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Interview  (Le Fil, Saint-Etienne)  dimanche 22 janvier 2012

Dans les loges du Fil, Ibrahim Maalouf, ce jeune homme bienveillant chantonne, assis sur le canapé. L’interview peut commencer...

Qu’est-ce qui te pousse à tous ces croisements ?

Ibrahim Maalouf : En gros ce qui m’inspire, c’est  d’essayer de faire une musique qui me ressemble, qui soit la plus sincère possible, qui n’appartienne pas à une catégorie, un domaine ou à un style précis, déjà existant ou conventionnel. Et pour réussir à faire cela, j’essaie juste d’amener vers moi des musiques, des instruments que j’aime, des gens que j’aime et qui ont de l’importance. Et de manière complètement instinctive je les associe, en prenant mon temps. Car chacun de mes albums, j’ai mis quatre ans pour les faire. Je prends vraiment mon temps de manière à ce que ce soit le plus naturel possible. Pour que cela ne ressemble pas à du patchwork mais que l’on ait l'impression que cela va naturellement bien ensemble. Je construis ma musique un peu de cette manière là en général.

Tu composes depuis longtemps ?

Ibrahim Maalouf : Oui ! Très très longtemps (il esquisse un sourire en coin). Je n’ai aucun souvenir de mes débuts de compositeur. En fait, j’ai toujours baigné dedans. On avait un piano à la maison quand j’étais tout petit. Je pianotais dessus. Je me suis toujours un peu refugié en chantant des choses de manière instinctive ; juste chanter tout seul comme ça, inventer des trucs. D’abord au piano puis après à la trompette, cela fait partie finalement de mon mode de vie.

Il t’arrive donc de chanter sous la douche comme beaucoup de gens ?

Ibrahim Maalouf : Moi ? Je chante sous la douche tout le temps ! Voyez ? (rires)

L’ambiance est détendue, ce qui donne à Ibrahim l’envie de nous raconter une anecdote.

Ibrahim Maalouf : C’est une histoire que mes parents adorent raconter. Etant petit, j’allais à la garderie. Le premier jour, quand mes parents sont venus me récupérer, les dames de la garderie leur ont dit (Ibrahim prend alors une voix mielleuse) : "Oh, votre fils est incroyable, il chante tout le temps, qu’est-ce que c’est bieennn !". Une semaine après : "C’est fou quand même, comme votre fils chante... C’est quand même incroyable !". Plusieurs jours plus tard : "Il chante quand même beaucoup votre fils, hein ?". Et à la fin : "On ne le supporte plus ! Ne l’amenez plus, il n’arrête pas de chanter !" (rires). J’ai toujours été comme ça !

Trompettiste de père en fils. En matière de trompette, Ibrahim a  suivi le parcours académique le plus rigide qu’il soit, d’abord avec son père qui était extrêmement sévère, autant dans la vie que dans son art. En 1998, sur les traces de son père il entre au conservatoire de Paris. Mais tel l’élève ambitieux de dépasser son maître, il développe ses performances et se lance dans les concours internationaux grâce auxquels il se fait un nom  dans le milieu du classique. "Soliste classique" aux yeux du grand public, il dit cependant avoir "toujours personnellement évolué dans divers styles musicaux".

Ibrahim Maalouf : La trompette pour moi, c’est un prétexte. C’est comme un vecteur de créations. Je me sens compositeur avant d’être trompettiste en fait. Je n’aimais pas avant la trompette, j’en faisais pour être aux côtés de mon père, pour  faire des concerts avec lui. Malgré le fait que j’avais beaucoup de respect pour cet instrument, c’était plutôt une contrainte.

J’ai commencé à aimer en jouer plus vers vingt, vingt-et-un ans. C’est là que j'ai commencé à lui trouver une raison de faire partie de ma vie autre que celle d’essayer de plaire à mon père. Je me sens beaucoup plus compositeur que trompettiste. Finalement, j’ai essayé de trouver ce qui me plaisait dans la trompette : c’est un instrument qui ouvre de nouvelles voix dans la musique. Du coup, je le garde… et c’est marrant parce que la verve créative est beaucoup plus forte dans la contrainte.

Il faut dire qu’Ibrahim ne joue pas de n’importe quelle trompette. Il utilise la trompette à quart de ton que son père a inventé. A 22 ans, son père était paysan dans la montagne libanaise, c’est à cette période qu’il découvrit la trompette. Six ans plus tard, Nassim Maalouf devint élève de Maurice André (trompettiste de renommée) au conservatoire de Paris. Il eut alors le génie et l’audace de rajouter un quart de ton.

Ibrahim Maalouf : Mon père n’est pas le seul à jouer de cet instrument, il est le seul à jouer de la musique arabe avec cet instrument. S’il n'y avait pas cette nouveauté dans l’instrument qui permet de jouer la musique arabe, s’il n’y avait pas ce petit piston en plus sur la trompette, je pense que j’aurais abandonné cet instrument. C’est ce qui permet, je pense, de joindre une partie énorme de ce que j’ai à dire. C’est de cet héritage là dont je me sens le plus fier.

Outre ses remarquables prestations scéniques, l’artiste revêtit la blouse de professeur tous les lundis ; il enseigne la trompette classique à Aubervilliers. Et chaque année, il consacre dix jours à son projet A.I.T.A. (Académie Internationale de Trompette Arabe). Projet pour lequel il reçoit ses élèves dans son village au Liban, afin de leur transmettre les différentes manières – nombreuses et subtiles – de jouer la musique orientale. Lorsqu’on le questionne sur le sujet de la transmission de savoirs, voici ce qu'il répond...

Ibrahim Maalouf : C’est important parce qu’on est tous l’élève de quelqu’un. Ce serait triste le jour où je ne serais plus là... J’aurai l’impression d’avoir raté une partie de ma vie si je ne transmettais pas à des gens tout ce que l’on m’a appris, je trouverai cela super égoïste en fait, d’être passé par là, d’avoir pris plein d’informations et… (il mime le geste de partir), allez j’me barre ! (rires)

Peux-tu me parler de ton dernier et troisième album Diagnostic ?

Ibrahim Maalouf : L’ensemble de mes trois albums m’ont permis de m’émanciper, c’est ma crise d’adolescence. Diagnostic est une auto-thérapie. Regarde, je suis sur un fauteuil là. Ah, ah ! (rires) En créant cet album j’ai tourné une page, je me suis détaché de plein de complexes, de plein de peurs, du regard de mes proches, etc. J’ai voulu aller à l’essentiel, et donner aux gens qui m’entourent leur vraie valeur. C’est une sorte de bilan, je n’ai plus besoin de prouver quoi que ce soit maintenant. Chacun des titres de l’album et ce, par paire est dédié aux personnes très proches de ma famille. Ma mère, mon père, mes deux sœurs, ma fille et ma femme bien sûr, à qui je dédie le diagnostic final. Evidemment, je ne pouvais oublier Beirut, ma ville natale.

J’ai considéré cette musique comme une conclusion. Je suis arrivé à l’essentiel. Cela représente presque dix ans de ma vie, passés à construire ma musique pour me construire. Maintenant, je commence à vivre ma vie, d’homme et de musicien.

En disant ces mots, le visage d’Ibrahim s’illumine.

Lors des Victoires du Jazz 2010, tu remportes le prix de la Révélation instrumentale. Cela t’a ancré dans la catégorie Jazz, ce que tu ne revendiques pas forcément.

Ibrahim Maalouf : C’est un débat mais vous ne pouvez même pas imaginer l’ampleur de ce débat ! Je tombe régulièrement sur des blogs où je me fais insulter par des gens du Jazz. Alors que, je n’ai jamais prétendu être un jazzman. Certains considèrent que je fais partie d’une nouvelle mouvance qui amène de nouvelles couleurs comme d’autres l’ont fait avant moi et continueront à le faire alors que d’autres sont radicalement contre et préfèrent considérer le jazz comme une musique classique américaine qui commence là et s’arrête là. Le jazz est peut être une musique actuelle, qui peut continuer à évoluer. Moi, en tout cas, je ne revendique rien.

Ibrahim lit une citation de Charlie Parker...

Ibrahim Maalouf : "La musique, c'est ta propre expérience, tes propres pensées, ta propre sagesse. Si tu ne la vis pas, elle ne sortira pas de ton instrument. On t’enseigne qu'il y a une frontière de la musique. Mais il n'y a pas de frontières en art".

En ce moment je trouve qu’on vit une période inquiétante où il y a trop de communautarisme aussi bien dans la vie que dans l’art. Le seul courant musical où il n’ya pas vraiment ça (nb : ces fameuses frontières musicales), c’est le hip-hop. J’en écoute beaucoup en ce moment parce que j’ai découvert cette ouverture d’esprit et je suis assez bluffé. Maintenant j’ai vraiment envie qu’on se mélange tous. Il faut que l’on travaille ensemble, que l’on crée un truc uni. C’est pour cela que je m’ouvre à d’autres styles musicaux, j’écoute plein de choses différentes, je m’en imprègne, je respire…

Par exemple tu as écouté quoi dernièrement ?

Ibrahim Maalouf : J’écoute une chanteuse asiatique, je ne sais même plus comment elle s’appelle. Elle est entouré de très bons musiciens tels que Stefano Bollani, Stefano Di Battista… et c’est incroyable.

Ton prochain album est déjà prêt ?

Ibrahim Maalouf : Oui, mon prochain album a été enregistré il y a 6 mois, il sortira en mars 2013, avec des sonorités beaucoup plus jazz, formation quintet référence à Miles Davis…

Interview menée avec la collaboration de Michel Mathais pour Jazz Rhône Alpes.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Ibrahim Maalouf
Le Myspace de Ibrahim Maalouf

Crédits photos : Eric Ségelle (Retrouvez toute la série sur Taste of Indie)


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# 12 juillet 2020 : Un air d'été

On entre dans la saison des vacances, pour vous comme pour nos chroniqueurs. Vous nous retrouverez tout l'été quand même avec des éditions web plus légères et toujours notre Froggy's TV bien sûr avec La Mare Aux Grenouilles et plein d'autres émissions. c'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

La Mare Aux Grenouilles #6, sommaire et replay
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.

Au théâtre :

en salle :
"Littoral" au Théâtre de la Colline
"Karine Dubernet - Souris pas" au Point Virgule
et dans un fauteuil de salon :
des créations :
"Yvonne princesse de Bourgogne" par Jacques Vincey
"Lucrèce Borgia" par Lucie Berelowitsch
"La Dernière neige" de et par Didider Bezace
"Pinocchio" de Joël Pommerat
"Soulever la politique" de Denis Guénoun
"Je marche dans la nuit par un chemin mauvais" de et par Ahmed Madani
Au théâtre ce soir :
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"Le Tombeur" de Robert Lamoureux
"Une cloche en or" de Sim
du boulevard :
"Si c'était à refaire" de Laurent Ruquier
"Face à face" de Francis Joffo
du côté des humoristes :
"Bernard Mabille sur mesure"
"Christophe Alévêque est est Super Rebelle... et candidat libre !"
et finir l'Opéra :
avec du lyrique :
"Le Balcon" de Peter Eotvos par Damien Bigourdan
"Orlando furioso" de Antonio Vivaldi par Diego Fasolis
"La Flûte enchantée" de Mozart par Romeo Castellucci
et du ballet avec deux créations étonnantes : "Raymonda" de Marius Petipa et "Allegria" de Kader Atto

Expositions :

les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma at home avec :
le cinéma contemporain
"A woman at war " de Benedikt Erlingsson
"Lulu" de Uwe Janson 
"L'Apotre" de Cheyenne Carron
"La tendresse" de Marion Hänsel
"Crawl" de Herve Lasgouttes
"Nesma" de Homeïda Behi
le cinéma culte des années 1920 :
"Le cuirassé Potemkine" de Sergueï Eisenstein
"Nosferatu le vampire" de Friedrich Wilhelm Murnau
"Le Cabinet du docteur Caligari" de Robert Wiene
"Les Deux Orphelines" de D.W. Griffith
et l'entre deux avec les années 1970 :
"Mado"de Claude Sautet
"La Traque" de Serge Leroy
"La femme du dimanche" de Luigi Comencini
et retour au 2ème millénaire avec de l'action :
"Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie" de Jan De Bont
"Blade Trinty" de David S. Goyer
avant de conclure en romance avec : "Un havre de paix  de Lasse Hallström

Lecture avec :

"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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