départ.

Est-il exact que Acuarela vous a donné les fonds necéssaires pour construire un studio ce qu’avait refusé le label Too Pure ? Et pour quelle raison Too pure a renoncé à le faire?

Les disques du crépuscule nous ont donné, à Matthew et moi, l’argent correspondant à l’enregistrement d’un album et permis de le dépenser comme nous le voulions. Et nous avons construit un studio ‘The Bunker’, un endroit moche dans les faubourgs nord de Londres.
C’était supposé être notre base d’action et le point d’ancrage de nos futurs projets et de nos vies. Mais Matthew a tout fait foiré.
Cet échec m’a redonné ma liberté et m’a permis de quitter Londres.
Quant à la frilosité de Too pure sur ce projet…je ne sais pas. Une des raisons était qu’ils ne pouvaient plus aller plus loin avec nous…une bonne excuse ?

Quel était votre intérêt pour avoir votre propre studio?

J’ai mon propre studio ici, à la ferme, bien qu’il soit assez rudimentaire et sommaire.
Pourquoi?
Je pense que l'idée d'un groupe est quelque chose auquel j'ai beaucoup réfléchi. Et appartenir à un groupe vous conduit à travailler dans un vrai gros studio, même si cela est moins vrai aujourd’hui que par le passé....
J’en suis arrivé à un stade où j’ai connu tant de mensonges et de chausse trappes tendus même par des gens de confiance que tout ce qui peut m’aider devient nécéssaire.

Le label Acuarela est-il meilleur que le label Setanta?

Ou aussi mauvais ?
Chaque chose est identique, dans un certain sens

Pourquoi les deux derniers disques de Jacques ne comprennent-ils que 5 morceaux?

Parce que j’avais trop de morceaux pour des singles et pas assez pour un album. Question d’argent aussi.
Aussi une idée un peu perverse, me semble-t-il

Y a-t-il des relations entre “Romantic” et “Roses for ashes”?

La plupart des morceaux des deux albums datent de la même époque, enregistrés sagement. Ils relèvent du même état d’esprit.
C’est tout moi.
Ils datent d’un moment privilégié où je disposais de tout ce qu’il me fallait pour vraiment me consacrer à ce travail. Les dernières années relèvent plus de la survie. Et ces EP’s ressemblent à des flèches lancées vers la lune.
Il n’en sera pas ainsi de mon prochain album.

Aujourd’hui, que pensez-vous de votre carrière? Etes-vous heureux ? Souhaitez-vous plus de succès ?

Non. Je ne pense pas que mon travail a encore trouvé sa réelle audience ou même qu’il s’en approche.
Je ne serai jamais heureux. Je n’en ai jamais espéré autant mais c’est fatigant…la conscience permanente de ce que mon travail existe dans le vide…
Je peux juste croire que la vie sait que tout est parfait à un moment donné, même si je lutte pour intégrer cette idée. Difficile de croire en la tragédie quand vous ne croyez pas en la mort.
Mon quotidien est merveilleux. Je n’ai pas à travailler, je vis avec ceux que je chéris dans une belle maison isolée.
Mais ce n’est jamais suffisant…et je suis incapable de renoncer.

De quoi se compose l’avenir pour Jack et Jacques? Et pour l’auteur Anthony Reynolds ?

Il n’y a pas d’avenir pour eux. Peut être des compilations.

Pour Anthony Reynolds, tout et n’importe quoi est possible et permis.

Si vous ne disposiez que de trois mots pour caractériser votre musique, quel serait votre choix?

I would not.

Quelques mots? Quelques souhaits?

Ce genre de question sonne comme une réclamation ou un appel, n’est-ce pas?
Bon. Voilà : Si vous continuez à manger du poisson ou de la viande, assumez!. Tuez les vous-même ou arrêtez d’en manger !

 

 

 

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# 20 mai 2018 : Un temps à sortir les palmes

Le Festival de Cannes se termine déjà, sans grandes envolées mais avec une belle palme d'or tout de même et surtout le soleil qui devrait vous donner envie de sortir les vôtres, palmes, histoire d'aller piquer une tête pour vous rafraichir les idées au milieu de tout ce marasme ambiant. Quoi qu'il en soit, pour vous changer les idées, voici comme chaque semaine notre sélection culturelle.

Du côté de la musique :

Glenn Branca, une vie dissonnante
"Quieter" de Carla Bozulich
Rencontre avec Romain Guerret autour de son projet solo Donald Pierre dont voici 3 titres live enregistrés au bar Le Planète Mars
"Free the prisoners" de Andrew Sweeny
"The sound like a tank even if they are a duo" de Archi Deep
"Liszt : Athanor" de Beatrice Berrut
"Lost and found" de En attendant Ana
"Les larmes d'or" de Frédéric Bobin
"Le courage des innoncents" de Olivier Savaresse
et toujours :
"Lion in bed" de Lion In Bed
"Take me away" de Andréane Le May
"JS Bach Inventions & Sinfonias" de Julien Lheuillier
"Lost memory theatre" de Jun Miyake
"Advertisement EP" de MNNQNS
"All inclusive" de Shaggy Dogs
"Bernstein : Mass" de Yannick Nézet Séguin & le Philadelphia Orchestra
"Ain't that mayhem ?" de Zëro

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Les Limbes" au Théâtre du Rond-Point
"4.48 Psychosis" au Théâtre-Studio d'Alfortville
"Strange Love" au Cirque Electrique
"17 fois Maximilien" au Studio Hébertot
"ABC D'airs" au Théâtre Le Lucernaire
"Les Soulmates" au Théâtre du Marais
"Le Cirque Alfonse - Tabarnak" à Bobino
"Scud" au Théâtre Clavel
"Cabaret chinois et autres farces" au Théâtre Clavel
les reprises avec :
"Les Patissières" au Théâtre Trévise
"King KongThéorie" à La Pépinière Théâtre
"Les Petites Reines" au Théâtre La Bruyère
"Eric Boschman - Ni Dieu, ni Maître mais du Rouge !" à la Scène Thélème
"Légendes d'une vie" au Théâtre Le Lucernaire
"Warren Zavatta - Ce soir dans votre ville" au Théâtre Michel
et les chroniques des autres spectacles de mai

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête" de Ilan Klipper
"Bienvenue en Sicile" de PIF
et les chroniques des autres sorties de mai

Lecture avec :

"La symphonie du hasard, livre 3" de Douglas Kennedy
"Les diables de cardona" de Matthew Carr
"Les invisibles" de Antoine Albertini
"Transit" de Rachel Cusk
et toujours :
"L'écrivain public" de Dan Fesperman
"Le chien de Shrodinger" de Martin Dumont
"Les saltimbanques ordinaires" de Eimear McBride
"Passage des ombres" de Arnaldur Indrioason
"Prison house" de John King

Froggeek's Delight :

"A way out" sur PS4, Xbox One et Windows
"Rétro lazer" Tome 1, magazine trimestriel
Le Google Home, enceinte intelligente

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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