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puce La construction du surhomme : contre-histoire de la philosophie (tome 7)
Michel Onfray  (Editions Grasset)  octobre 2011

Michel Onfray poursuit sa contre-histoire de la philosophie en s’attelant à une notion qui a été l’occasion de nombreuses erreurs d’interprétation, et également de beaucoup de fantasmes : le surhomme.

L’idée de surhomme est quasi automatiquement associée par la plupart d’entre nous à Nietzsche, auteur de prédilection d’Onfray. Que n’a-t-on reproché à Nietzsche à son propos ? Anti-humaniste, pré-nazi, défenseur des "forts" contre les "faibles", le contrepoint exact de Karl Marx, cette pensée ne pouvait que conduire son auteur à la folie et ses successeurs à la catastrophe. L’anachronisme est ici la norme, ainsi qu’une tendance à faire peser sur Nietzsche des fautes qui ne sont pas les siennes.

Onfray retourne aux racines du "mal" en s’intéressant tout d’abords au terreau qui n’a pas fait fructifier que le pensée de Nietzsche. Du côté français, Jean-Marie Guyau, auteur mal connu, aura développé, sans connaître Nietzsche, une pensée du surhomme. Les ingrédients : un philosophe malade  (mort à 33 ans des suites de sa tuberculose) qui va exalter les forces vitales qui font défaut à son corps mais qui pourtant débordent en lui, en font un stakhanoviste de l’écriture et de la production intellectuelle ; une tradition philosophique qui tend à négliger le corps au profit du spirituel et est incapable de rendre compte de cette puissance immanente, tournée qu’elle est vers une transcendance stérile et stérilisante. Tout commence pour le mieux, et ce philosophe entre parfaitement dans le champs d’analyse d’Onfray qui établit, suivant en ce point Nietzsche, une continuité entre le corps du philosophe et sa pensée. Guyau sent en lui les forces vitales qui oeuvrent, luttent contre la maladie et lui permettent finalement d’être plus vivant que ceux qui ont les apparences d’une santé normale. Le raisonnement tient, mais seulement un temps. Car Guyau n’est pas Nietzsche, et sa pensée du surhomme deviendra, sur la fin de sa courte vie, une pensée hygiéniste, exaltant le corps pour lui-même, allant même jusqu’à soutenir les idées proches d’un "dressage des corps", de pureté de la race et une défense de la colonisation. Le corps de Guyau devient alors l’antithèse de sa pensée, et l’idée du surhomme devient une sorte de remède miracle à un corps défaillant.

L’idée nietzschéenne de surhomme sera plus subtile, travaillant cependant les mêmes problématiques de la santé et de la maladie mais n’aboutissant pas, malgré ce que l’on a voulu lui faire dire, à un délire de pureté raciale… C’est que si surhomme il doit y avoir, c’est pour dépasser les valeurs humaines jusqu’alors tenues par un paysage théologique organisant l’univers des idées, séparant le bien du mal, le vrai du faux… La grande idée Nietzschéenne est celle de la mort de Dieu et du besoin pour l’humanité de se dépasser elle-même pour pouvoir se hisser à la hauteur de la tâche. Plus de transcendance… il faudra donc célébrer le corps comme lieu de la création des valeurs, chasser les tendances à le déprécier. Voici l’enjeu de la construction du surhomme.

L’un des buts de ce livre est de dégager Nietzsche de l’ombre de proches qui n’avaient pas les moyens de comprendre sa pensée et qui avaient pourtant la prétention de la poursuivre en publiant des ouvrages posthumes expurgés dans lesquels Nietzsche ne devient que la caricature de lui-même. Nietzsche avait une sœur : Elisabeth Förster, antisémite notoire qui s’est fait un devoir de faire le pont entre son frère et Hitler au prix d’un détournement de la pensée du premier. Détestée du vivant de son frère elle récupèrera pourtant son héritage intellectuel (les diverses notes préparatoires d’ouvrages qui ne verront jamais le jour), le pillant en publiant le livre La volonté de puissance dans lequel elle n’hésite pas à intervenir sans le mentionner… L’histoire est connue, mais Onfray la rapporte une nouvelle fois.

Michel Onfray sait nous prendre par la main pour nous emmener dans son univers d’interprétation des philosophes. Mélange d’anecdotes biographiques et d’analyses de concepts de la pensée de l’auteur. Qu’on partage la méthode ou pas, elle a quelque chose de roboratif et on lit ces livres avec plaisir. Sur certains points cependant, je ne suivrai pas l’auteur jusqu’au bout… Faire de Nietzsche un épicurien me paraît difficile : car si les deux philosophes font du corps le cœur de leur pensée, Epicure fait du plaisir et de la douleur les critères du bonheur, la position de Nietzsche là-dessus n’est pas la même : la douleur est valorisée par l’effet qu’elle peut produire en nous, elle nous apprend à devenir maître de nous même. Il est certainement dans cette interprétation d’un Nietzsche épicurien moins question de Nietzsche que d’Onfray. Et après tout, ce livre doit avoir pour vocation de nous amener à notre propre lecture des auteurs dont il traite. A nous de nous en faire définitivement notre idée ensuite et d’opérer nos propres mutations de leurs pensées…

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Michel Onfray


Philippe Gauthier         
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# 9 mai 2021 : Toujours plus proche de la sortie

On apprend par coeur le calendrier de dé-confinement, on espère les vaccins au plus vite, retrouver les salles de spectacles, les restos, bref on serait presque heureux. Pour le moment, voici le sommaire de la semaine avec la Mare Aux Grenouilles #27 samedi et un concert/interview de La Reine Garçon le 22 mai. Suivez la chaine Twitch.

Du côté de la musique :

"Flux flou de la foule" de Françoiz Breut
"Eiskeller" de Rover qui nous en parle en interview
"Let's do porn" de Captain Obvious
"The moon and stars : prescriptions for dreamers" de Valérie June
"Van Weezer" de Weezer
"Le grand secret des oiseaux de sable" de Ceylon
"Electron libre" de Hae-Sun Kang
"Chronicles of an inevitable outcome" de Intraveineuse
"Autobiographie Pirate" de Lady Arlette
"Vous écoutez quoi en travaillant ?" la 10ème émission de la saison 2 de Listen In Bed avec Guillaume Long, Flavien Girard et Francis Bourganel
"Augustin Pfleger : the life and passion of the christ" de Orkester Nord et Martin Wahlberg
"Beneath" de Tremor Ama
et toujours :
"Once" de Maxwell Farrington & Le Superhomard
"Drôles de dames" de Fabrice Martinez, Laurent Bardainne et Thomas de Pourquery
"Statistic ego", de Fauxx
"Fallen chrome" de Jac Berrocal & Riverdog
"Nikolai Tcherepnin : Le Pavillon d'Armide op 29" de Henry Shek & Moscow Symphony Orchestra
"Bal Kabar" de David Sicard
"Surrounding structures" de Veik
"Amnésique, mais d'une bonne manière (avec Francis Bourganel, Guillaume Long et Flavien Girard)" 9ème émission de Listen In Bed saison 2
"A Tania Maria journey" de Thierry Peala & Verioca Lherm
"Can't wait to be fine" de We Hate You You Please Die

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"La Mélancolie des dragons" de Philippe Quesne
"Richard III - Loyauté me lie" de Jean Lambert-wild
"Bestie di scena" de Emma Dante
"Ali Baba" de Macha Makeïeff
"Noire" de Tania de Montaigne
"On ne voyait que le bonheur par Grégori Baquet
"Aimez-moi" de Pierre Palmade

Expositions :

en virtuel :
"Valadon et ses contemporaines. Peintres et sculptrices, 1880-1940" au Musée des Beaux-Arts de Limoges
"Matisse, comme un roman" au Centre Pompidou
"Gabrielle Chanel - Manifeste de mode" au Palais Galliera
"Luxes" au Musée des Arst Décoratifs
"Léonard de Vinci" au Musée du Louvre

Cinéma :

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"Les Beaux Jours" de Marion Vernoux
"Les Garçons sauvages" de Bertrand Mandico
"Un amour de jeunesse" de Mia Hansen-Love
"Hyènes" de Djibril Diop Mambéty
"De bruit et de fureur" de Bertrand Mandico
"Cosmos" de Andrzej Zulawski
"Cria Cuervos" de Carlos Saura

Lecture avec :

"Une toute petite minute" de Laurence Peyrin
"Rome, naissance d'un empire" de Stéphane Bourdin & Catherine Virlouvet
Rencontre avec Olivier Bal auteur de "La forêt des disparus"
"Le mari de mon frère" de Gengoroh Tagame
"Le bal des folles" de Victoria Mas et "Ici n'est plus ici" de Tommy Orange
et toujours :
"Patti Smith : Horses" de Véronique Bergen
"Les sorcières de la littérature" de Taisia Kitaiskaia & Katy Horan
"Je ne suis pas encore morte" de Lacy M. Johnson
"La famille" de Suzanne Privat
"Le brutaliste" de Matthieu Garrigou-Lagrange
"Les fossoyeuses" de Taina Tervonen

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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