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Interview  (Gals Rock, Paris)  29 janvier 2010

Eric McKeownErin McKeown a sorti son premier album il y a dix ans, néanmoins rares sont ceux qui ont eu la chance d'écouter sa musique dans nos contrées. Erin a pourtant a son actif plusieurs concerts en France et en Europe. Elle est même passée, il y a quelques années, dans Later with Jools Holland, la meilleure émission musicale de la BBC.

Nous avions rendez-vous avec elle dans un magasin de disques parisien, Gals Rock, spécialisé dans le rock féminin. La disquaire elle-même nous a dit que la musique d'Erin Mc Keown avait été pour elle une découverte récente et que ses précédents albums étaient difficiles à se procurer. Elle nous a aussi dit tout le bien qu'elle pensait de cet album.

Sorte de cousine américaine de Babet, par sa taille, la couleur de ses cheveux et son charme, son disque aussi rappelle le premier album de la violoniste de Dionysos, par la poésie, l'évocation d'animaux dans les paroles, la production soignée, la présence omniprésente de cordes, la tonalité douce-amère de l'ensemble et la coloration automnale de certains morceaux. Dans les deux cas, un disque qui parle de voyages, de rencontres et d'amour. Sur Drôle d'oiseau de Babet, le troisième morceau s'appelle "Le Marin" , Sur Hundreds of Lions d'Erin McKeown, le troisième titre s'intitule "You Sailor" , et un précédent album d'Erin se nommait We Will Become Like Birds. Ces deux-là devraient se rencontrer.

Durant cette interview, nous n'avons pas caché à Erin que la découverte de sa musique était pour nous toute fraîche. C'est pourtant avec une grande gentillesse qu'elle nous a parlé, entre son concert parisien de la veille et l'avion du lendemain qui devait la ramener aux Etats-Unis, de son disque, des tournées, de sexualité et de l'équipe de base-ball de Boston, les Red Sox.

Qu'as-tu pensé du concert d'hier à La Java ? Abordes-tu différemment le public américain et le public européen ?

Erin : J'ai déjà joué plusieurs fois en Europe, maintenant je ne pense plus à la différence de nationalité du public. En tout cas, il n'y a pas de raison pour moi de comparer les publics sur ce critère. Ce que je peux dire c'est que j'aime être ici, et aussi que ça fait du bien de sortir parfois des États-Unis, un pays où je ne sens pas toujours à l'aise. Cela permet de voir les choses selon une perspective différente.
Le show d'hier à La Java a été un événement. Il y avait des gens qui me suivent depuis déjà quelques temps, mais aussi de nouveaux visages. Le public s'est montré respectueux, mais pas trop respectueux, il y avait une bonne ambiance. Je reviendrai.

Erin McKeownLa production de l'album est très riche. En tant qu'artiste, ne ressent-on pas une certaine frustration à ne pas pouvoir reproduire à l'identique sur scène ce qui existe sur disque ?

Erin : Non, c'est même plus intéressant pour moi d'essayer de saisir l'esprit de la chanson. Au départ, lorsque j'écris, il n'y a que la voix et la guitare. Puis, lors de l'enregistrement, la chanson est enrichie par l'ajout des cordes, du piano, des instruments à vent. A l'issue de l'enregistrement, je découvre alors une chanson qui a changé, dont la personnalité a évolué. La rejouer ensuite en solo sur scène m'oblige à retravailler ma première mouture pour y intégrer tous ces nouveaux aspects qui n'existaient pas avant qu'elle soit sur disque. C'est un défi pour moi de chercher à capturer les couleurs de la « grande » chanson, celle qui a été enregistrée et enrichie par le travail de production, pour les réintégrer dans la chanson "en petit format" , celle que je vais interpréter solo à la guitare. Tout ce processus fait que lorsque je joue mes chansons sur scène, elles sont est profondément différentes de la démo que j'avais composée.

Comment définirais-tu ton style musical ?

Erin : Je ne sais pas vraiment (rires). J'essaie qu'il y ait du rythme comme dans le rock, qu'il y ait des émotions comme dans la poésie et que ça fasse bouger comme de la dance.

Comment ton style a-t-il évolué en 10 ans de carrière ?

Erin : A mes débuts, je me souciais beaucoup des guitares. Je voulais que les guitares sonnent de manière brillante, qu'elles soient impressionnantes. Par contre, je faisais moins attention aux mots et aux histoires. Aujourd'hui, les guitares prennent moins de place car j'ai appris, au cours de ces dix années, à jouer d'autres instruments, du piano, de la batterie, de la basse. Cela me permet de me concentrer d'avantage sur les textes.

Peux-tu nous raconter comment tu as réussi à produire, de manière entièrement indépendante, ton dernier disque ?

Erin : J'ai commencé à financer le disque en prenant un crédit. Très vite, je me suis retrouvée avec de lourdes dettes. J''ai proposé à mes fans de m'aider à financer le disque. Mais je ne voulais pas que ce soit uniquement par le biais d'une pré-vente, en m'envoyant de l'argent. Je voulais leur offrir quelque chose en plus. J'ai décidé de vendre des mots de passe pour assister à des concerts en ligne. J'ai ainsi diffusé, en direct sur internet, quatre concerts filmés chez moi. J'habite dans une petite maison, à côté d'une rivière, dans les montagnes à l'ouest de l'état du Massachusetts. Un des concerts a été enregistré dans le salon, un autre sous le porche, encore un autre les pieds dans l'eau dans la rivière, et le dernier dans mon jardin. A chaque fois, j'ai invité des amis musiciens. La tracklist de ces concerts était à chaque fois complètement différente. A la fin, j'avais plus de quatre heures d'enregistrement, environ quarante-cinq chansons, et surtout récolté assez d'argent pour finir mon disque.

Erin McKeownLorsqu'on tape ton nom sur wikipédia, il est mentionné que tu as joué pour un festival gay, lesbien, bi et trans, "Queerstock" . Pourtant tu n'en fais pas état sur ton propre site internet. Pourquoi ?

Erin : Je me considère comme une femme queer. Cela signifie que je considère l'orientation sexuelle et le genre comme des faisceaux de possibilités susceptibles d'évoluer. Crois-le si tu le veux, mais je ne parle jamais de moi comme d'une lesbienne, une hétéro ou une bisexuelle. Ceci me semble être des catégories trop fermées. Queer est un terme plus ouvert auquel je tiens particulièrement pour définir mon écriture. Et ceci pour deux raisons essentielles.
Tout d'abord, je préfère écrire sur d'autres sujets. J'écris sur des sujets en faisant attention que mon orientation n'affecte pas mes textes, et ainsi que mes chansons puissent être comprises, reçues et acceptées par l'auditeur quelle que soit son orientation, qu'il fasse d'abord attention à ma musique.
Le second point concerne un aspect de la société américaine, qui n'est peut-être pas aussi présent en Europe, je ne sais pas. Aux États-Unis, lorsque tu abordes le sujet de la sexualité, les gens veulent tout de suite savoir ce que tu fais et avec qui tu le fais. Tu te retrouves alors très vite avec une étiquette. Par expérience, je sais que si j'écris sur l'homosexualité, alors il n'y aura plus que les lesbiennes pour écouter ma musique, alors que je vise un public plus large.
De plus, je considère qu'en temps que queer, il est de ma responsabilité d'être visible du plus plus grand nombre.

Tu viens donc de répondre en partie à la question suivante que je voulais te poser. En France, la situation est peut-être moins marquée mais assez semblable à ce que tu décris. Ainsi lorsque la chanteuse des Valentins, Edith Fambuena, avait écrit "Entre elle et moi" , je me souviens que lors du concert parisien de la tournée qui avait suivi l'album, le public avait changé, et les trois quarts de la salle étaient composés de lesbiennes. Il y avait un côté ghetto. Je pense qu'il est alors difficile de devenir populaire au-delà de ce premier cercle, et je voulais avoir ton point de vue.

Erin : C'est exactement ça. Mais je rebondis sur le mot ghetto que tu as employé. C'est un terme important, car chargé de connotations négatives. Or le ghetto est, d'abord et historiquement ,un terme qui désigne des quartiers uniquement réservés aux juifs. Mais si tu nais juif, tu ne vas pas renier tes origines. Qu'on t'impose de vivre dans un quartier réservé est quelque chose de mal. Le mot ghetto est donc un mot compliqué à utiliser car même s'il contient une idée de fierté, il renferme aussi une idée d'injustice.

Pour changer de sujet, tu vas partir en tournée avec Ani Di Franco pour de nombreuses dates. Le plus important pour toi est-il d'avoir une vie personnelle ou d'étendre ton public ? Quelles sont tes priorités ?

Erin : J'essaie de combiner les deux, Avec le temps, j'ai appris à prendre soin de moi et ne pas trop mal vivre lorsque je suis sur la route. Ça veut dire que je dois bien dormir, faire de l'exercice, rester en contact avec mes amis restés à la maison... Et si je fais cela, alors je peux abattre beaucoup de travail.

Erin McKeownSur ton album, beaucoup de termes et de mots ont rapport à la nature. Pourquoi utilises-tu principalement l'allégorie comme style d'écriture ?

Erin : Je pense que l'allégorie rend le texte plus intéressant. Pour la chanson "Hundred Of Lions", par exemple, le texte décrit une scène dans un cirque, mais le thème que j'aborde est en fait celui de la relation au sein du couple. L'auditeur peut choisir de s'intéresser au texte tel qu'il est écrit au premier niveau, ou chercher à en interpréter le sens.

Tu as mis sur ce disque "28" , une chanson que tu avais pourtant enregistrée une première fois pour une Daytrotter Session il y a bientôt quatre ans. Est-ce que ta méthode de financement te permet de te sentir plus libre aujourd'hui et que ceci explique pourquoi tu as enfin décidé de mettre cette chanson intimiste sur cet album ?

Erin : En effet, c'était en 2006, juste après l'avoir écrite. La Daytrotter Session avait été enregistrée alors que je tournais pour promouvoir mon album I Wish We Were Birds. Or j'avais enregistré un album teinté de swing. Ils m'ont demandé si je pouvais enregistrer une chanson dans un style un peu différent du reste de la session. J'ai donc décidé de jouer "28" . Elle traite d'un phénomène qui, en astrologie, s'appelle "le retour de Saturne à la position natale". Rapidement, l'idée est que Saturne a un cycle de 28 années. Durant ce cycle, chaque personne fait l'expérience de tout ce qui est le bien et le mal; puis le cycle recommence. C'était mon âge à l'époque, ça m'avait donné l'idée du thème. L'inclure sur Hundreds Of Lions a un sens car c'est le premier album que j'enregistre depuis que mon âge a dépassé la durée du cycle. Quant à ta question qui consiste à savoir si je me sens plus libre aujourd'hui, la réponse est oui, oui et encore oui. Auparavant, j'ai travaillé avec des labels dans lesquels il y avait des gens qui me disaient ce que je devais faire, et surtout ce qu'il ne fallait pas que je fasse. Cette fois, en finançant l'album à ma manière, le seul véritable obstacle que j'ai pu rencontrer pour mettre mes idées en musique et éditer le disque, ça a été l'argent.

Dernière question, bien que tu ne vives plus à Boston...

Erin : Je n'ai jamais vécu à Boston. Cela fait partie des informations inexactes qu'on peut lire sur moi. (rires)

Alors, même si tu ne vis pas à Boston, es-tu toujours fan des Red Sox ?

Erin : Je reste une fan absolue des Red Sox. J'adore le base-ball et plein d'autres sports. La prochaine fois, on pourra discuter base-ball ensemble...

Retrouvez Erin McKeown
en Froggy's Session
pour 2 titres en cliquant ici !
 

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album Hundreds of Lions de Erin McKeown

En savoir plus :
Le site officiel de Erin McKeown
Le Myspace de Erin McKeown

crédits photos : Thomy Keat (Retrouvez toute la série sur Taste Of Indie)


Laurent Coudol         
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# 29 mars 2020 : On continue à s'égayer le cerveau

On attaque la troisième semaine de confinement. On ne va pas baisser les bras, et nous vous proposons encore un joli contenu histoire de s'oxygéner le cerveau comme on peut. C'est parti.

Du côté de la musique :
"44" de François Puyalto
"Yene mircha" de Hailu Mergia
"Le silence et l'eau" de Jean-Baptiste Soulard
"Gigaton" de Pearl Jam
"Metal band" de Bernard Minet
"Connection loss" de Caesaria
"The black days session #1" de Daniel Roméo
"Sixième sens" de Faut Qu'ça Guinche
Péroké, Coco Bans, Al Qasar, quelques clips pour lutter contre l'ennui du confinement
"Alterations" de Robin McKelle
"Love of life" de Vincent Courtois, Robin Fincker et Daniel Erdmann
"No return" de We are Birds
et toujours :
"La course" de Bon Voyage Organisation
"Où ça en est ?" de Ceylon
"Blossom" de Coralie Royer
"Brothers of string" de Duplessy & the Violins of the World
"Atomised single" de Gogo penguin
"Onkalo" de Julie Campiche Quartet
"Single carry me home" de Kokoroko
"The pain, the blood and the sword" de Lion's Law
"Five for five" de Michael Fine
"Mon étrangère" de Valentin Vander

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

en diffusion sur le net :
une comédie contemporaine avec la captation de la création originelle de "Art"
du boulevard avec :
le streaming de "Fleur de cactus"
le streaming de "Jo"
un classique revisité avec la captation de "Peer Gynt"
une évocation de l'univers de Lewis Caroll avec la captation de "Lewis versus Alice"
dans la rubrique "Au Théâtre ce soir" :
"Peau de vache"
avec Sophie Desmarets
et "La Puce à l'oreille" avec Louis de Funès
une gourmandise pour fan addict avec Fabrice Luchini en vidéo dans "Le point sur Robert"
et des spectales à voir ou a revoir en DVD :
"Le Paradoxe amoureux"
"Dieu habite Dusseldorf"
"ABC D'airs"

Expositions :

en toute tranquillité mais musicales avec sur le Musée de la Sacem :
"L'Opérette" de son Age d'or à la Belle Epoque au regain d'engouement avec sa réactivation par des compagnies contemporaines tels "Azor" et "La Grande duchesse de Gerolstein"
et celle dédiée à son roi "Jacques Offenbach"
au Musée de la Monnaie de Paris :
la visite virtuelle des collections permanentes et la visite de sa dernière exposition en date "Kiki Smith"
et passer les frontières avec la visite virtuelle des collections du Musée Guggenheim de New York

Cinéma :

Ciné-Club at home avec :
"Blue Velvet" de David Lynch
"Casanova" de Federico Fellini
"Les 39 marches" d'Alfred Hitchock
le téléfilm "Paris Best" de Philippe Lioret
et des films récents sortis en DVD :
"Les Eblouis" de Sarah Suco
"Alice et le maire" de Nicolas Pariser
"Noura" de Hinde Boujemaa

Lecture avec :

"Banditi" de Antoine Albertini
"Champ de tir" de Linwood Barclay
"Chasseurs et collectionneurs" de Matt Suddain
"Les cents derniers jours d'Hitler" de Jean Lopez
"Les plumes du pouvoir" de Michaël Moreau
"Nefertari dream" de Xavier-Marie Bonnot
et toujours :
"Confession téméraire" de Anita Pittoni
"L'âne mort" de Chawki Amari
"L'archipel des larmes" de Camilla Grebe
"Riposte" de David Albertyn
"Temps noirs" de Thomas Mullen
"Toute la violence des hommes" de Paul Colize
"Une île sur la Volga" de Iwan Lépingle

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"Shadow, le cloud computing", retour d'expérience de l'utisation d'un PC dans les nuages
Une sélection de jeux pour moins vous ennuyer pendant le confinement et plus tard
"Call of Cthulhu" sur Switch, PS4, Xbox One et PC
"Call of Duty Modern warfare" sur PS4, XboxOne, PC

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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