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Interview  (Paris)  17 mars 2007

Marie-Catherine Conti est à l'affiche du Théâtre du Lucernaire avec "Quand même" une pièce en forme de monologue réflexif sur l'itinéraire d'une vie de femme et d'une comédienne rare. Un spectacle intelligent, émouvant et incontournable.

Marie-Catherine est une comédienne rare parce qu'exigeante. Une femme rare également par son engagement de vie au service du théâtre et des auteurs.

Une belle rencontre.

Le texte de "Quand même" que vous jouez actuellement au Théâtre du Lucernaire a été écrit dans des circonstances un peu particulières puisque résultant d’entretiens que vous avez eus avec Danielle Sallenave. Quelles sont ces circonstances et était-il prévu dès le départ de concrétiser ses entretiens par écrit ?

Marie-Catherine Conti : Très vite nous avons constaté que nous avions des conversations fréquentes, enthousiastes et des mouvements de colère sur la société, sur la vie, sur nos contemporains, l’art, la littérature, le théâtre. Et un jour comme nous parlions beaucoup de théâtre, Danielle m’a dit qu’il lui semblait intéressant de parler de mon parcours de comédienne et de femme. Nous avons donc eu des entretiens sur ces thèmes que nous enregistrions car effectivement tout de suite nous avions dans l’idée d’utiliser ce texte. Il ne s’agissait pas de confidences d’amie à amie car ils étaient précédées d'une réflexion. Ces entretiens étaient donc préparés. Quand Danielle a considéré qu’il y avait suffisamment de matière elle est passé au stade de l’écriture.

La représentation théâtrale s’est également imposé ?

Marie-Catherine Conti : Pour ma part l'écriture aboutissait obligatoirement au spectacle de théâtre. Donc j’ai immédiatement cherché des subventions et des co-producteurs en la personne de ceux qui avaient reçu mon précèdent spectacle à Ajaccio. Par rapport à l’écriture, en fonction du travail de plateau comme j’avais la chance d’avoir l’auteur près de moi nous avons retravaillé le texte, à la marge cependant, pour l’améliorer et l’adapter au théâtre. Ce fut vraiment un travail en commun. Et moi je suis une bûcheuse donc je n’arrête jamais même quand je joue à rectifier certaines choses au niveau du jeu.

C’est la première fois que vous le jouez ?

Marie-Catherine Conti : Non, je l'avais déjà joué à Compiègne et à Ajaccio. Ensuite je suis partie en tournée pendant un an avec Jean-Marie Benoît et "Les caprices de Marianne". Le Lucernaire constitue donc une reprise.

Dans ce spectacle il y a donc beaucoup de références et de développements relatifs à l’enfance et aux origines. Sont-ils réellement autobiographiques ?

Marie-Catherine Conti : Au départ c’était autobiographique mais j’ai été phagocyté par l‘auteur. Les entretiens ont été travaillés à travers son écriture et son imaginaire. Elle a pris la matière première brute qu’elle a transformée en fiction.

Votre père était-il réellement cet homme qui rêvait d’être acteur de cinéma dont vous êtes la fille par le sang et par le théâtre ?

Marie-Catherine Conti : Oui, tout à fait. Il avait d’ailleurs le physique des acteurs de cinéma italien de l’époque et c’est la raison pour laquelle il ne m’a pas empêché d’être comédienne.

Ce choix d’être comédienne vous a été transmis par les gênes ?

Marie-Catherine Conti : Parfois on n’a pas besoin de dire les choses à un enfant il perçoit les secrets les bons comme les mauvais. Et j’ai dû percevoir cela. Il y avait aussi un contexte C’est vrai que la mère était une mère absente et j’étais tout le temps seule dans ma chambre donc l’imaginaire était le seul moyen d’échapper à la réalité. Très vite, mon moyen d’expression était de raconter des histoires, de faire des grimaces dans la classe, mettre des costumes et écrire des petits scénarios dans la tête que je mettais en scène à la récréation avec mes copines à qui j’attribuais les rôles. Il y a toujours eu ce besoin de représentation, d’imaginaire, de fiction. Ce que font tous les enfants mais de façon plus ou moins vitale. Pour moi c’était vital.

Ensuite, ce sont les rencontres dans votre vie personnelle qui vous sont amenée au théâtre ?

Marie-Catherine Conti : Oui et toute sa vie on fait le théâtre comme on l’a découvert, comme on l’a appris à travers les premières rencontres. Mon parcours de comédienne résulte des rencontres avec des metteurs en scène et ce d’une façon très atypique car je n’ai jamais appartenu à des familles. Je suis toujours en position de franc tireur. Finalement je n’ai pas quitté ma chambre. Le théâtre est ma chambre.

N’appartenir à aucune famille n’entraîne-t-il pas des difficultés ?

Marie-Catherine Conti : C’est bien évidemment beaucoup plus dur. Ce n’est pas du tout confortable. La deuxième pièce que j’ai jouée c’est à la Comédie Française où je jouais le rôle de la jeune première dans "Six personnages en quête d’auteur" de Pirandello et je ne suis pas restée dans cette maison car j’avais envie de faire des rencontres et d’être à la marge. Pas la marginalisation dans laquelle nous sommes de plus en plus cantonnés aujourd’hui mais la marge qui est un endroit qui permet d’être dans le monde et suffisamment à l’extérieur pour souffler. J’ai peut être besoin de plus de solitude que d’autres, je ne sais pas.

C’est là où je crois qu’on laisse vraiment venir la nécessité impérieuse de faire quelque chose. Quand on est dans la création, et qu’on a cette prétention, car c’est prétendre au très haut, il faut aussi avoir cette humilité de laisser le temps donner l’assurance que c’est cela qu’on veut faire et pas autre chose, et puis surtout avec la condition de le partager et de l’échanger. J’ai besoin d’être sans influence. Je suis impressionnable mais pas influençable. Je laisse venir à moi le désir et je trouve toujours un texte un auteur qui fait que je trouve la force d’aller au bout.

Cette position à la marge présente des inconvénients mais également des points positifs en termes de choix et de liberté qui permet d’explorer d’autres voies que celles qui sont "hype".

Marie-Catherine Conti : Oui. Je sais ce qu’il faut faire pour monter un spectacle "branché" dans le théâtre public qui est le seul que je connais. Je me situe effectivement ailleurs. C’est un luxe dont je suis consciente et le prix à payer est élevé mais j’accepte et j’assume. C’est normal.

Quand vous parlez du comédien dans ce monologue il s’agit davantage à mon sens de sacerdoce ou de mission que de métier.

Marie-Catherine Conti : Etre comédien n’est absolument pas un métier c’est un état au monde, une façon d’être au monde. Je n’en connais pas l’origine mais j’essaie toujours d'atteindre l’humanité qu’il y a en chacun des êtres que je croise, de faire coïncider ce poids d’humanité avec le mien. Et la confirmation du bien-fondé du chemin que je suis est venue de ma tournée en Corse avec mon précédent spectacle où j’ai joué dans des villages devant des gens qui n’étaient jamais allés au théâtre, qui n'avaient même pas idée de ce qu’était le théâtre.

On ne peut pas prétendre être acteur tout en ayant une vie normale. Et aujourd’hui je suis assez choqué par les jeunes acteurs pour qui le théâtre est subordonné à la vie privée. Comme l’exemple que j’ai vu de jeunes comédiennes qui ne peuvent pas venir en répétition car elles n’ont pas la baby sitter ce jour-là ! Je peux vous dire que cela me fait bondir. Etre comédien est un choix de vie anticonformiste et c’est parce qu’on se situe dans l’anticonformisme qu’on peut prétendre servir des auteurs et les donner à entendre. Il n’y a pas de vie privée. En ce sens il s‘agit d’une mission pour reprendre votre terme ou du moins un engagement.

D’ailleurs quand j’étais plus jeune lors des répétitions et des représentations, je vivais avec les autres comédiens sans rien savoir de leur vie privée car cela ne m’intéressait pas e qui de toute façon n’entrait pas en ligne de compte. Nous étions portés par cette bulle qui est comme un navire qui nous emporte et puis une fois de retour à quai chacun fait ce qu’il veut. Il ne doit pas y avoir de porosité entre ces deux mondes. La porosité en revanche se situe dans l’enfance qui est le moment déterminant où tout se joue, ou pas, pour être comédien.

C’est très orgueilleux d’être acteur, de parler pour que les gens vous écoutent et pour avoir ce droit, il faut beaucoup donner en échange. Sinon c’est du narcissisme pour être vu ce que le vedettariat et la médiatisation encouragent d’une certaine manière. L’acteur doit servir, et le mot servir pour moi n’est pas synonyme d’humilité. Nous avons de la chance quand nous réussissons cela et non pas d’avoir la notoriété et la richesse.

Vous venez d’évoquer la prééminence du texte et de l’auteur. Quel est pour vous le rôle du metteur en scène, car vous êtes également metteur en scène, face à cette tendance qui veut que le metteur en scène soit le créateur et qui fait que l’on ne vient plus voir une pièce de mais une mise en scène de ?

Marie-Catherine Conti : J’ai une conviction que j’ai testé à l’épreuve du temps et qui me rend les choses faciles. Tout est dans le texte. Pour moi toute l’histoire, les personnages sont contenus dans le texte mais aussi les rythmes, la scénographie, l’espace-temps, le message politique ou émotionnel. Et donc l’acteur, et le metteur en scène d’abord puisqu’il a l’initiative du projet, sont des archéologues qui s’attaquent au texte d’abord avec des pelleteuses pour faire d’énormes excavations, puis après utilisent les pelles, le balai pour finir avec un minuscule pinceau.

Pour moi un texte doit être défriché de cette manière là c’est-à-dire lu maintes fois car chaque lecture est source de découvertes. Un texte doit avoir le maximum de résonance en nous metteur en scène puis chez l’acteur et enfin chez le public. Il faut ce travail du metteur en scène puis le relais de l'acteur, pour mettre à disposition du public dans ce qu'il doit entendre le maximum grâce à tout ce travail préalable. Ensuite le public prend ce qu'il veut mais au moins dans quelque chose qui aura été exploré.

La scénographie de "Quand même" a été élaborée par un artiste peintre et scénographe Jean-Pierre Schneider qui a lu le texte avant même de lui parler de mes idées. Et c’est à partir de ce terreau commun à lui et à moi que l’on peut partager et confronter nos subjectivités par rapport à ce texte. Il se trouve que nous étions complètement d’accord et il a traduit cela dans cette structure qui me permet de m’y appuyer et de codifier le texte dans l’espace. Le metteur en scène ne doit pas être devant le texte mais derrière et évoluer dans tous ses recoins afin de pouvoir demander aux acteurs de partir en exploration jusqu’à regarder sous le tapis.

Cela vous amène sans doute à recevoir des propositions qui vous hérissent le poil ?

Marie-Catherine Conti : Oui et je ne les prends pas. De plus au théâtre quand l’auteur qui ne m’intéresse pas je refuse. En revanche pour la télévision, le texte peut ne pas me convenir mais j’accepte pour d’autres raisons, notamment quand il traite du quotidien et parce qu'on ne peut pas refaire le monde. Mais j’essaie de lire très attentivement les répliques pour y trouver des points d’achoppement comme une ambiguïté que je pourrai utiliser et j’en parle au metteur en scène. Cette manière de faire était souvent entendue au début de ma carrière c’est moins possible aujourd’hui mais néanmoins je me bats même sur des dialogues anodins pour y mettre une intonation ou un sous entendu.

Quels sont vos projets ?

Marie-Catherine Conti : Pour moi l’essentiel est de pouvoir monter une tournée avec "Quand même". Et je suis confiante car j’ai eu de bons articles dans la presse. Je n’ai pas d’autres projets pour le moment.

Compte tenu de votre conception du théâtre, trouvez-vous de spectacles qui vous plaisent ?

Marie-Catherine Conti : Oui parce que je fais la part des choses. Et je suis ravie de voir des choses que je ne sais pas faire ou que je ne fais pas. J’aime par exemple les très grandes mises en scène avec de très beaux décors quand cela est bien maîtrisé et mis au service de la pièce. J’aime également les toute petites formes, dont je suis plus proche, car je trouve qu’un texte qui est beau se suffit à lui-même. Et donc, je suis une spectatrice assez éclectique. Depuis deux ans je n’ai guère eu le temps d’aller au théâtre mais j’ai vu un spectacle qui se joue à nouveau. Il s’agit de "Iqishanga" avec Isabelle Lafon seule en scène sur l’histoire de deux femmes rescapées du génocide rwandais qui était absolument magnifique dans l’essentiel.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique du spectacle "Quand même"

En savoir plus :

Le blog de la Compagnie Lac Majeur


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