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puce Festival Les Paradis Artificiels #7 (édition 2013) - mercredi 10 avril
La Femme - Bonaparte  (Le Grand Mix, Tourcoing)  du 8 au 18 avril 2013

En sortant du Grand Mix, ce soir là, je me suis questionnée sur les deux personnages que je venais d’écouter, de voir : La Femme et Bonaparte. Les courants musicaux sont-ils d’éternels recommencements ?

D’abord, j’ai fait la rencontre de La Femme. Je croyais, avant de la retrouver, qu’elle serait seule sur scène, émancipée, brandissant sa brique féminine musicale quasi a capella ou femme-troubadour, multi-instrumentiste. Et puis ILS sont entrés sur scène. Fin fatale de la femme. La Femme est bien un groupe à part entière composé de plusieurs maillons. Ils sont trois claviers/parfois guitaristes et deux sections percussion. En tout et pour tout, il y a UNE femme, celle qui donne de sa voix. Mais pourquoi donc ont-ils choisi un tel nom alors ? Parce que c’est elle, qui tient la culotte ? Parce qu’il y a quelques décennies, la question de l’émancipation était en débat ? Ou peut-être est-ce parce que le groupe aime éperdument Gustave Courbet ? A l’heure où le monde de l’art éclate et fustige la thèse de Jean-Jacques Fernier : il a, semble-t-il, retrouvé la tête de "l’origine du monde", La Femme a, il faut bien l’avouer, été visionnaire en proposant en couverture de leur premier E.P. l’hommage délicieusement provocant de Courbet.

Mais depuis cet E.P., La Femme a fait de la route et sorti son premier album Psycho Tropical Berlin. Elle a donc la tête bien vissée sur les épaules mais pas de celle de la fin du 19ème siècle. Elle ressemblerait plutôt à une icône de mode des années 60. Même robe hypnotique, même coupe Playmobil, même mouvement de danse façon anguille. Est-ce une hallucination ou suis-je en train de voyager à travers les temps ? Le concert débute et mes hypothèses se confirment : on entre de plein pied dans leur machine à remonter le temps. 30 ans en arrière, feu Daniel Darc chantait "Monna" dans son groupe Taxi Girl, Etienne Daho chantait "Le grand Sommeil". La Femme aurait pleinement eu sa place dans les charts, parmi ces tubes.

La Femme est pourtant jeune mais a très clairement remis au goût du jour le genre pop à la française, entre claviers froids, boîte à rythme et guitare surf. Il n’y a pas à en démordre, l’ambiance que le groupe dessine sur scène est efficace. Le rythme est simple et entraînant : on frappe des mains, on dodeline de la tête, on tapote du pied. Les paysages sont hypnotiques, fantomatiques ou hawaïens. Et on y va même du thérémine ou du sitar pour fignoler l’ensemble. Je peux comprendre que les critiques adulent le groupe, qu’il y ait un public. Mais je n’accroche pas. Je souris du côté rétro, de la justesse hasardeuse des voix, des paroles conceptuelles et des humanoïdes, sur scène, qui se dandinent. Il n’y a clairement aucune émotion.

Alors quoi de neuf dans tout cela ? Je dirai pas grand chose : tout cela a déjà existé. Mais tout cela a été réadapté, réinvesti, construit et mérite de se bonifier avec le temps, de se transformer. Car si j’ai été un peu rude en live, je ne remets pas en cause l’esthétique de l’enveloppe musicale. C’est encore plus flagrant en regardant les clips du groupe. L’enregistrement studio y paraît aussi beaucoup plus net et juste. "Hypsoline" ou "2023" prennent tout de suite plus de consistance en images.

Et puis, j’ai rencontré Bonaparte.

Je suis entrée dans le hall, un type aux cheveux roses cherchaient des affiches : "c’est à moi qu’tu parles ?". Plus tard, sur scène, muni de son cache-oeil de pirate, j’ai compris que j’avais eu affaire à LE Bonaparte en personne.

Bonaparte, je le pensai despotique, vibrant, aboyant des ordres, seul, avec son armée de grognard. Apparemment, c’est presque cela... Derrière l’empereur se cache le suisse Tobias Jungt. Pièce maîtresse du groupe, il écrit seul, imagine seul l’ensemble, il est le leader... Mais, au fur à mesure, il s’est vite retrouvé entouré d’une troupe allemande variée, d’une vingtaine de personnes.

Tobias Jungt voulait faire ce qu’il aimait, une musique tirée au plus profond de lui-même, quasi divine. Le résultat en est déroutant. Comme il la désigne, c’est une musique physique, qui le transcende, lui, sa troupe et qui transcende le public. Lui et sa voix parfois Monthy Python-esque, chante des hymnes hédonistes, provocants voire révolutionnaires, comme l’illustre "Anti-Anti" ou encore Too much, sur punk electro-rock vibrant. Le dernier album s’intitule Sorry we’re open.

Mais le spectacle n’est pas qu’un concert de musique, c’est aussi une représentation théâtrale. C’est un tableau trash de la société, illustrant au mieux les pensées illuminées de Tobias. Les acteurs s’enchaînent et se déchaînent avec leurs costumes provocateurs. Seins nus, faux-sang, sexe, alcool et bonne bouffe. A ceux qui pensent au burlesque, faites attention à la colère de Bonaparte. Le groupe va bien au-delà. Chaque représentation est une sorte de photographie vivante, composée sur mesure pour chaque morceau. On peut la lire de manière superficielle et se dire que c’est barré. On peut y décrypter aussi de nombreux messages et se dire que c’est complètement barré.

On en revient à cette éternelle question. Quoi de neuf ? Bonaparte n’a pas révolutionné non plus la musique. Mais il a su redonner ses lettres de noblesses au théâtre musical et créer un univers visuel indissociable de sa musique. Les morceaux, en version studio sont étonnamment plus froids, plus électros. Le live donne un tout autre goût de l’ensemble : plus vif, plus démentiel, plus cathartique.

Je ne crois pas en la nouveauté de toute pièce, la nouveauté de rupture : le groupe révolutionnaire qui va chambouler tous les genres. Chacun pose sa brique musicale. Certains en posent une, voire plusieurs, d’autres en enlèvent, d’autres encore prennent celles du dessous pour les remettre au dessus. Et puis, un jour, quelqu’un passe par là et montre du doigt la construction d’ensemble. "Mais c’est génial !" dit-il en montrant la dernière brique.

Au final, La Femme et Bonaparte, en sont là. Mais à ceci près qu’ils font plus que jouer de la musique. Leur travail va au-delà : ils ont réussi à créer leur univers visuel qui leur colle à la peau et surtout à se révéler dans un personnage "universel".

Pendant combien de temps ? On verra s’ils tarissent avec le temps et les courants ou non.

 

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En savoir plus :
Le site officiel du Festival Les Paradis Artificiels
Le Myspace du Festival Les Paradis Artificiels
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Le site officiel de Bonaparte
Le Myspace de Bonaparte
Le Facebook de Bonaparte


Rachel Debrincat         
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# 17 novembre 2019 : 4 ans déjà

13 novembre 2015. inoubliable nuit de terreur dont on commémorait les 4 ans cette semaine. Un 13 novembre 2019 avec plein de concerts à Paris et un pincement au coeur pour beaucoup d'entre nous. Mais la vie continue, et elle doit continuer d'être culturelle et festive.

Du côté de la musique :

"L'année du loup" de Alma Forrer
"Lucarne" de Cassagrande
"Air India" de David Sztanke
"Immanent fire" de Emily Jane White
"Bach, Liszt, Wido : Organ works at La Madeleine" de Jae Hyuck Cho
"What's in it for me ?" le Mix numéro 4 de Listen In Bed
"Femme idéale" de Ludiane Pivoine
et toujours :
"We were young when you left home" de Tim Linghaus
"Glam shots" de Rich Deluxe
"Imago" de Manuel Etienne
"Women" la 4ème émission de notre podcast radiophonique Listen In Bed
"Silent scream" de Holy Bones
"Stregata / stregato" de Gilia Girasole & Ray Borneo
"Révolution" de David Kadouch
"Jusqu'ici tout va bien" de Bazar Bellamy
Lysysrata, It It anita et The Eternal Youth au Normandy

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"On s'en va" au Théâtre national de Chaillotl
"Les guêpes de l'été nous piquent encore en novembre - L'Affaire de la rue de Lourcine" au Théâtre de la Tempête
"Pièce" au Théâtre des Abbesses
"La Vie est belle" au Théâtre 13/Jardin
"Adieu Ferdinand ! Le Casino de Namur II" au Théâtre du Rond-Point
"Adieu Ferdinand ! - La Baleine et le Camp naturiste" au Théâtre du Rond-Point
"Bartleby" au Théâtre Essaion
"Un Vers de Cid" au Théâtre Essaion
"Julien Cottereau - aaAhh Bibi" au Théâtre Le Lucernaire
"Pour ceux qui parlent tout seuls" au Théâtre Darius Milhaud
des reprises :
"Et si on ne se mentait plus ?" à la Scène Parisienne
"Berlin 33" au Théâtre L'Atalante
"La Magie lente" au Théâtre de la Reine Blanche
"Je ne me souviens pas" au Théâtre Les Déchargeurs
"La Magie de l'argent" au Théâtre Aleph
"La vie devant soi" au Théâtre de Sartrouville
"G.R.AI.N. - Histoire de fous" à la Manufacture des Abbesses
"Evita - Le destin fou d'Evita Peron" au Théâtre de Poche-Montparnasse
et la chronique des spectacles à l'affiche en novembre

Expositions avec :

"Kiki Smith" à la Monnaie de Paris

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Les Eblouis" de Sarah Suco
la chronique des films à l'affiche en octobre
et la chronique des films à l'affiche en novembre

Lecture avec :

"L'affaire Lord Spenser" de Flynn Berry
"La curée d'après le roman d'Emile Zola" de Cédric Simon & Eric Stainer
"Les faire taire" de Ronan Farrow
"Mondes en guerre tome 2, l'âge classique" de Hervé Drévillon
"Résistante" de Jacqueline Fleury Marié
"Une histoire de France tome 1, La dalle rouge" de Michel Onfray, Thomas Kotlarek & JEF
et toujours :
"Profession romancier" de Haruki Murakami
"Feel good" de Thomas Gunzig
"Histoire mondiale de la guerre froide (1890-1991)" de Odd Arne Westad
"L'avenir de la planète commence dans notre assiette" de Jonathan Safran Foer
"L'écho du temps" de Kevin Powers
"Psychotique" de Jacques Mathis & Sylvain Dorange
"Une famille presque normale" de M T Edvardsson

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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