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Steve Tesich  (Editions Monsieur Toussaint Louverture)  février 2012

Karoo, c’est un roman... de Steve Tesich. La vie de Tesich est à elle seule un roman du 20ème siècle et influence largement le contenu de son dernier ouvrage Karoo. Steve Tesich est né en Yougoslavie. Son père, en rébellion contre l’armée de Tito, a trouvé refuge en Angleterre avant de réunir toute sa famille à Chicago. Steve a 14 ans. Les Etats-Unis sont son eldorado, son paradis, son rêve mythique, en peu de temps, il apprend la langue, puis devient lutteur, cycliste, diplômé de littérature russe, abandonne son doctorat pour se consacrer à l’écriture. Le rêve Américain n’a pas de limite. Il écrit des chansons, puis plusieurs pièces, et des scénarios pour Hollywood. Il devient oscarisé, bankable. Une épopée américaine incroyable, couronnée de succès. Et pourtant… à mesure que sa carrière avance et que l’écriture emplit sa vie, sa vision de l’Amérique s’assombrit jusqu’à devenir critique, amer et… déçue. Son second et dernier roman, Karoo est une charge virulente contre cette Amérique et ses marionnettes d’Holywood, dernier jaillissement brillant, à la fois personnel, émouvant et d’une puissance sans pareil. Il achèvera quelques jours avant de décéder d’une crise cardiaque Karoo, succès immense, comme pour terminer le scénario de sa vie sur un dernier rebondissement…

Karoo, c’est Saul Karoo, consultant pour Hollywood, riche quinqua désabusé, alcoolique, gros fumeur, cynique, vieux beau, "écrivaillon" qui retravaille les scénarios des autres pour les rendre plus vendeurs, attrayants. Notre "script doctor" est criblé de tares émotionnelles, s’embourbe dans un divorce qui n’en finit pas et gère comme il le peut une non-relation avec son fils adoptif.

Il se dit lui-même malade, mais de bien étranges maladies : une incapacité à s’enivrer, ce qui est dramatique pour un alcoolique et une phobie de l’intimité qui l’incite à n’aborder de discussions personnelles qu’en public, ou plutôt avec un public, comme pour mieux scénariser et mettre en scène sa propre vie. Sa maladie de l’objectivité par ailleurs, le rend cynique et lâche aux yeux du monde, l’obligeant à analyser et analyser, de manière la plus objective qui soit, tous les faits qui se présentent à lui, y compris les plus personnels, jusqu’à les rendre neutres, distants, déconnectés de lui-même et donc sans conséquences. "Plus j’hésitais et plus je souffrais pour un acte que je savais que je commettrais, plus j’approchais de l’acceptation. Ma sauvage autocritique me permettait de poursuivre…".

C’est ainsi que nous suivons Saul Karoo dans les dédales de son esprit malade et de son réseau de relations. Tout basculera quand il trouvera acceptable de saccager un petit chef-d’œuvre du septième art, en retravaillant le scénario et le montage, pour y favoriser l’émergence d’une jeune actrice et la rapprocher de son fils biologique. La descente est chaotique, le livre brûle les mains d’un humour acide. Les rebondissements accélèrent la dégringolade vers l’inexorable destin d’un homme tordu. C’est remuant et repoussant, dérangeant et jouissif !

Karoo, c’est une construction à dégringoler. Une montagne russe à l’américaine. Dans la première partie du roman, pas à pas, nous construisons notre connaissance du monde de Saul Karoo. Petit à petit les unités de temps de lieu prennent place. Au fur et à mesure des pages nous découvrons l’époque, l’environnement social, qui est Saul, son métier, sa femme… Une fois la construction terminée, c’est la grande sape ! Le procédé littéraire est imparable ! D’avoir avancé avec l’auteur dans la construction et la compréhension du contexte et de la vie du personnage nous lie définitivement à lui et l’effondrement n’est est que plus dur.

Karoo, c’est un regard sur l’homme et ses lâchetés. Ce n’est pas l’histoire d’un lâche, c’est l’histoire de tout le processus de construction des petites et grandes lâchetés du quotidien. Saul Karoo est-il plus lâche que nous ? Pris dans son rôle, il joue ce qu’on attend de lui et ainsi nous l’accompagnons dans son observation et sa compréhension cynique des mécanismes qui le poussent à agir. "La beauté des banalités […], c’était qu’elles vous permettaient d’être quelqu’un pendant un moment. L’horreur de la vérité, c’était qu’elle ne vous le permettait pas". L’engrenage broie les bonnes intentions et les vertueuses idées. Les pires salauds s’avèrent objectivement peu condamnables par leurs actes, quand ce pauvre Saul se vautre dans l’infamie. Et nous, lecteurs omniscients, un peu Karoo à la fois, nous sombrons à ses cotés. Partageant ses névroses et ses pensées, nous comprenons logiquement Saul et nous chûtons avec lui, complices et victimes. La noirceur nous poursuit, c’est un peu la nôtre. C’est la réussite du roman : victime nous voudrions rejeter ce qui nous gène, mais c’est ici, en nous, et complice nous ne pouvons plus réprimer cette attirance morbide, qui fait défiler les pages, au point de devoir freiner la lecture pour poursuivre, encore, l’ivresse de la chute.

"La vérité, me semble-t-il, une fois encore, a perdu le pouvoir, du moins le pouvoir qu’elle avait, de décrire la condition humaine. Maintenant ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes."

Karoo, c’est un livre, un livre qui "ne mesure que 140 mm de largeur sur 195 mm de hauteur. Pourtant la chute qu’il raconte est vertigineuse…" comme le précise la maison d’édition, Monsieur Toussaint Louverture. Si, on l’aura compris, Karoo est un ouvrage qui compte parmi les plus belles surprises de 2012, c’est aussi un objet magnifique. Saluons l’excellent travail de cette petite maison d’édition militante qui nous offre quelques pépites oubliées de la littérature, dans de magnifiques écrins. L’objet livre est beau. La couverture est frappée et le relief attire le regard autant que le bout des doigts. Tout est beau et agréable, du papier aux petits points de la pagination, du format à l’illustration. Le tout confère à la lecture un caractère confortable d’exception. Un beau travail d’édition, à souligner, qui nous offre Karoo seize ans après sa rédaction et le présente de la meilleure manière.

Karoo, c’est une histoire et une histoire de l’histoire… et rien ne pouvait se passer comme prévu, décidemment…

Karoo, c’est… à lire ! En toute subjectivité et avec ivresse…

 

Cyril Hortala         
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# 25 octobre 2020 : Tous aux abris

Couvre feu encore plus contraint, nouveau confinement, tout est possible et tout est à craindre pour la culture. Restons groupés comme dirait Bernard Lenoir. Nous continuons évidemment de vous proposer chaque semaine notre sélection culturelle. Et bien entendu, découvrez le replay de La Mare Aux Grenouilles #13 de ce samedi 24 octobre

Du côté de la musique :

"Labyrinth" de Khatia Buniatishvili
"Contrasts", la 3eme émission de la saison 2 de Listen In Bed
"Dreamer" de Rosaway
"No future" de Samarabalouf
"Verdure" de The Hyènes
"Got the manchu" de We Hate You Please Die
et toujours :
"Armand-Louis Couperin : pièces de clavecin" de Christophe Rousset
"Ce qui suit" de Mondo Cane
"Awaiting ship" de Dominique Fillon Augmented Trio
"Soné ka-la 2 odyssey" de Jacques Schwarz Bart
"Killing Eve + Australie" nouveau mix de Listen in Bed
"LP2" de Pointe Du Lac
"Jorn" de Box Bigerri

Au théâtre :

une nouveauté :
"Tout Dostoievski" au Théâtre Le Lucernaire
des comédies pour rire et sourire :
"On purge bébé" au Théâtre de l'Atelier
"Les Faux British" au Théâtre Saint-Georges
"Dernier coup de ciseaux" au Théâtre des Mathurins
"Crise de nerfs" au Théâtre de l'Atelier
"De quoi j'me mêle" au Théâtre d'Edgar
"Mon meilleur copain" au Palais des Glaces
les reprises :
"Françoise par Sagan" au Théâtre L'Archipel
"Caroline Loeb - Chiche !" au Théâtre L'Archipel
"Play Loud" au Théâtre La Flèche
"Vous pouvez ne pas embrasser la mariée" à la Comédie des 3 Bornes
"Des Femmes" au Lavoir Moderne Parisien
"Comment épouser un milliardaire" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec :
"Voyage sur la route du Kikosaido - De Hiroshige à Kuniyoshi" au Musée Cernushi
"Pierre Dac - Du côté d'ailleurs" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme
"Gabrielle Chanel - Manifeste de mode" au Palais Galliera
"L’Age d’or de la peinture danoise (1801-1864)" au Petit Palais
"Man Ray et la mode" au Musée du Luxembourg
"Victor Brauner - Je suis le rêve. Je suis l'inspiration" au Musée d'Art Moderne de Paris
"Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris

"Alaïa et Balenciaga - Sculpteurs de la forme" à la Fondation Azzedine Alaïa

Cinéma :

en salle :
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at home :
"India Song" de Marguerite Duras
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Lecture avec :

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