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Céline Lapertot  (Editions Viviane Hamy)  janvier 2014

Charlotte, 17 ans, parricide, attend d'être déférée devant le juge d'instruction. Une longue attente qu'elle emploie pour écrire ce qui ressortit à "l'indicible et l'innommable" dans une lettre, ni aveu ni confession, qui relate dix ans d'une jeune vie détruite, d'une enfance saccagée, d'un corps martyrisé et d'une âme soumise à conditionnement délétère.

Car pendant dix ans elle a vécu l'enfer absolu dans lequel le manque d'amour se doublait non seulement de brutalités mais de conditions de vie carcérale moyenâgeuse.

Dans une famille relativement aisée, l"horreur n'étant pas l'apanage du sous-prolétariat, avec père cadre, mère au foyer et jolie maison, tout semble respirer la joie de vivre. Une famille sans histoires. Mais le drame et la tragédie se déroulent dans l'intimité dans le cadre d'un terrorisme domestique orchestré par un homme apparemment bien sous tous rapports qui, à la violence conjugale systématique, va ajouter les sévices à enfant.

Ni drogué, ni alcoolique, ni aliéné, conscient de l'"anormalité" de son comportement, il joue de son charme pour sauvegarder les apparences et manipuler son entourage, tiers et gens de la famille, qui navigue entre cécité bienvenue et déni.

A l'âge de sept ans, tout bascule pour elle quand son père lui offre une chambre de petite princesse qu'il lui montre pour mieux l'en priver. Car cette chambre n'est, et ne restera, qu'une image pour magazine de décoration. Son père lui en a aménagé une autre, plus "spartiate" qu'une cellule de prison, dans une cave humide et sans lumière du jour où elle est reléguée en permanence hors les heures d'école et où elle dormira enchaînée.

A sept ans, elle reçoit sa première "raclée" devant une mère passive, lobotomisée installée dans sa posture victimaire, hypnotisée par la main qui frappe et qui caresse, et qui ne fera jamais rien pour la protéger.

Devenue adolescente, la tentative du père pour franchir l'ultime degré d'atteinte à son intégrité physique déclenchera l'acte meurtrier et salvateur.

"Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre", le deuxième roman publié de Céline Lapertot plonge le spectateur dans le récit rétrospectif de "dix ans de souffrance et de silence" avec une écriture qui puise dans la sublimation du tragique et ne verse jamais ni dans le pathos larmoyant ni dans le psychologisme sauvage ou le jugement moralisateur.

Renvoyant vers des faits réels récents qui ont provoqué la sidération et un genre littéraire pléthorique qui cède parfois, voire souvent, à la récupération sordide de la médiatisation sous couvert d'appropriation du réel, Céline Lapertot s'en démarque en ce qu"elle l'investit comme catalyseur de (auto ?)fiction dans un opus qui, ni roman autobiographique, ni docu-fiction romancée, ni enquête sociologique, n'est pas porteur d'un discours sur le réel mais une immersion dans l'intime.

Le récit, qui ne ressortit pas au journal exhaustif, est décliné en courts chapitres millésimés et comporte la recension d'un ou deux événements annuels qui scande de manière significative l'histoire d'une enfant qui a survécu, bien évidemment, par instinct inné de survie, mais également grâce à la bouée de sauvetage qu'a été pour elle la littérature, seule occupation autorisée, et à une maturité singulière qui l'a conduite à inverser un processus destructeur en érigeant sa souffrance en bastion de résistance et en assumant sa position de recluse ce qui explique qu'elle ne saisit pas les opportunités de se confier à des tiers ("S'échapper, c'est ne pas assumer ce que l'on est").

Par ailleurs, il se positionne au moment charnière d'un présent vide ("Je ne suis nulle part excepté le néant") entre la fin du cauchemar matérialisé par le meurtre appréhendé comme une nouvelle naissance ("Je suis née quand j'ai tué") et un avenir dans lequel la jeune fille ne peut encore se projeter ((Je ne sais que faire de cet avenir mais il m'appartient").

Car elle se trouve dans une situation psychique de dépossession de tout, quelle que soit l'abomination de ce tout qui était sa vie et le conditionnement subi ("Son sourire effaçait la douleur de mes chaînes"), dont il ne reste plus qu'une qualification juridique ("Mon statut d'enfant maltraitée, c'est à présent tout ce qui me reste de mon identité"). Elle va pouvoir se construire, enfin, avec pour seul viatique une croyance profane ("Je suis faite pour le bonheur, de cela je suis certaine").

Avec ce remarquable et abouti opus nourri au lait d'un humanisme empathique qui révèle un vrai travail d'écriture sur les mots, la syntaxe et la langue et laisse subodorer un univers fictionnel à la riche intensité dramatique, Céline Lapertot s'inscrit en littérature.

 

MM         
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# 20 septembre 2020 : Orages ...ô des...espoirs !

Ce bel été indien se termine sur des orages, du tonnerre et des inondations terribles. Décidément 2020 ne nous épargne rien. Dans l'espoir de jours meilleurs et se faire plaisir au milieu de tout cela, voici notre sélection culturelle de la semaine.

Du côté de la musique :

"In and out of the light" de The Apartments
"Chrone EP" de Atrisma
"State of emergency" de Babylon Circus
"Nomadic spirit" de La Caravane Passe
"Règle d'or" de Marie Gold
"Berg, Webern, Schreker" de Orchestre National d'Auvergne & Roberto Forès Veses
et toujours :
"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre

Au théâtre :

les nouveautés :
"Aux éclats..." au Théâtre de la Bastille
"Onéguine" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
"Surprise parti" au Théâtre de la Reine Blanche
"Mademoiselle Else" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Killing Robots" au Théâtre Paris-Villette
les reprises :
"Marie des Poules" au Théâtre du Petit Montparnasse
"Hector Obalk - Toute l'Histoire de la peinture en moins de deux heures" au Théâtre de l'Atelier
"Trinidad - Pour que tu t'aimes encore" au Studio Hébertot
"Carla Bianchi - Migrando" à la Nouvelle Seine
"Jos Jouben - L'Art du rire" à La Scala
"Mudith Monroevitz" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec "Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris
la dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - La collection de Madame" au Musée du Quai Branly
et toujours :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Ailleurs" de Gints Zilbalodis
at home :
"Caramel" de Nadine Labaki
"Tomboy" de Céline Sciamma
"Peur" de Danielle Arbid
"La Cour de Babel" de Julie Bertucelli
"La Bataille de Solférino" de Justine Triet

Lecture avec :

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"De soleil et de sang" de Jérôme Loubry
"Fin de combat" de Karl Ove Knausgaard"
"KGB" de Bernard Lecomte et "Napoléon, dictionnaire historique" de Thierry Lentz
"La danse du vilain" de Fiston Mwanza Mujila
"Louis XIV, roi du monde" de Philip Mansel
et toujours :
"Apeirogon" de Colum McCann
"Ce lien entre nous" de David Joy
"Dans la vallée du soleil" de Andy Davidson et "Les dynamiteurs" de Benjamin Whitmer
"Ensemble, on aboie en silence" de Gringe
"Hourra l'Oural encore" de Bernard Chambaz
"Mes fous" de Jean-Pierre Martin et "Et si on arrêtait de faire semblant" de Jonathan Franzen

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