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Dominique Fernandez  (Editions Grasset)  novembre 2012

Dominique Fernandez écrit L’Etoile rose en 1978, soit dix ans après les évènements de mai 1968. Il est poussé à l’origine par le besoin de se faire connaître auprès de sa mère, à qui il n’a jamais osé dévoiler sa vie intime. C’est un aveu empreint de douceur et d’amour, rassurant, où il lui démontre que sa vie, la vie d’un homosexuel ne tombe pas nécessairement dans le sensationnel ou dans la marginalité : une vie qui est celle de tous, avec ses amours et ses souffrances. Loin de toutes les représentations alarmistes pour une mère. Pourquoi faudrait-il qu’il change ?

"Il faudrait dénoncer, comme un symptôme névrotique caractérisé, la peur et la haine que nous inspirons. Les homophobes : voilà les vrais malades de notre société, les seuls "patients" à guérir. D’où vient l’homophobie ? Peut-on en venir à bout ? Par quels moyens ? Ce seraient là des questions bien plus intéressantes, que de se demander, en pleurnichant, si nos pères épluchaient les légumes à la cuisine, pendant que nos mères nous bordaient dans nos lits." (pages 488 et 489)

Alors l’auteur sait-il qu’une épidémie mal définie commence à faire l’objet de recherches médicales. L’Etoile rose ne fait aucune allusion au SIDA.

Le récit de Dominique Fernandez est le témoignage d’amour de David pour Alain, qu’une vingtaine d’années sépare. Un témoignage qui se propose de renverser la fatalité de la longue litanie des passions qui se parachèvent dans la mort. Il décrit l’amour subversif qui heurte la rigidité des normes sociales, l’amour qui fond au hasard au mépris des bienséances et des contrats matrimoniaux.

"Rien ne serait plus amer de penser qu’un amour ayant bravé la différence des âges, nié la séparation des sexes, défié les conventions sociales, vaincu la culpabilité intérieure, éteint la malédiction de la race, doive être pour finir la victime du temps, de l’usure (...) Je t’aime à jamais." (page 510)

David-Dominique est né trop tôt dans le siècle. Pendant sa jeunesse il lui faut se cacher pour préserver sa mère, sa situation sociale… pour ne pas mourir. Qui sont ces hommes qui aiment les hommes, ces femmes qui aiment les femmes ? De quels désordres sont-ils le produit ? De quelle souillure menace-t-il le corps social ? Ils sont persécutés, manipulés, analysés, empêchés d’être jamais ce qu’ils sont : torturés de désirs, tourmentés par le châtiment attendu, espéré, souvent soustraits à eux-même.

Alain a vingt ans en mai 68, il est brillant, engagé et enragé. Les étudiants questionnent la société héritée de leurs parents. Ils inscrivent "jouir sans entrave" sur les murs. La parole se libère, les désirs se formulent, l’étroitesse de la vie bourgeoise, individualiste et confortable promise à la fin des études ne suscite que le dégoût. L’interdiction d’accéder pour les garçons aux chambres des filles déclenche la révolte, celle d’une jeunesse qui se découvre forte, unie et drôle.

Alain est de ceux qui ne se retournent pas sur leur passé, qui n’ont pas d’histoire. Il regarde la vie devant lui : une vie riche de promesses sur les ailes d’un désir irréfréné. Il est de toutes les marches, de tous les débats, s’engage auprès du FAHR (Front d’action homosexuelle révolutionnaire) afin que la lumière tourne enfin sur ceux restés trop longtemps dans l’ombre.

L’Etoile Rose est le récit de deux vies dans le siècle. Pourquoi l’Etoile Rose ?

Dominique Fernandez se souvient que les nazis envoient tous les hommes soupçonnés d’homosexualité dans les camps d’extermination. A côté des juifs qui portent l’étoile jaune, l’étoile de David, ils marquaient les homos d’un triangle rose. David, prénom du roi des juifs dans l’Ancien Testament, a dû se dissimuler pour ne pas être inquiété pendant l’occupation, lui élevé auprès d’une mère bretonne catholique. Homosexuel ou juif, perçu comme autre, comme traître en puissance.

Dans le roman, L’Etoile rose est une pitoyable reine de soirée, trop masculine, trop hystérique, alliance de grotesque et de majesté. L’homosexuel toléré dans les cabarets, dans les spectacles de transformistes qui n’existe déjà plus au petit jour.

L’Etoile annonce un nouveau voyage, une nouvelle chance pour ceux qui naîtront après lui, affranchi de la honte et du soupçon. Afin de préparer le chemin, il se dévoile pour ce qu’il est, ce pour quoi il vibre en tant qu’homme, corps vivant, aimant. Il se retourne vers l’adolescent qu’il était, pour l’adolescent qu’il ne connaît pas en écrivant ce qu’il n’a jamais lu dans aucun livre, que les homosexuels sont vivants, qu’ils ne trainent pas leur vie comme un fardeau, qu’ils s’organisent, qu’ils sont en nombre, comment ils se reconnaissent, où ils se draguent, comment ça se passe pour eux à New York ou au Luxembourg. Cet adolescent qui ne reconnait dans les peintures, les romans, la Bible, la psychologie, les discours des professeurs que des signes pour s’affliger et pleurer sur sa condition : il lui tend les armes ou le guide de voyage pour se construire et s’estimer.

Comme s’il était temps de sortir de l’ombre, de commencer à étudier la condition homosexuelle, à se pencher sur son histoire, ses avancées, ses pas à reculons, ses figures politiques ou culturelles, à ne plus cacher Albert sous Albertine. Dans cette même veine, citons pour mémoire les œuvres de Guy Hocquenghem, Jean-Louis Bory, Guillaume Dustan…

Ecrit en 1978, L’Etoile Rose reflète les tensions, les oppositions d’idées au sein de la communauté. Comme si la libéralisation des mœurs cachait quelques revers.

"Creuser pourquoi tout ce que Patrick a présenté l’autre jour (un "programme" fondé sur notre "dignité"), tout ce qu’il réclame avec une obstination polie (plus de "justice" et de "protection" sociale) me paraît à la fois raisonnable, élémentaire, hors de discussion, conforme aux souhaits de nous tous, non moins qu’aux droits fondamentaux de l’homme et – comment dire ? – étriqué, insuffisant, inadéquat, presque démodé. Nous n’avons pas à nous fondre tranquillement et sans bruit dans la société. Laquelle ne demanderait pas mieux. (...) En échange de garanties substantielles et indispensables, nous perdrions quelque chose dont nous sommes seuls à détenir le secret. Quoi au juste ? Certainement pas "le sens tragique de la vie", conséquence directe de deux mille ans d’oppression. Mais quoi donc ? Difficile de préciser un sentiment, encore vague dans mon cœur, mais très fort." (page 424)

Qui va s’adapter et à quoi ou à qui ? Comme ceux ne seront décidément jamais à suivre la moindre Gay Pride, ceux qui tiennent à leurs petits arrangements avec la société, à leur duplicité et leur invisibilité.

"Je sais qu’il y a aujourd’hui un tas de petits cons qui voudraient changer le monde pour avoir le droit de crier partout qu’ils sont pédés. Et alors ? Depuis que le monde est monde est-ce que qu’on ne s’est pas toujours débrouillés ? (…) Ils me font rire, avec leurs prétentions à la dignité, à la fierté (…)

Tu comprends, mon cher, ils nous embêtent, avec leur soif de se montrer tels qu’ils sont. Aucun homme politique, de quelque bord qu’il soit, ne mettra jamais dans son programme la défense des homosexuels. Pour quelques voix gagnées, il se mettrait à dos la plus grande partie de son électorat. Et du reste, pourquoi prendre leur défense ? Depuis que le monde est monde, il n’y a que les imbéciles qui n’arrivent pas à s’amuser. Chacun n’a qu’à s’arranger avec ses petites affaires personnelles, sans emmerder les autres avec ça." (page 359)

L’Etoile rose est un livre important, d’une actualité confondante. Les idées, les débats ici ouverts sont loin d’être refermés, nous le constatons tous les jours : l’homophobie est toujours vivace. Quelques avancées en Europe pour l’égalité des droits ne sauraient faire oublier la condamnation sans appel des homosexuels/ homosexuelles en Afrique ou en Asie.

 

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La chronique de "Pise 1951" du même auteur


Sandrine Gaillard         
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# 5 juillet 2020 : Un avant goût de vacances

il fait (presque) beau partout, on sort un peu de chez nous, on voit nos amis, on pense aux vacances. Chez Froggy's on continuera tout l'été à vous alimenter en culture mais ce sera peut être un peu plus calme. En attendant, voici le sommaire et bien sûr le replay de La Mare Aux Grenouilles #5 !

Du côté de la musique :

"Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.
et toujours :
"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"La Putain respectueuse" par Gérard Gélas
"Dracula Asylum" par Felicien Chauveau
"L'Homme qui rit" par Gaële Boghossian
"Cage" par Jacques Bellay
"Kyste" de et par Eloïse Hallauer et Camille Soulerin
et une pépite : "Jimmy's blues" de James Baldwin par Nicolas Repac et Anouk Grinberg
du théâtre moderne :
"Vient de paraître" d'Edouard Bourdet par Jean-Paul Tribout
"La vie de Galilée" de Bertold Brecht par Eric Ruf
le répertoire classique par la Comédie français d'hier et d'aujourdhui :
"Le Mariage de Figaro" de Beaumarchais
"On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset
Au Théâtre ce soir :
"Les Petits oiseaux" d'Eugène Labiche
"La Reine Blanche" de Barillet et Grédy
"Les Petites têtes" d?André Gillois
des comédies :
"L'Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim
"Jeux de mots bêtes pour gens laids" autour de textes de Bobby Lapointe
"Pochettes Surprise" de Jacky Goupil
du côté des humoristes :
"Jean Luc Lemoine - Au naturel"
"Moustapha El Atrassi - Second degré"
du théâtre visuel avec "L'Avare" par la Compagnie Tàbola Rassa
et enfin du théâtre lyrique avec"Ercole Amante" de Francesco Cavalli par Christian Hecq et Valerie Lesort

Expositions :

les réouvertures de la semaine :
le Musée d'Art Moderne dela Ville de Paris avec les collections permanentes de "La Vie Moderne" dans sa nouvelle présentation et la salle Matisse
le Musée Rodin
le Musée national des Arts asiatiques-Guimet
le Musée Cognacq-Jay et le Musée du Louvre
et les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :
en salle "L'Envolée" de Eva Riley
at home avec :
du thriller :
"La Isla minima" de Alberto Rodriguez
"La Onzième heure" de John Lyde
de la romance :
"La revanche d'une blonde" de Robert Luketic
'"Aime-moi comme je suis" de Stephan Meyer
"Coup de foudre en cuisine" de James Hacking
du drame :
"L'ombre du doute" d'Aline Issermann
"Tout va bien on s'en va" de Claude Mouriéras
"Henri" de Yolande Moreau
Ciné-Club français des années 60 :
"L'Insoumis" d'Alain Cavalier
"Le Chien" de François Chalais
"La Voleuse" de Jean Chapot
"Les Ennemis" d'Edouard Molinaro
et des raretés :
"Le Champignon des Carpathes" de Jean-Claude Biette
"King of the White Elephant de Sunh Vasudhara

Lecture avec :

"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson
et toujours :
"Be my guest" de Priya Basil
"De Gaulle sous le casque" de Henri de Wailly
"La faiblesse du maillon" de Eric Halphen
"Les jours brûlants" de Laurence Peyrin

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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