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Frédéric Roux  (Editions du Rocher)  décembre 2011

"S’il est une chose certaine, c’est qu’aujourd’hui personne n’a mauvais goût ; pire encore, jamais personne n’avouera avoir mauvais goût, serait-ce pour s’en vanter. En faire l’éloge est une provocation imbécile, un caprice puéril, celui qui prend ce risque sombrera dans le ridicule" (cf p109).

Mais que va donc faire Frédéric Roux dans cette galère ? Entreprendre un Eloge du mauvais goût, c’est à coup sûr rater son lectorat. Qui lira cet éloge s’il n’a pas une forte tendance au masochisme ? C’est bien connu, le mauvais goût est toujours celui des autres. On ne peut pas reconnaître que l’on a mauvais goût, au mieux dirons nous que nous n’avons pas de goût, manière finalement de dire que le goût n’existe pas en soi ; en s’en désintéressant, on le nie, mais on ne va pas jusqu’à affirmer l’existence d’un autre ordre du goût qui ne serait pas celui promu par une norme dominante (on l’appellera la mode). Le mauvais goût est dans son essence défini par une tension avec le bon goût. Le bon goût cherche par tous les moyens à s’en tenir à distance et va édicter les normes esthétiques auxquelles il ne faut pas déroger sous peine de déchoir. On peut finalement dire que le premier n’existe que par réaction au second qu’il va identifier et exclure dans un même mouvement. Les deux termes en présence se tiennent l’un l’autre. C’est un jeu dynamique qui ne peut parvenir à un point d’équilibre : "Fixer un goût, c’est le tuer." (cf p80).

Mais les tensions peuvent sembler se renverser : le mauvais goût d’un temps peut devenir bon goût d’un autre. Dans ce passage toutefois il ne faudra pas voir une promotion du mauvais goût comme tel. Ce phénomène de renversement, c’est l’émergence du kitsch. Le kitsch est un bon goût de second degré : on n’aime pas des objets pour eux-mêmes, mais on aime revendiquer une attitude de détachement par rapport aux personnes qui se laissent prendre au piège d’une appréciation esthétique immédiate. Ces objets ne nous plaisent pas parce qu’ils sont beaux, ils nous plaisent parce qu’ils sont kitchs.

Frédéric Roux n’aime pas le bon goût. Allons jusqu’à dire qu’il l’exècre. Il y a quelque chose de bien trop policé dans cette manière de prétendre être du côté du "bon". La norme du bon goût n’est pas simplement esthétique, elle est sociologique (l’étude de Bourdieu sur les critères de "distinction" l’ont mis en évidence, pas étonnant d’ailleurs que l’auteur lie la pratique contemporaine de la sociologie à la société de consommation), mais surtout politique : "le bon goût est toujours du côté de l’ordre et de l’obéissance et j’avoue avoir, depuis tout petit, un problème avec ces notions."

Le danger que court ce type de livre est de devenir eux-mêmes de bon ton ; que l’on puisse en parler dans les fins de soirées décrites par l’auteur où chacun essaie de parader en agitant son "bon goût" sous le nez de tous. On ne sait donc trop que souhaiter à Frédéric Roux : que son livre reste un objet de résistance minoritaire (ce qui serait parfaitement cohérent avec son projet), ou qu’il connaisse le succès (mais il porterait alors le kitsch à son paroxysme).

 

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Philippe Gauthier         
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# 25 octobre 2020 : Tous aux abris

Couvre feu encore plus contraint, nouveau confinement, tout est possible et tout est à craindre pour la culture. Restons groupés comme dirait Bernard Lenoir. Nous continuons évidemment de vous proposer chaque semaine notre sélection culturelle. Et bien entendu, découvrez le replay de La Mare Aux Grenouilles #13 de ce samedi 24 octobre

Du côté de la musique :

"Labyrinth" de Khatia Buniatishvili
"Contrasts", la 3eme émission de la saison 2 de Listen In Bed
"Dreamer" de Rosaway
"No future" de Samarabalouf
"Verdure" de The Hyènes
"Got the manchu" de We Hate You Please Die
et toujours :
"Armand-Louis Couperin : pièces de clavecin" de Christophe Rousset
"Ce qui suit" de Mondo Cane
"Awaiting ship" de Dominique Fillon Augmented Trio
"Soné ka-la 2 odyssey" de Jacques Schwarz Bart
"Killing Eve + Australie" nouveau mix de Listen in Bed
"LP2" de Pointe Du Lac
"Jorn" de Box Bigerri

Au théâtre :

une nouveauté :
"Tout Dostoievski" au Théâtre Le Lucernaire
des comédies pour rire et sourire :
"On purge bébé" au Théâtre de l'Atelier
"Les Faux British" au Théâtre Saint-Georges
"Dernier coup de ciseaux" au Théâtre des Mathurins
"Crise de nerfs" au Théâtre de l'Atelier
"De quoi j'me mêle" au Théâtre d'Edgar
"Mon meilleur copain" au Palais des Glaces
les reprises :
"Françoise par Sagan" au Théâtre L'Archipel
"Caroline Loeb - Chiche !" au Théâtre L'Archipel
"Play Loud" au Théâtre La Flèche
"Vous pouvez ne pas embrasser la mariée" à la Comédie des 3 Bornes
"Des Femmes" au Lavoir Moderne Parisien
"Comment épouser un milliardaire" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec :
"Voyage sur la route du Kikosaido - De Hiroshige à Kuniyoshi" au Musée Cernushi
"Pierre Dac - Du côté d'ailleurs" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme
"Gabrielle Chanel - Manifeste de mode" au Palais Galliera
"L’Age d’or de la peinture danoise (1801-1864)" au Petit Palais
"Man Ray et la mode" au Musée du Luxembourg
"Victor Brauner - Je suis le rêve. Je suis l'inspiration" au Musée d'Art Moderne de Paris
"Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris

"Alaïa et Balenciaga - Sculpteurs de la forme" à la Fondation Azzedine Alaïa

Cinéma :

en salle :
"Une vie secrète" de Aitor Arregi, Jon Garano et José Mari Goenaga
"L'Avventura" de Michelangelo Antonioni
at home :
"India Song" de Marguerite Duras
"Au bout du conte" de Agnès Jaoui
"L'effet aquatique" de Solveig Anspach
"Pourquoi tu pleures ?" de Katia Lewkowicz
"Henri" de Yolande Moreau
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert

Lecture avec :

"Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse" de Mathias Malzieu & Daria Nelson
"Le proche orient" de Catherine Saliou
"Mondes en guerre - tome 3 : Guerres mondiales et impériales, 1870-1945" de André Loez
et toujours :
"L'ange rouge" de François Médéline
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"De Gaulle, stratège au long cours" de François Kersaudy
"Georges Clemenceau, lettres d'amérique" de Patrick Weil et Thomas Macé
"Justice de rue" de Kris Nelscott
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