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Interview  (Paris)  15 avril 2010

C'est pendant le printemps de Bourges que la souriante Madjo nous a accordé un peu de son temps pour une petite interview et une belle session acoustique. Premier contact avec cette jeune artiste qui fait déjà ses preuves sur scène en attendant un album prometteur d'ici la rentrée de septembre...

Madjo, est-ce ton nom ou est-ce le nom d'un groupe ?

Madjo : C'est mon pseudo, en fait.

Sur Facebook ?

Madjo : (rires) Non, c'est mon pseudo, je suis auteur-compositeur et cela fait maintenant 4 ans que j'ai commencé à écrire mes propres chansons.

J'ai plutôt un bagage de musique classique. J'ai eu un enseignement plutôt classique jusqu'à mes 18-19 ans, au conservatoire. Avec une approche du chant lyrique. J'ai commencé par le violon toute petite et plus tard, vers 15-16 ans, j'ai pris des cours avec un professeur d'art lyrique. Je n'étais pas passionnée de musique classique, cela a été une bonne chose pour l'aspect rigueur et enseignement.

Tu as donc découvert très tôt que tu préférais chanter...

Madjo : Disons que j'ai continué le violon en parallèle. C'est vrai que très vite, j'ai pris une guitare parce que c'est un peu délicat de composer avec un violon. J'ai mis le violon de côté, il y a eu une rupture avec cet instrument, je n'en joue plus.

Je suis née à Evian-les-Bains et je suis arrivée en 2004 à Paris, une ville d'activité intense. Il y a eu une étape à Nancy où j'ai fait une école de musique actuelle.

Tu es arrivée à Paris dans un but précis ?

Madjo : La France n'est pas vraiment un pays décentralisé de Paris, même s'il y a des villes où il se passe d'autres choses, ce n'est pas ce que je suis en train de dire. Pour démarcher, pour se montrer, pour jouer, je pense que Paris reste la ville idéale.

Tu as commencé à composer une fois à Paris ?

Madjo : Je commençais déjà à composer à la fin de l'école et j'ai continué. J'ai fait pas mal de café-concerts, pas tout de suite avec mes compositions. J'ai fait pas mal de reprises et j'ai intégré petit à petit quelques unes de mes compositions.

C'était déjà Madjo à l'époque ?

Madjo : C'était déjà Madjo, oui. Je pense que cela fait vraiment deux ans que le projet commence à avoir une signature et une identité dans l'écriture aussi.

J'écris toute la musique mais je n'écris pas tous les textes. Les textes en français sont de moi, les textes en anglais sont co-écrits, parfois écrits intégralement par Félix Perez qui a lui aussi un groupe folk qui s'appelle You and You.

Cela a relativement été vite jusqu'à maintenant.

Madjo : En 5 ans, oui. En fait, j'ai toujours fait de la musique, cela s'est enchainé relativement bien... pas naturellement mais presque. J'ai toujours su que je voulais faire de la musique, mon but n'étant pas d'être une star mais de pouvoir en vivre, d'être sur les routes, de jouer, de m'épanouir là-dedans.

En gardant et les pieds sur terre et la main mise sur ton projet.

Madjo : Oui, c'est ça.

Mais tu es sur un gros label.

Madjo : Je suis sur un gros label mais j'ai une équipe éditoriale et de management qui est indépendante et très forte. Quand je dis forte, disons qu'elle vient de l'indé avec de vraies réalités de terrain. Je ne dis pas qu'Universal n'a pas de ces choses là mais avant de signer chez Universal, j'avais déjà mon manager et mon éditeur, une vraie équipe de développement.

Universal, c'est la maison de disque et ce qui permet de concrétiser le disque physiquement.

Madjo : Voilà, c'est ça, voire de l'enregistrer dans de bonnes conditions, et puis pouvoir prendre le temps de travailler mes pré-prods correctement. C'est une chance, un luxe aujourd'hui.

C'est un accident d'être sur ce label, cela aurait pu être n'importe quelle autre maison de disques ?

Madjo : Ce sont eux qui ont les premiers montrer un engouement fort. Je ne porte pas de jugement sur l'aspect label indépendant, surtout aujourd'hui, c'est tellement le chaos. C'est déjà exceptionnel d'avoir une proposition. Je ne vais pas cracher dans la soupe, l'essentiel étant d'avoir une équipe derrière soit.

Tu as une équipe, ce sont tes musiciens ?

Madjo : Oui, j'ai très envie d'avoir un groupe, c'est-à-dire que je suis tête d'affiche mais j'avais besoin sur scène d'avoir cet aspect chaleureux, de connaitre les gens avec qui je travaille, d'avoir un travail personnel venant de chacun. Le côté sideman : Des gens qui jouent derrière moi, en tout cas aujourd'hui, je n'en ai pas envie, on verra plus tard...

Tu disais que tu composais toutes les musiques. Tu arrives de façon dictatoriale avec tes musiques et tu dis au groupe, voilà vous allez jouer cela aujourd'hui ?

Madjo : Oui, j'arrive avec mes arrangements, c'est vraiment pour l'aspect vivant sur scène, pour donner un côté un peu plus chaleureux. Cela reste un projet personnel.

Tu en es où au niveau de ta discographie ?

Madjo : Il y a un EP qui est sorti en novembre, surtout pour accompagner les dates et l'album sort fin août, à la rentrée.

Madjo va être avant tout connu pour du live, si je comprends bien. Ce n'est pas un risque ?

Madjo : Non, on a pas mal tourné et je pense qu'un artiste se définit avant tout sur scène. Dans une réalité où le disque se vend mal, les artistes ont tout intérêt à être forts sur scène. Le live était effectivement bien en avance par rapport à l'album, je l'ai pris aussi comme un laboratoire : j'ai pu expérimenter pas mal de choses pour l'album aussi.

Et l'album, pour toi c'est anecdotique ?

Madjo : Non, je sépare bien ces deux univers très différents, par exemple le human beat box n'est pas sur l'album. Le fil conducteur est vraiment les voix en live, cet aspect vocal assez minimal. l'album est assez produit malgré tout. C'est autre chose le studio, c'est une petite boîte où il faut arriver à mettre un maximum d'émotions, ce n'est vraiment pas pareil.

Au début, cela a été un peu dur pour moi, j'ai eu peur de cet aspect un peu froid du studio. Arriver justement à capter des émotions qui peuvent être assez fortes et impulsives sur scène, arriver à les retranscrire de façon assez vraie et spontanée en studio, ce n'est pas toujours simple, ce n'est pas toujours le moment.

L'album est en boîte, on a des dates jusqu'à fin juillet, des gros spots : le Paléo festival de Nyon en juillet, on part au Québec aussi et on a des petits festivals en Bretagne. C'est bien.

Comment qualifierais-tu ta musique ?

Madjo : C'est très mélangé je pense, c'est un peu comme un pot-pourri. Dans l'album, il y a cet aspect acoustique vocal et à la fois on a travaillé volontairement sur les matières un peu synthétiques, mais aussi un peu plus organiques, il y a beaucoup de claviers que l'on va retrouver sur scène à la rentrée. Mais je veux garder sur scène cet aspect sur le fil, je n'ai pas envie de charger mon live. Dans le style, il y a effectivement un peu de soul, de folk, un peu de pop, c'est très mélangé.

Si tu devais citer les 3 artistes qui t'ont le plus marquée et qui t'ont donné envie de faire de la musique ?

Madjo : J'ai écouté tellement de choses, je suis partie de ce que mes parents écoutaient, une culture très anglo-saxonne qui partaient des Beatles, ma grand-mère qui avait une culture très soul, Ray Charles, Stevie Wonder...

Il y a pire comme références...

Madjo : Oui, on écoutait plutôt de bonnes choses à la maison, cela donne envie, cela inspire beaucoup.

J'écoute beaucoup de choses, plutôt de la scène indépendante américaine, la vieille folk, j'adore Nick Drake, Nina Simone et Billie Holiday, Rickie Lee Jones. J'étais une grand fan de Ben Harper, un peu moins sur les derniers albums, je dirais que les premiers ont pour moi un truc très fort. Dernièrement, j'ai pris une claque avec un groupe qui s'appelle Grizzly Bear, des mecs de Brooklyn qui sont terribles. Il y a à la fois tout cet aspect rétro et à la fois très moderne.

Très éclectique pour le coup. C'est une chose vers laquelle tu aimerais aller ?

Madjo : J'aime beaucoup cette approche de la musique. En fait, il n'y a pas trop de barrières.

Est-ce que tu te fixes ou l'on te fixe des barrières ?

Madjo : Non. Je me dis que j'ai un premier album comme ça, cela ne m'empêchera pas d'avoir un deuxième différent. Cette idée me plait.

Les chansons de l'album sont déjà un peu derrière toi ?

Madjo : Comme je te le disais, c'était une tournée labo pendant laquelle j'étais en train d'écrire, il y a des chansons que j'ai jetées. Les 12 titres de l'album ont vraiment été définis à la fin de l'année 2009, on a fini de les enregistrer, mixer, masteriser sur janvier-février. On a fait le festival Chorus des Hauts-de-Seine, le 24 mars avec 4 titres que l'on jouait l'année dernière.

Est-ce que parallèlement tu en écris des nouvelles depuis le 24 mars ?

Madjo : Je n'ai pas réécrit parce que cela a été assez intense. Je suis vraiment sur cet album qui vient d'être terminé, les concerts qui arrivent et si nouveaux titres il y a, on les testera sur scène.

C'est vraiment une volonté que tu as d'avant tout être sur scène.

Madjo : C'est vivant, je trouve que tout prend corps sur scène, cela permet d'affirmer une mélodie, que l'on aura mieux en bouche en studio.

Tu chantes au moins en deux langues : anglais et français. D'où te vient cette volonté ?

Madjo : J'ai commencé à écrire en français, mais je sentais que j'avais envie d'assumer cet aspect anglo-saxon en rapport avec mes influences. Du coup, j'ai enlevé cette espèce de barrière que je m'étais souvent mise et j'ai fait ce que j'avais envie. J'aime aussi ces chansons en français : quand elles arrivent, elles donnent du relief au set, à l'album.

Pour moi, il n'y a pas de barrière de langues dans la musique, cela peut paraitre un peu cliché mais c'est vrai, finalement. Même si cela dit un peu autre chose. C'est vrai que la langue française ne véhicule pas les mêmes choses, surtout que l'on est en France, donc les gens comprennent.

Tu as des idées de tes futures compositions ?

Madjo : On verra... Je suis quelqu'un d'assez spontanée. J'écris d'abord la musique et je le sens, je vois si j'ai envie de la chanter en français ou en anglais.

Est-ce que la scène francophone te suffit ou est-ce que de part tes influences, tu aurais envie d'aller faire de la soul et du jazz à la Nouvelle-Orléans par exemple ?

Madjo : (rires) J'aimerai beaucoup avoir cette possibilité de voyager, c'est sûr. On verra, je pense que cela ne m'appartient pas, malheureusement. J'aimerai vraiment et je ferai tout pour essayer de le provoquer.

Si ton ou ta meilleure ami(e) devait partir très loin de telle sorte tu ne puisses jamais revoir cette personne, quel serait le disque de ta discothèque que tu lui donnerais pour qu'à chaque fois qu'elle l'écoute, elle pense à toi ?

Madjo : Je lui donnerai le premier album de Rickie Lee Jones où elle pose avec le béret sur la pochette.

Retrouvez Madjo
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Le site officiel de Madjo
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Crédits photos : David Didier (Toute la série sur Taste of Indie)


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Madjo (15 avril 2010)


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