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puce Le péche suédois - Elvira Madigan - Adalen 31
Bo Widerberg  (janvier 2014) 

Le cinéma suédois a eu une très grande chance et une très grande malchance : Ingmar Bergman.

Celui qui est sans doute le cinéaste le plus important de l’après-guerre, celui qui a fait gagné à son art sa légitimité en tant qu’art, celui qui a exploré tous les possibles derrière une caméra a évidemment tétanisé tous ses compatriotes.

Quant aux quelques audacieux qui ont quand même voulu faire des films, ils ont dû se contenter de la portion congrue dans l’ombre du grand maître.

C’est ce qui est arrivé injustement à Bo Widerberg, qui, en trente ans de carrière, n’a pu tourner qu’une douzaine de films alors que chacune de ses réalisations lui valait des récompenses ou des accessits dans des Festivals prestigieux et qu’il fut nommé maintes fois aux Oscars ou aux Golden Globes.

En ressortant trois de ses films, Malavida fait œuvre utile et donne envie d’en savoir encore plus sur un cinéaste dont on comprend en seulement quelques plans qu’il appartient à la caste très fermée de ceux qui ne filment jamais pour se faire plaisir mais pour élever le regard et l’âme de leurs spectateurs.

Dès son premier film, "Le péché suédois" (1962), Widerberg montre les contradictions de la société suédoise qui s’ouvre au monde moderne alors que règne encore la morale des temps anciens.

D’une facture qui le rapproche de la Nouvelle Vague, le film en diffère par le milieu décrit. C’est une Suède populaire qui est au centre de cette tranche de vie qui raconte comment une jeune fille attend un enfant d’un chanteur yé-yé.

Cette Suède de 1962 étonnera sociologiquement. Ce n’est encore qu’en pointillé le pays très avancé socialement qu’elle va devenir et les lieux montrés, genre HLM de la banlieue de Malmö, pourraient avoir des correspondances dans un film polonais tourné à la même époque par Wajda à Cracovie ou à Varsovie.

Le ton réaliste, le filmage sans fioritures, le goût pour des personnages simples vivant des passions évidentes, tout ce qui se retrouvera désormais dans chacun de ses films, est déjà là dans ce "Péché suédois" qui surprend cinquante ans après par sa fraîcheur, par sa fluidité. On y lit aussi l’attention que porte Widerberg aux femmes, ce féminisme sincère devant ce que les hommes leur font vivre.

"Elvira Madigan" (1967), drame romantique aux couleurs flamboyantes, montre ainsi les amours impossibles d’un jeune officier et d’une jolie artiste de cirque à la fin du dix-neuvième siècle, à cause d’une morale rigide.

Ce film d’une grande beauté plastique magnifie la splendide Pia Degermark, âgée de seulement seize ans et qui obtiendra pour sa composition d’Elvira le prix d’interprétation à Cannes en 1967. Baignant dans la musique de Mozart, ce drame intense préfigure les temps de la colère soixante-huitarde.


Car Bo Widerberg n’oublie jamais le contexte social dans ses films comme l’atteste "Adalen 31" (1969), récit à la fois d’une grève meurtrière en 1931 et d’une violence faite à une jeune fille de bonne famille enceinte d’un jeune homme d’une classe dite inférieure.

Rarement un conflit aura été filmé à "hauteur de grévistes" et sans en faire des héros ou des pantins. Les adversaires sont tous filmés dans leur vie quotidienne et pas seulement dans les temps forts et meurtriers des affrontements.

Au final, Widerberg en dit ainsi plus long sur la genèse du modèle social suédois, sur le courage de ces braves gens qui ont lutté pour obtenir des droits au péril de leurs vies, que s’il avait choisi d’en faire une fresque didactique.

Dans cette "rétrospective" Bo Widerberg, il n’y a pas un film à voir en priorité. Les trois valent le déplacement et soutiennent à leur avantage la comparaison avec toutes les sorties récentes.

En seulement trois films, on comprend que Bo Widerberg est un grand cinéaste qui mérite non pas d’être réhabilité, mais d’être remis à sa juste place.

 

Philippe Person         
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