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Interview  (Paris)  30 novembre 2006

Eliezer Mellul est à l’affiche de l’intégrale Montherlant au Théâtre du Nord-Ouest dans "La Reine morte" et "Les célibataires" dans lesquels ce petit bonhomme à la longue barbe prête son au visage d’apôtre respectivement à au sage conseiller Don Cristoval et à l’excentrique misanthrope Elie de Coetquidan.

Nous l’avons rencontré entre deux représentations.

Comédien depuis toujours ?

Eliezer Mellul : Oui. J’ai commencé très jeune. C’est une vocation d’enfant et je ne m’imaginais pas faire autre chose. J’ai 55 ans et cela fait 35 ans de métier.

Vous avez commencé par une formation classique ?

Eliezer Mellul : Oui. J’ai suivi les cours de Tania Balachova, de Jean Chevrier et j’ai terminé si je peux dire par le cours Simon avec comme professeur Melle Constant. J’ai eu à cet égard beaucoup de chance au plan de mes rencontres professorales. Ma deuxième chance a été aussi de pouvoir travaillé très rapidement alors que j’étais encore en formation. Et depuis, ça n’a jamais cessé et j’ai toujours joué de grands textes ce qui a toujours compté pour moi.

La théâtre et pas le cinéma ?

Eliezer Mellul : Maintenant je ferai bien avec plaisir du cinéma. Très jeune j’y étais presque réfractaire. Je ne m’imaginais que sur une scène face au public avec le contact avec les partenaires, un grand texte et les spectateurs. Et cela me bouleverse toujours. Pour moi une pièce est toujours la première. J’ai eu l’occasion de jouer beaucoup et des rôles très variés de la tragédie à la comédie, du classique au moderne, et avec de grands partenaires comme Simone Valère, Guy Tréjean, Françoise Christophe, Jean Davy, Bérengère Dautun, Martine Chevallier et bien d’autres.

Donc prioritairement le théâtre. Aviez-vous comme on le dit souvent "un emploi" ?

Eliezer Mellul : Non jamais. Pour une raison bien simple c’est que dès la jeunesse j’ai toujours eu une tête bizarre. Je n’ai jamais eu de rôle de jeune premier même à 18 ans et on me proposait des rôles très différents et parfois même des rôles que l’on me propose maintenant. Cela posait quelques difficultés car je n’avais à l’époque ni le métier ni la technique pour aborder ces rôles mais je me suis débrouillé comme je le pouvais. J’ai suivi de nombreuses formations pour y parvenir tout en jouant ce qui m’a permis de bénéficier d'une double formation, l’une théorique et l'autre sur le tas c’est-à-dire directement sur scène. Jeune j’ai joué Œdipe, Prométhée, Oreste et quasiment tout Racine par exemple. J’ai beaucoup joué Claudel également.

Et les auteurs vivants ?

Eliezer Mellul : Beaucoup. J’ai créé au Théâtre de la Bastille une pièce de Pascal Tedes, "Les rôdeurs et les villes", par exemple. J’ai joué également dans "L’ombre du bonheur", un spectacle monté par Anne Delbée à partir des entretiens d’Antoine Vitez, dans "Othello" mis en scène par elle avec Jacques Dacqmine. Il y a eu également "Le procès de Shamgorod, la seule pièce écrite par Elie Wiesel que j'ai créée en présence de l'auteur ce qui était très émouvant. J’ai même créé à Montréal une pièce d’un jeune auteur écrite pour moi.

Et puis j’ai aussi beaucoup joué au Théâtre du Nord-Ouest depuis 2001. J'ai commencé apr Polyeucte de Racine mis en scène par Jean-Luc Jeener. Je suis tombé amoureux de ce lieu de la magnifique ambiance qui y règne. Jean-Luc Jeener est un grand metteur en scène et un homme qui laisse sa chance à tous ce qui est rare aujourd'hui.

Le théâtre du Nord-Ouest est un lieu unique et atypique avec parfois des problèmes techniques.

Eliezer Mellul : Le théâtre du Nord-Ouest est un lieu merveilleux et des imprévus et inconvénients surviennent même dans les lieux les plus structurés. Il y a toujours le petit imprévu qui fait le sel de notre métier. Je me souviens d’une matinée de "L’idiot" au Théâtre de la Madeleine avec Gérard Ortega et Emmanuel Dechartre qui débutaient la pièce. Et puis il y a eu soudainement une bagarre terrifiante en raison du fait que la caissière avait délivré des places en double. Cette bagarre a duré pendant toute la première scène où nous avons continué à jouer comme si de rien était. Ce genre d’incident ne s’est d’ailleurs jamais produit ici au Théâtre du Nord-Ouest.

Avez-vous fait de la mise en scène ?

Eliezer Mellul : Oui, mais peu. J’en ai fait avec Michael Denard c’était une création, et au Théâtre du Nord-Ouest : la seconde version de "La ville", "Eté" d'Edward Bond, "Feu la mère de Madame" de Feydeau et "Les lettres de la religieuse portugaise" avec Christiane Melcer qui est une merveilleuse actrice. J’ai également mis en scène des créations comme "Une soirée entre amis" de René Boucharla.

La mise en scène vous intéresse ?

Eliezer Mellul : Moins que d’être comédien. Je me suis essayé à la mise en scène par curiosité pour voir comment cela fonctionnait. Et j’ai constaté que la mise en scène est un métier ingrat parce qu’il faut veiller à tout notamment aux états d’âme de tous et de les rassurer. Or moi j’ai besoin moi-même d’être rassuré. Je préfère donc, et de beaucoup, jouer. Et puis je pense que je ne suis pas viscéralement fait pour la mise en scène au point où même à mes débuts je me voyais sur un plateau mais pas comme metteur en scène.

Etes-vous à l'affiche hors du Théâtre du Nord-Ouest et quels sont les projets dont vous pouvez nous parler ?

Eliezer Mellul : Je fais régulièrement des poétiques avec un poète chilien Luis Del Rio. Parmi les projets il y a une conférence discussion avec textes sur Edwige Feuillère avec Antoinette Guédy en mars 2007. Par ailleurs "Les célibataires" et "La Reine morte" se joueront encore en 2007 dans le cycle "Le cœur et l'esprit" au Théâtre du Nord-Ouest. Je ferai, toujours au théâtre du Nord-Ouest, des lectures qui est un exercice que j'adore : "L'aigle à deux têtes" avec Bérengère Dautun et "Un roi, deux dames et un valet" de Simon et Françoise Porchet avec Bérengère Dautun et Marie Véronique Raban.

Serez-vous dans l'Intégrale Shakespeare au Théâtre du Nord-Ouest ?

Eliezer Mellul : Oui. Dans "Hamlet" dans lequel je jouerai Polonius sous la direction de Jean-Luc Jeener.

Parlons un peu de votre actualité avec Elie de Coetquidan dans "Les célibataires" personnage hors du commun s'il en est ?

Eliezer Mellul : A première vue, il est tout à fait égoiste, répugnant, odieux, dégoûtant, et cela est jubilatoire pour un comédien. Et puis je pensais que le public le trouverait monstrueux et en réalité lui et Mélanie la bonne sont les deux personnages qui sont appréciés du public car ce sont deux rebelles qui ne laissent pas faire et luttent pour vivre. Cela m'a fait plaisir que le public ne voit pas en lui qu'un personnage de vieux garçon ronchon et méchant. Il est vrai qu'il a affaire à plus monstrueux que lui dans sa famille notamment son frère Octave qui est merveilleusement interprété par Rémy Oppert qui a d'ailleurs fait une très belle adaptation du roman. Elie est un aristocrate marginal. Il s'agit donc d'un personnage drôle à interpréter et agréable à habiter.

Et vous jouez le conseiller Don Cristoval dans "La Reine morte" ?

Eliezer Mellul : Il s'agit d'un personnage diamétralement opposé. Don Cristoval est à la fois un des conseillers du roi et le précepteur de son fils le prince. Ce personnage est très touchant car il est attaché aux deux et est témoin de ce qui se passe. C'est un personnage très immobile, très dramatique qui parle peu mais qui écoute beaucoup. J'aime les rôles d'écoute car on y trouve beaucoup de vérité.

Montherlant est-il un auteur qui vous parle ?

Eliezer Mellul : Oui parce que quand j'ai commencé à faire du théâtre, Montherlant était très joué à la Comédie Française qui était un peu son fief. J'y ai donc vu toutes ses pièces jouées par tous les grands comédiens de l'époque comme Maurice Escande, Jean Davy, Geneviève Casile, Paul Guers et même Isabelle Adjani. Je l'apprécie pour la langue, les situations théâtrales, la force des personnages. C'est un auteur désespéré et terrible et il a su embrasser des sujets très différents, le point commun étant la présence de personnages monstrueux.

Vous jouez au Théâtre du Nord-Ouest mais vous y allez également pour voir vos camarades sur scène. Quel spectacle avez-vous préféré ?

Eliezer Mellul : Sans doute "La ville dont le prince est un enfant". Ensuite "Port royal" qui garde des vertus terribles. Montherlant est un auteur très moderne qu a une non indulgence pour ses personnages qui est assez étonnante.

Et des spectacles que vous avez apprécié dans un autre lieu ?

Eliezer Mellul : "En allant à Saint Yves" est une tragédie moderne très forte très bien interprétée par Béatrice Agenin et Yane Mareine et puis "Dolorès Claiborne".

Que pensez-vous de la situation du théâtre aujourd'hui ?

Eliezer Mellul : Les difficultés sont les mêmes qu'à mes débuts. Et dans les années 70 il y a eu cette émergence du café théâtre qui a donné ensuite des acteurs merveilleux. Aujourd'hui, il faut beaucoup de courage et d'amour du théâtre pour monter des spectacles dans de petites salles.

Rétrospectivement, avez-vous des regrets et encore des rêves non réalisés ?

Eliezer Mellul : Je n'ai pas de regrets et sur le plan des rêves il y a encore beaucoup de grands rôles à jouer. Je crois aux bonnes surprises de la vie, au moins de la vie d'acteur.

 

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