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Théâtre de la Colline  (Paris)  janvier 2014

Comédie dramatique de Henrik Ibsen, mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig, avec Suzanne Aubert, Christophe Brault, Rodolphe Congé, Claude Duparfait, Luce Mouchel, Charlie Nelson, Thierry Paret Chloé Réjon et la participation de Jean-Luc Winling.

Pour sa troisième incursion dans l'univers ibsenien, Stéphane Braunschweig a choisi "Le canard sauvage", opus complexe quant au registre, une sordide comédie de moeurs qui se développe en tragédie, au style, avec une intrigue naturaliste traitée sous la double focale de la métaphysique et du symbolisme avec la métaphore du “canard sauvage” et à la matière textuelle qui, usant de la dialectique, comporte plusieurs niveaux de langage.

De surcroît, le dramaturge norvégien y syncrétise nombre de ses thématiques récurrentes que sont principalement l'hypocrisie bourgeoise, le drame de l'intime, le secret de famille, l'enfer conjugal, la pression sociale et l'argent arme fatale, qu'il tresse autour de autour de la trame principale articulée autour du "mensonge vital".

En effet, pour illustrer sa théorie du bonheur illusoire conçu comme une construction fondée sur le mensonge portée par un de ses personnages - "Vous retirez le mensonge de la vie de personnes ordinaires, vous leur retirez en même temps le bonheur" - Henrik Ibsen y décline toute la palette du mensonge actif, consommé ou subi, de nécessité ou de confort, qu'il soit fausseté, déni, par omission, simple travestissement de la réalité ou véritable dissimulation, compromission ou mécanisme de compensation psychologique face au défaut d'adéquation entre la réalité et les aspirations, qui constitue une pratique universelle.

Tout commence par une novation iconoclaste de la parabole du fils prodigue, le retour du fils non pas pour rentrer dans le rang mais pour déboulonner le père érigé en statue du commandeur en consommant une rupture définitive avec la figure écrasante du père et la toute puissance paternelle.

Et cette entreprise, qui vise également à stigmatiser un comportement odieux responsable de la mort d'une mère adorée, se double d'une croisade menée par un doctrinaire obsessionnel atteint de la "folie de la transparence" dont il est devenu l'apôtre intégriste pour dénoncer les petits arrangements, qu'ils soient sociétaux ou personnels, et s'ériger en missionnaire du recouvrement des créances au nom de la vérité à la manière profane des indulgences pour le rachat des péchés.

Dans "Le canard sauvage", le présent est régi et anéanti par la résurgence du passé vieux de quinze années quand deux amis associés dans une entreprise forestière ont été pris dans la tourmente d'une vente délictueuse.

Un seul, Ekdal, a été condamné, honni, déclassé et ruiné. L'autre, Werle, archétype du "patron" du 19ème siècle dont l'absence de scrupules préfigure le cynisme du capitaine d'industrie capitaliste du 20ème siècle, est passé au travers des maillet du filet pénal et, par un acquis de conscience rétrospectif mais non sans contrepartie, a aidé le fils du premier à s'établir tout en lui arrangeant un opportun mariage avec sa domestique qu'il a engrossé.

Quinze ans après, le fils Werle vient "convertir" la famille Ekdal soudée autour de leur fille et du fameux canard sauvage à l'abri dans le "grenier" du grand-père en récusant leur vie heureuse basée sur le mensonge.

Pour mettre en scène le théâtre d'Ibsen qu'il qualifie de "théâtre de la contradiction profonde" et dans une adaptation resserrée et la traduction contemporaine d’Eloi Recoing qui contextualise le verbe ibsenien en le transposant dans le quotidien d'aujourd'hui, Stéphane Braunschweig a travaillé une proposition convaincante qui imbrique psychologisme et distanciation avec des parti-pris forts qui privilégient le mécanisme de la révélation attendue qui résulte d'un engrenage imperturbable aux allures de jugement dernier.

Le drame se noue dans un décor de boîte de bois blond représentant une spartiate pièce à vivre à la scandinave qui s'ouvre sur une petite forêt de sapins représentant le grenier du grand-père, jolie dualité scénographique conçue par Hervé Cherblanc, dans lequel officie une distribution émérite qui officie avec un grand naturel de jeu et une belle gestion des nuances qui écarte tout monolithisme archétypal.

Luce Mouchel, en gouvernante pétillante qui va se faire épouser par son employeur, Christophe Brault en médecin humaniste soigneur du moi, la pièce a été écrite à l'époque de l'émergence de la psychanalyse, et Thierry Paret, en voisin alcoolisé ancien étudiant théologie sont les personnages-témoins.

Les pères sont interprétés par Charlie Nelson, vieillard pathétique qui se réfugie dans l'imaginaire, et Jean-Luc Winling qui apparaît en vidéo. Face à Chloé Rajon convaincante en femme pragmatique qui accepte son destin et le statu-quo du non-dit, Rodolphe Congé campe parfaitement le faible dilettante et égoïste qui, entre déni ou aveuglement volontaire, se laisse vivre.

Et puis, tous deux au coeur du drame des enfants victimes, en des temps différents, des turpitudes des adultes, Suzanne Aubert, lumineuse dans le rôle de la victime sacrificielle, et Claude Duparfait magistral dans le rôle du trublion qui, sous des airs de candide illuminé, manifeste une remarquable rouerie tartufienne.

 

MM         
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Du côté de la musique :

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"Got the manchu" de We Hate You Please Die
et toujours :
"Armand-Louis Couperin : pièces de clavecin" de Christophe Rousset
"Ce qui suit" de Mondo Cane
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