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Théâtre de la Colline  (Paris)  novembre 2013

Comédie dramatique de Peter Handke, mise en scène de Stanislas Nordey, avec Emmanuelle Béart, Claire Ingrid Cottanceau, Raoul Fernandez, Moanda Daddy Kamono, Olivier Mellano, Annie Mercier, Stanislas Nordey, Véronique Nordey, Laurent Sauvage, Richard Sammut et en alternance Zaccharie Dor, Cosmo Giros.

C'est l'histoire d'un retour, celui d'un homme qui a quitté sa classe sociale, son village, sa famille, et qui se retrouve projeté des années après son départ dans un univers auquel il n'aurait pas dû échapper s'il n'était pas devenu un intellectuel, peut-être un homme de lettres, voire un célèbre dramaturge.

Devant son frère ouvrier et sa sœur vendeuse, celui qui sait parler se tait, écoute, provoque la parole de ceux qui d'ordinaire se taisent ou n'ont pas voix au chapitre.

"Par les villages", pièce sans doute autobiographique écrite par Peter Handke au début des années 1980, parle d'un temps où l'après-guerre s'achève dans l'enrichissement général, le triomphe du matérialisme et la déshérence de ces villages qui ont perdu leur âme pour des désirs factices symbolisés par des gants en caoutchouc ou des appareils ménagers.

Peter Handke fait s'exprimer ses personnages dans de longues tirades qui tiennent de l'imprécation. La langue qu'ils emploient est enflammée, lyrique, imagée, métaphorique. Quand, trente ans après, Stanislas Nordey s'en empare, ce n'est pas pour l'inscrire dans un temps passé mais pour lui trouver des correspondances avec le monde d'aujourd'hui.

Dans une première partie, domine Hans, le frère ouvrier, pis encore le frère grouillot, celui qui va et vient entre chaque corps de métier, déjà marginal, déjà incompris, déjà d'une race vouée à la disparition.

Dans un beau décor de "cabanes de chantier" en tôle ondulée bleue, placée l'une contre l'autre en demi-cercle comme des chariots de western face à un invisible danger, conçu par Emmanuel Clolus, le voilà qui pousse un long cri, celui d'une classe qui construit les lotissements pour ces petits-bourgeois en ascension sociale qui vont causer à terme sa perte, son repli dans le silence de l'Histoire.

Stanislas Nordey s'est distribué dans le rôle de Hans. Dans la belle traduction, intense, poétique, de Georges-Arthur Goldschmidt, il se donne à fond dans un texte interminable qui saisit par sa force brute, par ce qu'il dit de la situation d'aujourd'hui.

Car Nordey est persuadé qu'en ces temps où règne la résignation des humbles, la dilution de leurs paroles au profit des amertumes de la classe moyenne, le texte de Handke a une résonance incomparable.

Dans cette partie, parole est donc donnée aux gens du BTP et précédant celle écorchée de Hans, l'intervention d'Annie Mercier, impériale en intendante du chantier, ajoute du poids à ce monde du travail, d'ordinaire si caricaturée et que Peter Handke sait, lui dont on oublie trop les origines plus que modestes, magnifier.

Viendra, ensuite, en contrepoint dialectique, une seconde partie moins exaltée, plus chaotique, dans un décor blanc compact censé cacher l'entrée du village originel de la fratrie composé de Hans, Albin et Sophie. Ici le village, replié sur lui-même, derrière un rempart, une presque bulle sans prise sur l'extérieur, paraît terriblement figé sur son passé, s'en remettant à des dieux antiques avec l'espoir qu'ils le préserveront de la disparition.

Les discours se font alors moins théoriques, ce n'est plue le cœur qui parle mais les rancoeurs, propices à d'autres monologues toujours aussi forts, aussi lourdement ancrés dans l'âme de ceux qui les récitent.

se souviendra du discours de la vieille dame jouée par Véronique Nordey, de celui de Sophie (Emmanuelle Béart), la sœur fragile qui cherche cependant à s'affirmer, et surtout du morceau de bravoure final, dans lequel la compagne du frère prodigue en appelle à une humanité renouvelée, lançant à la cantonade un hymne de fraternité, qui pourrait bien être la dernière chance avant les grandes catastrophes.

Claire Ingrid Cottanceau, qui a remplacé Jeanne Balibar qui jouait le rôle à Avignon, émeut dans ce long monologue, cet aimez-vous-les-uns-les-autres envers et contre tout. Une fois encore, une parole forte, incarnée, vient réduire à néant, et au bon moment, les doutes qui surgissent sur l'intérêt d'une pièce qui se déploie pendant trois heures, avec comme seule ponctuation les accords électriques de la guitare d'Olivier Mellano.

"Par les villages" est incontestablement un des plus beaux textes de Peter Handke. Stanislas Nordey a donc voulu avant tout qu'on l'entende et qu'on l'écoute. Les problèmes mesquins d'héritage qui occupent Hans, Sophie et Alibn lui ont paru anecdotiques. Son refus de ne pas théâtraliser leur conflit est un choix. Si l'on est sensible à la puissance des textes d'Handke, on y souscrira. Sinon, on refusera ce parti formel qui oublie que le théâtre c'est aussi un récit.

 

Philippe Person         
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