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puce Bouvard et Pécuchet
Théâtre le Lucernaire  (Paris)  février 2013

Comédie dramatique d'après l'oeuvre éponyme de Flaubert, adaptation et mise en scène de Vincent Colin, avec Philippe Blancher et Roch-Antoine Albaladejo.

Avant que les deux compères imaginés par Flaubert entrent en scène, on peut légitimement avoir une certaine appréhension : est-ce une bonne idée d’adapter pour la scène cette somme foisonnante, ce grand roman de la "bêtise" qui a épuisé son auteur au point qu’il a pu dire que cette bêtise l’avait tué ?

En outre, on sait que "Bouvard et Pécuchet" est une œuvre inachevée, qu’il est donc difficile de savoir où Flaubert voulait vraiment en venir, s’il se moquait de ses deux puits de science amusante provoquant catastrophe sur catastrophe en accumulant les expériences calamiteuses ou s’il n’en faisait pas des héros modernes, les premiers anti-héros annonçant le Bardamu de Céline ou le Joseph K de Kafka.

Mais le doute se dissipe dès que Bouvard rencontre Pécuchet sur un banc et que les deux copistes constatent que chacun a son nom marqué à l’intérieur de son chapeau ou de sa casquette. C’est la voix-off d’Edith Scob qui lit le génial début du roman de Flaubert. Pendant ce temps-là, Bouvard s’assoit devant un micro et Pécuchet fait de même.

Quand ils commencent à se parler, on n’a déjà plus de doute : Vincent Colin a trouvé le ton juste. Son adaptation de la phrase flaubertienne est fluide, légère. Il la restitue sans la recopier, la teinte d’humour, l’allège de toute pesanteur naturaliste, en extrait les phrases les plus savoureuses.

De leur côté, les comédiens ont compris qu’ils ne devaient pas être des caricatures d’autodidactes frôlant le ridicule dans leur prétention à atteindre les cimes encyclopédiques. Bouvard et Pécuchet ne sont pas si bêtes que ça ; c’est leur ambition homaisienne ou prudhommesque, leur foi dans un progrès qui devient odieux par son extrême matérialisme, qui tutoie les sommets de l’absolue bêtise.

Roch-Antoine Albaladéjo et Philippe Blancher trouvent d’emblée l’évidence de leurs personnages. On leur saura gré de ne pas avoir cherché à tirer Bouvard et Pécuchet quelque part entre le poétique et le pathétique.

Dans sa mise en scène, Vincent Colin ne s’est toléré aucun temps mort. C’est donc tambour battant que l’on va suivre les tribulations picaresques et burlesques de Bouvard et de Pécuchet.

Et le rire va être souvent au rendez-vous. Pas simplement grâce au texte, mais aussi grâce aux astuces utilisées par Vincent Colin et par son "créateur sonore", Thierry Bertomieu. Car ce spectacle bénéficie d’une "bande-son" d’une rare qualité. Les actions des deux ostrogoths sont bruitées avec finesse, notamment celles qui se déroulent "hors champ".

On peut l’affirmer en employant le ton délicieusement emphatique des deux bonshommes : on est devant une proposition qui paraît modeste de facture, mais qui ajoute au théâtre, rien de moins que les acquis radiophoniques et cinématographiques !

On sera imparablement épaté par l’intelligence de ce spectacle sur la bêtise. Vraiment tout est léger et de bon goût dans cette adaptation limpide et jouissive de "Bouvard et Pécuchet". Elle fera à la fois connaître l’œuvre de Flaubert et aimer le théâtre.

Une vraie réussite à ne pas manquer.

 

 

Philippe Person         
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Du côté de la musique :

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"Let my people go" de Archie Shepp & Jason Moran
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"Glowing in the dark" de Django Django
"My shits" de Dye Crap
"Medicine at midnight" de Foo Fighters
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"Alors quoi" de Meril Wubslin
"Old western star" de Nico Chona & the Freshtones
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"Debbie et moi" de Thomas Cousin
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"Tango" de Pascal Contet
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