Il y a un an, les magazines spécialisés annonçaient la présence de Sean Penn dans le prochain film d’Inàrritu. A priori une bonne nouvelle. Sauf qu’il devait s’agir d’un film sur un homme qui, atteint d’une maladie du cardio-vasculaire, se fait greffer le coeur d’un homme dont il va ensuite poursuivre et charmer la femme. Second a priori : une histoire grosse comme une maison, risquant de tomber dans le pathos...

Il faut cependant se rendre à l’évidence : 21 grammes surpasse tous les a priori, les préjugés d’une histoire trop facile. Cela montre aussi qu’un certain regard est possible sur n’importe quelle histoire, et par conséquent, qu’au cinéma, le principal n’est pas l’histoire mais ceux qui la font, qui la dirigent et l’incarnent.

Le synopsis est plutôt complexe car il regroupe trois parcours totalement distincts. C’est d’abord l’histoire de Paul Rivers, un professeur de mathématiques en attente d’une greffe de coeur (Sean Penn, remarquable) et de sa femme, Mary Rivers, décidée quoiqu’il arrive à enfanter (Charlotte Gainsbourg, bouleversante de fragilité et de détermination).

C’est ensuite l’histoire d’un ex-taulard, Jack Jordan, qui, converti au christianisme, tente de se faire une place de samaritain auprès de sa communauté (Benicio del Toro, implaccable). Il est rongé par la faute, qui tourne autour de lui comme un fardeau.

Enfin, c’est l’hitoire d’une ex-junkie, Cristina Peck, devenue clean et mère de famille modèle (Naomie Watts).

L’élement fondateur de lien entre les trois personnages est la mort des deux filles et du mari de Cristina Peck, renversés par notre ex-taulard, ce qui va entraîner la greffe du coeur du prof de maths. Mais c’est la détermination de ce dernier de connaître l’identité du responsable, et la solitude immense de cette femme, qui vont déclencher une course poursuite contre la mort ou plutôt à la recherche d’une explication de celle-ci.

Avec 21 grammes, Inàrritu décide de faire un autre cinéma, en sortant du schéma classique de la narration pour se trouver au coeur d’un puzzle lynchéen (et la présence au générique de N. Watts, personnage central de Mulholland Drive nous le rappelle constamment). Le film est monté à l’endroit mais avec de nombreux flashbacks explicatifs. Cependant, ces flashbacks semblent intégrés à l’histoire et Inneràtu fait du présent une période intemporelle, nous rappelant constamment les épisodes du passé.

Inneratu progresse dans son histoire et les détours dans le passé ne sont que des prétextes pour mieux comprendre le présent. Celui d’être confronté différement à la mort. L’un la provoque sans le vouloir vraiment, un autre y tend irrémédiablement par sa maladie, une autre y est confronté par le biais de ses proches, et enfin, fait plus mineur, une autre ne peut donner la vie : c’est aussi cela la mort, l’absence de vie.

Le travail du directeur de la photographie est remarquable. Chaque personnage est caractérisé par une couleur ambiante. Le rouge pour l’enfer, le tourment dans lequel vit Jack Jordan, le personnage campé par del Toro ; le blanc pour Cristina Peck (N. Watts), sorte de pureté, d’innocence, mais c’est aussi la couleur de la poudre, sorte de tare qui la poursuit ; le bleu-vert poursuit enfin le malade Paul Rivers, couleurs froides pour rappeler que tout autour de lui caractérise la mort.

Le film est en partie une réussite grâce au jeu impeccable des acteurs et un casting judicieux. Il l’est aussi par la mise en scène brillante, une lourdeur dans l’atmosphère mais une légèreté dans la transition des scènes, comme si leur déroulement était naturel, inéluctable. Le film ne tombe ni dans le pathos ni dans la violence gratuite, encore moins dans une moralisation ennuyeuse. il vise juste.

Juste 21 grammes, le poids qu’un individu perd lorsqu’il meurt.